‹ Cinquantenaire des oblats de Marie Immaculée en Canada [microforme]Chapitre 70 sur 92 · MONSEIGNEUR TACHÉ · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR TACHÉ

Après la lecture de l’adresse par monsieur Martineau, Mgr Taché, archevêque de St-Boniface, s’avança au milieu

du chœur; les RR. PP. Dandurand et Lacombe et monsieur l'abbé Cloutier environnèrent Sa Grandeur qui prit la parole en proie à une émotion visible; suivent les notes que nous avons pu recueillir sur la chaleureuse improvisation de l’illustre prélat.

Tlustrissimes et R(vérendissimes Seigneurs, mes Révérends Pères et vous messieurs les Membres du comité d'’oranisation, souffrez que j'ajoute au programme de la fête. eur doute, assez de belles choses ont été dites dans l’admirable adresse que nous venons d’entendre; les pompes de la solennité deploient assez de splendeur et d'éclat pour révéler la perfection de l’organisation de cette fête; mais surtout la spontanéité, la joie, l’élan qui se manifestent partout, disent assez qu’il n’y « rien à ajouter à ce qui a été inspiré et réglé. J’ose néanmoins prendre la liberté de dire quelques mots et ce, pour introduire à cette nombreuse et illustre assemblée les membres du groupe que nous formons mes compagnons de voyage et moi. Nous venons d’assez loin dans le temps et dans l’espace pour être convaincus que votre bienveillance daignera nous accorder quelques instants d'attention.

À ma droite vous voyez le Rév. Père Dandurand, aujourd’hui curé de la paroisse de St-Charles de Manitoba. Au 2 décembre 1841 le jeune abbé Dandurand, nouvellement ordonné prêtre, était à l’Evêché de Montréal. C’est lui qui ouvrit la porte de la résidence épiscopale aux six Oblats mrivant de France, qui les y introduisit et alln prévenir Mgr Bourget de l’arrivée de ces généreux missionnaires. ‘‘ Venez avec moi, ” dit le prélat à monsieur Dandurand. Après avoir béni et embrassé les Oblats qu’il recevait avec tant de bonheur, Mgr l’Evêque de Montréal leur dit: ‘ Mes Révérends Pères, il vous faut des novices ‘ pour augmenter votre nombre et faire, sur la terre cana- ‘ dienne, tout le bien que l’église attend de vous, je veux ‘ moi-même vous présenter un novice et vous le donner de ‘“ suite ; ce novice le voici, c’est Monsieur Dandurand qui ‘n’y a peut-être pas songé lui-même, mais Dieu y a pensé ‘ pour lui.”

e fait l’abbé Dandurand n'avait jamais eu conscience de cette vocation, il reconnut néanmoins, dans les paroles de son évêque, l’expression de la volonté divine et s’y soumit sans hésitation. Le soir même il disait l'office canonique avec les nouveaux venus ; le lendemain il partait avec eux pour St-Hilaire et ne les laissa plus. Quatre

jours plus tard, le 7 décembre au soir, il y a précisément 50 Ans en ce moment, M. Dandurand prenait l’habit de novice ; l’année suivante, il prononçait ses vœux et au printemps de 1844 il allaït inaugurer cette série d'œuvres admirables Que la Congrégation des Oblats a accomplies dans la vallée de l'Outaouais.

Pendant plus de trente années, le Père Dandurand y a travaillé avec autant d’activité et d'intelligence que de succès et de bonheur. En voulez-vous une, preuve, lisez les détails de ce qui s’est passé ces jours derniers dans la capitale canadienne. La visite que le R. P. Dandurand vient de faire à Ottawa a pris les proportions d’un triomque véritable, inspiré par la reconnaissance et l'affection.

es fidèles d'Ottawa, leur illustre et reconnaissant archevêque en-tête, viennent de dire au R. P. Dandurand d’une façon non équivoque que son souvenir est gravé en caractères inaltérables dans leurs cœurs, qu'ils ne l’ont pas oublié, qu’ils l’aiment et le remercient ; tout comme moimême, ce premier Oblat canadien vient de quinze cents milles pour témoigner son bonheur d’être enfant de Marie immaculée ; sa reconnaissance envers la bonne et divine Providence de ce que, il y a 50 ans, elle a amené les Oblats en Canada pour qu’il les connût et identifiât son existence à la leur.

