A SA GRANDEUR MONSEIGNEUR TACHÉ
Quand il voit son troupeau le pasteur est heureux, Le père est Ve lorsqu'il a sous les yeux
Sa famille fraiche et riante Et l'Evangile dit qu’autrefois le Sauveur Recherchait, oubliant qu’il est le Créateur,
Des enfants la troupe innocente.
Nous venons en ce jour, à vénéré pasteur, Vous offrir à la fois les vœux de notre cœur Et mille hommages de tendresse ; A vos pieds révérés nous sommes tous venus, Car nous disions tout bas : il ressemble à Jésus, Il en sera plein d’allégresse.
Tel qu’un arbre planté près du courant des eaux
Voit son image au loin sur chaque onde en repos Mirer dans l’azur sa ramée,
Ainsi dans chaque cœur, mystérieux miroir,
Vous verriez, Monseigneur, si l'œil pouvait y voir, Resplendir votre image aiinée.
Autrefois l'inconnu planant sur ces rivages,
Dans ces champs blonds d’épis des peuplades sauvages Poursuivaient le buffle aux abois
Vous avez dissipé l'obscurité profonde,
Et ces peuples formant une vigne féconde Bo sont courbés devant la croix.
Vous suivez l'étendard d’une troupe fidèle Dont personne jamais ne vit mollir le zèle Sous les cieux de glace ou de feu, Que vous importe, à vous, d’être sur tel rivage ? L’'infatigable Oblat ne cherche en toute plage Que le plus grand honneur de Dieu.
Oh ! congrégation en dévouement féconde, Tes enfants ont foulé tous les pays du monde, Des mers et des déserts ont fait cent fois le tour. Le soleil à l'automne arrête en sa carrière ; Mais ton zèle jamais ne retourne en arrière. Tes enfants vont porter la divine lumière
à peut à peine aller le jour.
Tel qu’un aigle qui plane au plus haut de la nue, Embrasse du Are | une ji” «mense étendue Et n’aime que les monts et les hauteurs des cieux : Telle, embrassant le monde en ton zèle sublime, L'œil fixé sur Jésus, tu voles à la cime
Des travaux les plus glorieux.
L'Oblat, dans ces pays que l’Aquilon assiège,
L'Esquimau l’a pu voir sous sa hutte de neige
Et le Sioux farouche en ses déserts affreux,
Le chasseur qui poursuit l'ours de la Colombie,
Le Naskapis du golfe et les noirs de l’Asie L’'ont tour à tour vu sous leurs cieux.
Non, la terre n’a pas d’assez lointaines plages ;
Non, l’océun n’a pus d'assez cruels orages,
Pour ralentir l’ardeur dont il est transporté,
Iles et continents sont marqués de sa trace,
Et l’univers entier semble manquer d'espace Pour sa brûlante charité.
Les enfants, je le sais, ont coutume de faire Un éloge brillant à la fête du père.
Or, nous, vos humbles fils, pour votre compliment, Nous disons haut devant cette auguste assemblée : Vous êtes Oblat de Marie Immaculée,
Oh! c’est un éloge bien grand !
O père vénéré, qui chérissez l’enfunce,
Votre zèle a créé ce séjour de science
Dont vous êtes la vie, et la force et l'honneur.
De nos cœurs pleins d'amour, recevez donc l'hommage, C’est vous qui nous formez, aceueillez votre ouvrage, C’est un humble parfum qui retourne à sa tleur.
Inutile de dire que Sa Grandeur a, comme toujours, trouvé la réponse la plus appropriée à toutes ces adresses.
Dans le même après-midi de dimanche, les élèves du pensionnat présentaient une autre adresse.
Le soir, les citoyens de Saint-Boniface se réunissaient au palais archiépiscopal, et son honneur M. le maire Prendergast lisait l'adresse suivante :
A Sa Grandeur Monseigneur Alexandre Antonin Taché, O.M.T., Archevêque de Kaint-Boniface,
Monseigneur,
La vie épiscopale de Votre Grandeur oceupe une trop grande place ans l’histoire des Missionnaires Oblats, pour qu’en ce quarantième anniversaire de votre constcration l’une ne rappelle pas immédiatement l’autre à notre souvenir et à notre reconnaissance,
D'ailleurs, outre cette association de sentiment, un second anniversaire vient-de joindre presque simultar.ément à celui que nous célébrons atujourd’ di pour nous
rappeler à une dizaine de jours d'intervalle à peine, en même temps qu: le commencement de cette carrière pontificale, le début au Canada de l’ordre religieux dont vous vous honorez d’être le fils.
