‹ Civilisation et barbarieChapitre 36 sur 38 · AM>4Q · texte numérisé non relu

AM>4Q

celassftût l'ennemi de toutes narts et Dourvussent l'armée de secours. Pans ce but, on organisa d$n$ la Sierra des bandes de guerrilleros, des wontoneras ou petites républiques, comme on ^v^it coutume de les appeler, pour maintenir les royalistes dans une alarme continuelle. Il fallait pour les cpwïpander des hommes décidés, qui pussent tout tenter et pour lesquels tout njoyen fût bon, même le pillage, l'assassiqat et toute espèce de violences. Le capitaine Aldao, après s'être trouvé dans les rencontres de Laça et de Pascp, fut détaché pour lever une de ces bandes et agir séparément, selon ce que lui conseilleraient les circonstances. Là, maître de lui-même et s^us aucune autorité qui pesât sur lui, il est facile de concevoir que les actes de violence et l'assouvissement de passions déréglées trouveraient des victimes et de l'appât chez dgs populations timides et incapables de résister. Un fait notable et qui le caractérise assez, eut lieu pendant son séjour dans ces parages éloignés : il s'était proposé de défendre avec ses Indiens le passage du pont d'Iscu* chaca; mais à rapproche d'un détachement 4'Espagnols, plus de mille indigènes s'enfuirent lâchement, perdant ainsi leur position avantageuse et livrant sans résistance à l'ennemi un ppint important f,e chef, furieux de ne pouvoir contenir les fuyards, se jette sur eux comme sur un troupeau de brebis, et ne cesse de tuer des Indiens que quand il a marqué sou passage à travers la multitude par une longue haie de cadavres et de blessés qui tombent des deux côtés sous les coups répétés de son sabre. Quelque sanglant qu'eût été un combat *u pont, et quelque efficace qu'eût été

le feu des Espagnols, U eut péri moins d'hommes qu'il : n'en resta sur le sol, victimes de la colère d'un seul. Les événements qui donnèrent lieu à la dissolution de rârmée de San-Martiu rendirent inutile son séjour dans la Sierra, et U descendit avec le grade de lieutenaut-colonel à Lima, où la fortune le favorisa assez au i jeu pour le rendre maître d'un grand capital. Avec . cette acquisition, U se sépan de l'armée en 1823, et .• se dirigea vers Pasto, pour des motifs que j'ignore. Il y fit la connaissance d'une jeune fille d'une famille s. honorable, d'une figure agréable, que rehaussaient , quinze printemps et les grâces qui distinguent les g femmes péruviennes; et le prêtre lieutenant- colonel, L fatigué des combats et adouci par les dons de la fort tune , sentit brûler dans son cœur une flamme amou- 5 reuse qui s'éprit bien vite en lui pour l'objet qui l'avait excitée. Ce ne fut pas une de ces affections s passagères qui traversent comme des rafales lumineuses la vie mêlée de fatigues et de souffrances d'un militaire aventurier; c'était une passion profonde, encore plus irritée par l'impossibilité où le mettait son apostasie de la sanctifier par les liens indissolubles du mariage. Heureusement pour lui, cette jeune fille eut 1 assez d'abnégation pour accepter le rôle humiliant de maîtresse d'un militaire dont les épaulettes ne parvenaient pas à couvrir la vilaine tache d'apostasie ; et lui sacrifiant famille et patrie, elle se laissa enlever I et accompagna celui qui, à son grand regret, ne pouvait être son époux, sur une terre étrangère pour y cacher, s'il était possible, le chagrin que lui imposait une position sociale qui donnait les couleurs du

vice à une union qui aurait pu être sainte sans les vœux que son ravisseur avait foulés aux pieds sans parvenir à les rompre. Aldao vint se fixer à San-Felipe, capitale de la province d'Aconcagua, où il se consacra au commerce, menant une vie régulière qui ne le faisait en rien remarquer des autres habitants. Mais le malheureux couple était condamné à souffrir les conséquences inévitables de sa fausse position, et l'Église, cette épouse qu'avait répudiée l'apostat, ne pouvait le voir livré à une autre moins digne qu'elle. Le curé Espinosa se met à l'inquiéter, le menace de le faire conduire à Santiago avec une barre de fer pour le livrer à la justice du prélat de Tordre auquel il avait appartenu, et le force enfin à porter à Mendoza, sa patrie, le scandale de son union illégitime. Pourquoi la société et les lois se montrent-elles si sévères dans des cas où, comme ici, il n'y a pas à choisir de milieu, et où ce qui serait un vice dans des circonstances ordinnires est peut-être une vertu recommandable ? L'Église, d'un autre côté, se montre implacable pour les ministres qui abandonnent ses rangs et veulent passer dans ceux de la société civile. Si le fraile Aldao avait pu légitimer son mariage, peut-être que ses passions, tempérées par les jouissances domestiques, l'auraient éloigné des crimes et des désordres auxquels il s'abandonna plus tard par mépris, peut-être par horreur de soi-même.

Aldao, en repassant les Andes, dut être assailli par les souvenirs que la vue des lieux témoins de nos actions éveille toujours dans l'esprit avec la vivacité d'événements récents. Les crêtes couvertes de neiges

r,or,

des Andes, qui séparent aujourd'hui deux républiques, se dressaient aussi pour lui comme la limite de deux phases distinctes de sa vie, le prêtre dominicain, l'aumônier, de ce côté ; de l'autre, le lieutenant-colonel, l'époux illégitime de la femme qu'il menait avec lui. Peut-être dans les amas de ronces, entre les rochers voisins, flottait-il encore au vent quelques morceaux en lambeaux de la soutane qu'il y avait jetée six ans avant Mendoza, qui l'avait vu, revêtu des ornements sacerdotaux, offrir sur les autels le sacrifice de la messe, allait maintenant le voir avec des épaulettes au lieu de la chasuble sur les épaules, et une épée au lieu de cordon (1). Les femmes et les enfants, en le voyant passer, allaient peut-être le montrer au doigt, et avec la surprise, la désapprobation et Tétonnement de l'innovation peint sur le visage, se transmettre à l'oreille cette phrase injurieuse : el fraile! Je m'arrête dans ces considérations, parce que cette circonstance du lieutenant-colonel Aldao d'être irrévocablement prêtre, convertie en sobriquet dans la bouche du peuple, a influé puissamment sur son caractère et ses actions postérieures. Le mépris que provoquait sa position équivoque était présent à ses yeux, et même au temps de sa tyrannie le mot fraile le blessait comme un coup de foudre. Aldao s'éloigna toujours du public, nourrissant en secret une espèce de rancune contre la société, rancune d'autant plus redoutable qu'elle était plus concentrée, et qu'il y avait

(1) Cingulo. — Cordon dont se sert le prêtre pour assujettir son aube.

Digit

moins de possibilité de la soulager ni d'en indiquer le motif. A son arrivée à Mendoza, en 1824, il prit une habitation éloignée, où il se consacra à l'industrie avec une activité et une intelligence qui lui font honneur. Là, loin des regards du public, au sein de sa famille, il pouvait s'entendre appeler père par ses enfants, sans autre chagrin que le souvenir amer de ce qu'à une autre époque on l'appelait aussi le père Aidao dans un autre sens. Ainsi, les jouissances de la paternité furent pour lui un supplice et un accusateur éternels ! Malheureusement pour lui et son pays, il ne lui fut même pas donné de jouir longtemps de ce bonheur factice ; le bruit des armes et les accents du clairon qui appelait à la guerre civile, pénétrèrent dans sa paisible demeure et le précipitèrent dès lors, et pour toujours, dans 4a vie publique, dont il ne devait sortir que chargé de crimes et couvert de malédictions.

Vers ce temps-là commençaient à s'agiter dans la république argentine les éléments de destruction qu'elle renfermait dans son sein, et qui ont produit plus tard le gouvernement sanguinaire et despotique qui Ta fait descendre b bas aujourd'hui. Le gouvernement national de Rivadavia à Buenos-Ayres» entouré de l'éclat artificiel qui a tant ébloui ses adeptes, provoquait dans l'intérieur et dans les masses des résistances encore sans nom, les ambitions étaient en «erme ; les caudHlos n'avaient pas paru; les partis ne se dessiuaient pas bien c l'<envie qu'excite une ville puissante et riche parmi ses voisines pauvres et arriérées parlait de fédération; les hommes imbus des préjugés espagnols enflaient le dos de peur, en voyant se dérouler le système

ALBÀO.

réformateur : les intérêts matériels criaient centre le

commerce libre ; la présidence paraissait une domination étrangère ; partout s'agitait le chaos. Les nuages de la tourmente prochaine commençaient à se montrer noirs et gros d'orages à l'horizon; et de même que les oiseaux qui parcourent inquiets l'atmosphère anuoneeot la bourrasque prochaine, de même les esprits s'agitaient de toutes parts; l'inquiétude était peinte sur les visages, et les murmures confus qu'apportait le vent appelaient en vain l'attention, parce que personne ne comprenait ce qu'ils voulaient dire , personne ne prévoyait le dénoument des événements, quoique tous sentissent au malaise général qu'il allait arriver quelque chose de remarquable ou de sinistre ; l'atmosphère était chargée, le ciel sombre.

Soudain le tonnerre éclate à San-Juan aux cris de : Vive la religion ! poussés par quelques soldats instruits à cet effet. Le gouvernement de Carril, qui parodiait Rivadavia avec une sérénité imperturbable, est renversé à coups de crosse, et du soir au matin un musicien se voit élevé au généralat; un cordonnier cagneux dicte des lois, et une espèce de caricature ridicule , un individu surnommé Carita par sobriquet , dispose de l'avenir du pays. On déterra de je ne sais °à un vieux noble prétendu, nommé Maradona, qui Pût donner quelque vernis de décence à ce mouvement plébéien, et malheureusement il ne manqua pas de prêtres illusionnés pour croire qu'il s'agissait de religion entre des ivrognes et des misérables de la lie d * peuple, et mettre la croix à la tête du mouvement commençait la série de crimes qui ont porté la

république à l'horrible barbarie dans laquelle elle est plongée aujourd'hui. Deux cents citoyens s'enfuirent à Mendoza, et y appelèrent à leur secours la valeur des militaires qui étaient revenus du Chili et du Pérou. D. Félix Aldao fut sollicité entre autres, et l'on dit qu'il opposa de sérieuses résistances; le bruit des armes devait lui rappeler sans doute toutes les contradictions de sa vie passée et le point de départ toujours présent à ses yeux. Pourquoi abandonner l'asile domestique où il était parvenu à cacher à la fois sa gloire et son infamie ? Aldao finit par céder cependant, et aux ordres de son frère José, il partit pour San- Juan à la tête d'une expédition qui obtint un triomphe facile sur une populace enthousiaste, mais qui n'avait ni chef ni officiers capables de diriger son audace. Je n'entrerai dans aucun détail sur ce qui arriva à San- Juan : le parti libéral, se croyant définitivement victorieux, s'abandonna à la persécution et aux injustices,

qu'il a depuis payées bien chèrement.

Les Aldao retournèrent à Mendoza couverts de lauriers et pourvus de l'argent que leur prodiguèrent les largesses de leurs favoris, en imposant des contributions exorbitantes à leurs ennemis. Mais les Aldao avaient acquis dans cette expédition autre chose que des lauriers et de l'argent : la conscience de leur pouvoir, s'ils s'associaient fraternellement pour parvenir à leurs fins. Us étaient trois frères colonels, tous les trois vaillants , intelligents et capables. Ce triumvirat des Aldao a exercé dans la république argentine une influence de mauvais augure, que personne jusqu'ici n'a Jamais su apprécier, José et Francisco soulèvent à

ÀLDÀO.

