‹ Civilisateurs et conquérants--Chapitre 11 sur 19 · HUA AT · texte numérisé non relu

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Aussitôt que le colonel Verrière , commandant militaire de Bastia, averti de la descente du roi de Naples en Corse, et pressé par son propre zèle et par le zèle des royalistes de son parti d'agir contre le fugitif de Toulon, eut appris que Murât était à Vescovato, il lui adressa, par un parlementaire, une sommation de se remettre entre ses mains jusqu'à ce que le roi de France eût prononcé sur son sort. Murât, déjà garanti à Vescovato par l'inviolable hospitalité des Colonna, et bientôt entouré de paysans, de pasteurs et d'anciens soldats armés pour sa protection, refusa d'obéir, en alléguant, pour motiver son refus, l'absence d'autorité légale et souveraine dans l'île. En recevant cette réponse, le' colonel Verrière publia une proclamation qui déclarait le roi de Naples, Murât, ennemi du roi de France et perturbateur du repos public. Un détachement de quatre cents hommes, appuyé par un corps de gendarmes, marcha à Vescovato pour faire exécuter

MURAT. m

les ordres du gouvernement et pour s'emparer de Murât.

Mais déjà Murât était une puissance inattaquable dans le noyau des hautes et belliqueuses montagnes où il s'était cantonné. Chez les uns,*le dévouement héréditaire à la famille Golonna, dont il habitait le seuil ; chez les autres, les droits sacrés de l'hospitalité, qjïasmmQ opinion ne leur ferait oublj/^r, ni trahir; chez ceux-ci, la popu^ité avea^riëre 4u rai de Naples ; chez ceux-là, la mémoire des anciennes guerre^ dans lesquelles ils .<^^îen^ serv^ «PjiS ses /ordres; chez les plus ambitieux, re$pér;ance i(ie parti^er ses périls et les dépouilles d'un/e expé-r ditioo de cet ancien souverain pour couqui^ir ^n royaume ; chez les cupides, la solde que Murât distribuait sur les sommes qu'il avait apporltéas m qu'il escomptait sur Paris, tout cela avait groupé à Yescovato, aujtour du roi de NapLes» «m millier d^ défenseurs armés et prêts à tout pour sauver» suivre ou venger ce proscrit populaire. Le dét^hement envoyé de Bastia, intimidé par le nombre» par |# résolution de ses partisans et par la force p^turelle des lieux, revint saas sa proie 4 Bastia.

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Cette petite armée de Murât et rattachement des montagnards le pressaient de lever l'étendard de l'indépendance de Tîle en son propre nom, et de s'emparer de Bastia. Il s'y refusait encore, affirmant toujours qu'il ne voulait rien entreprendre contre le roi de France, et qu'il se bornait à pourvoir à sa sûreté et à sa dignité sous la garde de ses hôtes belliqueux.. Mais déjà ses partisans autour de lui faisaient violence à sa réserve affichée ou sincère, et recrutaient hardiment des hommes, des armes, des munitions, des subsides pour sa cause. 11 fermait les yeux et semblait flotter lui-même, indécis, entre une insurrection de l'île en sa faveur et une expédition sur les côtes de son ancien royaume.

La certitude d'échouer devant l'Europe après un succès momentané dans l'île de Corse, et la médiocrité de la conquête proportionnée au danger le détournèrent de la première idée et le précipitèrent dans la seconde. Le désespoir surtout et l'ara-

bition d'imiter et de surpasser Napoléon, en rentrant à Naples et en s'y maintenant, le poussèrent en aveugle à ce pas funeste de sa vie. Ses ressources pécuniaires s'épuisaient, il ne pouvait supporter le poids de l'oisiveté, ni l'humiliation d'une vie privée et obscure après une vie de tumulte dans les camps ou de splendeur sur un trône. Des peines domestiques ajoutaient leur amertume secrète et leur incitation à ses revers politiques. Il adorait sa femme, jeune, belle, ambitieuse, avide de pouvoir et d'éclat. Il était jaloux de ses faveurs d'esprit présumées pour de jeunes généraux de sa cour, dont elle avait semblé quelquefois préférer les conseils à sa propre politique. 11 était humilié de l'avoir fait descendre du trône où elle l'avait élevé par son union avec lui. Il était impatient de l'y replacer par l'audace de son génie et par la bravoure de son cœurs il s'indignait du rang vulgaire où il allait laisser ses enfants, qu'il adorait comme leur mère. Son cœur troublait sa tête. Il prit le vertige de l'orgueil, de l'amour et du trône. Il se donna, pendant trois semaines de séjour dans ces montagnes, le délire ou les illusions dont il avait besoin pour justifier sa démence.

ri4 MURAT.

« Je suis adoré à Napleâ, disait-il à ses cofllîdents, et comment ne léserais-je pas? je n'ai fait que du bien aux Napolitains que j'ai gouvernés avec mon cœur, et dont j*ai relevé le nom militaire dànsi les camps en le couvrant de rues propres exploits. J'ai affranchi le peuple, j'ai relevé la noblesse, j'ai aguerri les soldats, j'ai aimé les paysans, j'ai policé, administré, enrichi le royaume. J'entends encore d'ici les acclamations de la multitude sur mon pa»saige toutes les* fois que je rentrais en triomphe dans tna capitale, de retour de nos campagnes avec là grande armée. Grand Dieu ! quels souvenirs ces applaudissements d'une nation éveillent dans mori âme! Naples et mon peuple m'obsèdent de leur continuelle présence ! » Et fondant en larmes à ces tableaux : « C'en est trop, disait-il, je ne puis plus vivre et mourir que pour mon peuple. Nous verrons Naples, nous verrons Naples, hâtons-nous de partir! »

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