Je suis.le second dans le groupe que vous voyez devant vous, second par l’âge, second par la durée de mes rap-

rts avec la Congrégation des Oblats. Lorsque les fils de

gr de Mazenod arrivèrent à Montréal, pour la première fois, j'étais au Grand Séminaire de eette ville et le plus jeune de l’établissement. Le 3 décembre 1841, fête de St- François-Xavier, patron des missions et des missionnaires, nos vénérés directeurs nous conduisirent à la cathédrale. Nous passâmes par l’évêché et c’est. là et alors que, pour la première fois, je vis les Oblats arrivés de la veille. Mes regards s’arrêtèrent avec une attention particulière sur leurs figures et leurs croix de missionnaires. Il est des regards qui ont une influence marquée sur toute une existence; celui que j’arrêtai alors sur le R. P. Honorat Telmont n’a pas peu contribué à la direction de toute ma vie. C’est ce regard qui fut le prélude de ma vocation, c’est lui qui plus tard me conduisit au noviciat de Longueuil pour m'y faire aimer la Rivière Rouge, où mes supérieurs m’envoyèrent et sur les bords de laquelle j'ai reçu la faveur de mon oblation, par l'émission de mes vœux de religion; les premiers prononcés au-delà des limites qui bornaient alors le Canada à l’ouest,

À leur arrivée à Montréal, les missionnaires de Provence

trouvèrent le prélat vénérable qui les avait invités à franchir les mers pour venir aider en Canada à la sanctification des âmes ; débarquée à la Rivière Rouge, la même Congrégation trouva un autre prélat également saint et vénérable, celui qui l’avait invitée à franchir les grands lacs du Canada, pour aller par delà la hauteur des terres évangéliser les pauvres, les plus pauvres de la terre. Les enfants de Marie immaculée, en atteignant Villé-Marie, rencontrèrent le jeune prêtre canadien qui leur fut donné pou remier novice ; permettez-moi-de le dire, en entrant

St-Boniface, comme novice à bien des titres, je trouvai un autre jeune prêtre canadien, qui pendans des années m'a servi de modèle et de guide, au milieu des rudes labeurs de notre commun apostolat parmi les sauvages. Ce pieux apôtre s'appelait Louis Laflèche, celui-là même

ue nous avons l’honneur de posséder ce soir au milieu

e nous, sous le titre de Mgr l’évêque des Trois-Rivières. Que Dieu lui rende le bien ee m'a fait à moi et qu'il a fait à d’autres Oblats! Que de jours heureux nous avons coulés ensemble ! Il n’y a encore que quelques instants, en parlant de la fête s1 belle qui nous réunit, j'avais le

laïisir de l’entendre dire, avec l’accent de sincérité qui

e caractérise: ‘ Quand même on n’est pas de la famille, il ‘ il suffit d’en être l'ami pour prendre part à ses joies et ‘à ses triomphes,” et moi j'ajoute qu'il suffit d’avoir été pour nous ce qu’a été Mgr Laflèche pour que notre famillle religieuse joigne au respect affectueux qu’elle lui porte une reconnaissance aussi vive que sincère.

À ma gauche vous voyez le troisième personnage de notre groupe, c’est le Rev. Père Lacombe. Son nom vous est connu; ses travaux et son zèle infatigables font justement votre admiration. Ami de cœur des tribus infortunées qui habitent les vastes prairies de l'Ouest, il a voué à leur évangélisation toute son existence et, pour étre à eux plus complètement, il a choisi d'entrer dans la Congrégation qui se plaît à pouvoir dire: “ Pauperes evangelizantur.” C’est par delà les prairies, à la lisière des forêts qui couvrent les montagnes Rocheuses, que le Rév. Père

acombe a prononcé ses vœux d'’Oblat et c’est là qu’il dépense son existence dans les œuvres d’un zèle héroïque et d’une abnégation entière. Tl n’est donc pas étonnant que Mgr Grandin, ne pouvant pas être ici ce soir, ait choisi le Rév. Père Lacombe pour venir affirmer combien l’arrivée des Ublats en Canada a été providentielle, nonseulement pour Montréal et la province de Québec, mais bien aussi pour tout le Nord-Ouest canadien et proclamer ainsi avec joie et allégresse, l’à-propos de la fête que vous

avez préparée avec tant de tact et de zèle, vous, Messieurs les membres du comité d’organisation.