San-Juan le 1 er régiment des Andes, et retardent l'expédition chilienne au Pérou, en la privant d'un grand nombre de braves. Zequeira, Bozo, Bezares, Salvadores meurent assassinés, et le brave l* r régiment va se disperser dans la fuite et avec la honte d'avoir déserté ses drapeaux. A son passage par la Rioja, il rencontre un jeune gaucho, pâle , aux yeux noirs et scintillants , couvert jusqu'aux yeux d'une barbe épaisse , brillante et crépue comme la crinière d'un lion, lequel lui offre des secours, feint de protéger sa faite, et le désarme. Un ancien souhait, un songe rêvé dans l'épaisseur des bois touffus des Uanos se réalise, Facundo Quiroga possède enfin des armes ; les Aldao ont été réveiller dans les forêts le tigre qui rôdait autour des habitations civilisées. La barbarie coloniale , les passions brutales de la multitude ignorante , les ambitions plébéiennes , les habitudes du despotisme, les préjugés , la soif du sang et de pillage avaient enfin leur partisan, leur héros gaucho, leur génie incarné, Facundo Quiroga avait enfin des armes, les soldats ne manqueraient pas ; un cri de lui irait de caverne en caverne , de bois en bois , retentissant par les forêts et les plaines , et mille gauchos seraient prêts avec leurs *evaux. Ah ! quand pourra-t-on, l'esprit dégagé de préventions de parti, écrire l'histoire de la république argentine , et quand ses fils pourront-ils la lire, assis au foyer domestique, sans qu'un tyran jaloux les empêche de jouir à leur aise du terrible drame de la évolution que commencent les léopards d'Albion, vaincus par les femmes , les lions de Castille , poursuivis par toute l'Amérique , sans qu'il leur fût donné

d'entrevoir la fumée de nos habitations ; et après tant de gloire , Rivadavia , qui n'a eu (Vautre défaut que d'avoir précédé son époque de deux siècles, et d'avoir effrayé ses contemporains comme une vision surnaturelle, à la fois ridicule et fasçinatrice ; plus loin, le terrible Facundo faisant scintiller ses yeux de bête fauve dans les bois, d'où ilse lance sur le monstre de la révolution pour le combattre , jusqu'à ce qu'au milieu du sang des hommes civilisés et de la poussière des masses populaires il se présente dans la Babyloue incarné en Rosas, le plus grand tyran qu'ait produit le xix e siècle , qui a vu sans le comprendre ressusciter les sociétés du moyen âge, et la doctrine de l'égalité, armée du couteau de Danton et de Robespierre? Si la défense de Montevideo ferme glorieusement la période révolutionnaire (1), nous pourrons nous présentera» monde avec un poëme épique pour histoire , et avec quarante années de révolutions accompagnées de toutes les vicissitudes et de tout le travail d'accomplissement que les États d'Europe n'ont vu se dérouler que lentement et péniblement à travers l'espace de plusieurs siècles. Que nous demandera-t-on pour savoir si nous sommes une nation? De la gloire? Il suûirait de tracer du doigt un cercle h l'horizon ; le Brésil, le Chili, le

(1) Les événements de la Ûn de 1851 dans la bande orientale de l'Uruguay, et les tendances du générai Urquiza, à cette époque, ont converti en réalité la probabilité posée dans cette phrase par M. Sarmiento; mais l'avenir n'est pas assuré, et l'esprit révolutionnaire n'a pas rendu son dernier souffle dans ces malheureux pays.

(Note du traducteur.)

ALDAO. 51 i

Pérotfj là Bolivie et les barbares du Sud; quelque grande que soit l'Amérique qui nous entoure, partout on y trouvera nos trophées et nos os I Voulez- vous des institutions, des luttes d'idées et de principes, de civilisation et de barbarie, de liberté et de despotisme? Venez et parcourez notre sol : à chaque lieue vous trouverez un champ de bataille , à chaque mare de » sang une idée qui a succombé pour se relever ailleurs! Désirez- vous sonder l'avenir?... Eh! ne voyez- vous pas se fleuve qui apporte les tributs de cinquante canaux ravigables, qui parcourent des milliers de lieues, demis les montagnes du Pérou, de la Bolivie et du îrésil? ne voyez^vous pas ces pampas qui peuvent alimenter deux cent millions de taureaux , ces bois impenses, ces climats divers qui fécondent toutes les tottacttons de la terre? Est-ce de U population que ous demandez ? Dites à l'JEurope : Il y a là un peuple fore; et, en un siècle, nous deviendrons innombrables comme les sables de la mer : nos plaines cultivées Auvent inviter tous les habitants de la terre 5 il y aura •ace et subsistance pour tous! Demandez-vous des «Bières > des hommes? Oh! nous ne sommes pas les wniers d'entre les Américains. O Dieu! qui nouscahez les secrets de Y avenir ! ne le niez pas , c'est ici que & préparent les destinées des Hispano-Américains ; ue *que chose de mieux que l'Amérique du Nord ou lille fois pire que la Russie > va sortir formidable du fflieudetant de décombres! Un autre moyen âge, 11 quelque chose de grand que le moa<fe politique a pas encore vu! La civilisation française portée sur épatrfe d'Espagnols de bien, ou..* Dieu sait quoi*..

Le 1 er décembre 1828 et la funeste victoire de Navarro firent savoir aux caudillos de l'intérieur que c'était d'eux qu'il s'agissait Ils se donnèrent le mot et s'apprêtèrent au combat, les Aldao à Mendoza et Facundo dans les Uanos. Un régiment appelé d'auxiliaires commença à se discipliner à Mendoza sous les ordres du prêtre colonel, qui jouissait de moins de prestige que les deux autres triumvirs. Soldats de l'indépendance, ils savaient quels prodiges opèrent la discipline; et les auxiliaires, vêtus avec luxe, élevés avec rigueur, allèrent occuper l'aile droite dans la fameuse action de la Tablada , dans laquelle huit cents vétérans de l'armée nationale aux ordres de l'habile général Paz laissèrent trois mille ennemis morts dans un combat de trois jours. Un fait insignifiant en luimême va nous révéler le prêtre luttant avec sa conscience et ses souvenirs. Arrivé à San-Luis, où il resta quelques jours à guérir sa blessure, il demanda une fois à son hôte des livres qui parlassent contre la religion, pour se distraire. Voulait-il demander du secours aux livres pour apaiser les remords qui s'élevaient dans son âme chaque fois qu'il était malheureux? Nous verrons plus tard que l'apostat croyait encore et se considérait comme prêtre malgré ses épaulettes et son régiment. Quiroga vainçu fut se cacher dans sa tanière impénétrable des llanos ; Aldao revint naturellement à la recherche de ses frères. Mais il s'était opéré beaucoup de changements en son absence ; une division de San-Juan , en marche pour Côrdova, se souleva en chemin, et les unitaires se mirent à sa tête pleins d'espérance et d'ardeur, mais peu

exercés dans l'art de la guerre ; les deux Àldao qui restaient à Mendoza tombèrent sur eux , et après des marches et des contre-marches , les vainquirent sans tirer un coup de fusil. De retour à Mendoza, les troupes victorieuses, à la nouvelle du triomphe de la Tablada, se soulevèrent et donnèrent le pouvoir au parti libéral, qui ne se montra pas plus prudent qu'à San-Juan. Ces hommes éblouis s'obstinaient depuis longtemps à établir les formes constitutionnelles après lesquelles ils soupiraient tant ; le respect pour la vie des citoyens était leur axiome , et les dissensions parlementaires leur moyen d'action. Leurs ennemis profitaient de cet engouement pour se moquer d'eux et chercher à les enchaîner de nouveau. Il s'organisa un gouvernement pompeux sous la direction du général Alvarado. Les frères José et Francisco combinaient de leur prison les moyens de se refaire ; le fraile se présenta au loin, et avec soixante hommes et une série d'intrigues, ouvrit la campagne contre un gouvernement qui comptait un général de quelque prestige à sa tête, un peuple entier fanatisé et deux mille hommes sous les armes. Les prisonniers s'enfuirent dans l'intervalle, et les voies de conciliation tentées par un gouvernement faible ne servirent qu'à donner du temps et des secours aux Aldao. Le sort était jeté et le destin de Mendoza décidé. Un mois suffit pour que l'armée fût enfermée et tuée dans les rues. Facundo envoya de la Rioja quelques centaines de gauchos, et l'activité des trois colonels de Mendoza avait réuni une montonera considérable. L'inaction à laquelle le général Alvarado condamnait l'armée porta l'exaspération au der-

auuo

nier point, et il s'éleva dans les troupes une révolution étrange , car ce qu'elles demandaient était qu'on les menât au combat. A la fin, l'agonie visible de ceui qui avaient secoué le joug des Aldao leur donna du courage > et ils sortirent à la recherche de leurs ennemis. AU Pilar, de lugubre mémoire, ils n'avaient pas bien pris leurs cantonnements et se virent entourés^ on brûla » dans la journée, vingt mille cartouches, et cent coups de canon furent tirés par ceux qui étaient entourés ; le lendemain , jusqu'à midi , même brait sans résultat. Les Aldao savaient que les munitions s'épuisafent et leurs soldats se retranchaient derrière des mûrs de torchis et de pierre. Des communications de Quiroga leur recommandaient de ne pas traiter et de ne rien promettre. « Il faut , leur disait-il , que » nous ayons le plus grand nombre possible d'ennemis » pour leur imposer des contributions. » Mais le peupie de Mendoza, qui entendait le feu continu depuis deux jours, croyait qu'il restait peu île vivants, et les femmes, désolées, couraient dans les rues 'demandant à grands cris que les prêtres, les vieillards, les hommes de prestige allassent se jeter entre les combattants pour les séparer. Une commission de citoyens s'approcha du lieu du combat ; on choisit un terrain neutre pour traiter, et l'on convint que tout le monde se soumettrait à un gouvernement 'élu par le peuple. Gomme les Aldao devaietft rire de la candeur -de leurs ennemis ! Vaincus, et sur le point tiM&tre "prisonniers, ils conservent l'air altier de citoyens libres. Mais la Providence ne voulut pas permettre que la farce tût jouée jusqu'au bout. <Mte comédie devait se

terminer par une catastrophe qui remplit d'épouvante

ses acteurs mêmes. Il était trois heures et demie de l'après-midi ; le traité une fois arrêté , les troupes avaient formé les faisceaux ; des groupes d'officiers se promenaient en se félicitant d'un dénoûment si facile. D. Francisco Aldao se présente dans le camp ennemi; des bienvenues cordialement amicales le saluent ; on entame une conversation animée ; les plaisanteries et les reparties vont et viennent entre des hommes qui, dans un autre temps, ont été amis. Un moment après, un émissaire du fraile se présente , demandant qu'on se rende sous peine d'être passé au fil du couteau; mille cris d'indignation s'élevèrent de toutes parts ; Francisco fut le but des reproches les plus amers ; « Mes-* > sieurs , disait-il avec dignité et confiance , il n'y a » rien , c'est Félix qui a déjà mangé ! » en donnant il ces paroles , qu'il répéta plusieurs fois , une emphase particulière, et à un aide de camp l'ordre d'informer Félix qu'il était là, que la moindre menace de sa part était une violation du traité. L'alarme courut dans tout le camp au mot de trahison ! trahison ! poussé par les soldats ; enfin les officiers voulaient les faire former, lorsque six boulets de canon , lancés sur le groupa où était Aldao, avertirent le camp que les hostilités étaient rompues sans qu'on sût pourquoi. Si les coups de canon étaient partis une seule minute plus tard , D. José Aldao entrait aussi dans le camp , car ils le surprirent à la porte» d'où il retourna en criant : « C'est Félix I II est déjà ivre ! » En effet, il était ivre comme il avait coutume de l'être dans l'après-midi ; trois ou quatre jours avant, il avait fallu l'emporter sur un lit

de sangle pour le sauver des guerrillas ennemis qui s'approchaient.

La confusion s'introduisit dans le camp, et l'approche des auxiliaires de D. Félix et des bleus de San Juan complétèrent la déroute. Un instant après, le fraile pénétrait dans le camp, pris à si peu de frais ; sur un canon , était un cadavre enveloppé dans une couverture de lit; un vague pressentiment, un souvenir confus des paroles de son frère lui font ordonner de lui découvrir la figure : « Qui est-ce ? » demandet-il à ceux qui l' entourent. Les vapeurs du vin lui troublaient la vue au point de ne pas lui laisser reconnaître le frère qu'il avait si brutalement sacrifié. Ses aides de camp essayent de l'éloigner de ce triste spectacle avant qu'il ne reconnaisse le cadavre. « Qui est-ce? » répète- t-il d'un ton décisif. Il apprend alors que c'est Francisco En entendant le nom de son frère, il se redresse, le nuage de ses yeux se dissipe, il secoue la tête comme s'il se réveillait d'un songe et enlève la lance de celui qui est le plus près de lui. Malheur aux vainçus! La boucherie commence; il crie d une voix rauque à ses soldats : « Tuez ! tuez ! » pendant qu'il tue lui-même sans pitié des prisonniers sans défense. Il fait réunir en carré les officiers qu'on lui amène ; il y en avait d'abord seize, parmi lesquels se trouvait le jeune Joaquin Villanueva , remarquable par son courage ; il ordonne à ses vétérans de les tuer à coups de sabre ; Villanueva en reçoit un par derrière qui lui fait tomber la partie supérieure du crâne sur la figure ; il la relève et se met à courir dans ce cercle fatal limité par la mort; le fraile le perce avec sa

lance , qui entre dans le corps jusqu'à la main , et ne pouvant la retirer il la fait passer tout entière et la reprend de l'autre côté; la boucherie devient générale; les jeunes officiers mutilés, pleins de blessures, sans doigts , sans mains , sans bras , prolongent leur agonie en essayant d'échapper à une mort inévitable.

La nuit surprend les vainqueurs occupés à tuer : les détachements reviennent en ville, et chaque coup qui interrompt le silence de la nuit annonce un assassinat ou une porte dont on fait sauter la serrure. Le lendemain survint, et le sac n'avait pas cessé. Le soleil parut pour compter les cadavres restés sur un champ de bataille sans combat, et éclairer les ravages faits par le pillage.

