‹ Civilisateurs et conquérants--Chapitre 10 sur 19 · II · texte numérisé non relu

II

plage. Ils s'arrêtèrent à ce dernier parti» le plus sage de tous, .et coururent quelques bordées vis-à-vis de la côte. Mais ces manœuvres suspectes ayant attiré l'attention de la même patrouille royaliste qui avait battu la campagne autour de la retraite du roi, ces hommes hélèrent le bâtiment, montèrent à bord, les armes à la main, vomirent de sanguinaires imprécations contre les bonapartistes et contre le roi de Naples, déclarèrent que s'ils l'avaient trouvé à bord, ils auraient vengé , sans jugement , ses crimes et jeté son corps à la mer. Us ordonnèrent au capitaine, sous peine de saisir son navire, de s'éloigner à l'instant de la côte, et de poursuivre sa route vers la pleine mer, afin d'éviter le soupçon de chercher à embarquer quelques proscrits. Le duc de Rocca Romana, le colonel Bonafoux, les domestiques du roi et ses équipages, cachés pendant cette visite à fond de cale, derrière des ballots de marchandises destinées en apparence pour la Corse, avaient heureusement échappé à l'attention des sicaires.

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Le navire, forcé d'obéir sous peine d'autoriser des soupçons et des patrouilles inévitablement funestes au roi, feignit de reprendre le large après leur départ; mais modérant de nouveau sa course pour donner à Murât le temps et l'occasion de le rejoindre encore, il stationna sous ses basses voiles à portée de la côte pendant les longues heures de la nuit. Rocca Romana, désespéré, voulait se livrer à la mort plutôt que d'échapper ainsi seul, à la place de l'ami qu'il était venu sauver. Les bâtiments armés qui gardaient la côte et qui observaient le navire l'empêchèrent d'aborder de nouveau le rivage ou de s'en rapprocher de trop près.

Pendant ces événements de mer, les bandes qui surveillaient les approches de la retraite de Murât s'étaient éloignées, le roi sortit vers le milieu de la nuit et se glissa, sans être aperçu, jusqu'au point du rivage où le navire devait l'attendre et l'embarquer. Une doutait pas de l'exactitude de ses compagnons

d'armes à s'y trouver et de leur patience à l'attendre. Il savourait déjà d'avance ce sentiment de sécurité anticipée dont il allait enfin jouir en Corse, après la longue oppression de douleur et de terreur sous laquelle il avait vécu depuis trois mois.

Vaine illusion de proscrit, que la fortune raille tour à tour dans ses joies ou dans ses craintes! La plage était déserte et la mer vide. Le roi crut qu'il avait perdu ou devancé l'heure. Il ne se lassa pas d'espérer que le bâtiment allait paraître ou reparaître à chaque vague qui bruissait à ses pieds. Plus troublé cependant à mesure que la nuit s'écoulait et que de nouvelles étoiles se levaient ou se couchaient derrière les montagnes de la rade^ il montait de rocher en rocher, pour apercevoir de plus haut une plus vaste étendue de mer. Il prenait l'écume pour une voile ; il ressaisissait et reprenait sans cesse l'espérance, avec cette obstination de l'homme qui cesse de vivre, s'il cesse d'espérer.

Enfin, les premières clartés du crépuscule du matin répandirent une clarté plus large que celle de la lune sur les vagues. 11 aperçut et reconnut son navire au signalement qu'on lui en avait donné et aux signaux dont ses amis et lui étaient convenus à Toulon. Mais il ne le vit que pour reconnaître en même temps l'impossibilité absolue de l'atteindrei

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Aucun canot n'était à sa disposition sur la plage, et le navire, observé par des bâtiments gardes-côtes, voguait à toutes voiles vers la pleine mer.

Son dernier espoir et ses derniers amis s'éloignaient avec cette voile. Il tomba un moment anéanti sur le rocher d'un écueil, appelant ses amis ou la mort.

Mais il était de cette trempe d'hommes qui ne plient pas longtemps sous le poids des circonstances même les plus désespérées. Exercé par les hasards de sa jeunesse, par le jeu avec la destinée et par les dangers bravés ou évités du champ de bataille, à toutes les extrémités de la fortune, il ne les subissait, comme les grands cœurs, qu'après avoir emplefyé toutes les ressources de sa présence d'esprit et toutes les vigueurs de son courage à les surmonter. Jamais vaincu avant la mort, l'énergie et la souplesse de son âme domptaient, même dans les plus sinistres surprises du sort, les défaillances et les pâleurs de visage, et sa physionomie conservait le sourire et la sérénité de son courage.

