RÉPONSE DU RÉV. P. LEFEBVRE A L'ADRESSE DES CITOYENS
Messeigneurs, Révds: Messieurs, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Appelé à répondre à la flatteuse et magnifique adresse ue nous venons d'entendre, je me sens partagé entre eux sentiments divers, l’un d’une joie bien légitime, en
rt les efforts et les travaux de notre famille religieuse si hautement appréciés, et l’autre, d’une grande crainte de ne pouvoir traduire, par mes faibles paroles, la profonde reconnaissance dont nos cœurs sont animés.
En vous entendant rappeler, en termes émus, le prodigieux accroissement du grain de sénevé transplanté il y a cinquante ans, sur les bords fertiles de notre beau fleuve, c’est vers Dieu tout d’abord qu'est monté le cri de notre gratitude, car c’est lui et lui seul qui donne la croissance. Deus nutem incrementum dedit.
Mais après Dieu, Messeigneurs, les fils d’un Evêque, appelés au Canada par un autre Evêque, ne sauraient manquer de se reconnaître redevables à votre haute protection des succès qu’ils ont pu obtenir. Vous les avez guidés dans leurs marches, soutenus dans leurs luttes, aidés dans leurs détresses : Apollo rigavit, et toujours avec une affection et un dévouement paternels que nous sommes heureux de proclamer aujourd’hui, et pour lesquels notre communauté entière vous adresse, par ma bouche, un merci du cœur.
Mais veuillez permettre, Messeigneurs, qu’en ce cinquantième aniversaire du jour où nos premiers Pères étaient reçus si cordialement et si paternellement à l’évéché de Montréal, j'adresse, au nom de tous les Oblats de ce continent, un merci spécial à notre vénéré métropolitain, Mgr Edouard Charles Fabre, et à l’illustre prélat qui, avant lui, a signalé son long et laborieux épiscopat
ar tant d’utiles fondations. Oui reconnaissance éternelle
Mgr Ignace Bourget, notre Père et notre second fondateur ; reconnaissance non moins grande à celui qui, étant devenu son digne successeur, fait revire sa bonté inépuisable et son affection toute paternelle pour ses missionnaires,
Cette branche de la congrégation des Oblats dont je suis l'interprète, a un autre devoir à remplir.
Celui qui l’anta sur l’arbre de la ie canadie”;ne, M Charles Joseph Eugène de Mazenod, n’est plus... Nous le pren longtemps... N’avait-il pas été le père de la
amille ? Ne nous aimait-il pas, selon l’expression si vraie de M. l’abbé Combalot, de toute l’affection d’un cœur grand comme le ?
Mais en mourant, il laissa à son digne successeur et à son conseil, son amour tout spécial pour ses fils éloignés du berceau. Aussi, que de sacrifices de tout genre, l’administration générale n’a-t-elle pas faits pour nous!... Combien de marques d'intérêt et d'affection ne nous a-t-elle pas prodiguées !.… La moindre d’entre elles n’est pas votre présence parmi nous, révérend et bien-aimé Père Visiteur, ni les pénibles et incessants travaux auxquels vous vous êtes livré depuis bientôt huit mois.
Oh! lorsque vous retournerez près du Père de la famille, veuillez lui dire que ses Oblats de ce côté de l’Atlantique ne le cèder£ à personne en affection, et que la patrie canadienne lui envoie par eux et par vous son tribut de reconnaissance.
Si je devais, ce soir, énumérer en détail tous ceux à qui la Congrégation des Oblats est fière de devoir son accroissement, je prolongerais bien au-delà de toute limite raisonnable la longueur de cette réunion. Mais mon cœur et le cœur de mes frères ne se pardouneraient jamais, en cette mémorable occasion, si je n’eusse mentionné la généreuse assistance que le clergé et les communautés religieuses ne nous refusèrent jamais.
L’Oblat quitte tout. Son pa s parfois, sa famille, ses amis, ses biens. Mais quand je 4 en l'envoie dans un pays comme le Canada, là, plis que ut ailleurs, il trouve le centuple promis par l'Evangile
Si les Evêques sont des Pères, les prêtres se montrent toujours des frères pour lui, et pour une mère qu’il a quitté il a, au jour de la maladie, des sœurs nombreuses, ou plutôt de véritables mères qui l’entourent des soins les plus empressés et les plus intelligents.
Maintenant, à vous, citoyens du faubourg; à vous les premiers nés parmi les enfants dont notre famille s’honore ; à vous qui nous restâtes toujours si fidèles, et qui avez bien voulu nous préparer cette grandiose démonstration, que pourrai-je dire qui puisse en quelque manière vous faire comprendre combien nous vous sommes reconnaissants ?
Associés de plus près à nos œuvres par la proximité de
la maison provinciale, vous avez connu plis intimement nos Pères, vous avez connu, vous avez aimé ies Honorat, les Beaudrand, les Telmont, les Lagier, les Léonard, les Laverlochère, les Garin, les Bernard, les Flavien Durocher, les Aubert, les Cauvin, les Charpeney, les Trudeau, les Duhaine, les Provost... Avec nous, vous avez pleuré ceux qui sont tombés au champ d’honneur, avec nous, vous avez baisé les pieds de ceux qui partaient pour prendre leurs places, ou pour pousser plus loin leurs conques Avec nous, vous les avez suivis d’un œil anxieux dans leurs courses à travers les glaces de l’extrême Nord. Vous avez écouté d’une oreille attentive le bruit de leurs combats. Avec nous, vous avez applaudi à leurs victoires et assisté à leurs triomphes. Aujourd’hui, vous nous avez, grâce aux veilles et au dévouement d’un comité intelligent et actif, préparé une véritable ovation. Merci, merci, merci mille fois pour votre bon cœur et votre délicatesse.