Le lendemain, les acteurs de ce drame terrible étaient rouets d'épouvante. Le fraile apprit alors tout ce qu'il avait fait et la mort de son frère qu'il avait sacrifié. Mais l'âme de l'apostat n'éprouvait pas le remords, comme celle des autres hommes , et, pour apaiser sa conscience , il demanda à l'ivresse son étourdissement et ses consolations. Les mauvais instincts , longtemps comprimés, se déchaînèrent alors, et la vengeance de son frère mort servit de prétexte pour leur donner le champ libre. Il avait fait tuer tous les officiers sur le champ sans bataille ; le jour suivant , il ordonna la mort des sergents du bataillon d'infanterie ; un autre jour ce furent les caporaux qui moururent; plus tard les musiciens, et chaque fois qu'il s'enivrait > la soif du sang se réveillait chez lui avec une nouvelle furie. Il existe encore beaucoup de personnes qui lui ont entendu donner des ordres d'assassinats en dé-

taillant à ses sicaires toutes les circonstances qui devaient accompagner la mort à coups de sabre : dans tel lieu , à onze heures du soir, leur couper les jambes et les bras ; à un autre , la figure pour qu'on ne le reconnût pas ; à un autre , lui enlever la langue ; à un autre enfin, le châtrer. Une mère put reconnaître son fils à un scapulaire du Cârmen, œuvre de ses mains. Le docteur Salinas fut trouvé par la blanchisseuse qui lui reconnut une chemisette rayée 1 Ces traits de barbarie étaient alors inouïs et surpassaient toute imagination , aujourd'hui ce sont des faits vulgaires par là, et Buenos- Ayres , Tucuman , Côrdova et Mendoza se sont familiarisés avec des atrocités encore plus noires, La terreur avait pénétré le peuple jusqu'à la moelle des os, et quand Quiroga arriva, il trouva encore assez d'ennemis, comme il disait, pour leur arracher de l'argent. Une contribution de cent mille piastres fut réunie en quatre jours, et le fraile, en deux nuits d'orgie, en avait joué la moitié. Il existe encore un ordre dans lequel il faisait demander à la douane quelques milliers de piastres pour payer des pertes de jeu, parce que Facundo Quiroga avait le vice de la cupidité , qui s'unit si mal à une âme noble ; et partout où il se trouvait , le bruit des cartes et le murmure des onces d'or arrachées aux citoyens à force de coups , en les fusillant ou les humiliant, interrompait le silence que même parmi ses partisans et ses amis inspirait la terreur de son nom. Mendoza continua à être gouvernée sous cette influence malfaisante , et une armée nombreuse se prépara à retourner combattre le général Paz. Je ne veux pas passer que dans les jours de la

frénésie sanguinaire do fraile, une femme sauva de la mort beaucoup de victimes qui étaient condamnées au sacrifice : la limena, la maîtresse ou l'épouse du bourreau de Mendoza, écarta le glaive levé sur beaucoup de têtes. Son frère José, plus modéré, plus humain , travailla aussi à apaiser cette soif de sang qui s'était emparée du fraile ; mais le soir fatal arrivait , et avec lui l'ivresse qui conseillait des crimes qui n'avaient pas été prémédités. Dès lors Aldao vécut plein d'alarmes , et l'horreur qu'il inspirait même aux siens aigrissait sou caractère et le concentrait encore davantage. Il a dû beaucoup souffrir intérieurement , le malheureux; ces remords intérieurs, cette horreur de soi-même auront été la seule punition que la Providence lui a imposée sur la terre* Son frère José, moins criminel, mourut assassiné par les barbares, et lui, qui s'est souillé de tant de crimes, est mort dans non lit, craint et honoré. Mais la Providence a ses secrets f et sa justice n'a pas été réglée par les lois de la terre !

Une nouvelle armée ouvrit une autre campagne contre le général Paz. Aldao avait rempli de nouveau les cadres de son corps d'auxiliaires, et Facundo avait réuni quatre ou cinq mille hommes en une horde à peine disciplinée. Il y a un fait remarquable qui mérite d'être noté. Le fraile était accompagné de D. José Santos Ortiz, qui était chargé par Quiroga de s'entendre avec Paz pour faire ensemble la guerre à Buenos- Ayres, objet commun de la haine de tous les caudillos de l'intérieur; et il paraît que Quiroga n'était pas éloigné d'entrer dans la ligue. Paz, de son côté, envoya

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le major Pawnero, jeune homme aussi habile que courageux, faire des propositions de paix à Quiroga, sans qu'on ait su jusqu'à aujourd'hui quelles raisons ont empêché qu'ils parvinssent à s'entendre : l'indomptable Quiroga voulait probablement laver dans une nouvelle bataille l'humiliation de la Tablada. comptant pour cela sur le résultat de combinaisons stratégiques que Paz déjoua habilement. La bataille de la Laguna Larga apprit à Quiroga, sans l'instruire, à ne pas confier le sort d'une bataille à ses terribles charges de cavalerie , qui avaient été si décisives dans un autre temps ; de simples mouvements de troupes décidèrent la journée, et Quiroga s'enfuit à Buenos- Ayrcs, abandonnant sur le champ de bataille son infanterie , son artillerie et ses bagages. Dans la poursuite , on atteignit un fugitif dont la corpulence avait épuisé le cheval; un coup de lance l'avait fait descendre à terre, et comme un soldat s'apprêtait à l'achever, il s'écria : « Je suis le général Aldao; ne me tuez pas, la » nation a intérêt à ce qu'on me présente vivant au » général Paz. » Un officier se chargea de le garder pour le mener à Côrdova. Il lui était réservé une réception indigne : quelques officiers de Mendoza, aveuglés par la vengeance, le font entrer dans la place monté sur un animal maigre et exposé aux insultes de la populace. «Scélérat!» lui crie-t-on , «tu as couvert » ta patrie de deuil. » — « Je lui ai donné aussi des » jours de gloire , » répondit noblement le prisonnier, auquel l'indignité de ses ennemis avait rendu tout son courage. Après tant d'affronts, Aldao fut conduit en prison, où le silence et l'isolement lui ramenèrent le

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souvenir de ses faits passés. Sa fermeté habituelle se relâcha alors , et il en vint à exciter le mépris de ses gardiens. Chaque fois quil en arrivait un, il lui demandait avec inquiétude des nouvelles des bruits qui couraient sur sa mort prochaine ; il interprétait d'une façon sinistre les mouvements les plus insignifiants de la prison ; enfin le sommeil avait fui ses paupières et le jour le surprenait épiant les sentinelles. Quelques prêtres entreprirent la tâche de le réconcilier avec l'Église, et soit subterfuge suggéré par la peur, soit véritable repentir, il embrassa avec avidité le parti qu'on lui offrait, il prit le scapulaire de l'Ordre dominicain , et entreprit avec persévérance le fatigant travail d'étudier le latin , qu'il avait oublié. Un jour qu'il recevait des leçons de D. José Santos Ortiz, il lança un regard à une sentinelle placée en face de la porte ; les soldats savaient les terreurs qu'il souffrait, et la sentinelle eut la malice de se passer la main sur le cou pour indiquer la décollation ; le prêtre converti jette le bréviaire , se lève précipitamment et s'écrie en tremblant : « On va me fusiller aujourd'hui même ! On me fusille ! » Son compagnon cherche en vain à le tranquilliser ; il lui représente qu'on ne le tentera pas sains suivre le procès , sans le juger et le condamner. « Si, s'écrie-t-il , comme vous n'avez pas » commis les crimes dont je suis coupable, on ne vous » fait rien ! » Cette confession, arrachée par la terreur, est véritablement horrible ; le fraile s'était jugé et s'était trouvé très-coupable. Son compagnon effrayé chercha en vain à atténuer ses remords et calmer ses inquiétudes ; le soldat , si courageux dans un autre

temps sur le champ de bataille, détournait maintenant lâchement la vue à ridée de la mort comme justice. Cependant le peuple de Mendoza avait de nouveau secoué le joug de ses tyrans» D. José Aldao eut la fatale inspiration de s'enfuir au sud et de se fier aux barbares. Un jour on l'invite, avec ses principaux officiers, à une assemblée publique ; on l'entoure et on lui laisse apercevoir à découvert un dessein sanguinaire. D. José tire son épée, en perce le cacique traître et meurt de la mort des héros , en tuant ses ennemis ; trente habitants de Mendoza furent sacrifiés dans cette journée. Le peuple, que le fraile avait abreuvé de tant d'amertumes, le demandait avec instance au général Paz ; et quand je dis le peuple, je prends ce mot dans sa plus grande acception ; c'était une espèce de maladie d'esprit qui affligeait toutes les classes; chacun demandait un supplice pour son bourreau; sur l'emplacement du Pilar , on devait planter un gibet élevé pour que tout Mendoza rassemblé autour pût le maudire, l'exécrer et jouir de son agonie. Les commissions se succédaient pour aller à Côrdoba réclamer le prisonnier comme une propriété du peuple de Mendoza; on alléguait des droits , on demandait l'extradition ; mais le générai Paz se montra sourd à toutes ces clameurs déplacées, et le fraile put une autre fois recouvrer plus tard sa liberté. La guerre allait se rallumer, et un événement, qu'il faut être Argentin pour comprendre, arracha le général Paz de la tête de son armée. Celui-ci avait fait halte en colonne serrée, derrière un petit bois ; la voix de Paz , qui était allé en observation sur la lisière, s'entendait de la tête de la

colonne. Quelques montoncros se présentent, et Paz, croyant que c'est un détachement de cuirassiers qu il a fiait habiller en gauchos, ordonne à un aide de camp de leur porter ses ordres ; cehiHcl se défie, Paz insiste, l'aide de camp s'approche, et on le tue en même temps qu'on envoie à Paz un comp-de bolas qui le lie avec son cheval ; uoe minute après, il s'éloignait aux maies de ses ennemis. 1/ armée, privée du chef qoi semble avoir enchaîné la victoire à ses pas, prend la résolution de se retirer à Tucuman , et Ton envoie pour cela chercher les prisonniers.

A cet effet un escadron de cuirassiers s était formé sur la place d'armes de Côrdoba en face des prisons d'État. De l'étage supérieurs'échappaieut des plaintes lamentables qui troublaient le silence solennel de la nuit : des gémissements d'homme capables d'attendrir les rudes vétérans dont ils frappaient les oreilles. Le prisonnier de la Laguna Larga, le soldat de l'indépendance était à genoux, gémissant, livré à une ignoble peur, dans la conviction que ces apprêts nocturnes étaient les indices de sa mort prochaine, L'officier qui viHt ie chercher le trouva avec une hostie qu'il avait consacrée, et qu'il tenait des deux mains comme une égide et un boulevard contre ses prétendus bourre aux.

Le prisonnier s'est fait prêtre jusque dans ses stratagèmes de casuiste. Les théologiens de l'Université de Cérdoba ont longtemps discuté pour savoir si la consécration du pam eucharistique avait été consommée.