Il se releva après quelques minutes données en vain au retour de plus en plus impossible de son vaisseau qui disparaissait à l'horizon sous les lames, et il s'enfonça dans les champs et sous les oliviers

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qui bordent la rade, ne sachant où porter ses pas et ne pouvant néanmoins rester immobile.

Le jour allait le découvrir à ceux qui l'avaient cherché la nuit. La certitude que son asile de la veille était soupçonné et circonvenu ne lui permettait pas d'y revenir, à moins de se livrer à ses bourreaux. Il craignait dans chaque toit qu'il apercevait dans la campagne de rencontrer un délateur ou un ennemi. Il marcha au hasard, évitant le voisinage des forts et les villages, s' éloignant des bords de la mer, ne suivant d'autres sentiers que ceux que son instinct lui montrait comme les plus cachés et les plus déserts, vingt fois tenté de frapper aux portes de quelques, maisons isolées, vingt fois repoussé par la crainte d'y trouver un traître.

Il erra ainsi trois jours et quatre nuits sans autre nourriture que les régimes de maïs qu'il broyait sous ses dents pour soutenir ses forces, et n'ayant pas d'autre manteau que les feuilles des oliviers pour se couvrir la nuit pendant son sommeil contre les intempéries de l'air. Il ne s'éloignait néanmoins pas trop des bords de la rade, et il s'en rapprochait le soir, dans là vague espérance que ses amis, une fois délivrés de l'observation des bâtiments de guerre, débarqueraient aux alentours de la plage convenue et parviendraient à le découvrir et à le ramener au navh:e.

M HCa&T.

Mais aucuo de ses rêves ne s'élaii réalîaé. Le quatrième jour Tars raidi, coBtramt par la faiblesse de ses membres et par la faim, il se déoda à frapper à toot basard à la porte de la premitee maisomiette isolée qui s'offrait à lui, et à teater rbosfâtaUlé ou la mort de la gbàéroénk ou de la trabison des habitants* Il se flattait même de n'être pas reccrnnu et de pouvoir sonder les sentimoits et les cpinions de ses botes, avant de se révéler ou de se dércèer de nouveau de leur seuil.

Sa fortune le conduisit vers une maison de campagne pauvre et rustique^ isolée des autres demeures éparses sur ces ccdUnes et appartf^paiit à un ancien miUtaire retiré du service qui cultivait là le petit héritage de ses pères. Une servante âgée t gouvernante du ménage et du domaine, habitait seule cette maison avec son ms^^^* 1^ maUre était absent au moment où M\wat s' approchait du seuil. Le roi frappa tMnidemc^nt* f^a yic^ilte f^mme quvrlt, et voyant nn

h<Hnine d'une figure noble et dcmce, d'uo costume moitié militaire, moitié civil, mus décent et même riche, elle pensa que c'était on dea amis, coupagnons d'armes de son maître, et le fit e&trer arec confiance dans la maison. Le roi loi dit qu'il était un officier de la garnison de Toulon, nouveau dans le pays, et que, s'étant égaré dans une longue promenade à travers ces campagnes inconnues, il s'était senti presséparla fatigue et par la faim, et qa'i^ avait pensé qu'on serait assez hospitalier dans cette maison habitée pour lui permettre d'y prendre un peu de repos et de nourriture. La grâce et la noblesse de la figure du roi, la pcditesse de ses manières et la firaBckàse honnête de son accent convainquirent et touchèrent la gouvernante.

£Ue ofifrit au roi une place sur le banc de la table de la coisine, et s'occupa à rallumer le feu ^ à chercher des œufs pour lui préparer à dîner. Tout en s'occupant de ces détails de ménage, elle entretenait l'étranger avec cette familiarité domestique du Midi qui met moins de distance que dans l'intérieur de la France entre les serviteurs et les hôtes. Elle lui demanda pardon pour la rusticité des mets qu'elle allait lui offrir, et lui dit que, si son maître l'avait attendu, il l'aurait certainement reçu à une table mieux servie. Le roi, au nom de maître pro-

Doncé par la servante, trembla; mais, cachant son impression sous une feinte indifférence, il lui de* manda négligemment qui était son maître, et s'il était absent pour longtemps de sa démeure. Elle répondit qu'il était sorti seulement pour visiter ses oliviers, et qu'il ne tarderait pas à rentrer. Le roi allait continuer ses interrogations, quand le maître lui-même rentra de sa promenade, et voyant un étranger de noble apparence dans sa maison, déjà assis et mangeant à sa table, il le salua avec une cordiale hospitalité, et s'asseyant vis-à-vis de son hôte, il lui dit qu'il était lui-même en appétit, et il ordonna à la gouvernante de lui préparer un autre plat d'œufs de ses poules et de lui apporter une autre bouteille de son vin. Le roi, en effet, affamé par son long jeûne dans les bois, avait déjà dévoré le pain et les mets qu'on avait mis sur la table, devant lui, avant l'anivée du maître de la maison.