Si auparavant, vous étiez déjà pour tout Oblat des frères, d membres de la famille, désormais, vous serez regardés par lui comme des bienfaiteurs insignes, et sur toutes les plages du monde, il se souviendra qu’il y a autour de l’église St-Pierre de Montréal, dans ce quartier si catholique et si canadien, des milliers de cœurs qui pensent à fui et prient pour le succès de ses œuvres apostoliques.
Citoyens du faubourg, et vous surtout, membres du comité, encore une fois, merci! Merci pour toutes les peines que vous vous êtes données, afin de fournir à l’histoire de notre congrégation en ce pays une page aussi intéressante, Merci de vos riches cadeaux. Merci encore, et permettez-moi de vous le dire, merci szrtout de n’avoir pas oublié, dans cette grande fête, qui est avant tout, la fête du cœur, nos nobles frères du No:d-Ouest. Ah ! ils méritent bien ce souvenir! Ne sont-ils pas ces braves qui forment les avant-postes de notre petite mais vaillante armée ? N'est-ce pas à leur dévouement, à leur abnégation, à leurs sacrifices, et même au sang de quelques-uns d’entre eux que nous devons une grande partie de ces bénédictions quiexcitent aujourd’hui à un si haut point notre reconnaissance. :
Il me reste, Messieurs, d’autres remerciements à vous faire. Ceux-là, je ne vous les adresse pas en mon nom, mais au nom de ce quelqu'un que vous seriez enchantés de voir à cette fête de famille: vous avez tous nommé le R. P. Antoine, le R. P. Antoïne qui, pendant tant d'années, a fait la joie de ce faubourg, le R. P. Antoine également
aimé du clergé et des fidèles, et qui a voué à notre pays un amour si vrai et si persévérant.
Dans une lettre reçue la semaine dernière, ce bon Père me prie de vous dire combien il est touché de la démarche que vous avez faite auprès de notre Très Révérend Père Général, et de vous exprimer sa vive reconnaissance en même temps que son profond regret de ne pouvoir se rendre à votre cordiale invitation. Soyez-en persuadés, Messieurs, en ce moment, son noble cœur n’est pas dans la splendide capitale de la France; il est tout entier au milieu de ceux qui lui sont si sincèrement et si filialement dévoués.
Un mot encore et j’ai fini. Il y a ici, parmi ceux que j'ose appeler mes frères, cinq hommes qui méritent de moi une mention Le emo oi parce qu’ils personnifient tout spécialement la Congrégation du Canada.
Le premier, c’est le dernier survivant des six Oblats qui abordèrent il y a cinquante ans Montréal, le bon et EL sn Frère Louis, aujourd’hui de notre maison de
ull.
Le second, c’est le premier Oblat canadien, celui qui se joignit à nos premiers Pères au jour même de leur arrivée, le révérend Père Dandurand, dont le Manitoba célébrait naguère les noces d’or, et dont Ottawa surtout garde un vivant souvenir.
La troisième, et ici je ne dis le troisième que pour conserver l’ordre des dates, tous vous le connaissez et vous le désignez. C’est le premier missionnaire Oblat qui avec le regretté Père Aubert alla porter la lumière de l’Evangile dans les vastes régions du Nord-Ouest, le premier Evêque Oblat né en ce pays, le doyen des Evêques Oblats du monde entier, Sa Grandeur Mgr Alexandre Antonin Taché, archevêque de Saint-Boniface, dont le nom sera aussi profondément buriné dans l’histoire du Canada que dans l’histoire de sa famille religieuse.
Le quatrième, c'est le premier Oblat qui, après son vénérable Métropolitain, Mgr l’Archevêque de Saint-Boniface, ait fait ses vœux dans les prairies du Nord Ouest, c’est l’apôtre des Cris et des Pieds-Noirs, le R.P. Lacombe, aujourd’hui résident à McLeod, district d’Alberta.
nfin, il est un cinquième Oblat à qui nous devons un souvenir spécial et qui mérite toute notre reconnaissance c’est le R. P. Garin, le compagnon des Pères Honorat, Léonard et Bernard, et le dernier survivant de ceux qui travaillèrent d’une manière active à la construction de notre chère église St-Pierre.
À ces cinq pionniers de leurs œuvres diverses, leurs
frères sont heureux aujourd’hui d'offrir par ma bouche, leurs sincères félicitations, et si je le fais devant vous, Messieurs, c’est que, j’en suis sûr, vous regretteriez de ne pas y joindre les vôtres. A eux donc, longue vie encore et bonheur |
Et à vous tous qui rehaussez de votre de présence l’éclat de cette fête, Messeigneurs, Révds Messieurs, M. le ny ie Mesdames et messieurs, une dernière, fois merci
Après cette magnifique allocution du R. P. Provincial, le chœur de chant des demoiselles entonne les ‘adieux du missionnaires”. Nos vaillants apôtres du Nord-Ouest sont visiblement touchés. L’émotion devient générale. La cérémonie a duré plus d’une heure, et cependant les fidèles quittent l’église aveè peine.
Cette imposante cérémonie termine la première journée des fêtes du cinquantenaire.
Grand nombre de famille avaient réclamé le privilège et l’honneur de donner l'hospitalité aux messieurs du clergé. Le comité de réception se mit à la disposition de ces messieurs.
Grâce a Dieu et a la Vierge immaculée, tout a bien réussi.