LES PAROISSIENS DE NOTRE-DAME D'OTTAWA
La réponse duhérosdela fête était attendue avecanxiété ; il se leva et se tournant vers Mgr l’Archevêque, ilmurmura À voix basse quelques paroles de remercîment ; on sentait bien que l’émotion gênait l’expression de sa pensée, mais : bientôt, il put se maîtriser et il commença d’une voix vibrante et pleine de feu à raconter les tristesses de l’absence, les joies du retour, et son entrée providentielle dans la Congrégation des Oblats avec une éloquence, qui trahis-
sait le docte professeur d’autrefois et qui fit couler bien des larmes.
“ Vous voyez, dit-il, À mon air embarrassé que je ne vis plus dans les villes, j'habite aux bords d’un fleuve qui n’est point l’Ottawa, ni même la rivière Rouge, ce serait encore trop civilisé pour moi, on l’appelle le sinueux Assiniboine.
Lorsque je quittais Ottawa, il y a près de 17 ans, mon cœur était plein de tristesse, mais il me fallait aller réaliser dans les prairies du Nord-Ouest la devise de la Congrégation à laquelle j'ai le bonheur d’appartenir : ‘ Jai été envoyé pour évangéliser les pauvres,” et souvent depuis, j'ai pensé à vous tous. ;
Que de fois je me suis promené sur les rives sauvages du fleuve tortueux, après avoir, en quelque sorte suspendu ma harpe brisée aux saules de la grève ! et je me demandais alors : ‘‘ Est-ce que mes anciens paroïssiens d'Ottawa pensent encore à moi ? ” Et comme les Hébreux aux bords des fleuves de Babylone, j'ai versé des larmes. Super flumina Babylonis illic sedimus ac flevimus.
Mais je vois que, vous ne m'avez pas oublié, et je vous en suis reconnaissant.
Je constate aussi que vous avez gardé le souvenir du premier évêque de ce diocèse, le bon Mgr Guigues, et je vous en remercie aussi de tout mon cœur.
Lorsqu'il vous à quitté pour le ciel, vous disiez : ‘t Quelle perte énorme nous faisons ! ” et vous aviez raison. Mais le ciel s’est montré pour vous prodigue de ses dons, et il vous a donné dans la personne de votre digne archevêque un père et un guide, qui vous a conduit encore plus loin dans les voies du salut, et qui a su donner aux œuvres commencées le développement merveilleux que je contemple aujourd’hui. Ah! Quand je songe à ce qu'était autrefois le petit village de Bytown, e, que je vois aujourd’hui les transformations incroyables qui en ont fait une ville magnifique; quand je jette les yeux sur cette radieuse basilique décorée avec tant de goût et de richesse, sous la direction d’un véritable artiste M. le chanoine Bouillon, i! me semble que je suis sous l'illusion d’un beau rêve. Mais, grâce à Dieu, c’est bien une réalité; le grain de sénevé est devenu un grand arbre, et ses branches irnmenses abritent un peuple nombreux.
Bénissons Dieu ensemble de toutes ces grandes choses qu’il a accomplies parmi vous.
Pardonnez-moi, si je prolonge une réponse que j'avais romise bien courte: vous savez que les vieillards aiment EN TANer les souvenirs d’un passé qui leur est toujours
cher,