Tranquillisé après beaucoup d'efforts, il stftt l'armée à Tucuman, et quelques mois après, Il part avec les

vaincus de la Cuidadela qu'il suit jusqu'en Bolivie, o on lui donne sa liberté. Ici se termine une des époques les plus orageuses de la vie de D. Félix, le seul des triumvirs qui survit à la lutte- La bataille de la Giudadela laissa enfin en repos la république, si agitée par la lutte antérieure. Les hommes qui avaient proclamé la fédération avaient triomphé partout, de Buenos- Ayres à Tucuman ; ils allaient donc organiser leur forme de gouvernement et reconstruire la république. Au lieu de cela , Facundo dressait de grandes tables de jeu dans chaque endroit qu'il visitait; et chargé de six cent mille piastres honorablement gagnées en un an de triomphes , il s'en fut à Buenos-Ayres pour finir par tomber victime d'un autre caudillo plus défiant, et qui avait juré de débarrasser le pays de tout homme qui pourrait lui porter ombrage. Partout on vit se dérouler le même système d'abandon de tout intérêt des peuples, et cet état de choses a duré jusqu'en 1840, quoique dans cette décade Rosas ait établi son pouvoir sur tous les caudillos de l'intérieur et leur ait fait la farce de leur mettre le licou du gouvernement unitaire, sans qu'aucun d'eux regimbât (cocease), comme disent les gauchos. Il appelait celui-ci compère , celui-là compagnon ; il écrivait à cet autre de se défier des unitaires, à un autre de prendre garde aux jésuites {jesuditas). Les peuples attendaient que Facundo constituât la république! Pauvres peuples ! A présent ils attendent que Rosas leur fasse cette grâce , s'il parvient à se débarrasser] de ses ennemis. j D. Félix retourna à Mendoza en 1832 : à son pas4

sage par la Rioja, Il eut une entrevue avec Facundo, qui avait à côté de lui le noble Barcala. « Quand faites- » vous fusiller ce nègre?» lui dit-il tout d'abord. Facundo fronça de manière à faire comprendre que celui qui courait le plus de risques était l'interrupteur. Quiroga le méprisait souverainement, et il écrivit aux officiers de Mendoza de ne pas le recevoir ; mais quand Àldao se présenta , le souvenir de ses faits passés fit chanceler les esprits, et le gouverneur lui donnant sa protection , lui accorda le titre de commandant général de la frontière. Il demanda qu'on lui rendit sa solde de général depuis qu'il avait été fait prisonnier à la Tablada ; sa demande fut satisfaite. Il parlait de s'établir définitivement, de prendre le repos auquel tant d'années de fatigues lui donnaient droit , et que l'état apparent de la république promettait Aldao choisit un fort du sud pour sa résidence , créa une garde pour sa personne, et appela près de lui la Dolores. A son passage par la Rioja, il était devenu amoureux d'une femme du peuple, de forme et de mœurs plébéiennes, de caractère mâle et brutal. Mendoza eut à contempler longtemps le spectacle des querelles de sérail qui s'élevèrent entre la Liménienne et la Dolores, leurs outrages, leurs disputes. La Dolores finit par triompher, et sa rivale s'en fut au Chili, abandonnant ses deux fils, fruit d'une liaison honteuse. Qu'il doit être malheureux pour un peuple d'être condamné h souffrir ce renversement de toute morale , ce scandale élevé au pouvoir sous les formes les plus répugnantes; un prêtre apostat, des femmes impudiques, des fils sacrilèges! Aldao se montra toujours jaloux de la conser-

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vation de ses jours; ses gardes do corps ne l'abandonnèrent pas un moment, et à la table de jeu il y en avait deux à son côté , tandis qu'il taillait; ilsvivaiept auprès de lui, avec leurs femmes ou concubines c c'est aiqsi que le fort montrait l'orgie partout, du salon au corps de garde. L'habitude de l'ivresse s'était encore plus enracinéechez lui, s'il était possible, et le jeu lui était 4 nécessaire que, quand il descendait à la ville , il donnait des ordres de comparaître au jeu, comme s'il s'ér tait agi des affaires publiques. Il est impossible de se faire une idée de la dégradation à laquelle était arrivé cet homme , la turpitude de ses plaisirs , l'abandon de toute idée de politique. Il est vrai que les Aldao, pas plus queQuiroga, ne gouvernèrent jamais leur peuple; ils laissaient à d'autres les déboires de r administration se réservant le pouvoir royal. D. Félix a gouverqé i Mendoza par la crainte qu'avaient les gouvernants de lui déplaire ; et une parole de lui saisie dans la çon* versation au fort, suffisait pour provoquer des me? sures administratives ou faire déroger à une loi en vi» gueur. Et cela a duré quatorze ans, jusqu'à ce que lç vin et la crapule aient usé son existence !

Rosas prépara une expédition au sud, et invita les caudillos de l'intérieur à coopérer sur leurs frontières respectives, pour donner une teinte d'invasion chez les Indiens à une promenade militaire conçue dans la dessein de s'emparer de l'autorité. D. Félix s'avança vers le sud, et poussa une tribu amie à s'emparer d'une autre ; toutes deux se soulevèrent en route., égorgèrent soixante personnes de Mendoza, et se dirigèrent vers ïe désert Aldao fit marcher à leur rencontre, et ils

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furent tous exterminés. Ce fait est le plus remarquable de cette campagne stérile ; mais D. Félix y fit une trou-» vaille qui a soutenu sou pouvoir et maintenu la ter* reur de son nom ; il y avait parmi les soldats de sa (H* vision un nommé Rodriguez , remarquable par son courage et sa férocité; il le lit officier, et plus tard chef de son escorte; cet homme a répondu à sa mission ; le fraile était obèse, incapable d'action, déjà lâche et adonné à la boisson : sans Rodriguez, le pouvoir d'Aldao serait tombé dans l'impuissance et le discrédit ; mais cet officier et soixante Indiens courageux l'ont rajeuni et lui ont conservé son auréole de terreur.

Rosas , maître du pouvoir suprême en 1833, porta son regard pénétrant à l'intérieur pour examiner les aptitudes de ses caudillos et arranger les choses de manière à ce qu'ils lui fussent soumis sans éclat : cette conquête des provinces faite par le gouvernement de Buenos-Ayres est un des plus grands travaux d'adresse et celui qui a trouvé le moins d'oppositioji. Dès ce moment, il s'empara des auxiliaires placés à San- Luis, tua Quiroga, jugea ses instruments, lesReinafés, déposa et fit fusiller Culieu de Santa- Fé; Janson, de San- Juan, fut compromis, etBenavides lui succéda dans le commandement ; Barcala, le vertueux Barcala, fut fusillé par le fraile \ celui-ci commença à recevoir de Ilosas les appointements de général; Brizuela, de la Rioja, ivrogne sans rival dans toute la république, fut conservé au commandement, malgré les soins de Benavides, son voisin: un nommé Lopez, mauvais estanciero , fut placé dans la ville des docteurs et de l'ergô. Enfin tout semblait arrangé pour que la répu-

blique marchât paisiblement à la barbarie et à la rétrogradation qui devaient assurer le pouvoir despotique du rusé Rosas; mais, au milieu de ce calme apparent, le mécontentement était dans tous les esprits, le malaise pesait sur tous les cœurs, et il ne manquait pas d'hommes courageux qui voulaient tirer la république de cette corruption stagnante. Malheureusement il n'y avait ni plan ni dessein arrété,il n'y avait ni union ni chefs. Rosas avait supprimé les courriers à l'intérieur; et la défiance rendait impossible toute intelligence entre les divers peuples. La révolution survint, chaque province s'y jeta , les unes d'abord, les autres ensuite, et toutes succombèrent, et couvertes de sang, épouvantées à force de crimes et d'atrocités, elles furent brisées contre les caudillos de Rosas, placés çà et là pour anéantir tous leurs efforts. Jamais révolution ne fut plus nationale ni plus faible. Rosas a été dix fois à deux doigts de sa perte, dix fois l'incapacité de ses ennemis l'a sauvé.

Àldao entra en campagne uni à Benavides contre Brizuela, qui s'était déclaré en favèur des patriotes pour leur ruine. 11 est incroyable que ce caudillo, avec une armée campée autour de lui, ait passé six mois à boire sans voir la lumière, comme on dit, sans prendre une mesure, sans dire une parole, sans se laisser voir des envoyés des gouvernements, ni de Lavalie luimême, qui resta quinze jours à sa porte attendant une réponse. Aldao en faisait autant à San-Luis, où il était campé, lui aussi, sans se remuer et buvant, quoique moins que Brizuela. Osan , commandant des llanos , envoyé par le fraile pour soulever les llanos, fut vaincu

et lué. Aldao se fit alors amener la fille du caudillo qui s'était sacrifié à son service, personne âgée de quatorze ans, et passa trois jours avec elle dans sa tente !

La vue d'une petite force commandée par le jeune Alvarez dispersa une division de Benavides, et le fraiîe entreprit une retraite désastreuse sans savoir ce qui arrivait. C'est alors qu'éclata , à Mendoza, la révolution du U novembre, à la tête de laquelle se mirent des hommes novices secondés par un peuple abreuvé d'humiliations pendant douze ans. Aldao, par une marche rapide, arriva assez à temps pour l'apaiser, et Tordre fut rétabli. Tout le monde s'attendait à voir se renouveler les boucheries de 1829, mais il n'y eut rien de tout cela ; exils, persécutions, dépouillements, contributions, voilà à quoi se borna sa vengeance. Aldao a montré , dans ses dernières années, que le sang des citoyens lui faisait horreur; sa conduite a été, sinon irréprochable à cet égard, du moins bien différente de ce que Rosas prescrivait à tous ses chefs, et les boucheries n'auraient pas reparu à Mendoza si l'armée de Pacheco ne les avait commencées, et si Rodriguez, le bras droit d'Aldao, ne les eût pas continuées de sa propre inspiration.

Aldao se remit en campagne, avec Brizuela, vaincu par Benavides; tous deux se placèrent à la Rioja pour couper le passage à Madrid, qui s'approchait avec une armée du Nord.

On apprit soudain un jour à San- Juan qu'une division de Tucuman s'approchait Huit cents hommes vont les recevoir. Acha, l'immortel Acha entra une

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heure après dans la place -, il prit des chevaux et sortit à la rencontre de ses ennemis, auxquels il avait coupé la retraite. La bataille d'Angaco est un oasis de gloire où l'esprit peut se reposer au milieu de ce désert semé d'erreurs , de bévues et de déroutes. Acha prend une position avantageuse et accepte le combat avec une poignée d'hommes contre l'armée combinée de Benavides, Aldao et Lucero, forte de deux mille cinq cents hommes, dont deux bataillons d'infanterie et quatre canons. Acha avait avec lui quatre cents et quelques soldats peu aguerris dans un pays inconnu et atterrés à la vue d'une force qui se déployait devant eux et les entourait de tous côtés. Pour équilibrer tant de désavantages, résolus et enthousiastes de l'escadron Mayo, Acha, les Alvarez et beaucoup d'autres braves étaient à leur tête, et leurs paroles, leur fermeté et leur enthousiasme décuplaient leurs forces; ils les animaient par une ardeur sans exemple et une abnégation sans bornes. Acha avait à la main une petite baguette avec laquelle il jouait avec l'abandon d'un enfant; et avec son sourire habituel sur les lèvres, il montrait l'ennemi à ses soldats , en leur disant ces paroles , qui ont quelque chose de sublime : « Garçons , vous allez voir du bon ! » L'ennemi prend tranquillement ses positions et le combat finit par s'engager. Le feu fut terrible et dura cinq longues heures ; l'infanterie de Benavides arriva jusqu'à quatre mètres de celle d'Acha, et on se fusillait de là réciproquement; un simple canal les séparait. Aldao, qui se te- , nait à distance , prit la fuite et laissa Benavides se débattre dans des efforts de valeur Inutiles. Les petit 'i

pelotons de cavalerie d'Acha faisaient face de tous côtés, parce qu'il n'y avait déjà plus pour lui ni tête si arrière-garde. Le jeune Alvarez, blessé au milieu du combat , avait laissé dans les rangs un poste glo« rienx que personne ne pouvait occuper ; le découragement commençait à diminuer la résistance; Alvarez se fait bander sa blessure et remettre à cheval ; il anime les soldats par sa présence, ses encouragements , les soldats pleurent d'émotion , et le combat recommence avec une nouvelle ardeur. A la fin du jour, personne ne savait ce que faisaient les autres* l'infanterie tirait des coups de fusil sur le front de la ligne; chaque groupe de cavalerie de dix, vingt ou trente hommes, avec ou sans officiers, chargeait dans toutes les directions les escadrons ennemis. La poudre commence enfin à se dissiper, les cris s'éloignent, et Acha apprend, non sans quelque surprise, qu'il est vainqueur. « Ne vous dlsais-je pas que nous allions voir du bon 7 » disait-il aux soldats morts de fatigue et de plaisir, toujours en souriant et jouant avec sa baguette» N'est-ce pas un malheur que cet homme singulier se soit laissé enlever tant de gloire par une confiance indiscrète, et ait perdu la tête, égorgé comme un agneau, en expiation de sa faute? Benatrtdes hérita de sa gloire pour un acte de valeur qui aurait suffi à faire la réputation d'un grand général.

Les prodiges d'Angaco auraient suffi à sauver la république, si le malheureux Acha avait rendu plus de Justice à la sérénité et à la valeur de son ennemi. Betoavides , vaincu par une poignée de braves, retourna & San- Juan sans laisser paraître le moindre symptôme

d'abattement , quoique ses meilleurs officiers eussent péri et que tous ses moyens de guerre fussent aux mains de son rival victorieux. Sans se presser de fuir, il se retira vers Mendoza avec un petit nombre des siens , et fut rencontré à peu de distance par un renfort de troupes arrivé trop tard et insuffisant pour un autre moins entreprenant. Benavides entrevit , quoique très-éloignée, la possibilité d'un triomphe, et se résolut à donner un coup de main. Il retourne, tombe sur les vainqueurs surpris , et après trois jours de résistance inutile , il s'empare d'Acha lui-même, réfugié de tranchée en tranchée au haut d'une tour; recouvrant ainsi tout ce qui avait été perdu, avec une quantité de gloire égale ou supérieure, s'il est possible, à celle que son prisonnier avait recueillie à Angaco. Les forces de Rosas, aux ordres de Pacheco, purent être secourues puissamment, après avoir fait perdre à Madrid toute son avant-garde, toutes les ressources qu'il eût tirées de San-Juan , et le courage chevaleresque d'Acha, qui valait à lui seul une armée. La bataille du Rodeo del Medio fut un corollaire du triomphe de Benavides à San-Juan, son œuvre exclusive.

