EN L'HONNEUR DU RÉV. P. DANDURAND, O0. M. I
Ottawa, 6 décembre 1891.
Je n’ai que le temps de jeter à la hâte sur le papier ce que je puis me rappeler d’une fête très touchante qui a eu lieu aujourd’hui, à la basilique d'Ottawa, à l'issue de la grand’messe.
Monseigneur l’archevêque d'Ottawa a eu la délicatesse de faire organiser par Mgr J. O. Routhier, son digne vicaire-général, une démonstration magnifique par laquelle les paroissiens de l’église Notre-Dame ont voulu
rouver leur reconnaissance à leur ancien curé, le vénéru- Êle Père Dandurand, premier Oblat canadien, et qui vient d'arriver du Manitoba pour assister à Montréal aux noces d’or de la Congrégation des Oblats en Canada.
Nombreuse était la foule des citoyens que la reconnaissance et la chaude et éloquente parole de Mgr Routhier
avait réunis autour de la balustrade où le Révérend Père, accompagné par Mgr Routhier, prit place, a côté de Mgr l’archevêque, qui était assisté par les RR. PP. Langevin et Nolin, ©.,M. I.; ce dernier Père est le cousin du R, P. Dandurand.
Mgr Duhamel réclama le droit de parler le premier en cette circonstance :
‘“ Mon Révérend Père, dit-il, je suis heureux de pouvoir vous exprimer publiquement, en présence de cette bonne population, que vous avez si bien connue, les sentiments que j'éprouve à votre égard. C’est à vous que je dois d’avoir connu les premiers éléments de la doctrine chrétienne; c’est vous, mon Révérend Père, qui m'avez préparé au grand acte de ma première communion ; c’est vous encore qui m’avez fait apprécier l'importance du sacrement qui fait les parfaits chrétiens. Je vous ai toujours considéré, mon Révérend Père, comme le modèle des prêtres, et bien des fois j’ai admiré votre piété, votre inépuisable dévouement et votre urbanité parfaite. La Providence, dans ses desseins impénétrables, a voulu que je devinsse l’aîné de vos fils; mais croyez bien que mes sentiments n’ont jamais varié depuis.
Aussi, chaque fois que je monte à l’autel, votre souvenir m’y accompagne, et. bien souvent, en venant dans cette basilique pour les cérémonies saintes, je me suis dit : “Si cette basili ue est si majestueuse, si magnifique, c’est grâce à l’habileté artistique du cher Père Dandurand, qui en a tracé de sa main les premiers plans et qui a su donner à l’édifice de si vastes et si belles proportions.
Et cette population si religieuse qui vous entoure ne vous doit-elle pas une reconnaissance éternelle ?
Ab ! si elle est restée inviolablement attachée à sa foi, si elle se soumet avec tant de docilité à la direction quilui est donnée, n'est-ce pas grâce aux bonnes semences que vous avez jetées autrefois dans des cœurs bien préparés ; venillez donc mon Révérend Père, accepter les sincères remerciements que je vous offre en mon nom et au nom de ce cher peuple qui m’est confié.”
Le docteur Valade, accompagné du Dr St-Jean, lut alors une très belle adresse remplie des sentiments les plus délicats et des témoignages les plus flatteurs pour le Cher père " la famille religieuse à laquelle il fait tant d’honneur !!
Voici le texte de l’adresse :
Au Révd. P. DaAMAsE DANDURAND, O. M. I., missionnaire au Nord-Ouest.
Mon Révérend et bien bon Père,
Les paroïssiens de Notre-Dame d'Ottawa sont heureux de pouvoir saisir l’occasion de votre passage dans la capitale du Dominion, pour vous présenter leurs hommages respectueux et leurs plus sincères félicitations.
ous savons combien vous avez aimé cette paroisse qui vous est restée si profondément attachée. La reconnaissance est pour nous un devoir tout à la fois doux et sacré, et ce jour comptera parmi les jours heureux de notre vie.
Comment ne le serait-il pas en effet ? N'est-ce le jour du retour d’un père aimé qui revient, après. dix-sept ans d'absence, visiter et bénir ses enfants ! Pouvons-nous oublier en ce moment que cette paroisse a eu l’honneur de recevoir des prémices de votre sacerdoce ! C’est ici que durant le long espace de trente années vous nous avez prodigué les soins d’un ministère laborieux ; et l’enceinte de cette basilique que vous avez fait bâtir au prix de tant de sacrifices a souvent redit les avis salutaires, les avertissements charitables, les instructions lumineuses, que vous nous donniez avec une tendresse toute paternelle.
Vous étiez, mon Révérend Père, lalter ego de celui qui fut le premier pasteur de ce diocèse, du vénéré et à jamais regretté Mgr Guigues, qui a béni tant de fois, notre chère paroisse de Notre-Dame d'Ottawa; vous avez toujours porté joyeusement le fardeau souvent si pénible du saint ministère, et parmi les nombreux paroissiens qui se pressent aujourd’hui dans cette enceinte, il y en a plusieurs qui vous doivent le bonheur du saint baptême, de la préparation à la sainte communion, et la bénédiction sacerdotale au jour de leur mariage: aussi veuillez bien croire que l’expression dela reconnaissance de tous est en ce moment, un véritable besoin de cœur.
Mon Révérend Père, le dix septembre dernier (1891), on célébrait à St-Boniface, avec une grande solennité, la fête jubilaire de votre, sacerdoce. L’écho fidèle nous a appris tout que cette fête avait eu de grandiose et de spontané.
Ah? mon bien cher Père, ce jour-là vos anciens paroissiens de Notre-Dame d'Ottawa se sont souvenus de vous; ils ont béni de tout leur cœur le divin Maître qui récompensait si magnifiquement son fidèle serviteur. et ils
étaient heureux de penser que dans la province aux vastes prairies il y avait un grand pontife qui sait honorer dignement le vrai mérite.
Tous deux, nous le savons, vous appartenez à cette humble Congrégation des Oblats, qui va célébrer bientôt le cinquantième anniversaire de son arrivée dans le pays, et il semble que cette petite fête outaouaise est comme l’aurore et le prélude des grandes démonstrations dont Montréal va être témoin.
Vous avez en particulier, mon Révérend Père, l’honneur d’être le premier de nos compatriotes qui soit entré dans cette illustre Congrégation, et vous avez ainsi frayé la route à une foule de généreux et nobles religieux qui bénissent le ciel tous les jours de vous avoir suivi sous l’étendard de Marie immaculée. Les noces d’or de la branche canadienne des Oblats sont donc aussi les vôtres, et comme pour donner à vos cheveux blancs un lustre encore plus grand, vous nous arrivez de ces missions si importantes du Nord-Ouest canadien, où les Révérends Pères Oblats accomplissent un œuvre si éminemment religieuse et civilisatrice.
Qu'il nous soit permis en ce moment d'offrir à toute votre noble Congrégation nos vœux et nos souhaits les plus sincères, ainsi que l'expression de la plus vive reconnaissance.
Mon Révérend Père, cette douce fête de famille que nous procure votre visite à Ottawa ne durera, il est vrai, qu’un seul jour ; mais le souvenir s’en perpétuera durant bien des jours et bien des années, et nous ne pérmettrons pas au temps de nous faire oublier nos obligations à votre égard. Toujours parmi nous votre nom sera aimé, béni, respecté ; nous voulons même que ceux après nous le redisent avec bonheur et nous terminerons par le souhaït traditionnel que l'Eglise elle-même nous à enseigné: Longue vie et bonheur. Ad multos annos.