A peine les deux convives étaient-ils assis l'un vis-à-vis de l'autre, à la même table, que le maître de la maison , regardant de plus près et à un rayon de soleil plus direct l'hôte qui était devant lui, reconnut le roi de Naples à la ressemblance parfaite de ses effigies sur les monnaies du grand-duché de Berg et du royaume des Deux-Siciles , se troubla, se leva en sursaut de son banc, et témoignant du regard, du geste et de l'attitude tout le respect et tout l'attendrissement dont il était saisi en face de tant de grandeur et de tant d'abaissement, lui demanda pardon de la familiarité involontaire dont il venait d'user avec un hôte si auguste et si inattendu. Il se hâta de le rassurer sur sa discrétion, et lui jura qu'il, risquerait plutôt mille fois sa vie que de le trahir; et que sa maison, sa fortune et sa personne étaient, sans réserve, à son service.

A cette soudaine exclamation de son maître et aux démonstrations chaudes de respect et de dévouement

qu'il donnait à l'étranger, la vieille femme, qui était occupée à son foyer, se retourna avec étonnement , comprit que l'hôte qu'elle avait reçu était un roi, et laissant d'émotion tomber dans la cendre le plat qu'elle préparait pour son maître, se précipita toute tremblante aux genoux de Murât, et se confondit en excuses et en attendrissement devant lui.

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Murai bénit la Providence qui l'avait mieux dirigé que n'aurait fait le choix. Il passa quelques jours tranquille, heureux et inconnu sous ce toit de Thospitalité. Mais le maître de cette maison étant un des militaires soupçonnés alors de souvenirs et de prédilections impérialistes» un de ceux sur lesquels la police de Toulon avait les yeux les plus ouverts, il ne crut pas prudent d'y prolonger son séjour au delà du temps nécessaire pour s'en préparer un plus sûr. Par les soins de son hôte et d'officiers de marine, ses amis, qu'il avait fait informer de son aventure, il se réfugia dans une autre maison de la campagne de Toulon appartenant à un capitaine de vaisseau et inhabitée en ce moment.

Une seule femme, fidèle, vigilante et sûre, fut mise dans la confidence et consacrée au service du roi dans cette maison que Ton croyait déserte. Les deux officiers de marine de Toulon , seuls confidents de son secret, veillaient de loin sur sa sûreté et lui

apportaient de temps en temps, pendant la nuit, les choses nécessaires à la vie et les espérances d'une meilleure fortune.

Mais le bruit répandu, parmi les exécuteurs des vengeances populaires dans le Midi , de la présence du roi de Naples caché dans les environs de Toulon, et des trésors, et des bijoux imaginaires, dépouille enviée de ceux qui le découvriraient, redoublait l'ardeur des investigations autour de lui. La femme qui le servait n'avait pas une heure de sécurité. Elle veillait toute la nuit pendant le sommeil du roi pour épier les pas et les bruits des patrouilles nocturnes dans la campagne , et pour faite évader son hôte , si les visiteurs armés s'approchaient de la maison.

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Malgré ces précautions et ces discrétions des amis de Murât , le silence et le mystère eux-mêmes semblaient révéler les proscrits. Dans la nuit du 13 août, une bande de soixante volontaires royalistes, dirigée et commandée par un des chefs les plus acharnés à la découverte du roi, entoura la maison de campagne où il reposait. Des fenêtres de l'habitation, placée sur un monticule , on apercevait de très-loin , pendant le jour, tout ce qui s'approchait, et l'on avait le temps de se soustraire aux recherches ; mais à la faveur des ombres de la nuit et du silence imposé à la troupe, les proscripteurs pouvaient entourer et surprendre leur victime, sans lui donner ni le soupçon de leur recherche, ni le temps de s'y dérober. Une lanterne portée dans un chemin creux par un des guides de la bande armée, pour les éclairer dans leur marche, ayant révélé par sa lueur à la gardienne de Murât, qui veillait près d'une fenêtre, l'approche d'une patrouille lointaine

montant le chemin vers la maison, elle éveilla en sursaut le roi, qui dormait tout habillé, ses armes sous la main , et l'avertit du danger.

