‹ Cinquantenaire des oblats de Marie Immaculée en Canada [microforme]Chapitre 48 sur 92 · MISSIONS DU CANADA · texte numérisé non relu

MISSIONS DU CANADA

C’est le 2 décembre 1841 que les PP. Honorat, Lagier, Beaudrant et Telmont, envoyés de France par Mggde Mazenod, arrivèrent à Montréal. Ils s’établirent provisoirement d’abord à St-Hilaire dans le comté de Rouville, où les rejoignirent en 1842, le R. P. Léonard et le Père Dandurand qui fut le premier Oblat d’origine canadienne.

Mais, dès cette même année, ils se fixèrent à Longueuil et prirent possession d’une maison qui leur fut donnée par la sœur de M. Olivier Berthelet. C’est là qu’ils fondèrent leur noviciat. Parmi les premiers occupants de cette maison, citons le R. P. Bourassa, et le Frère Taché, celui qui devait en peu de temps devenir l’apôtre du Nord- Ouest et conquérir à Dieu ces vastes régions à peine explorées du Canada, puis le P. Guigues, qui fut le premier provincial des Oblats du Canada et le premier évêque d'Ottawa. Aux Oblats de cette époque se rattache le souvenir de la fondation de la communauté des Sœurs des SS, NN. de Jésus et de Marie à Longueuil.

Le noviciat était à peine installé, que les Pères Oblats, malgré leur prit nombre, commençaient à établir des missions qui devaient étre autant de jalons pour atteindre ce Nord-Ouest, vers lequel ils étaient attirés par une force surnaturelle. C’est ainsi qu'ils créèrent la mission de Bytown en 1844, puis répondant à l'appel de Mgr Provencher, le vaillant évangélisateur des terres du Manitoba, aujourd’hui en pleine voie de colonisation, mais alors incultes et occupées presque exclusivement par les sauvages et les métis, qu'ils se dirigèrent vers St-Boniface.

Le P. Aubert, accompagné du Frère Taché, alors âgé de vingt ans, partent de Longueuil le 24 juin 1845 pour ce long voyage qui à cette époque se faisait uniquement par eau et en cannot; les deux Oblats mirent deux mois et un jour pour franchir la distance de Montréal à St-Boniface, trajet qui demande aujourd’hni soixante heures. Il faut lire dans l’ouvrage de Mgr Taché, Vingt années de mission, le récit des débuts de cette mission, la joie de Mgr Provencher, en recevant les deux premiers Oblats de Marie immaeulée dont il attendait anxieuse-

nent l’arrivée.

Le Nort-Ouest est en effet le théâtre où va s’accomplir, avec le plus d'éclat, cette lutte héroïque d= eux missionnaires, non seulement contre les éléme 8, le froid meurtrier, les tourbillons de neige, les rivières coupées de rapides dangereux, les marais infranchissables, les privations de toute nature, la faim, la soif, mais aussi contre les prévention: ct l'indifférence des sauvages, leur passion pour les liqueurs fortes, leurs divisions, contre les difficultés d'apprendre des langues très différentes et

ui n'avaient point encore de grammaire connue: leur foi devait triamiphies de tous les obstacles ; l'amour de Dieu, le désir de sauver les âmes de ces infortunés, donnèrent se pes une force qui lui fait surmonter tous les périls.

Le noviciat ne devait pas rester longtemps à Longueuil. Il fut en 1848 transféré à Montréal, centre des établissements religieux du Canada, et qui offrait naturellement de plus grandes ressources pour le développement de la Congrégation. Ce fut le 8 décembre 1848 que les Pères Oblats vinrent en cette ville. Ils avaient choisi de préférence le faubourg de Québec, fidèle à la belle devise de leur ordre: Evangelizare pauperibus. Leur première chapelle bénite par Mgr Bourget était bien modeste ; mais, dès 1851, la Congrégation posait solennellement la première pierre de leur église actuelle en présence de Mgr Larocque, coadjuteur de l’évêque de Montréal. Plus tard, grâce à la charité des fidèles, aux ressources de la congrégation, on construisit successivement la maison des Pères, la maîtrise et l’école qui forment un ensemble imposant de bâtiments. On croyait alors que ces dépendances étaient assez vastes, mais l'extension de la Congrégation des Oblats a été si rapide au Canada que les prévisions ont été dépassées. Le noviciat de Montréal est devenu bientôt insuffisant et il a fallu établir à Lachine la belle maison que l’on connaît. La création de ce noviciat s’imposait pour répondre aux besoins 2 Me croissants des missions dans le Canada, et aussi sur le territoire des Etats-Unis.

