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LE TUYAU

Tire-tes-Pieds n'avait pas mangé depuis trente-six heures, quand il fit près du pont de Ghatou la rencontre d'un jeune homme sans domicile, qu'on appelait communément le Petit Baron, probablement à cause d'un court paletot beige qu'il portait depuis huit ans.

Ce paletot conservait encore beaucoup d'élégance, malgré certaines coutures supplémentaires qui n'étaient sans doute pas dues à l'aiguille du tailleur originel.

Le Petit Baron n'avait pas trouvé de chaussure assez fashionable pour aller avec son pardessus et avec son pantalon d'artilleur. Aussi marchait-il presque toujours nu-pieds.

Il portait sa nourriture dans un sac de toile. Il se nourrissait des mêmes plats que les habitants des plus riches villas; il les mangeait simplement deux ou trois jours après eux.

Il offrit à Tire-tes-Pieds un pilon de faisan un peu dégarni, un gruyère et du pain.

Puis il lui confia que les habitants de la villa des Azalées étaient partis le matin môme aux bains de mer.

Tire-tes-Pieds s'intéressait beaucoup aux « déplacements et villégiatures ». Le Petit Baron était mieux renseigné que n'importe quel informateur mondain, du moins en ce qui concernait la banlieue Ouest.

Tire-tes-Pieds résolut de visiter la villa des Azalées, puisque l'occasion lui permettait de s'y présenter sans déranger personi^e. Il ne fallait compter que pour mémoire un vénérable serviteur qui couchait -au rez-de-chaussée, ce C'est rare, dit Tire-tes-Pieds en fnontrant son couteau à virole, si ce vieux aura le cou plus dur que ce bougre de morceau de pain. »

Tire-tes-Pieds promit au Petit Baron de lui

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