‹ Circulaires annuelles d'Auguste Comte [microform]Chapitre 9 sur 10 · TT · texte numérisé non relu

TT

^mg^

^w^-'tb'wî:

lOI

capital et le travail, tandis qu^elle y peutdayantage détourner les pauvres d'une agitation uniquement profitable aux déclamateurs. Tous ces privilèges de la situation américaine recevront un prochain essor, d'après les travaux continus du digne apôtre qui vient de s^y caractériser et du noble prolétaire qu'il a pleinement adjoint à l'association régénératrice. • Je devais spécialement attendre de l'impulsion anglaise le mémorable opuscule politique où Tun de mes meilleurs disciples, profondément imbu de ma théorie historique, a dignement terminé cette année décisive en inaugurant la diplomatie positiviste par l'application la plus convenable. Chez le peuple où les vues de détail ont le plus entravé les pensées d'ensemble, le positivisme social ne peut immédiatement pénétrer d'après une exposition générale, directement contraire à la confusion officielle des deux pouvoirs. Un régime qui représente l'établissement de la dynastie anglicane comme ayant spécialement préservé ce pays de la grande crise occidentale, doit aujourd'hui repousser toute régénération intérieure. Mais il reste pleinement accessible à la rénovation de sa politique extérieure, actuellement dépourvue d'un plan quelconque. L'anarchie occidentale ayant d'abord affecté les relations internationales, c'est aussi par elles que la nouvelle spiritualité doit maintenant installer son influence sociale. En politique, comme en logique, les principes les plus importants devant d'abord prévaloir envers les questions les plus simples, la diplomatie positiviste ne pouvait convenablement surgir que dans le cas le moins orageux. Tels sont les principaux

motifs du précieux opuscule qui tend à régénérer la politique britannique en flétrissant, d'après un rapprochement décisif, l'outrage que subit, depuis un siècle et demi, la plus énergique des nations occidentales.

Moins de deux ans ont donc suffi pour réaliser la prévision finale de mon principal ouvrage, le prochain avènement spontané, parmi les âmes régénérées, d'unJ . digne apostolat positiviste, tant pratique que théo-j rique, qui nous délivre de la dangereuse assistance* des littérateurs quelconques. La formation de notre sacerdoce est moins avancée, parce que, avec une difficile préparation encyclopédique, il combine une rare harmonie entre le cœur, l'esprit, et le caractère ;| sans que je révoque, à cet égarî, les espérances propres à ma septième circulaire. Quand il aura suffisamment surgi, son service, public et privé, sera plus moral qu'intellectuel, et recourra davantage à la parole qu'à la presse, malgré la destinée exceptionnelle de son fondateur.

Pour compléter l'appréciation des divers progrès du positivisme pendant la principale année de son installation, je dois maintenant remarquer qu'ils ont tous été naturellement restreints^ quelques âmes régénérées, sans aucun concours actif de l'ensemble des vrais croyants. La planète humaine contient déjà cinq cents positivistes au moins, que mes circulaires finissent par atteindre d'après mes volumes. Ainsi, l'exiguïté du subside sacerdotal est surtout due à ce que les quatre cinquièmes d'entre eux n'y prennent jamais part, toute insuffisance personnelle étant d'ailleurs inadmissible envers une cotisation annuelle qui peut se borner à

io3

cinq francs. Voilà comment la plupart de mes adhérents deviennent involontairement complices de la seule perse'cution habituellement possible dans un milieu qui met hors d'atteinte la vie, et même la liberté, des vrais régénérateurs. Outre que tous mes lecteurs assidus reconnaissent les obligations sociales des richesses personnelles, tous admettent la division des deux puissances, et les devoirs matériels de la masse active envers l'élite contemplative, nourrie de libres subsides, Jusqu'à ce que son budget officiel résulte de la conversion universelle. En considérant l'avènement du catholicisme, ils peuvent tous sentir que mes contemporains seront surtout jugés, individuellement et collectivement, d'après leur conduite envers le positivisme : deux flétrissures personnelles ont déjà prouvé que j'ose, à cet égard, devancer la Postérité. Je dois donc attribuer la coupable inertie de la plupart de mes adhérents à ce que leur conversion n'a point passé de l'esprit au cœur, principale source de la conduite; ce qui fait naturellement espérer une prochaine amélioration, à mesure que la vraie théorie de l'unité leur fera mieux apprécier le sentiment.

