MAXILLIPÈDES DES FEMELLES OVIGÈRES
HANSEN (1890) à montré que chez les Cirolanides, les © ovigères subissent une transformation des max:llipèdes, qui à pour effet d’associer la région basale de ces appendices aux oostégites, pour fermer complètement la poche incubatrice du côté antérieur. J’ai observé le même fait chez Sphæromides,
et la figure v représente le maxillipède d’une femelle pourvue d’oostégites complètement développés, mais non ovigère.
On y remarque trois expansions membraneuses, x, y et z, dont les bords libres sont garnis d’une rangée de tiges ciliées ; ce sont
ces productions qui complètent = en avant la poche incubatrice. \£'|
HANSEN (1890, p. 425) et LLoyDp (1908, p. 97) les interprètent de façons diverses, et, avant de me prononcer sur cette question, je tiens à examiner d’abord la valeur morphologique des divers articles du maxillipède.
HANSEN (1890 et 1893, p. 194), avec juste raison semble-t-il,
. E ART 2 soutient que les appendices seg- NE CAE mentaires des (Crustacés sont 5 LÉ.
constitués typiquement par une Y ue
région basale (sympodite) de trois articles, surmontée par deux rames, l’exo et l’endopodite. Il retrouve ces régions dans les
maxillipèdes des Isopodes de la M à : 2: DA façon suivante : une petite pièce pic. v.— Maxillipède droit d'une Q ovigère de Sphæœromides Raymondi, face ventrale. Les soies marginales du palpe n’ont pas été figurées, x 27.
1, 2 et 3 : Præcoxa, coxa et basis
du maxillipède avec une lacinie du sympodite; #, y et z: lames des coxa, præcoxa et basis ; 4, 5, 6, 7 et
(lobe masticatoire) serait l’article 8: les cinq articles du palpe ; Z : lobe masticatoire (lacinie de l’article III).
chitineuse à la base, serait l’article I (Praecoxa) ; le corps
II (coxa); et le court article
suivant, l’article III (basis) du sympodite. L’exopodite aurait disparu, et il ne resterait que l’endopodite à quatre articles ou palpe. J’ai adopté jusqu’à présent cette interprétation de confiance. Mais l'examen personnel que je viens de faire de la question, m’incite à une interprétation différente, déjà exposée par Mure Enwarps et BOUVIER (1902, p. 950). Ces auteurs
292 E.-G. RACOVITZA
ont trouvé chez Bathynomus Dôderleini, deux pièces chitineuses en arrière du corps du maxillipède. J’ai trouvé chez Sphæromides $ ovigère, également deux pièces chitineuses (fig. v, 1 et 2) au même endroit. Ces découvertes, postérieures aux mémoires de HANSEN, nous permettent d'interpréter plus correctement la structure de l’appendice. Le corps du maxillipède devient le basis, troisième article du sympodite, et le palpe acquiert maintenant 5 articles homologues aux cinq articles terminaux des péréiopodes. |
Livop (1908, p. 97, fig. 6 et 7) a pu étudier les maxillipèdes de © jeunes et ovigères de Bathynomus giganteus ; il décrit et figure trois plaques chitineuses à la base de ces organes, sans se prononcer sur leur valeur morphologique. Or, il est manifeste que celles désignées par 1 et 2 sont les équivalents des lames 1 et 2 du Sphæromides, c’est-à-dire les praecoxa et coxa. La 3 est un reste de l’épipodite bien développé chez le 5.
Liyop décrit l'expansion membraneuse chez les © ovigères, comme formé par une lamelle unique à bords garnis de tiges ciliées ; je doute fort que sa description soit exacte. Sa figure 7 montre au moins deux lames distinctes, l’une marquée Oo, l’autre, inférieure, grisée. J’en ai trouvé trois très nettes chez Sphœromides (fig. v). La lame z n’est manifestement que le prolongement du bord externe du basis (3€ article), et elle est homologue à ce que LLoyD désigne par Oo. HANSEN (1890) l'avait, du reste, correctement interprété. LLYoDp à donc tort de l’homologuer aux oostégites vrais, qui ne sont, certainement, jamais des appendices basaux.
Les deux expansions suivantes sont plus difficiles à interpréter. HANSEN (1890) désigne celle que j’ai notée y, comme une’transformation de l’épipodite ; ce me semble exact. L’épipodite est une expansion externe du coxa (2e article). Les oostégites sont considérées comme appartenant au même article, et on serait tenté d’homologuer ces deux formations, mais à tort, à mon avis. Les lames z et y (fig. v) sont homologues étant les expansions du bord externe de leurs articles
respectifs, tandis que l’oostégite est une expansion du bord interne. On ne peut donc homologuer l’oostégite à l’épipodite.
La lame x (fig. v) se montre comme une expansion du bord interne de l’article 2 ou coxa et peut être aussi de l’article 1 ; il n’est pas possible de le reconnaître avec certitude. Elle paraît correspondre à ce que LLOYD nomme «a curious process » et qui appartient au « basal joint ». Cette lame occupe en tout cas la même situation, par rapport à l’article, que l’oostégite vrai, avec lequel on peut l’homologuer.