T1 ne nous est point possible, et nous le regrettons, de donner dans les limites restreintes de cette notice, le détail des maisons fondées par les Oblats pour évangéliser les sauvages, à la conversion desquels, continuant les traditions des Pères Jésuites, ils s'appliquèrent dès leur arrivée en ce pays: encore moins pouvons-nous redire, comme il le conviendrait, tout ie bien spirituel que dans

leurs p'édications, leurs retraites et leurs missions paroissiales ‘ls ont fait jusqu'ici et ne cessent de faire chaque icez sur une plus grande échelle.

Mais nous tenons cependant à résumer ici brièvement leurs travaux apostoliques tant dans les missions exttrieures que dans celles intérieures.

Il ne faudrait pas croire que le Nord-Ouest du Dominion a été la seule conquête des Pères Oblats à la foi ; le grand éclat jeté sur cette missicu si féconde en résultats, si pleine de fatigues et de périls, par Mgr Taché et ses dignes collaborateurs, Mgr Faraud, Mgr Grandin, Mgr Clut, Mgr d'Herbomez, Mgr Durieu, Mgr Grouard, Mgr Pascal, —pour ne citer que les dignitaires hiérarchiques, a naturellement attiré sur cette partis de leur travail apostolique l'attention du monde catholique ; et d’ailleurs les maisons créées depuis 1851, date de la nomination de Mgr Taché comme coadjuteur de l’évêque de St-Boniface dans cette région, l’ont été presque exclusivement par des Pères de cet ordre, au prix de quels sacrifices, nous n'avons pas besoin de le répéter. Mais en même temps ces Pères portaient la parole sainte à Maniwaki en 1851 ; à Québec en 1853 où ils se chargeaient de desservir dans un quartier pauvre, qu'ils ont transformé, l’église de St-Sauveur ; au Sault St-Louis en 1855 où ils préchaient aux Iroquois de

jaughnawaga ; à Ottawa en 1856 où ils possèdent aujourd'hui un juniorat et un collège sur lequel nous aurons l’occasion de revenir ; à Bethsiamits dans le Saguenay en 1562 ; à Hull en 1870 ; à Témiscaming et à Mattawan, en 1872. Sans parler de l'Hudson et de la Colombie.

Le Canada ne leur suffit méme pas malgré sa grande étendue ; il y a du bien à faire aux Etats-Unis, ils s’y rendent, et leur première maison est celle de Brownsville dans le Texas, en 1849, puis viennent successivement celle de Buffalo, en 1850, celle de Plattsburg, état de New-York, en 1853, quatre autres missions dans le Texas: à Roma, à St-Antonio, à Eagle Pass et à Rio Grande City ; enfin les maisons de Lowell, de Tewksbury, dans le Massachussets.

Les Oblats établirent encore dès leur arrivée l'œuvre excellente des chantiers ; ils se firent les pasteurs de ces nombreuses escouade d'ouvriers, qui chaque année passent les rudes mois d'hiver: dans les forêts. Leur présence au milieu des bûcherons eut une influence considérable, en facilitant l’accomplissement des devoirs religieux à ces hommes trop souvent inclins à les négliger, en apaisant

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les querelles, en soutenant les courages. Ils rendaient encore les mêmes services aux sauvages lors de leurs expéditions de chasse. Ces missions n'étaient ni les moins pénibles, ni les moins périlleuses.

Ce rapide exposé permet de se rendre compte du travail accompli par les vaillants missionnaires. Mais les résultats, dira-t-on? Les résultats sont affirmés par la progression toujours croissante du nombre des catholiques, par les consolations religieuses mises à la portée de tant de populations depuis si longtemps privées de la présence du prêtre. Quand en 1849, quand en 1853, les Pères Oblats s'établirent au Texas, iis y trouvèrent des tribus, qui comme celle du MeKenzie, de l’Orégon et de la Colombie, n'avaient jamais entendu parler que vaguement de Dieu Dans ces contrées aujourd’hui le Seigneur a son temple où de nombreux fidèles célèbrent sa gloire.