Cependant, que faisait Aldao? Sa lâche fuite du champ de bataille d' Angaco, le mettait dans une position méprisable; le prestige militaire, à Cuyo, était passé en entier à Benavides, et dans sa province, dans sa propriété, de la possession de laquelle il avait joui pendant douze ans, il trouva le dédain des vainqueurs. Il se rendit à Buenos-Ayres , se plaindre au maître qu'il servait ; une réception magnifique compensa les fatigues de 'son voyage, mais ce ne fut pas le présage

d'un accueil cordial. Plusieurs mois se passèrent sans qu'il pût obtenir une entrevue , et il finit par pouvoir retourner dans sa possession , après que Rosas l'eût complètement dépouillée de ses ressources pour la guerre. Depuis lors, Aldao vécut sans autre pouvoir que celui que lui donnèrent Rodriguez et son escorte, suffisant pour dominer à Mendoza, élevée pendant tant d'années à se résigner au silence, mais sans influence politique à l'extérieur. Rosas avait accumulé le pouvoir royal dans les mains de Benavides, qui a su le conserver par sa prudence et sa valeur. Les rivalités de ces deux caudillos ont servi pendant deux ans à alimenter une correspondance stérile avec Rosas , qui trouvait dans ces jalousies et ce désaccord un gage de sécurité.

Ici se termine la vie publique du général D. Félix Aldao : ce qui suit est la dissolution lente d'un despotisme vieux et impotent , l'anéantissement d'une vie répartie pendant tant d'années entre les fatigues de la guerre et les orgies de la paix, poursuivi partout par la conscience de sa bassesse , et la haine et le mépris mal déguisés du peuple qu'il dégradait.

les scènes d'immoralité entre la Liménienne et de la Dolores se répètent à l'arrivée de la Romana, autre acquisition faite dans la campagne de la Rioja. Imaginez-vous une ville comme Mendoza, témoin des querelles infâmes de trois femmes dégradées qui se disputent la possession d'un prêtre apostat , toujours ivre , gangrené , que toutes trois ont possédé alternativement, et duquel toutes ont des enfants et des droits; fit toutes ces intrigues de sérail autour J du pouvoir,

répétées de bouche en bouche , et remuant la société tout entière, ofedupant les Jeunes gens, et servant d'aliment à la médisance publique ; ces femmes se donnant des coups dans les rues, se jetant leurs infamies au visage , et réunies enfin une fois au moins sous le toit de l'objet disputé ! Celte fille d'Osan, dont j'ai fait mention auparavant, vint aussi à Mendoza figurer dans cette troupe Impure* Malheureuse ! Une de ces vengeances inspirées par la jalousie d'une femme vile et brutale, un affront que la plume se refuse i décrire , lui fit pleurer son malencontreux voyage, et donna encore ce triomphe à la Dolores.

Ce qui fait le plus rougir dans ce bourbier fangeux d'immoralité, c'est que ses excès, ses passions, ses appétits charnels, entraient dans la partie administrative de la province. Malheur aux dames qui manifestaient le moindre symptôme de mépris pour la favorite, parce que la chronique du sérail avertissait de temps en temps laquelle des trois était la préférée du prêtre impudique* Avant la révolution du h novembre, la Dolores se plaignait des dédains des dames : on donnait un bal , parce que les peuples dansent et rient toujours. Dieu est toujours si bon pour eux ! Aldaose présente à la porte avec vingt-cinq hommes armés de verges de coignassiers pour châtier les orgueilleuse* On dansa joyeusement toute la nuit : la Dolores promenait ses regards triomphants sur toute la réunion, et les jeunes gens se disputaient l'honneur de faire danser cette masse lourde et vineuse ! Un fils de laRo* mana mourut : le chef de la police, îiommé Montera? envoie des billets d'invitation à tous les citoyens porf

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les faire assister à son enterrement. Les premiers personnages du pays le portaient sur leurs épaules, sur un brancard richement décoré, au son des cloches et des salves de la troupe. Deux docteurs marchaient en têle, suivis de deux magistrats! Une demoiselle avait en le malheur de dire que la Dolores n'était pas un modèle de vertus, la police intervint, et Montcro ayant entendu les paroles, condamna la coupable à être promenée par les rues sur une jument ornée (1), et à être fouettée à tous les coins ; et la sentence fut exécutée.

Pendant que Benavides et Acha se battaient glorieusement à San-Juan, Montero, pour enthousiasmer la troupe destinée à marcher, conduit la Dolores au quartier ; et celle-ci , montrant un de ses fils aux soldats , les harangua au nom de leur père le général Aldao qui les appelle et sollicite leur appui. Quelle perte a faite Rosas dans ce malheureux général! Montero seul pouvait la compenser! Il faut des hommes de ce caractère pour maintenir dans les provinces de l'intérieur la paix profonde dont elles jouissent aujourd'hui. Il est vrai que tous les gouverneurs de province ne leur ressemblent pas : il n'y en a pas beaucoup de vertueux et de dignes de l'amour et du respect des peuples; mais tous ont quelque qualité qui sert admirablement les fins de l'homme adroit qui se moque d'eux. Brizuela, qui finit par déserter ses files, était une espèce d'é-

(1) Dans toutes les provinces du Rio de la Plata on ne monte que sur des chevaux j c'est un ridicule inouï que de monter sur une Jument,

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ponge imbibée d'eau-de-vie, une outre que Rosas marquait pour le tenir sur pied, qui gouvernait admirablement la Rioja : d'autres laissent le peuple en paix, pour qu'il travaille tranquillement, pendant qu'ils soignent les coqs de combat , et préparent des courses : d'autres ont fermé les bureaux du gouvernement, et passent les mois et les années sans émettre un décret, sans prendre une mesure administrative ; tout va bien sans doute : d'autres enfin toléreront tout , excepté qu'un avocat défende un procès ou occupe un banc dans la magistrature. Mais tous sont d'accord, et cela sans intention et sans étude , sur ce que les chemins publics disparaissent peu à peu ; les voleurs de grands chemins augmentent dans la campagne : les écoles sont désertes, les courriers du commerce supprimés , la justice abandonnée au caprice de juges stupides ou imbécilles ; la presse rendue muette, sinon pour vomir contre les sauvages de viles injures, ou prodiguer de servîtes éloges au restaurateur des lois: les mœurs s'acheminent vers la barbarie ; le culte des lettres est méprisé: l'ignorance est devenue un titre d'honneur; le talent est persécuté. On fait bien ! Si quelqu'un de ces gouverneurs montrait des capacités, de l'intérêt pour le bien public , un esprit d'organisation , le désir de se mouvoir et d'agir , il ne le porterait pas loin , parce que ce ne sont pas les qualités qui les maintiennent en grâce près de leur souverain. La barbarie des masses a élevé le dictateur, et la pauvreté et l'ignorance des provinces le soutiennent contre toutes les attaques. Les peuples les mieux gouvernés s'aperçoivent à peine de leur décadence et de leur recul Le despotisme, quoi-

que exercé par des hommes bons, est pour les peuples ce que la phthisie est pour le corps. : le malade ne sent aucune douleur ; il mange, rit, boit, danse sans souci ; rien ne lui fait mal ; le savant médecin voit seul les ravages que fait la mort et les pas que, sans souci, la victime fait tous les jours vers le tombeau.

Rosas s'est chargé de penser pour tous. Il est la tête intelligente ; les gouvernements de l'intérieur sont ses membres : les uns sont les bras qui exécutent , les autres les jambes qui marchent ; d'autres sont les parties les moins nobles de son corps, selon le rôle qu'on leur destine et les aptitudes qu'ils montrent ; ils sont tous bons à quelque chose, excepté à penser à l'avenir de la république; cela n'est prévu et compris que par celui-là seul qui fait tout à Buenos-Ayres.

Ce qui reste à dire d'Aldao est bien triste. Une maladie d'un an: un cancer à la figure lui dévore lentement le nez, les yeux, au milieu d'horribles douleurs. Quand elles se calmaient et qu'il jouissait encore de la vue d'un œil , il jouait avec quelques amis qui souffraient la mauvaise odeur et l'aspect hideux du cancer. Plus tard vinrent les soupçons contre les médecins qui le soignaient (l'un d'eux est encore en fuite, et c'est à cela qu'il doit de n'avoir pas été fusillé).

Pendant sa maladie quia duré près d'un an, et quoiqu'il fût aveugle dans les derniers mois, personne ne se hasarda à proposer qu'on nommât un gouverneur par intérim, de peur de lui déplaire, et parce que telle est la dégradation de ces malheureux peuples, qui commencent déjà à se convaincre sérieusement que le gouvernement est une propriété donnée par hypothè-

que aux C&tidiilos, et flttê ce ocrait fcttefttef à leurs droits que de pourvoir à leur incapacité de gouverner, même en cm de maladie mortelle. Aldao malade, Aldao moribond, Aldao mort enfin, gouvernait à Mendoza sans intérim, sans prendre d'autres disposition* que celles que réclamait 6à santé» On avàit ûotnmé des citoyens qui devaient & tour de rôle veiller dans son antichambre à Lojan. Il n'a jamais consenti & être seul un Instant. Se croyait-il abandonné des siens, ou bien cherchait-il à ne pas se trouver en présence de lui-même , de la mort, de sa conscience ou de Dieu? Une nuit cette nonvelle espèce d'employés était à jouer au jeu dé l'hombre : l'horreur de sa situation on l'Intensité des douleurs surexcitent le malade : il se lève » se présente tout à coup à ses gardiens, saisi d'effroi, égaré, nne paire de pistolets à la main. La surprise, la terreur s'emparent de ceux-ci, ils fuient épouvantés , et continuent à fuir au milieu de l'obscurité de la nuit; ils se dispersent dans la campagne, quelques-uns même passent le Rio de Lujan , jusqu'à ce que les cris de ceux qui étaient sortis à leur recherche les fassent revenir épouvantés, les habits déchirés par les épines, haletants, tremblants de froid et de peur ! Citoyens de la république argentine , vous si odieux aux autres peuples aux jours de liberté par votre orgueil indomptable , que vous êtes humiliés aujourd'hui ! Vous qui irritiez le grand Bolivar par votre air d'arrogance, vous faites rouler des tables et des chaises pour vous sauver du fouet du fraîle malade t

Rosas lui envoya alors un beau-frère pour le soigner* Enfin la mort s'approche, l'agonie se prolonge

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des mois entiers, et an milieu des douleurs les plus aiguës le cancer rompt une veine, êt un flot intàrls* sable de sang couvre sa figure et tout son corps* jus-" qu'à ce qu'il expire le 18 janvier! Le sang! le sang! Voilà Tunique réparation que la Providence a donnée & ces malheureux peuples dont le sang a tant coulé sans mesure! Mourir en versant son propre sang, seul, sans témoins , car il avait fait mettre une sentinelle à sa porte. Quelques personnes disent gu'il mourut repentant et dans le sein de l'Église , avec le scapulaire de l'ordre des Dominicains, au couvent desquels il a légué une partie de ses biens. Les billets d'enterrement inyitentles citoyens aux obsèques de S. E. le brigadier général D. José Félix Aldao, et on ajoute qu'il a nommé D» Juan Manuel de Rosas son exécuteur testamentaire. Les proconsuls romains qui ruinaient les provinces de l'empire avaient coutume de laisser leurs biens aux empereurs avec le gouvernement des provinces. Ces deux versions, quelque contradictoires qu'elles paraissent, prouvent au moins une vérité, c'est qu'on doute encore après sa mort s'il est prêtre ou général. Dieu l'aura décidé! Il a laissé trois maisons neuves pour établir ses trois familles , et il n'a rien disposé sans doute touchant les rentes qu'il possède, et qu'il a dérobées à des habitants de Mendoza.

Parmi tant de mauvaises qualités, cet homme possédait quelques vertus recommandablcs. Il a eu des amis, qui l'ont estimé cordialement et dont l'affection a sur* vécu à la distance et à la mort ; et il est impossible qu'il ait inspiré des affections si durables et si désinté-

ressées, s'il n'avait possédé quelques bonnes qualités qui ont atténué les mauvaises. Il savait se faire aimer des soldats, dont plusieurs l'ont accompagné pendant beaucoup d'années. Il distribuait souvent des grains en grande quantité aux pauvres du sud de Mendoza, et beaucoup de malheureux lui doivent leur subsistance. Quand il apprenait qu'il s'approchait quelques-unes de ces familles chiliennes qui émigrent souvent pour Mendoza, il envoyait à leur rencontre avec des vivres, et pourvoyait à leur subsistance et à leur établissement pendant quelque temps. Enfin, des personnes qui l'ont fréquenté assurent qu'il avait un amour profond pour ses enfants, et que leurs caresses lui donnaient des moments d'abandon et de plaisir indicibles. Le nom d'Aldao seul reste à sa progéniture , et à un autre bâtard de D. José qui, comme Francisco, n'était pas assujetti aux liens du mariage. Tous les Aldao ont eu une fin tragique ; la meilleure a été celle de D. Félix ! Tout Mendoza accompagna son cadavre à l'église dans l'intérieur de laquelle il a été enterré. On dit que le soir la promenade était pleine de personnes des deux sexes. Depuis le passage de Pacheco, cette promenade tachée du sang des victimes qu'on y égorgea , avait été peu fréquentée.