Synthétiquement considérée, la réorganisation occidentale doit surtout consister à reconstruire la vénération normale de s faibles pour les forts d'après un dévouement exceptionnel des forts aux faibles. Cette abnégation continue ne saurait maintenant émaner que du sacerdoce positif, auquel tous mes vrais disciples, tant pratiques que théoriques, resteront spontanément associés jusqu'à ce que les gouvernements aient librement transféré le commandement aux hommes d'État régé-

nérés. Outre que le patriciat normal ne peut immédiatement surgir, la puissance personnelle qu'il exige l'empêcherait de fournir un type suffisant du dévouement social, propre àstiniulerla vénération populaire sans la supposer. Les vrais positivistes ne peuvent donc prévaloir qu'en développant, chez eux-mêmes, pour les exciter en autrui, les trois instincts connexes dont la systématisation constitue le^principal privilège de leur foi. Voilà pourquoi je dus, à tout risque, au début de ma construction religieuse, refuser toute existence officielle, et même des pensions quelconques, sans retirer aucun profit personnel de mes divers travaux, afin de ne plus vivre que d'un libre subside, longtemps insuffisant. Tous ceux de mes adhérents qui continueraient à s'abstenir du facile concours imposé par leurs convictions seraient bientôt assimilés aux faux positivistes qui, lettrés ou riches, repoussent la réorganisation spirituelle pour perpétuer l'indiscipline morale. Je puis donc espérer que le subside régénérateur pourra prochainement permettre l'essor systématique du sacerdoce normal et de l'apostolat théorique. La réorganisation spirituelle est tellement urgente que le positivisme y devra bientôt obtenir l'appui continu de toutes les âmes vraiment religieuses, qui, surtout féminines, sans partager notre foi, seconderont nos efforts pour préserver l'Occident du matérialisme universel. Elles peuvent déjà sentir combien la vie humaine, tant privée que publique, a besoin d'être systématiquement réglée, dans une situation où l'empirisme politique ne maintient Tordre matériel qu'en altérant l'ordre moral. Que les vrais positivistes se mon-

miilH ■■r'Pi;A4(ajl^

trent habituellement dignes d^une telle assistance en élevant leur conduite, personnelle, domestique, et civique, au niveau de leur foi ; les âmes impartiales ne tarderont pas à leur accorder une admiration qui bientôt s'étendra de la personne à la croyance. Ils seront ainsi reconnus les seuls hommes véritablement complets que comporte l'anarchie occidentale, et leur présidence sociale, d'abord religieuse, puis politique, sera dès lors incontestée. Mais cet ascendant nécessaire suscite le danger déjà sensible, de développer en soi la surexcitation continue de l'orgueil et de la vanité d'après nos efforts mêmes pour la guérir en autrui, vu l'opinion exagérée que nous sommes ainsi conduits à concevoir de notre propre mérite. Une telle chute doit maintenant déterminer la principale sollicitude de tous les vrais positivistes, qui déjà prévaudraient s'ils étaient assez unis et disciplinés : leurs sentiments seuls retardent le triomphe social d'une doctrine pleinement adaptée à la situation correspondante. Cette entrave sera graduellement surmontée d après une meilleure appréciation de leur destination et de leur croyance, qui concourent à leur prescrire, par-dessus tout, le perfectionnement moral, seule source de l'unité réelle, et, par suite, de la dignité comme du bonheur.

Il doit aujourd'hui consister principalement à reconstruire la vénération chez les âmes d'élite, seules vraiment disciplinables dans une génération anarchique, qui ne peut être, sinon transformée, du moins dominée, que d'après leur propre rénovation directe. Les dignes positivistes doivent donc fournir l'exemple continu, non-seulement d'une subordination religieuse

io5

envers leur chef spirituel et ses délégués quelconques, mais aussi d'une obéissance civique à toutes les autorités temporelles, quelle que soit leur origine. Au milieu d^une agitation empirique, ils feront systématiquement sentir l'importance de conserver le commandement et la richesse chez leurs possesseurs actuels, qui ne peuvent sincèrement élaborer l'avenir social tant qu'ils restent naturellement préoccupés du présent personnel.

On aurait incomplètement apprécié Tinsuffisance spontanée du subside occidental, si l'on méconnaissait les avantages, même intellectuels et surtout moraux, qui jusqu'ici compensèrent les inconvénients, privés et publics, d'une telle détresse. Elle m'a spécialement préservé de l'orgueil, écueil ordinaire d'un pouvoir naturellement enclin à la vanité ; son influence extérieure m'a fait mieux juger mon entourage, suivant la naïve remarque spécialement citée dans ma septième circulaire. Je dois même souhaiter que l'accroissement nécessaire du subside sacerdotal ne soit pas plus rapide que celui du service correspondant. Le positivisme est tellement opportun que, à chaque secousse sociale, on a communément supposé qu'il allait bientôt obtenir un grand ascendant, que la confusion des deux puissances dispose à croire plus temporel que spirituel. Souvent le zèle, et quelquefois la souscription, de certains adhérents tinrent à l'espoir d'atteindre ainsi l'élévation qu'ils ambitionnent, ou du moins l'aisance et l'estime qu'ils désirent sans les mériter : si le subside eût été plus large, ils m'auraient peut-être trompé. Quoi qu'il en soit, je me sens assez averti pour oser

Page 1