S'il nous est de plus permis, Monseigneur, de couronner aujourd’hui ces deux aniversaires, du dernier fleuron de votre œuvre éclose cette année même, nous aurons tout à la fois devant vous, dans un enchaînement étroit.et avec des coïncidences remarquables de dates et de lieux :—le berceau de votre ordre au Canada,—l’avènement de Votre Grandeur au trône épiscopal de Saint-Bonaface, —enfin ce développement merveilleux que Dieu a su donner aux choses de son Eglise dans l’Ouest et qui s’est manifesté d’une manière particulière cette année, dans l’érecrion du vicariat apostolique de Saskatchewan.
Monseigneur, il y aura précisément cinquante ans le deux décembre prochain, que six religieux partis du midi de la France, accouraient à la voix de Monseigneur Bourget, pour inaugurer dans la province de Québec les dévouements et les traditions des Oblats de Marie immaculée. Comme d’ailleurs tous les membres de l’ordre sans exception, à l’appel de Monseigneur de Mazenod en faveur du Canada français, chacun des six religieux avait répondu: Ecce ego, mitte me, et ils avaient de plus eu le bonheur d’être choisis. Ils arrivaient donc sans autre richesse que leur mauvaise robe de missionnaire, sans autre arme que leur croix d’Oblat, sans autres ressources que celles qui leur inspirerait leur charité. Leur mission au reste semblait bien être en proportion avec leur extrême dévouement; elle se résumait dans cette courte et modeste devise : pauperibus evangelizare.
ous ne chercherons pas, Monseigneur, ce qu’il advint de cette humble mission.
Mais le 23 novembre 1851, il y a précisément aujourd’hui quarante ans, il se racontait d’étranges choses dans la bonne ville de Viviers.
On disait que deux ou trois missionnaires établis dix ans auparavant dans l’Est du Canada, s'étaient dans l’intervalle pris de la folie d’aller évangeliser un pays ingrat et presque inaccessible, vaste comme la moitié de l’Europe, et peuplé de tribus farouches et inhospitalières. On disait
w’ils s'étaient avancés des milliers et des milliers de lieues de l’autre côté des grands lacs, traversant les prairies, les montagnes, les rivières, aussi bien que les étendues glacées et incommensurables de l’extrême Nord. On disait encore, et ce n’était pas le moins étrange, qu'un de ces religieux, un enfant de vingt-huit ans, un fils de la Nou-
velle-France, était justement arrivé de ces plages inconnues dans la mère-patrie, pour y visiter le berceau de son ordre et recevoir dans la ville même aux mains de son ère spirituel la consécration épiscopale. Et, Monseigneur, orsque à ce moment, les cloches dela cathédrale sÉbrin, lèrent et que la foule émue se fut pressée dans ses murs vénérables ; lorsque au milieu des pompes magnifiques, l’évêque consécrateur, Monseigneur de Mazenod, soutenu par les évêques assistants, s’avança dans le chœur gothique et étendit sa main humide du Saint-Chrême et tremblante d'émotion, —ce fut vous, Monseigneur, à ce r10ment, qui vîntes vous agenouiller à ses pieds et qui présentâtes votre jeune front à l’onction sacrée qui marque les choisis de Dieu pour l'éternité.
Depuis lors, Monseigneur, Dieu sait comment ont été remplies ces quarante années de votre épiscopat, quels labeurs vous vous êtes imposés, quelles souffrances vous avez endurées, quelles privations ont été les vôtres, quelles œuvres vous avez créées, fortifiées, soutenues, élevées, dirigées, sauvées. En faire l’histoire, serait littéralement faire l’histoire de l’Eglise en ce pays. ,
Aussi, Monseigneur, comme la vigne du Seigneur, arrosée de tant de sueurs, n’a pas été ingrate; et si votre zèle infatigable vous arrache parfois un soupir en face de tant de travaux apostoliques encore à faire, pourtant quel déploiement déjà, et comme le grain de senevé est déjà devenu un grand arbre.
Les Mig missionnaires des premiers jours se sont centuplés. D’autres noms religieux non moins illustres, et un clergé séculier des plus dévoués, sont venus partager leurs iravaux avec la même intelligence ei le même esprit de renoncement. Les missions se sont étendues et fortifiées, les paroisses régulières se sont formées avec cette admirable organisation qui leur est propre, les établissements d'éducation et de charité se sont élevés ici et 1à.' Des vicariats apostoliques ont été institués, des évêchés nouveaux établies, et des prélats aussi distingués
ar l'esprit que par le cœur, sont venus seconder les efforts e Votre Grandeur dans la sphère si large où s’exerce la charité chrétienne.