La seule amélioration que Mendoza ait reçue pendant ce gouvernement a été de peupler la frontière du Sud d'émigrés du Chili, qui se sont réunis en fermes et hameaux à l'ombre du fort de San-Carlos , qu'habitait Aldao, qui montra toujours beaucoup d'intérêt pour l'accroissement de ces populations.

Maintenant Mendoza est un héritage . Nous verronsqui

ÀLDÀO. 541

en prendra possession. Quand Rosas apprit l'état désespéré du fraile, il envoya une de ses sœurs avec son époux qui est médecin et un secrétaire pour Aldao. Quand il s'est agi d'élire un gouverneur, l'assemblée était pour le secrétaire , le peuple pour un habitant de Mendoza.

J'ai fini la tâche que je m'étais imposée, avec la crainte de n'avoir pas été assez impartial ; mais si j'ai manqué à la vérité des faits , il n'a pas été en mon pouvoir d'y remédier. J'ai consulté amis et ennemis et les vieux soldats de l'indépendance sur ses premiers pas dans la carrière des armes ; j'ai rejeté ce qu'il y avait de douteux et atténué ce qu'il pouvait y avoir d'exagéré. En outre, la vie d'un homme comme celui* ci, qui a pris part à tant de vicissitudes politiques, m'a paru un sujet digne d'une meilleure plume et d'être connu du public. La biographie des instruments d'un gouvernement révèle les moyens mis en action et laisse conjecturer les fins auxquelles il se propose d'arriver.

Note A. — Les pampas.

On donne le nom de pampas aux plaines immenses qui Couvrent la république argentine, et dans lesquelles croissent et se multiplient les innombrables troupeaux qui font la plus grande richesse du pays.

HOTE B, — Le Chaco.

Le territoire appelé Chaco comprend une surface d'à peu près dix mille lieues carrées géographiques dans l'intérieur de l'Amérique du Sud , presque aussi inconnue des géographes que les territoires les plus inaccessibles de l'Afrique centrale. Il est traversé par deux rivières qui peuvent être rendues navigables : ce sont le Rio Bermejo, qui prend sa source sur les confins de la Bolivie, se dirige au sud , passe à Oran , dans la province de Salta , reçoit plus loin le Rio Grande de Jujuy ou Lavayen; puis, se dirigeant au sud-est, se jette dans le Paraguay entre Nembucû et Gurupaity ; et le Pilcomayo, qui prend sa source dans les Sierras Altisimas» au nord du Potosi, parcourt une grande partie de la Bolivie, en se dirigeant à peu près à l'est-sud-est jusqu'entre 21 et 22° de lati-

FACUNDO OriROGA

tude sud , se dirige alors au sud-sud-est et se jette dans le Paraguay un peu au-dessous de l'Assomption, Il s'étend entre le Paraguay et le Paranà jusqu'à 66° de longitude occidentale de Paris et entre 30° et 19° de latitude sud. Il a été exploré entre 1670 et 1764 par huit expéditions militaires de Tucuman, en 1764 par Jerônimo Matorros, gouverneur du Tucuman , qui fonda sur le Bermejo un point de missions, celui de Lacangayé, par 57° 30' de longitude à l'ouest du méridien de Paris. De 1764 à 1780, D. Francisco Govino de Arias, successeur de Matorros, et les pères jésuites Antonio Lapa et José Bernardo de Lena, pénétrèrent peu à peu au cœur du Chaco. Il fut ensuite exploré, en 1780, par le colonel D. Juan Adrian Fernandes Cornejo, de Salta ; en 1790, par le même Cornejo; en 1780 (novembre, décembre), par le franciscain Morillo, qui termina son voyage en février 1781 ; en 1794, par le colonel D. José Espinola; en 1826, par D. Pablo de Soria, pour la société du Bermejo, fondée à Buenos-Ayres par actions ; en 1845, par ordre du gouvernement bolivien, par le colonel de corvette Ban Nivei. On peut consulter sur le grand Chaco et les rivières qui le traversent :

Arenales. — Notice sur le grand Chaco. — 1833. G. A. King.— Twenty four years in the Argentine republic, etc. Londres, 1846.

D. Pedro de Angelis. — Collection d'ouvrages et documents relatifs à l'histoire ancienne et moderne des provinces du Rio de la Plata. — Buenos-Ayres, 1836 et 1837, 6 vol.

Fr. Pedro Lozano. — Description géographique du terrain, des rivières, des arbres et des animaux des immenses provinces du Chaco Gualamba, publiée en 1733, à Cérdova, par le recteur du collège Mâximo.

D'Orbigny. — Voyages dans l'Amérique méridionale.

D. Félix de Azara. — Voyages dans l'Amérique du Sud, édités en français par Walckenaer. Paris, 1809.

Et les ouvrages de sir Woodbine Parish, de M. de Humboldt, J. R. Rengger et du docteur Wappaûs.

NOTE C. — Le gaucho.

On donne, en général » le nom de gaucho aux paysans qui vivent dans les campagnes des républiques espagnoles. Le gaucho est une race d'hommes particuliers, qui apparaît dans les déserts de la pampa, qui tient le milieu entre l'Européen et l'indigène, et se développe dans ces solitudes par l'effet du contact de la société civilisée avec les tribus barbares. On ne saurait, du reste, se former une idée plus juste de sa nature intime, de ses mœurs, habitudes, coutumes et caractère, qu'en lisant les détails de M. Sarmiento.

NOTE D. — Arroyo dei medio.

L'Arroyo del Medio est une petite rivière qui se jette dans le Paranâ entre San-Nicolas et Pabon et sert de limite aux provinces de Buenos-Ayres et de Santa-Fé. C'est là que fut amené et fusillé, le 22 juin 1839, par ordre de Rosas, Cullen, gouverneur de Santa-Fé, qui avait trempé dans le complot contre Quiroga et possédait des lettres qui pouvaient compromettre Rosas.

NOTE E. — La quichua.

La quichua est la langue des lncas ; c'est le dialecte le plus perfectionné des langues indigènes d'une grande partie de l'Amérique du Sud , que les jésuites ont choisi pour écrire, en l'introduisant comme langue commune dans toutes leurs missions de l'Amérique du Sud , pour

546 FACUNDO QUIROGA.

unir ainsi les différentes tribus indigènes qui étaient séparées entre elles par leurs dialectes rigoureusement diffé* rente et en former une seule nation. Les PP. Manuel §obreviela et Narcisso y Barcelo, dans leurs voyages au Pérou en 1791, 92, 93, 94, traduits en anglais par John Skinner (Londres, 1805) et en français par P, ¥• Henry (Paris, 1809), disent : « Dans la langue quichua, les mots sont les images de la pensée. » L'art d'écrire le quichua s'est perdu quand les jésuites ont été chassés de leurs missions, au grand préjudice des administrations du Pérou, de la Bolivie et d'autres États de l'Amérique du Sud , dans lesquels la majeure partie de la population se compose encore d'Indiens sans mélange, auxquels on ne peut communiquer les décrets du gouvernement que verbalement au moyen des chefs subalternes qui les falsifient souvent, parce qu'ils ne sont soumis à aucune inspection supérieure, et qui exercent sur les pauvres Indiens le plus atroce despotisme.

NOTE F. — Chiripa.

La chiripa est une pièce de laine rouge, bleue ou verte, qui se met autour des reins et tombe au-dessous des genoux comme une tunique. On l'assujettit au-dessus des hanches au moyen d'une ceinture de cuir, qui retient der? rière le dos un large couteau-poignard dans sa gaine,

NOTE G. — Lavalle.

Lavalle, général argentin , se distingua dans la guerre de l'indépendance à Ghacabuco et Maipû. Il prit part à la guerre contre le Brésil dans la bande orientale de l'Uruguay, et revint avec les troupes de cette expédition lorsque la paix eut été conclue en 1828. Le colonel Dorrego, du parti fédéral, était alors au pouvoir. Le général La-

îlfiTW. 3*7

y*Ue se met à la tête des unitaires, et une révolution éclate» 4 Buenos- Ayres le 1 er décembre i 828, pour renverser l'administration de Dorrego. Celui-ci s'epf nit le jour même à la campagne, où il avait des propriétés et ses principaux adhérents. Jl est vaipcu près de Navarro par Lavalle et s'enfuit vers Areco ; mais les hussards d'Areco se déciarent pour Lavalle, lui livrent Dorrego qu'il fait fusiller, tandis que Rosas s'enfuit à Sapta-Fé, La province de Santa- Fé ayant été soulevée par Posas , Lavalle marche contre elle et triomphe & la Guardia del Monte et à las Viscaçhera$. D. Estanislao Lqpez, gouverneur de Santa-Fé, demande alors la paix; mais ?tyant été refusé, il bat La^ valle en 1829 au Puepte del Marques, Après une guerre de presque une année, D, Juan Lavalle, ayant perdu tout son prestige, se voit forcé de capituler et de traiter avec Rosas, pendant que le général Viamont entre à la présidence le 26 ^oût 1829, pour être remplacé, le 6 décembre, par D, Juan Manuel posas. Après son abdication , le gé* Béral Lavalle s'était réfugié dans la bande orientale. A la fin de 1838, pendant le blocus prononcé par l'amiral Leblanc, la province de Gorrientes se prononce contre nosas et conclut avec l'état oriental, le 3i décembre, un traité d'alliance offensive et défensive contre le tyran de Buenos* Ayres. L'émigration argentine se réunit dans la bande orientale et met D. Juan Lavalle à sa tête. Lavalle s'embarque le 2 juillet 1839 h bord du brick l'Alerte, commandé par M. Ollivier, et se rend à Martin-Garcia, pour y organiser la légion libératrice. Le 2 septembre, des navires de l'escadre française transportent Lavalle dans rEntre-Wos. Le 22 septembre, il bat les troupes de Rosas au Yerùa. Le 6 octobre, Ferré est nommé gouverneur de Corrientes ; le 25 octobre, Lavalle se met à ses ordres ; le même jour, il est nommé générai en chef de l'armée que Corrientes doit envoyer contre Rosas, et qui doit s'incor-

FACUNDO QLIROGA

porer à la légion de Martin-Garcia. Le gouvernement de Corrientes et Lavalle s'entendent avec l'amiral Leblanc, et Tannée, forte de trois mille hommes, reçoit des secours en argent , en vivres et en armes des agents de la France, pendant qu'une flottille française croise dans l'Uruguay pour entretenir les communications. La campagne du sud de Buenos- Ayres se soulève; le 40 avril 1839, cinq mille hommes sont battus et dispersés à D. Cristoval ; la province de Buenos-Ayres est envahie ; quinze cents hommes commandés par Pacheco et deux mille par Vincente Gonzalez sont défaits; en septembre 1840, Lavalle est à Morou à quelques lieues de Buenos-Ayres, lorsque l'amiral Mackau vient conclure un traité de paix avec Rosas le 29 octobre 1840. Réduit à ses propres ressources, Lavalle est battu au Quebrachito le 28 novembre 1840. Il refuse au commandant Penaud l'amnistie et une pension en France, et finit par succomber en octobre 1841 àFamalla. Oribe fait chercher son cadavre pour lui couper la tête (1); maïs ses partisans le font enlever et l'emportent en Bolivie où il fut enterré dans l'église de Mojo. Le général Oribe réclama l'extradition du cadavre, mais le général Urdimena repoussa avec horreur une aussi atroce réclamation.

NOTE H. — Le dépit et l'humiliation des armes anglaises.