Il s'élança de son lit, s'enveloppa de son manteau, s'arma de son poignard et de ses pistolets, et, sortant sans bruit par une porte de derrière, il s'enfonça dans les hautes vignes, à soixante pas de la maison, et se recouvrit de &gots de pampre secs laissés par les vignerons dans leurs champs. La vieille femme referma soigneusement la porte de la maison après l'évasion de Murât, effaça toutes les traces qui pouvaient révéler la présence d'un étranger dans les chambres, et, feignant de se réveiller et de s'habiller lentement aux coups des visiteurs à la porte, elle ne leur ouvrit qu'après avoû* donné au roi tout le temps de s'éloigner et de se cacher.

Pendant que les volontaires visitaient, avec une rage trompée, les appartements, les caves, les greniers, les lieux les plus secrets de l'habitation!» d'autres rôdaient dans les cours, dans le jardin, et jusque dans les vignes voisines de la maison. Ils passèrent plusieurs fois, leur lanterne à la main et le sabre nu, à quelques pas des fagots de pampre qui recouvraient le proscrit, et le roi les entendit se répandre en imprécations contre lui, et en espé^ rances de le découvrir enfin pour l'immoler à leur

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fureur et pour se partager ses dépouilles. Pendant ces entretiens entre ses persécuteurs, qui ne laissaient que quelques pas entre la mort et lui, Murât avait la main sur son poignard et sur ses pistolets, décidé, raconta-t-il depuis, à tuer d'abord les premiers qu'il pourrait frapper, et à réserver le feu de son dernier pistolet pour lui-même, afin de ne livrer qu'un cadavre à la férocité de ses bourreaux.

Cette recherche mystérieuse, trompée, dans la maison qu'il habitait, la lui rendit plus sûre, et il ne chercha plus à en changer. Mais sa tête était mise à prix à Marseille. On promettait mille louis à celui qui le livrerait mort ou vif aux inquisiteurs du parti des Bourbons. Le sol de la France devait, tôt ou tard, s'ouvrir sous ses pas. Il reprit la pensée de se réfugier en Corse.

Les trois jeunes officiers de marine, qui n'avaient pas cessé de se dévouer secrètement à sqn salut, et qui étaient prêts à s'associer à ses hasards, MM. Donnadieu, Blancard et Langlade, lui préparèrent de nouveau un moyen de fuite. Le 10 août, uii bateîati de pêche, sans cabine et sans pont, dans lequel cefs jeunes gens s'embarquèrent eux-mêmes, attendit le roi par une nuit sombre et par une mer houleuse sur un autre point de la rade. Cette fois il parvint à s'y jeter, favorisé par la sécurité des gardes-côtes, qui croyaient la plage assez gardée dans une telle nuit par la tempête, et il se livra aux lames et aux vents, peut-être moins cruels et moins acharnés que les partis politiques.

La barque, qui ne pouvait contenir que quatre passagers, gouvernée par des bras intrépides, sortit de la rade, et vogua, au lever du jour, sur la haute mer, dans la direction de l'île de Corse. Mais la tempête, qui soulevait en plein canal des vagues plus

décdesarées à la frêle embarcation qae dans la rade abritée de Toulon; le vent, qui avait déchiré la voile et brisé la vergue; les flots, qui s'embarquaient à chaque rafale, menaçaient le roi et ses amis de leur creuser un tombeau entre chaque lame. Ils aperçurent un navire ponté qui cinglait vers la côte de France; ils en approchèrent pour conjurer l'équipage de les recevoir à bord et de les conduire en Corse, offrant au capitaine pour prix de ce service une partie des sommes que le roi portait sur lui. Mais le capitaine et l'équipage , sourds aux supplications des passagers, manœuvrèrent sans pitié, au risque de faire sombrer la barque sous leur proue, et laissèrent Murat aux prises avec les éléments déchaînés. La nuit tombait, le vent mugissait, la barque faisait eau et chancelait à chaque coup de mer, quand une autre voile se montra sur les lames, à la lueur du crépuscule, voguant vers la Corse, dans la même direction que Mural, et prête à Tatteindre et à le dépasser.

C'était le bateau-poste de Toulon en Corse , commandé par le capitaine Michaello Bonelli, de Bastia, qui portait des dépêches et des passagers vers Tîle. Aux signaux de détresse, aux gestes et aux cris de Murât et de ses compagnons, le généreux capitaipe, quoique menacé lui-même par le gros temps, n'hé-

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sita pas à carguer ses voiles et à attendre la barque. Il feignit d'ignorer quels étaient les passagers en perdition qu'il recevait sur son bord ; mais le capitaine de frégate Olessa, embarqué à Toulon sur le bateau-poste , avait reçu , avant de partir, la confidence du départ du roi. Il présumait que le vent et la mer n'auraient pas intimidé ce prince intrépide , qu'il le rencontrerait en mer, luttant contre les flots, et il avait secrètement insinué au commandant du bateau, Michaello Bonelli, de surveiller l'horizon et de recueillir l'infortuné roi de Naples. Murât fut donc reçu sur le pont du bâtiment, moins en naufragé qu'en roi.

