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En 1841, je venais d’être ordonné prêtre, et Mgr Bouret voulant me donner l’occasion de pratiquer l'humilité ès le début, m'avait confié la charge ï quelques pauvres
vieilles dont la tête était mal équilibrée, et qui étaient sous les soins d’une respectable matronne, madame Gamelin ; c'était le début de la florissante communauté des Sœurs de la Providence de Montréal.
J'habitais alors le palais épiscopal de St-Jacques, qui a été depuis la proie de l'incendie.
Un jour que j'étais occupé dans ma chambre à transcrire le projet des constitutions du futur Institut, que je viens de nommer, la sonnette du parloir fut violemment agitée à pénslenrs reprises, et comme le portier ne répondait pas,
r Bourget vint me prier de descendre.
é portier de l’évêché était alors le R. F. Paul, dernier Récollet au Canada.
En ouvrant la porte de l'évêché, je me trouvai en face de six personnages que je ne connaissais pas. ‘ Messieurs, leur dis-je, qui voulez-vous voir ?
— Nous désirons saluer Mgr l’évêque de Montréal,” me répondirent-ils.
— Mais, Messieurs, je serais très heureux de connaître qui vous êtes, afin de vous annoncer.
— Nous sommes les Pères Oblats, me répondit leur supérieur, qui était le bon Père Honorat. Voici, me ditil, le R, P. Telmont.”
Mes Frères, j’attire votre attention sur ce nom qui doit vous être cher. Le P. Telmont a beaucoup travaillé au milieu de vous pendant quatre ans ; il s’est dépensé pour vous.
Le troisième était le dévoué P. Beaudrand qui a été mon infatigable compagnon, lors du typhus en 1847.
Et le quatrième était le saint Père Lagier qui est mort, on peut dire, les armes à la main, en préchant une mission.
I] y avait aussi deux Frères convers :
Le bon Frère Basile, et le cher Frère Louis qui a été si longtemps portier de l’évêché sous Mgr Guigues, et qui est maintenant au repos à Hull.
Le Frère Louis et raoï, nous sommes les seuls survivants de ce bon vieux temps. Nous sommes comme des épaves échappées au grand naufrage qui a emporté nos compagnons. Dieu seul sait à quel dessein il nous a laissé vivre tous deux jusqu’à ce jour.
Je reviens à mon récit :
J’introduisis donc les nobles étrangers auprès de Mgr Bourget, et aussitôt il se jetèrent à genoux et reçurent une
bénédiction, qui a porté de grands fruits comme on le voit aujourd’hui.
À ce moment, je crus devoir me retirer; mais Monseineur me retint, et dit aux bons Pères : Mes Pères, l’année ernière, lorsque votre vénérable supérieur général, Mgr
de Mazenod, promit de m'envoyer quelques-uns de ses enfants, je lui assurai que dès l’arrivée de ses Oblats, je leur donnerais pour compagnon un jeune prêtre canadien français qui les accompagnerait partout; ce prêtre le voici, il vous appartient.” Aussitôt on m'offrait la croix d’Oblat que j’ai toujours portée depuis. Je dois vous dire pourtant que je fus grandement surpris. Je n’avais jamais songé aux Oblats, puisque je ne les connaissais pas. Les phi osophes le disent: ‘On ne désire pas ce que l’on ignore.” Néanmoins, c'était un saint qui m'’indiquait ma vocation nouvelle, il fallait bien la suivre; et certes, je n’ai pas eu à m'en repentir par la suite.
Mais je vois, mes Frères, que je suis comme le vieux Nestor de l’[liade.
Je me perds en de longs discours.
Excusez-moi de nouveau; il faut bien que je me hâte de parler, car je vais bientôt être condamné à un long silence et je pense bien que je ne vous reverrai plus sur cette terre. !
Monseigneur, vous avez été vraiment trop bon pour moi, et je voudrais pouvoir acquérir toutes les bonnes qualités que vous me supposez; laissez-moi donc vous remercier du plus profond de mon cœur, et souffrez que j'aille plus loin. Monseigneur, voulez-vous me permettre d’être un instant prophète ? J'espère que je ne serai pas un faux prophète. Monseigneur, je vous dis: ad multos annos, et je vous souhaite de célébrer les noces d’or de votre sucerdoce.”
Ici il y eut un mouvement duns l'auditoire, et on entendit même quelques applaudissements.
‘Monseigneur, continua le vénérable Père, ce n’est pas encore assez, j'ose à peine espérer assister à ces grandes fêtes, bien que l’on m’ait souhaité des noces de diamant ? un jour viendra où je reposerai certainement dans la tombe, mais alors mes os tressailliront de bonheur, Monseigneur, lorsque vous célébrerez une autre fête que je vous souhaite également, les noces d’or de votre épiscopat.”
Cette fois, il y eut de véritables applaudissements en pleine église. Chose inouïe dans le pays et qui prouve que le Père avait trouvé le chemin des cœurs et qu’en
parlant ainsi du pasteur tant aimé, il touchait la corde sensible,
‘* Maintenant, mes frère:, je termine en vous remerciant bien sincèrement de tout ce que vous venez de faire pour moi, Ce jour est beau et bien doux pour moi; je ne m'y attendais guère. Vos paroles de gratitude resteront gravées dans mon cœur, et je prie le bon Dieu de vous rendre tous À jamais heureux. Venez me voir là-bas, à St-Charles, vous verrez comme ce pays est beau! on y marche sur les fleurs. Venez coloniser ces régions nouvelles où les catholiques sont malheureusement noyés au milieu des protestants, huit fois plus nombreux qu'eux, Ces prairies sont belles, mais lorsque, dans le sillon tracé par la charrue, vous voyez s'élever, croître et mûrir une riche moisson de blé, le spectacle est encore plus beau ; il y a à du pain pour tous. Au revoir à St-Charles de Manitoba.”