Les fils de Mgr de Mazenod, du Très Rév. Père Fabre ont beaucoup travaillé dans les pays qui se nomment maintenant Manitoba, Alberta, etc.; mais ils n’y sont pas seuls, ils my ont même pas été les premiers. Tous nous avons été devancés par d’admirables ouvriers évangéliques, membres du clergé séculier, qui ont porté bien haut et bien loin la bannière sacrée du salut dans ces contrées, alors qu’elles étaient du plus difficile accès et des plus inhospitalières. Ces nobles pionniers de la foi ont été nos devanciers, nos modèles et je suis heureux de le dire, ils continuent d’être nos comjagnons, ils sont nos amis et nos collaborateurs. Eux aussi ont à cœur de montrer qu’ils ne sont point étrangers à l’allégresse, qui se manifeste dans cette circonstance unique jusqu’à ce jour, dans les annales canadiennes. C’est pourquoi le clergé séculier de nos lointaines contrées a délégué un de ses membres et vous le voyez dans la rersonne de monsieur l’abbé Gabriel Cloutier, prêtre de ma maison qui est ici, en son nom et au nom de ses confrères, pour affirmer, qu’à Manitoba et dans le Nord-Ouest, tous ceux qui travaillent pour Dieu et l'Eglise s’aiment comme des frères. Il y a dans l’immensité de nos prairies et de nos forêts assez d’espace pour que tous puissent se mouvoir sans se heurter pe uns les autres ; il y a assez à faire pour qu’on se dépense sans rivalité. Je rends la pensée de monsieur l’abbé C:outier et vous communique son message en vous disant que lui aussi est bien aise de l’arrivée des Oblats au Canada et qu'il a éprouvé une satisfaction particulière en venant, de si loin, prendre part à la célébration du 50° anniversaire de ce joyeux et bienfaisant événement.

Aux personnages qui composent le groupe que nous formons, se rattachent des états que je ne puis pas passer sous silence et c'est à vous, Très Rév. Père Martinet, que je veux confier les émotions que mon cœur éprouve en ce moment ; à vous Assistant de notre Très Révérend Père Général, à vous visiteur officiel de la province du Canada et qui avez bien voulu vous faire l’aimable et officieux visiteur de vos frères de Manitoba. J'ai dit, il y a quelques instants, que le premier regard que j'ai arrêté sur des Oblats, iLy a cinquante ans, a été pour beaucoup dans toute mon existence; ce regard m’a amené à demander mon admission dans la famille, il m’a conduit à la Rivière-Rouge pour y prononcer mes vœux entre les mains du Rév. Père Aubert, en présence du dévoué Prélat qui nous avait

invités près de lui. C’est encurt une conséquence de ce regard qui me rappela des missions de l'extrême Nord- Ouest à St-Boniface, pour y trouver l'ordre de passer les mers à mon tour, d’aller au berceau de la congrégation, auprès de son vénéré fondateur, pour recevoir de ses lèvres sacrées l’ordre positif de devenir Coadjuteur de Mgr Provencher. C’est comme conséquence de ce regard que je dus courber ma tête et mes épaules sous le fardeau si redoutable de l’’piscopat et recevoir des mains tremblantes d'émotion de mon père l’orction qui me faisait participant de la plénitude du sacert ce. Oui, c’est parce que j'avais vu des Oblats arriver au Canada, à la fin de 1841, que je recevais la consécration épiscopale en France, à la fin de 1851, pour m'’entendre dire par le fondateur de la congrégation: ‘‘ Tu seras hr et tu n’en seras que “plus Oblat.” Eh bien! mon Très Rév. Père, c’est ce jeune évêque d’alors qui vient, après quarante années d’épiscopat, faire entendre, d’une manière trop faible, il est vrai, mais du moins bien vivement sentie, les accents de la reconnaissance qu’il éprouve comme évêque de St- Boniface, pour tout ce que la ages re re a accompli dans l’immense territoire confié à sa sollicitude Darioré tel Au 31 août 1845, le premier évêque de la Rivière-Rouge, en voyant à côté de lui le premier Oblat arrivé dans ses missions et devant lui le novice Oblat qu’il venait d’ordonner diacre s'écria : ‘ A présent, Seigneur, vous me ‘‘retirerez, s’il vous plaît, du monde, puisque mes yeux ‘‘entrevoient le salut que vous préparez à toutes les na- “tions,” et moins de huit ans plus tard le fondateur des missions de la Rivière-Rouge s'endormait dans la paix du Seigneur. Dites bien à notre Très Rév. Père Général qu’en voyant la réalisation des espérances de son prédécesseur, le second évêque de St-Boniface sent son âme déborder de joie et de gratitude, et comme il est heureux d’avoir pu venir prendre part à une solennité qui a pour objet de célébrer le 50° anniversaire d’une seconde création de notre famille, son développement par son arrivée et son séjour sur la terre d'Amérique.