Il y a deux ans, Monseigneur, vous convoquiez vos vénérables suffragants dans cette ville. De l'Ouest, de l’extrêème Nord, des plages même du Pacifique, ils sont accourus aux côtés de Votre Grandeur pour conférer avec elle des choses de l'Eglise, et il nous était donné de voir le spectacle, admirable à tant de titres, du premier Concile de la province ecclésiastique de Saint-Boniface.
I1 n’y a que quelques mois, votre cathédrale voyait à son tour pour la première fois se dérouler sous ses voûtes les cérémonies consolantes et austères d’une consécration pontificale ; et pendant qu’au souvenir du saint et valeureux compagnon d’âmes (Mgr Faraud) qui dort maintenant sous ses dalles, des larmes coulaient lentement de vos yeux, vous pouviez vous dire avec consolation, au moment où vous vous incliniez vers le Père Grouard agenouillé à vos pieds: le Seigneur moissonne souvent dans sa vigne et rappelle parfois les travailleurs, mais d'autres les remplacent et l'Église ne meurt pas.
Cette année encore, la scène si touchante que nous avons vue se passer à Viviers il y a quarante ans, s’y renouvelait une seconde fois. Ce nouveau vicariat de Prince-Albert qui marque d’une manière si évidente ln propagation graduelle de l'Evangile, ce nouveau missionnuire de l'Ouest qui dans la personne du Père Albert Pascal, vient précisément quarante ans après son métropolitain se faire sacrer dans la même cathédrale huitième évêque du Nord-Ouest, nous semble bien en effet comme le fleuron, qui couronne votre long et brillant épiscopat.
Monseigneur, si votre bonté de père se répand également sur tous vos enfants, si vous distribuez également sur tout le troupeau votre sollicitude de pasteur, qui cependant en a plus éprouvé les doux effets que les habitants de votre ville métropolitaine ?
Sans doute, nous n’étions pas seuls en vue quand vous érigiez ces couvents, cet hôpital, ce collège, et tant d’autres œuvres qui sont votre orgueil et l'admiration de l'étranger. Nous sommes pourtant, Monseigneur, les premiers à en retirer les avantages, les premiers à en savourer les fruits, et il nous est doux de vous en faire des motifs d’une gratitude toute particulière.
Nous prions respectueusement Votre Grandeur de vouloir agréer nos sentiments de profonde vénération, de tendre attachement, d’inaltérable soumission et d’éternelle reconnaissance.
Nous prions Dieu de continuer bien longtemps encore les jours de votre épiscopat toujours glorieux, souvent si tourmenté; de vous adoucir les amertumes du passé et vous multiplier les consolations pour l’avenir ; enfin, de conserver longtemps encore l’un pour l’autre, unis par les mêmes liens de charité apostolique, d’attachement et de soumission, et le pasteur et le troupeau.
Lundi matin, à 10 heures, il y eut messe solennelle à la cath(drale, Monseigneur assistant pontificalement au trône. L’cfficiant était le Rév. Père Béliveau, $J., avec
M. l'abbé Poissant comme diacre, et M. l’abbé Gauthier, comme sous-diacre. Le Très-Rév. Père Allard, O.M.T. V. G., prêcha un magnifique sermon de circonstance. Monseigneur a donné la bénédiction pontificale et une indulgence de 40 jours aux fidèles présents, aux conditions ordinaires.
Il y avait un clergé nombreux et l’église était remplie.
Le soir, les élèves du Collège donnaïent une soirée dramatique et musicale dont le succès fait autant d’honneur aux révérends P:res Jésuites qu’au talent de leurs élèves.
Ces démonstrations ont dû convaincre une fois de plus notre vénéré archevêque de l’amour de son clergé, de ses ouailles, et que tous sont unis dans des vœux unanimes pour la conservation de sa précieuse santé.
Puissions-nous durant de nombreuses années encore célébrer l’anniversaire de cette consécration épiscopale.
Une autre démonstration avait lieu à Ottawa, en l’honneur du premier Oblat canadien, le R. P. Dandurand, aujourd’hui résidant dans le Manitoba, Nous empruntons notre recit du journal le Cunada, publié à Ottawa.