A ce moment le vénéruble septuagénaire se jeta À genoux et dans l'élan spontané de su foi, il dit Mgr l’archevêque: ‘* Monseigneur, bénissez-moi, s'il vous plaît. ” L’archevêque véritablement ému, accéda volontiers à une demande si touchante, et ne voulant pas se laisser vaincre en délicatesse de sentiments, il dit aussitôt au bon Père d’une voix gênée par l'émotion : ‘Mon révérent Père, etc.
‘ Mon Révérend Père, laissez-moi à mon tour vous demander une faveur pour ce bon peuple que vous avez tant aimé, et qui vous est resté si sincèrement attaché ; bénissez-le, afin qu’il garde à jamais le souvenir de vos précieux enseignements. ”
‘ Monseigneur, reprit le Père tout ému, je ne puis vous refuser ce que vous voulez bien me demander; mais permettez-moi de puiser dans votre cœur de Père la hénédiction que je m’en vais leur donner.”
Toute l’assemblée, émue jusqu'aux larmes, s’agenouilla aussitôt, et le vétéran des Oblats canadiens fit descendre sur les paroissiens de Notre-Dame d'Ottawa une de ces bénédictions de choix que le ciel ratifie toujours et qui sera pour eux tous comme un arome conservateur et un gage du bonheur du ciel.
Ux OuraouaAïs.
Nous recevons à la dernière heure une belle lettre du Très Révérend Père Lajoie, Supérieur Général des Cleres Viateurs, au T. R. Père Fabre,
Nous ne pourrions mieux finir notre livre qu’en mettant sous les yeux de nos lecteurs ce témoignage si flatteur des Pères Viateurs à l’égard des Pères Oblats.
Vourles, 13 décembre 1891.
Mon Très Révd Père,
Les journaux du Canada viennent m’apprendre que les RR PP. Oblats de St-Pierre de Montréal ont célébré, le 8 courant, le 50" anniversaire de l’arrivée de vos premiers missionnaires dans ce pays.
Moi, canadien français, domicilié en France, je ne saurais laisser passer cette date mémorable pour mon pays natal sans venir offrir au R. P. Supérieur Général d la Congrégation des Oblats de Marie immaculée d’abord mes hommages respectueux, puis l’expression de ma reconnaissance au nom du Canada que je n’oublie pas.
J'étais encore jeune en 1841, cependant, je me rappelle fort bien l’impression que fit en moi la vue de ces premiers missionnaires, établis d’abord à St-Hilaire, à quelques lieues de ma paroisse natale St-Jean-Baptiste de Houville, et de l'édification que donnèrent à toute la population les RR. PP. Honorat, Lagier, Beaudrand et Telmont.
Depuis cette époque il m’a été donné de suivre, toujours avec admiration les progrès incessants de la belle Congrégation des Oblats de M. T. dans l'Amérique du Nord.
Les relations fréquentes que j’ai eu l’occasion d'entretenir avec vos bons Pères du Canada, m'ont donné lieu souvent d'admirer leur zèle pour le salut des âmes, leur amour
our l’Eglise et leur dévouement sans borne pour étendre
e règne de Dieu.
Je ne saurais donc laisser passer cette heureuse circonstance de vous offrir, T. R. Père, bien qu'éloigné du Canada, la vive expression de mes vœux les plus sympathiques pour votre admirable Congrégation que Dieu s’est plu à bénir d’une manière si extraordinaire depuis cinquante ans en France et ailleurs, mais surtout dans l'Amérique du Nord.
La Providence qui semble vous avoir créés tout exprès pour l’évangélisation de cette partie de son Eglise, ne vous à pas ménagé ses faveurs, j'ajoute aussi ses épreuves,
mais vous le savez par une longue expérience, l'. R. Père, les unes ne vont pas sans les autres pour les Communautés, comme pour les individus, que le bon Dieu veut bénir et faire prospérer.
Veuillez donc me permettre, T. R. Père, de m'’associer aujourd’hui à vous, à tous vos généreux confrères, au R. P. Antoine, si regretté des Canadiens français que je connais et que j'estime depuis quarante ans au moins, pour remercier Dieu des grâces abondantes qu’il a bien voulu départir à votre Congrégation, et aussi pour lui demander avec vous, d'accorder comme par le passé, à vos dévoués Pères d'Amérique, en tattioutiet; le courage et la générosité dont ils ont tant besoin, pour continuer toujours avec succès, leur mission en Canada, surtout dans le Nord-Ouest qu’ils ont conquis à son service, au prix de grands travaux, de grandes privations et d’énormes sacrifices, et qu’ils ont la charge de conserver à l’Eglise au prix des mêmes sacrifices, malgré les obstacles de toute sorte qu’ils rencontrent sur leur chemin.
Ne vous étonnez pas, T. R. Père, de me voir aujourd’hui dans la position que j’occupe en France, bien qu’indigne, vous offrir l’expression de ma reconnaissance et de ma cordiale affection. La Congrégation des Oblats de Marie immaculée et celle des Clercs de St-Viateur, bien lus petite certainement, ont originé, toutes deux en
rance, à peu près à la même époque et ont été trans-
lantées sur le sol fertile du Canada par le saint et vénéré Évéque Ignace Bourget, de sainte mémoire, à peu d’années d'intervalle, et toujours il a existé entre les deux communautés des liens et des rapports tout particuliers que je souhaite, de tout mon cœur, voir se continuer.
Veuillez agréer, T. R. Père, l'hommage de ma respectueuse considération et l’assurance de mes sentiments dévoués en N.-$.
P. D. Lagos, Ptre, Supérieur Général, C. St-V.