A peine était-il sur le pont, que la barque, démâtée et disloquée par les coups de mer, sombra à la vue des passagers.

Indépendamment du capitaine de frégate Olessa» qui lui était dévoué. Murât trouva à bord du bateau corse des partisans de sa cause et des hommes qui fuyaient sinon la proscription, du moins la disgrâce. De ce nombre étaient des sénateurs, des généraux corses de haut rang , de la famille de la cour, ou de la haute faveur de Napoléon : des Bacciocchi , des Gasabianca , des Rossi , des Galvani. Us accueillirent Murât avec toutes les marques de respectueuse considération et de déférence compatibles avec la réserve que commandaient les circonstances. Il fut convenu sur le bâtiment qu'on affecterait d'ignorer, en touchant au port, le nom et le titre du roi. Il avait pris le nom de Gampo Meli, un des fiefs de son ancien royaume.

^Uf ML RAI

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Le roi, descendu sous ce nom i Sas^^, le 2J^ ^ût, {ut bientôt reconnii et acc^illi sijepcîieusemeot par la populafité sourde qui s'attachait à sa personujB, à ses exploits, à ses Infor tupes, qiue Ton confondait, 4ans rignorance de Ttle, ayec le$ revers de Napx>léon. Toutefois, craignant que les agents et Jes p;artisans des Bourbons dans 1^ ville, centre du gouvernement, ae prissent oicnbrage de sop séj^r et n'exécutassent contre lui quelque ordre de sévérité apporté de Paiis ou ipspi^é psu* leur propre ^Je^ il ne pass9. qu'une pi^U da^s la ville, et, 4és le lepx}em^O de sop arrivée, il partit avec quelques i^zx)is pour Vescovato, village situé dans un noyau de hautes nion);>agnes de Tîle, k douze li^^es 4^ Siasti^.

La principale famille de Vescovato étgit la famille Golonna, antique et considérée dans ces montagnes où le peuple, comme en Orient, reconnaît des chefs naturels et héréditaires dans les chefs des vieilles tribus du pays. Murât avait été inspiré de se jeter à

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Vescovato par le souvenir du nom de cette famille Golonna, dont un de ses généraux les plus affidés, le général Franceschetti , avait épousé une fille. Il pensait que la reconnaissance et Taffection que ce général, comblé de sa faveur à Naples, avait commua lîiquées à sa parenté lui seraient un gage d'hospitalité et de fidélité. 11 ne se trompait pas. Les liens de la nature et du cœur sont plus sacrés en Corse que ceux de la politique et de Topinion, comme dans tous les peuples primitifs où Tbomme est au-dessus du saj^t ou du citoye». JLe maire de Vescovato, Colonne Cecaldi, beau-père du générgj Franceschetti, était 1b ^bfif dje cette famille. Il était royaliste, ep- ^.emi 4e Bonaparte, et dévoué j^x Bourbons, mais, .^v^nt tout^ dévoué au sentiment de ^n^ilLe , au devoir de l'hospitalité envers ceux qui Timplopaient et /^px mmms ^tiques die sop pays.

Murât, en arrivant, comme un chef de bandes d*Écosse ou du Liban, sur la place de Vescovato, descendit de cheval devant le seuil de Ig, maison du village qui présentait la plus imposante apparence : c'était celle de Colonna Cecaldi. Le maître de la maison et le chef du pays, Colonna, sortit de sa demeure au bruit des chevaux de la suite du roi. Murât se nomma, lui fit connaître les motifs de sa descente dans Tîle, et lui demanda asile et protection parmi les siens, dans Tunique intention d'attendre en sûreté dans ces montagnes ce que le roi de France et les souverains alliés décideraient de lui. Le vénérable chef des Colonna répondit au roi par le témoignage de la plus inviolable hospitalité. Il lui dit qu'il n'existait, à sa connaissance, aucun ordre du roi de France et aucune raison de conscience et d'honneur pour un fidèle partisan des Bourbons, qui autori-

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sassent personne en Corse à traiter le roi de Naples, dépossédé, en fugitif et en ennemi.

Le roi vécut quelques jours en sécurité et en paix dans la maison de Golonna Cecaldi , où se trouvait le général Franceschetti, gendre de son hôte.

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