oilà pour l’évêque, mais une autre dignité demande aussi la parole. L'illustre Pie IX avait érigé le diocèse de St-Boniface, il en avait nommé le premier titulaire et, deuis vingt ans déjà, avait choisi le second parmi les Oblats ; il avait divisé ce diocèse, avait nommé quatre autres Oblats pour leur confier les âmes, aux regards desquels eux ou leurs frères avaient fait luire la divine lumière. Le vicaire de Jésus-Christ songea à une organisation plus complète de l'Eglise, conquise au prix de tant de sacrifices

et de labeurs, et il décréta la création de la province ecclésiastique de St-Boniface, lui assignant pour étendue toutes les terres de l'Ouest canadien où setrouvaient des Oblats ; si bien que cette province comprend l’archidiocèse de St- Boniface, les diocèses de St-Albert et de New-Westminster, ainsi que les Vicariats apostoliques d’Arthabaska-McKenzie et de Saskatchewan. L’océan Pacifique la borne à l’ouest, la mer Glaciale au nord. La nouvelle province s'appuie aussi sur la frontière des Etats-Unis et sur l’ancienne limite occidentale du Canada. Tous les évêques de cette province sont Oblats, le métropolitain n’est pas autre que le premier Oblat de la Rivière-Rouge, celui qui, jeune séminariste, arrêta ses regards, il y a cinquante ans, sur les premiers Oblats venus en Canada. Dans cette province ecclésiastique, la Congrégaaon compte aujourd’hui 1 archévêque, 5 évêques, 111 Pères, 3 Frères scolastiques, 61 de ces généreux Frères convers qui nous sont si dévoués et que nous aimons tant. Oui, pas moins de 181 Oblats sont h dans les anciennes limites de la juridiction de Mgr Provencher, s’efforçant de réaliser les espérances que leur arrivée à la Rivière-Rouge avait fait concevoir au premier gi sq de ces immenses prairies, forêts et montagnes. En parlant de ceux qui vivent aujourd’hui dans la province ecclésiastique de St-Boniface, n'oublions pas que son sol s’est déjà ouvert vingt-quatre fois, pour recevoir la dépouille mortelle de 24 Oblats, pontifes, confesseurs ou martyrs. C’est en se penchant sur les tombes de tous ces apôtres, c’est en écoutant les voix de leurs frères survivants que le métropolitain de la province ecclésiastique de St-Boniface a recueilli les accents qu'il veut vous confier, mon révérend Père, pour que vous les transmettiez à notre très révérend Père général. Oui, dites-lui à ce Père vénéré que ses fils du Manitoba, du Nord-Ouest et de la Colombie Britannique sont heureux de ce que des Oblats sont venus dans la Nouvelle-France, puisque c’est cette circonstance qui a influencé si fi mas À 2 leurs vies comme missionnaires. Dites-lui bien que nous sommes ses fils dévoués, que nous sommes heureux de notre vocation, que les rigueurs apparentes de cette sainte vocation ont été et sont encore pleines de charmes. Diteslui bien que si l'éloignement de plusieurs ne leur permet pas même de le connaître, du moins, tous nous l’aimons comme un Père, et aimons la congrégation comme une bonne et tendre mère.

Après cette touchante allocution du vénérable Archevêque Oblat, le R. P: Lefebvre fut prié, par un membre du comité, de monter en chaire, afin qu'on pût mieux

l'entendre. Cé n’est qu'après plusieur£ rminutes que ie R. Père parvient à la chaire, les allées et les degrés de la chaire étant tellement remplis.

Le R. Père, d’une voie émue, répondit en ces termes:

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