‹ Citoyens, animaux, phénomèmesChapitre 12 sur 39 · UN JEU NOUVEAU · texte numérisé non relu

UN JEU NOUVEAU

C'est vrai qu'on n'est pas juste pour les femmes, dans la société moderne.

Quand on veut bien leur procurer des emplois, ce sont toujours des emplois désagréables.

On a eu l'air de leur concéder un grand privilège en leur réservant les places d'employées des téléphones.

iMais c'est un emploi dont aucun homme ne se fût accommodé.

Les demoiselles du téléphone ne peuvent même pas lire leurs feuilletons ou leur roman favori au bureau, où elles sont constamment dérangées par des sonneries.

La clientèle des téléphones est plus gênante

pour les préposées que le public qui se presse aux guichets dans les diverses administrations, et qui, lui du moins, n'a pas à sa disposition cette sonnerie barbare pour tracasser les employés et les faire sursauter aux plus belles pages, aux passages les plus touchants d'Elle et Luiy de François le Ghampi ou du Roman d'une honnête femme!

On s'imagine que les demoiselles du téléphone s'amusent beaucoup à écouter les conversations des abonnés.

Si l'on savait à quel point ce passe-temps est fastidieux, et comme elles s'en lassent vite I Et combien de propos banals, de conversations oiseuses il faut subir, avant de surprendre une confidence intéressante I

Et, la plupart du temps, quand ces conversations sont dépourvues d'intérêt, elles ne sont pas sans développer de pénibles sensations d'amertume et d'envie chez les demoiselles du téléphone. Est-il agréable d'écouter les épanchements amoureux de tel abonné de Wagram et de telle abonnée de Gutenberg? Et ça fait-il toujours plaisir d'entendre le fin gourmet du

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