CE QUE REPRÉSENTE LE SUFFRAGE UNIVERSEL
du suffrage universel, les voix non représentées à la Chambre étaient plus nombreuses que les voix représentées. C'était donc une minorité qui l'emportait, et cela parce que le droit de voter ne comporte pas jusqu'ici le devoir de voter, et que les abstentions ajoutées aux bulletins annulés pour vice de forme, et aux voix en minorité relative, ont donné, en droit, une majorité relative qui était, en fait, une minorité !
Si l'on admet que la souveraineté réside dans l'universalité des citoyens, il faudra admettre aussi que cette universalité étant composée, en majorité, d'hommes qui ignorent les questions de gouvernement, la souveraineté réside dans l'ignorance. Il faut admettre enfin que cette collectivité d'ignorants a tous les droits et tous les pouvoirs, sans aucun devoir, car qui a tous les pouvoirs peut impunément repousser tous les devoirs, méconnaître la justice et toutes les règles du bon sens. Bref, c'est un souverain absolu, un tyran, contre lequel il n'y a aucun recours, qui peut, à sa guise, supprimer les institutions qui lui déplaisent, priver de leurs droits naturels, et même de leur liberté, une partie des citoyens, celle qui est en minorité.
Et quel tyran plus redoutable que le nombre ?
On peut tout contre un homme; on peut encore quelque chose contre une assemblée ; on ne peut plus rien contre la foule anonyme.
Ce qui est incontestable, c'est le libre exercice des droits naturels, au nombre desquels figure la participation des citoyens à la direction des affaires publiques.
Encore faut-il qu'ils en soient capables, et tous les peuples ne sont pas assez avancés dans la voie du
progrès, pour exercer cette portion de souveraineté. Ce serait un tel saut dans leur histoire que, se trouvant dans l'inconnu, ils en perdraient la tête.
En fait, la souveraineté n'appartient à personne, ni à un homme, ni à quelques-uns, ni à tous, car chacun peut en mésuser, le nombre aussi bien que l'unité. Elle n'est à personne parce qu'elle implique un droit absolu qui est la tyrannie ; elle appartient aux institutions et non aux hommes.
Ces institutions peuvent être la monarchie constitutionnelle ou une république dont les pouvoirs sont partagés et équilibrés.
Il n'y a que ces deux termes qui soient acceptables, car un empereur ne peut être qu'un dictateur élu à vie, ou un monarque héréditaire ; dans ce dernier cas, il rentre dans le cadre de la monarchie, et le titre d'empereur ne signifie rien de plus que celui de roi.