. Chez les So de Sphæromides et chez les © jeunes, les trois articles du sympodite et l’épipodite sont complètement fusionnés et ne peuvent pas être délimités.
La formation des expansions chez << Ep les © ovigères paraît donc disso- .
Le le LUS dans ses par- Le À ties constituantes. LE 4 —
Contrairement à ce que pense Fic. VI. — Base du maxillipède droit à d’une © jeune de Sphæromides Ray- Liyonp, la transformation du MOTS done ie)
11. A , 8 : basis; ep : epipodite; x : prolongemaxillipède des 2 ovigeres n'est ment qui, probablement, fournira la
pas spéciale au Cirolanides lame du præcoxa chez la femelle ovigère. elle existe aussi chez les autres Cymothoïdes, chez les Épicarides, chez quelques Asellotes et chez certains Sphéromiens. Comme on la retrouve chez Bathynomus et Sphæromides, formes très anciennes, l’idée vient naturellement de considérer: cette transformation comme typique chez les Isopodes, et de considérer son absence comme une adaptation secondaire. Il est possible aussi comme je l’ai indiqué ailleurs (1910, p. 642) qu’on ait affaire à une adaptation secondaire effectuée d’une façon indépendante et parallèle dans diverses lignées d’Isopodes. Il ne me semble pas qu’on puisse trancher actuellement cette question.
LLoyD a trouvé chez les © non ovigères de Bathynomus
294 E.-G. RACOVITZA
giganteus un faible lobe membraneux de l’article 1 du maxillipède ; cet appendice prend une considérable extension chez les © ovigères. Je le considère comme la lame du coxa. Les © non ovigères de Sphæromides présentent le même caractère (fig. vi, x). Comme LLoyD, je n'ai trouvé chez les & aucune
trace de cette formation.
MORPHOLOGIE DU SYMPODITE DES PLÉOPODES.
Les pléopodes sont des appendices segmentaires. Si la théorie plusieurs fois mentionnée de HANSEN est vraie, leur sympodite devrait être formé par trois articles. HANSEN ne trouva cependant qu’un seul article chez toutes les espèces qu’il étudia.
Aussi est-ce avec satisfaction légitime qu’il signale (1903, p. 24), que MILNE-EDpwaRrDs et BOUvIER (1902, p.
154) ont retrouvé des
rudiments des deux
s premiers articles chez | Pathynomus giganteus.
NEA . , Il croit que cette dé- F1G. VII, — Sympodite du pléopode I droit © de Sphæro- couverte est rendue mides Raymondi, face ventrale. x 30.
e : exopodite ; E : endopodite ; S : sternite ; 1 : possible par la grande rudiment de l’article I (præcoxa) ; 2 : rudiments de : k l’article IT (coxa) ; 3 : article III (basis). taille de cet animal.
En réalité, cette condition n’est pas suffisante. Il faut que l’espèce soit un relicte, ayant conservé la structure ancestrale des pléopodes. La preuve de ce que j’avance se trouve chez Sphæromides.
Ce Cirolanide n’est pas plus grand que beaucoup d’espèces
de la famille ; il présente cependant un sympodite constitué
CTROLANIDES | 295
comme celui du Bathynomus. Le sympodite du pléopode I, vu par la face ventrale (fig. vIr), montre très nettement que la membrane qui réunit l’article 3 (3) du sympodite au sternite (S) contient une lame chitineuse antérieure (1) et deux amorces de lames chitineuses postérieures (2, 2). Si l’on observe le même sympodite par la face dorsale (fig. vrIr), on voit que les amorces chitineuses se conti- EE a
nuent chacune par a Ps une forte bande chiti- de
neuse (2, 2); les deux bandes sont séparées par un étroit espace.
Le mouvement continuel des pléopodes autour d’une charnière virtuelle passant par les articles I et II, et la nécessité de cacher les délicats pléopodes sous le pléotelson, ont amené une réduction des ar-
ticles antérieurs du Fic. VIII. — Sympodite du pleopode I droit © de Sphærosympodite. Sur la face mides Raymondi, face dorsale, x 30. Mêmes lettres que figure VII.
ventrale, qui subit moins de compression, un rudiment de l’article I (praecoxa) a persisté ; sur la face dorsale, il ne reste plus trace de cet article, mais le coxa est encore presque complet. Aux sympodites postérieurs, qui ont à leur disposition un espace très restreint, les restes des articles antérieurs sont à peine discernables, ou ont complètement disparu.
Livon (1908, p. 98, PL. X, fig. 3) a trouvé chez ses exemplaires de Bathynomus giganteus quatre lames ventrales et une dorsale aux sympodites. Il paraît ignorer leur signification morpho-
logique, mais très impressionné par le fait que les échantillons
296 E.-G. RACOVITZA
décrits par Mrcne-EpwarDps et BoUvIER n’ont que trois de ces lames, il se demande s’il n’y à pas là une différence spécifique. En réalité, la pièce qu'il désigne par 1 est un reste de l’article I, et les autres lames, des fragments de l’article II. Le nombre et la forme de ces fragments n'a aucune importance taxonomique ; il s’agit, en effet, de variations fluctuantes et désordonnées d’un organe rudimentaire.