L'écrivain Sarmiento fait ici allusion aux événements de 1806 et 1807 à, Buenos-Ayres. Au mois de mai 1806, une escadre anglaise commandée par sir Home Popham , et por-

(1) J'ai fait faire des recherches actives sur le lieu où est enterré le cadavre, pour qu'on lui coupe la tête et qu'on nie l'apporte! (Lettre d'Oribc au gouverneur de Côrdoba D. C. Arredondo, datée du 12 octobre 1841, et publiée dans le Briiuh Packct, dans son numéro du 6 nov. 1841).

tant seize cents hommes , se présente dans la Plata ; elle mouille à l'Ensenada, où le général Beresford débarque. Après une faible résistance au pont de Galvez, le vice-roi Sobremonte s'enfuit à Côrdoba, et le 27 juin, Beresford entre à Buenos-Ayres avec quinze cent soixante hommes, Santiago Liniers, Français au service de l'Espagne, se rend à Montevideo avec le projet de délivrer Buenos-Ayres. Il y fait un exposé franc et chaleureux de ce qu'il va tenter, et devient, le 23 juillet, chef de l'entreprise. Il traverse le fleuve, attaque Beresford, et le force à capituler. Sir Samuel Auchmuty, parti d'Angleterre en octobre 1806, avec quatre mille deux cents hommes, arrive en décembre devant Montevideo, où était Sobremonte revenu de Côrdoba. Après quelques préparatifs inutiles, Sobremonte s'enfuitlel9 janvier 1807, à las Piedras ; et après une résistance soutenue, Montevideo est emportée d'assaut le 3 février, dans la nuit Le général Whitelocke arrive dans la Plata avec de nouvelles troupes et le commandement général. Le 30 juin 1807, l'armée anglaise marche sur Buenos-Ayres. Après plusieurs combats partiels, la ville est attaquée le 5 juillet, et les Anglais se rendent maîtres du Retiro. Mais le peuple monte bientôt sur les terrasses qui couvrent toutes les maisons, et de là tire à l'abri sur les Anglais, et leur jette toutes sortes de matières destructives. Liniers, vainqueur sur tous les points , force Whitelocke à se rendre , et celui-ci accepte une capitulation par laquelle il doit abandonner Montevideo , et laisser le Rio de la Plata le 7 septembre. 11 n'en partit que le 13, à cause du mauvais temps.

NOTE I. — Estancieros—Estancia.

Dans l'Amérique du Sud, on nomme estancia une grande propriété rurale, et estanciero, le > propriétaire ou celui qui la cultive.

550 FÀCUISDO QU1ROGA

NOTE J. — Laso. — Bolas.

Le laso est une longue courroie de cuir terminée par un nœud coulant, que les gauchos lancent avec une surpre* nante adresse sur les bêtes de leur» troupeaux pour les arrêter et les terrasser.

Les bolas sont composées de courroies auxquelles sont attachés quatre petits boulets, pour arrêter ou abattre la» chevaux et les bœufs.

Ces deux moyens sont aussi usités dans la guerre.

NOTE K. — Biscachas,

BIscachas ; animal de Tordre des rougeurs à clavicules, du genre chinchilla, se rapprochant beaucoup des lièvres.

NOTE L. — Poncho.

Le poncho est une espèce de manteau fort commode pour monter à cheval . Il est sans manches, assez semblable à la chasuble d'un prêtre, et garantit tout h la fois de la pluie, de la poussière, de la chaleur et du froid*

Il fait partie du vêtement du gaucho.

NOTE M. ~ Pelota,

On nomme ainsi, dans les pampas, une large poche ronde faite d'un cuir de bœuf et dans laquelle se place le voyageur pour traverser un cours d'eau.

NOTE N. — Fleur de Cuir.

Cette fleur, connue en botanique sous le nom de pitcairnie aérienne, de la famille de& broméliacées, est très-commune dans la république argentine ; elle présente cette remarquable particularité de vivre et s'accroître sans le

secours des racines ; elle végète et fleurit fort bien, attachée aux grilles des balcons, aux châssis des fenêtres, et produit des fleurs diversement colorées, agréables à la vue et d'une odeur douce.

NOTE O.— Cielito.'—Jalco.

Jaleo, danse espagnole très en vogue dans l'Andalousie. — Cielito, danse des pampas*

NOTE P. — Peon.

Peon , manœuvre , journalier : mot très - usité dans l'Amérique du Sud.

NOTE Q. — Cuadra.

On appelle cuadra une île de maison?. Dans les villes sud-américaines, les rues étant tirées au cordeau, chaque cuadra ou île a une longueur déterminée. A Montevideo, Une cuadra a 100 varas (85 mètres environ); à Buenos- Ayres, 150 varas ; cette longueur bien connue sert quelquefois d'unité pour mesurer les distances.

NOTE R. — Baqueano.

Le tnot baqueano ou vaqueano est un adjectif dérivé du verbe baquear (conduire, faire paître des vaches). Gomme les premiers colons s'adonnèrent à la profession de pâtres, ce fut naturellement parmi les pâtres que furent choisis les premiers guides pour conduire des convois ou des corps de troupes au milieu des plaines immenses de l'Amérique du Sud ; de là vient que le mot de baqueano a pris plus tard une signification particulière pour désigner le métier de conducteur ou de pilote, en se guidant soit par les astres,

r>r>2 facuxdo quiroga.

soit par le cours des torrents, soit par la qualité des terrains et des herbes ; c'est là la véritable acception du mot baqueano que nous avons conservé dans la traduction.

NOTE S. — Montoneros.

Le mot montoneros, dérivé du substantif monton, qui Signifie tas, amas, monceau, est appliqué dans FAmérique du Sud à des corps de troupes irrégulières, voguant dans les pampas, harcelant les armées régulières, se livrant au pillage ; et cela avec d'autant plus de facilité que les montoneros sont tous à cheval et connaissent parfaitement le pays. Une troupe de montoneros se nomme môntonera.

NOTE T. — Yerba mate.

Le mate ou yerba mate est une herbe qui croît dans la république argentine et surtout au Paraguay. Elle sert à faire une liqueur assez semblable au thé et dont tout le monde use abondamment sur les deux rives de la Plata. On la prend dans une tasse ronde faite en calebasse ou coco, au moyen d'un tube qui plonge dans le mélange et par lequel on aspire le contenu du vase. Le système luimême prend le nom de mate; il est plus ou moins orné suivant la richesse des personnes, mais pauvre ou riche, il n'est pas un habitant de ces pays qui ne prenne le mate. C'est , du reste, une coutume qu'adoptent les Européens après quelque temps de séjour dans le pays.

NOTE U. — Pulperia.

On nomme , dans l'Amérique espagnole , pulperia un magasin où l'on vend à boire et à manger, espèce de cabaret où les gens du peuple se réunissent pour parler affaires

et surtout pourboire. Celui qui tient la pulperiase nomme pulpero.

NOTE V. — V. Hugo.

Âmmien Marcellin , historien latin du iv* siècle avait dit cela des Huns bien avant Victor Hugo.

NOTE X, — Guerre au couteau !

Réponse de Palafox au général français, au siège de Saragosse.

NOTE Y. — Rome. — Méhémet-Ali.

L'écrivain Sarmiento, bien qu'écrivant en 1845, n'était pas fort au courant des faits et des événements européens ; il n'y a rien de vrai aujourd'hui dans ce qu'il rapporte des bandits romains, et les événements de 1841 avaient déjà démontré que la Turquie ne voulait pas renoncer & la suzeraineté de l'Égypte.

NOTE Z. — Venta.

Venta. — Hôtellerie. — Cabaret isolé dans les champs pour les voyageurs.

Note à A. — Artigas, Rondeau 9 Vigodei, siège

de Montevideo.

Quand Buenos-Ayres jeta, en 1810, le cri d'insurrection contre l'Espagne, elle organisa un gouvernement provisoire et se mit à la tête d'un nouvel ordre de choses ; les autres provinces répondirent à son appel et s'empressèrent de rendre plus intimes leurs rapports avec elle et de prêter obéissance aux autorités substituées à celles de & M. C et à leurs mandataires subalternes. La province

FACnXDO QlIROGA.

de Montevideo se distingua par ses sympathies potir I*

cause de la révolution et par ses efforts pour seconde! 1 te mouvement de Buenos-Ayres. Il y eut de suite dans sa capitale des mouvements que réprimèrent les autorités espagnoles. Ces événements et ces raisons firent émigrer à Buenos-Ayres plusieurs officiers distingués, et parmi eux D. José de Rondeau et D. José de Artigas.

D'un autre côté, l'infante dona Carlota Joâquina, profitant des troubles de l'Espagne et des dispositions qu'elle croyait trouver à Buenos-Ayres, avait lancé, en 1809, un manifeste engageant les habitants de cette vice-royauté à se ranger sous son autorité jusqu'à la fin de la captivité de Ferdinand VII. La régence d'Espagne, avertie des vues de l'infante dona Carlota sur la Plata, et songeant que Montevideo était le point le plus à sa portée, avait déjà, pour prévenir toute tentative, nommé gouverneur de cette place Don Gaspard Vigodet, militaire en qui elle avait toute confiance. Mais à la nouvelle du soulèvement de Buenos-Ayres , elle envoya comme vice-roi de la Plata D. Francisco Javier Elio, qui arriva à Montevideo au commencement de 1811. Elio, arrivé à Montevideo et croyant pouvoir ramener Buenos-Ayres sous l'autorité de la régence sans recourir aux armes, fait parvenir amicalement, le 15 janvier 1811, à la junte suprême établie à Buenos- Ayres, à son ayutamiento et à l'audiencia real , un message par lequel il leur fait savoir sa nomination et son 'vif désir de voir rétablir l'harmonie et l'union la plus parfaite, pour préserver cette Yice-royauté de toute influence étrangère. 11 promet en même temps sous serment d'oublier les fautes passées et de commencer une nouvelle ère de bonne intelligence et de fraternité. Voyant l'inutilité de ses démarches, il déclare la guerre à Buenos-Ayres et condamne comme rebelle la junte qui y gouverne. Presque toute la campagne orientale se déclare en insurrection.

Mefcèdeâ, Soriaiio, Guâleguay et Gualégtiâichfi tombent aux mains des révolutionnaires, Artigas remporte sur les royftlistes là Victoire de San-slosé. Le Colonel Rondeau, qui Tient pfèndre lé commandement des forces révolutionnaires, soumet les villes de las Minas, 6an-Carlos et Maldonado, fait soulever la bande orientale eti masse et établit son quartier général à Mercedes. Elio prend position à las Piedras avec douze cent trente hoitimes de ses meilleures troupes et beaucoup d'artillerie ; il y est battu lé 18 mai par Artigas. Rondeau laisse Mercedes et vient faire le siège de Montevideo. Èlio envoie un parlementaire à la junté de Buéttos Ayres pour entrer en arrangement et offrir de se démettre de son emploi , s'il est le seul obstacle à la réconciliation. Mais la junte de Buenos-Ayres, instruite de ce que le Paraguay a déposé son gouverneur dans la nuit du 14 mai , repousse les propositions d'Elio. Il envoie alors une escadré de cinq navires, aux ordres de Michilena, sommer Buenos-Ayres de se rendre ; cette ville est bombardée sans succès. Elio, serré de trop près par Rondeau j demande alors des secours au Brésil et écrit en même temps au général brésilien qui commande la division sur la frontière. Le marquis de Casa Irujo , chargé d'affaires d'Espagne au Brésil, qui, par crainte de l'ambition de don a Carîota, s'était toujours opposé à l'entrée des Brésiliens sur le territoire oriental , cède cette fois. Mais la déroute de l'armée argentine du Pérou oblige le gouvernement à retirer les troupes du siège de Montevideo et à conclure le 20 octobre 1811, avec le chef de la place, un armistice dont les principales conditions sont : l'évacuation du territoire par les Portugais et le retrait des indépendants de l'autre côté de l'Uruguay. Rondeau lève le siège et se rend à Buenos-Ayres avec ses troupes; mais Artigas, qui s'était retiré avec les Orientaux sur la rive occidentale de l'Uruguay, refuse d'obéir au gou-

FACUNDO QtIROGA.

vernement de Buenos -Ayres et repasse l'Uruguay au Salto.

Peu de temps après la convention faite par Eiio, il est remplacé par le maréchal de camp Vigodet Au commencement de 1812, le gouvernement de Buenos-Ayres demande la prompte évacuation de la bande orientale par les troupes portugaises ; d'un autre côté , les généraux portugais et espagnol demandent qu'Artigas repasse l'Uruguay. Le 26 mai, est conclu à Buenos-Ayres un armistice entre les indépendants et le lieutenant-colonel D. Juan Rademaker pour le Brésil. Mais une conspiration, ourdie par Alzaga à Buenos-Ayres et favorisée en secret par l'agent de dona Carlota, épouse du prince-régent, plus tard D. Juan VI, se trame à Buenos-Ayres, et le général Souza, commandant les troupes portugaises, appuyé par l'infante, désobéit aux ordres du prince pour retirer l'armée, en donnant pour motif que S. A. ne savait pas la nouvelle situation des affaires et la manière dont elle y était engagée, quand elle a donné cet ordre. La conspiration est étouffée le 2 juillet, et l'armée portugaise est alors retirée.