Mais si le travail du missionnaire est partout également méritant, il n’est pas douteux cependant que certaines missions offrent des dangers et des difficultés qui exigent un courage, une énergie particulière. De ce nombre sont celles des terres polaires qui forment le vaste diocèse de McKenzie. Ces régions sont habitées par les Esquimaux, dont les tribus—très peu nombreuses—sont réparties sur un territoire immense que l’on ne peut atteindre qu'après un long et pénible voyage, et où A1 faut séjourner l’hiver pour avoir l’occasion d’évangéliser ces malheureux sauages. La mission de Good Hope est située sur le 66: degré de latitude nord sur le bord du McKenzie, la seule voie d'accès de ces froides contrées. La vie y est des plus pénibles, l’isolement des missionnaires presque complet. C’est de ce point que partent chaque année les Oblats de Marie à la recherche des peuplades décimées par le froid et la faim, pour sauver quelques âmes, pour faire luire un rayon d'espoir dans ces intelligences engourdies, faire entendre une parole d'amour à ces êtres condamnés à une existence en quelque sorte animale. Aux Oblats de Marie revient l’honneur d’avoir été les premiers pionniers de la religion dans l’extrême limite du monde habité. Le nom de Mgr Grandin, qui depuis 23 ans évangélise ces régions, et apporte un aide puissant à Mgr Taché, dans l’œuvre de régénération du Nord-Ouest par les eaux du baptême, a droit à une mention spéciale, dans cette notice, ainsi que ceux de Mgr Faraud, enlevé trop tôt à l'affection de ses chers sauvages, pour le salut desquels il avait tant de fois

exposé sa vie; de Mgr Grouard, qui depuis 28 ans a desservi les missions les plus éloignées, et dont les récits émouvants nous font bien saisir la tristesse de ces sollitudes; de Mgr Pascal, récemment nommé évêque; du P. Grollier, l’énergique défenseur de la foi catholique contre les erreurs du protestantisme ; du P. Laverlochère, du P. Lacombe et de tant d’autres dont Dieu connaît les mérites.

Il n’est que juste en parlant des souffrances que s’imrec les Oblats pour catéchiser les pauvres sauvages, de

écerner les mêmes éloges à ces courageuses servantes de Dieu, les sœurs de la Providence, dont la charité décuple les forces pour leur faire affronter cette vie de misères et de sacrifices. Les orphelinats qu’elles établissent dans ces diverses missions sont destinés à avoir une heureuse influence et une action féconde sur le sort de ces tribus, en amenant les enfants à goûter les avantages d’une existence plus sédentaire, où ils puissent, dans le travail, trouver le moyen de subvenir à leurs besoins. Elles complètent dignement et saintement l’œuvre des missionnaires.

Les travaux des Pères Oblats comprennent encore les missions et retraites paroissiales, sans parler de la desserte d’églises comme St-Pierre à Montréal, comme St-Sauveur à Québec où le nombre «es fidèles, les confessions, les instructions religieuses données à de nombreuses congrégations, exige d’un personnel restreint une grande somme d'efforts. En 1888 il a été prêché cent vingt-deux retraites dont huit dans des communautés, six dans des collèges, trois dans dés pensionnats sans compter les triduums de confirmation. En 1890 le nombre des retraites prêchées par les Pères Oblats était de 136, et ils ont dû refusor plusieurs demandes.

Les prédications des Pères Oblats doivent leur succès à ce fait, qu'elles s'adressent surtout au cœur des assistants, qu’elles sont simples et parlent le langage du peuple ; aussi le peuple les comprend et les recherche. On appelle les Pères de tous les côtés, aussi bien dans le diocèse de Chicoutimi, de St-Hyacinthe, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse, que dans l'Ouest des Etats- Unis. Le nombre des ouvriers apostoliques est toujours audessous des désirs des fidèles, et, pour suppléer au nombre, les Pères s'imposent des fatigues vraiment incroyables. C’est aux KR. PP. Lecomte, Lagier, Lacasse, Brunet, Mayeur et Prétot qu'incombait cette année la charge de

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ces retraites, sous la direction du KR. P. Provincial Le febvre, dont on ne saurait trop louer le dévouement. Mais qu'importe la fatigue pourvu que la moisson soit belle et digne de Dieu ?

our que rien ne manquât à la gloire de l’ordre des Oblats au Canada, Dieu leur a accordé l’honneur de compter dans les Pères Fafard et Marchand deux martyrs de la foi. Ces missionnaires périrent sous les coups des sauvages au Lac de la Grenouille pendant la malheureuse insurrection de 1885, victimes de leur dévouement pour empêcher l’effusion du sang et arrêter les horreurs de la guerre.

Un monument commémoratif a été élevé sur le lieu où furent massacrés les Pères, tous les deux à la fleur de l’âge, et appartenant l’un à la France et l’autre au Canada.

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