LA RÉFORME DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Pour moraliser le suffrage universel, il faudrait nécessairement en exclure ceux qui préfèrent la mendicité au travail, ceux qui se disent ouvriers et fournissent des certificats de complaisance, alors qu'ils ne vivent que de la mendicité, du vice ou du vol. Le vice est ce qu'on appelle « le vagabondage spécial » et c'est ce qu'une loi a voulu inutilement réprimer. Tout sera inutile, tant qu'on n'aura pas exclu du droit de vote ces hommes dont la conscience est à vendre, si toutefois ils ont une conscience.
Quand on aura ainsi émondé le suffrage universel, il sera plus honorable d'être électeur, et l'on attachera plus de prix à cette qualité. C'est vers ce but qu'il faut se diriger. Mais pour assainir le suffrage universel, il faudra encore poursuivre énergiquement toute fraude électorale et condamner les fraudeurs aux peines les plus sévères. Il n'est pas admissible que le suffrage universel soit à la base des institutions politiques d'un pays, et que cette base soit truquée comme une scène de théâtre. C'est alors la comédie du suffrage universel. C'est la souveraineté donnée à un mannequin qu'on fait mouvoir par des ficelles.
Il faudrait enfin réduire le nombre des faveurs dont dispose un gouvernement, et annuler toute élec-
tion où l'on constaterait l'influence de l'argent, l'usage de promesses et défaveurs gouvernementales, comme aussi l'intervention d'une menace quelconque. Sur ce point, cependant, il faut renoncer à une prompte réforme : aucun gouvernement ne se laissera volontairement désarmer, et aucune majorité gouvernementale ne consentira à annuler les opérations de vote qui l'ont portée au pouvoir ou l'y ont maintenue.
Là encore il y a un vice d'organisation. On conçoit qu'une Assemblée Constituante, et par conséquent unique et souveraine, ait vérifié elle-même ses pouvoirs, en l'absence de toute juridiction spéciale, et en raison même de sa souveraineté. Le cas n'est plus le même pour une Assemblée législative, non plus que pour le Sénat. Ce soin devrait appartenir à une juridiction spéciale, et nulle assemblée ne devrait pouvoir délibérer utilement ou du moins légiférer avant cette vérification des pouvoirs.
On dira que cette nouvelle assemblée peut avoir à voter le budget avant la fin de l'année, et que le temps presse, si elle a été élue en octobre. Il serait pourtant facile d'établir, une fois pour toutes, que le budget d'une année est valable pour l'année suivante, sauf modifications apportées par le Parlement. On éviterait ainsi la lecture fastidieuse et le vote incessant des mains levées sur chaque article du budget, dans les séances des Chambres. On se bornerait à étudier les amendements, augmentations ou diminutions, celles-ci bien rares.
La juridiction compétente pour vérifier les élections parlementaires devrait être le Conseil d'Etat, s'il avait son inamovibilité et des retraites, comme la Cour de cassation, c'est-à-dire sa complète indépen-