Le 28 août, le gouvernement de Buenos-Ayres propose, à la place de Montevideo, un arrangement pacifique, sur les bases de former tous un môme peuple jusqu'à ce que le monarque ait fini sa captivité , et de se remettre alors sous ses lois , avec l'intervention de l'Angleterre. Vigodet et le cabildo repoussent cette proposition avec indignation, et apprenant que les Espagnols sont persécutés à Buenos-Ayres , il défend, sous peine de mort, toute communication avec cette place. La guerre est reprise. D. Manuel de Sarratea, ayant sous ses ordres D. José Rondeau, est nommé général en chef de l'armée contre Montevideo. 11 s'incorpore, au Salto , les troupes orientales qui , sous les ordres d'Artigas, n'avaient cessé de faire aux Brési-

liens la guerre de montoneros. Rondeau prend le commandement de l'armée, s'avance sous les murs de Montevideo, et force Sarratea, qui était sur l'Uruguay, à retourner à Buenos-Ayres , parce que sa mésintelligence avec Artigas peut compromettre les opérations du siège* A la fin de 1813, Artigas voyant que la reddition de Montevideo est inévitable, force Rondeau à convoquer un congrès pour constituer l'État oriental. Rondeau en réfère à Buenos-Ayres, qui le nomme chef des élections, desquelles il résulte que Rondeau est nommé président Artigas, outré de n'avoir pas présidé le congrès, se retire avec les troupes de l'armée de Rondeau. Artigas est déclaré infâme, privé de ses emplois, mis hors la loi, déclaré traître à la patrie, et sa tète est mise à prix. Le général Alvear vient prendre le commandement de l'armée devant Montevideo, et Rondeau se rend à Buenos-Ayres, où il est nommé général en chef de l'armée du Pérou pour relever San-Martin, qui se trouvait gravement indisposé.

Le 20 juin 1814, Vigodet capitule et part pour Rio-Janeiro ; le général Alvear occupe la place. Dans ce moment, l'insubordination d'Artigas s'accroît au point que le général en chef est obligé de le poursuivre avec les mêmes forces qui ont occupé la place de Montevideo. Alvear laisse le commandement au général Soler, qui soutient pendant longtemps une guerre de partisans avec Artigas. Les résultats ayant été défavorables aux armes de Buenos- Ayres, ce gouvernement retire les troupes de Montevideo, qui est occupée par les Orientaux le 23 février 1815. Côrdoba, Santa-Fé, Entrerios se mettent sous la protection d'Artigas , qui déploie alors tout son ressentiment contre le gouvernement de Buenos-Ayres. Des traités proposés de part et d'autre ne sont pas acceptés; l'idée d'un gouvernement fédéral semblable à celui des États-Unis ayant prévalu dans la bande orientale , retarde la pacification ;

553 FACUNDO QUIROGA.

et en 1816, les Portugais envahissent l'État oriental Artigas ne peut défendre le territoire, et après avoir perdu les batailles d'India Muerta et du Catalan et avoir vu Montevideo tombée au pouvoir du général Lecor, le 20 janvier 1817, continue jusqu'en 1819 une guerre irrégulière de montoneros, sans direction, et ravage le pays sans succès. Il est abandonné peu à peu par tous ses partisans ; toute la bande orientale se soumet aux Brésiliens, et Artigas est forcé d'aller au Paraguay demander asile au docteur Francia, qui l'envoie à Aruguaty, avec 32 piastres de pension par mois. Il y mourut dans la misère en 1826, après avoir réformé ses mœurs.

NOTE BB. — Congrès de Tucutnan.

Le congrès général de Tucuman se réunit le 24 mars 1816, pendant le gouvernement par intérim de D. Ignacio Alvarez; il déclara l'indépendance des provinces argentines sur l'acte du 9 juillet 1816, et leur donna pour directeur D. Juan-Martin Puirredon. Trois ans après, le même congrès donna pour successeur à Puirredon D. José Rondeau, qui commença à gouverner le 29 juillet 1819. Le 1 er février 1820, la province de Buenos-Ayres est envahie par les troupes d'Entrerios et Santa-Fé ; le directeur Rondeau , déléguant le pouvoir à D. Juan-Pedro Aguirre, va se mettre à la tête des troupes ; il est vaincu à Zepeda, et les gouverneurs victorieux des provinces de Santa-Fé et Entrerios entrent à Buenos-Ayres avec leurs troupes. Le congrès et le directoire sont dissous, et le pouvoir du gouvernement borné à la seule province de Buenos-Ayres.

NOTE CC. — Aldao. — Corro.

Les Aldao étaient des partisans de Mendoza , sur lesquels il est donné une notice à la suite de Facundo Quiroga.

Corro participa, avec les Aldao, au soulèvement du 1 er régiment des Andes, à San-Juan.

NOTE DD. — Congrès de 1826.

Le troisième congrès général fut assemblé en 1825, et non en 1826, pour faire un traité de commerce et de navigation avec l'Angleterre, qui venait de reconnaître Tindépendance. Le 25 octobre, il accepte la demande d'annexion faite par le gouvernement provisoire de la bande orientale; il crée un gouvernement général du nom de président, indépendant du gouvernement de Buenos- Ayres. Mais tous deux devaient exister dans cette ville, où il n'y avait d'autre trésor que celui de la province. Il en résulta de très-graves inconvénients , qui obligèrent à dissoudre le gouvernement provincial et sa chambre des représentants; et le 8 février 1826, D. Bernardino lUvadavia fut nommé président géoéral. Les partisans du gouvernement provincial ayant formé une opposition majeure dans le congrès au gouvernement présidentiel, I\ivadavia se retira , et pendant que les députés des pro T vinces se réunissaient, D. Vicente Lopez vint gourverner par intérim, le 7 juillet 1827. A la réunion de la chambre des représentants, le congrès fut dissous.

NOTE EE. — Convention de Santa-Fd.

La convention dite nationale se réunit à Santa Fé pour autoriser la ratification du traité conclu le 27 août 1828 avec le Brésil.

! NOTE FF. — Convention de Côrdoba.

La convention de Côrdoba conclut, le 21 septembre 1827, avec Buenos-Ayres, un traité dont le motif, déter-

560 FAGUNDO QU1R0GA.

minant, le prétexte avoué, était de soutenir la guerre avec le Brésil.

Note GG. — Quinta.

On désigne généralement sous le nom de quinta, une maison de campagne avec de vastes jardins.

NOTE HH. — Once, piastre, real, etc.

Une once d'or vaut à peu près 86 francs ûO cent, mais sa valeur varie suivant le cours. Elle se divise en 16 patacanes. Un patacon vaut 5 francs AO cent ; il se divise en 8 réaux, ce qui donne au réal la valeur de 68 cent ; mais ceci est une monnaie de compte. Les petites pièces d'argent sont le quart de patacon ; la monnaie de cuivre se compose de vintenes, dont il y a 48 au patacon , de doubles vintenes et de cobres; il y a quatre de ces derniers dans un vinten. Le quart de patacon se nomme aussi piécette, et vaut 1 franc 35 cent

La piastre est une monnaie de compte qui n'existe pas en nature ; elle vaut quarante vintenes ou 4 fr. 50 cent

Note II. — Chacabuco, Maipù.

Chacabuco. — Au commencement de 1817, San-Martin voyant les chemins praticables, envoie à Marcô del Pont un parlementaire qui lui intime Tordre d'évacuer le Chili s'il veut éviter la guerre à laquelle se voit forcé le gouvernement de Buenos-Ayres, dont il lui envoie en même temps l'acte d'indépendance. iVIarcô fait brûler ces papiers et envoie le lieutenant-colonel Marqueli avec deux cents hommes , passer la cordillère , par Aconcagua, pour s'approcher de Mendoza autant que possible et voir la vraie direction que va prendre l'armée argentine ; il surprend de nuit , près de la vallée d'Uspallata , une garde

KOTIS.

avancée sur laquelle il obtient un léger avantage. San- Martin passe alors la cordillère , s'engage avec le gros de son expédition par le chemin de los Patos , et envoie par l'endroit le plus battu, celui d'Aconcagua, son major Las Heras et le commandant Soler, pour attirer l'attention de rennemi de ce côté. Cette division ayant rencontré un fort détachement qui défendait le paso de la GUardia Vieja, engage avec lui une action dont le résultat est la retraite des royalistes à la côte de Chacabuco, où était l'avantgarde et la marche de Las Heras sur la vallée d'Aconcagua, où il va s'incorporer à San-Martin, campé sur Putaendo.D. Rafaël Maroto, colonel du bataillon de Talavera, est élu chef de l'armée royaliste, et malgré sa diligence, n'arrive à l'avant-garde que le il février, avec le colonel Elorriaga; aussitôt l'avis donné par Marqueli, on n'avait pas perdu de temps; et cependant Quintanilla et Baranao, arrivés le 10 à la capitale, ont seuls le temps de se réunir à l'avant-garde.

Le 12 février au matin, Maroto met deux cents hommes sur l'endroit le plus élevé de la côte de Chacabuco, avec ordre de n'abandonner le poste qu'après avoir perdu la moitié du monde. Pendant qu'il dispose le reste de ses troupes, il voit revenir l'avant-garde en désordre ; bientôt l'armée espagnole est obligée de céder ; Elorriaga et Marqueli restent sur le champ de bataille ; tout le monde s'enfuit en désordre de Santiago à Valparaiso. Le gouverneur Marco est fait prisonnier avec son major général Bernedo. Tout le pays est délivré de la domination espagnole , à l'exception de Talcahuano, où se réfugient les vaincus. Le 13 février, San Martin entre à Santiago, où il est proclamé président; il refuse à trois fois différentes, et O'Higghins, désigné par lui, est nommé à sa place.

Maipù. — Au commencement de 1818, San-Martin avait été battu par Osorio à Cancha-Rayada. Loin de se laisser

FACUNDO QUIROGA

abattre et de désespérer du salut de la patrie, il retourne à Santiago, relève la confiance publique, réorganise des troupes» et quinze jours après il se présente dans la plaine de Maipû , à trois lieues de la capitale, avec cinq mille hommes. Osorio, à la tête de plus de six mille soldats, avait déjà occupé cette position avantageuse.

La plaine de Maipû s'étend à peu près l'espace d'une demi-lieue vers le point par lequel venait San-Martin ; elle est coupée à droite par une vallée prolongée qui , appuyée à un ravin, forme sa défense principale ; le terrain s'incline à gauche, en pente douce jusqu'à un monticule assez haut qui le domine tout entier, et qui battait la gauche des royalistes et la droite des insurgés.

Osorio forme la ligne de ses troupes dans un endroit un peu élevé, où se trouvent trois collines qui, quoique petites, pouvaient servir à cacher quelques forces. U occupe le monticule avancé, sur son flanc gauche, avec une colonne de chasseurs et de grenadiers aux ordres de Primo de Rivera et deux canons. Vers dix heures et demie, San Martin se présente avec toutes ses forces, engage un feu violent d'artillerie sur le front, et fait avancer sa cavalerie sur l'un des flancs.

Ordonez, avec les bataillons de l'Infant et de Concepcion, se mêle à droite avec trois corps d'indépendants, qu'il met d'abord dans la plus complète déroute. La seconde division, composée du premier bataillon de Burgos et du bataillon de volontaires d'Arequipa, s'avance en colonne, par le centre , aux ordres de Morla; à la première attaque, le bataillon de Burgos, qui allait en tête, s'ouvre en deux et laisse le bataillon d'Arequipa exposé au feu des batteries ennemies ; le commandant, au lieu de se déployer en bataille, laisse pénétrer sa masse à l'ennemi, et lo nombre des morts le force à battre en retraite, quoique en ordre. A cette vue, les indépendants font charger leur

cavalerie ; les lanciers royalistes cèdent, et leur infanterie est enveloppée et mise en déroute par toute la réserve du colonel-major Quintana.

San-Martin, voyant que la colonne de chasseurs aux ordres de Primo n'a pas bougé, engage le combat avec elle. L'ordre est donné au colonel Morgado , commandant les dragons de la Frontera, de charger la cavalerie ennemie ; mais il est repoussé avec tant de vigueur que plusieurs de ses hommes sont victimes du feu des chasseurs , sur lesquels ils se sont repliés en désordre. Les colonnes de grenadiers et de chasseurs battent alors en retraite vers Espejo en assez bon ordre ; là ils s'emparent de quelques hauteurs, et le bataillon de Coquimbo obtint môme un avantage sur les indépendants. Les chasseurs se mettent alors en marche pour le Maipû ; mais informés qu'Ordonez, Kodil, Primo de Rivera, cherchent à faire un dernier effort , ils retournent de ce côté , mais trop tard , pour la cause royaliste. Soixante-treize hommes s'échappent seulement avec Osorio àTalcahuno. La bataille de Maipû, en affermissant le Chili , eut d'immenses résultats pour l'indépendance du Pérou, et lit trembler le vice-roi dans son palais de Lima.

NOTE JJ. — Ramirez.

Ramirez était un chef de montoneros comme Quiroga, Artigas; d'aôord allié à Artigas et maître de la province d'Entrerios, il fut un des vainqueurs de la bataille de Ce* peda y gagnée par les provinces sur le directeur Rondeau. Mais il se mit bientôt contre Artigas, le battit et le força à aller demander asile à Franeia*

NOTE KK. — Selle du gaucho.

La selle du gaucho se compose de plusieurs pièces : i* de

FACUSDO QUIROGA.

deux gerças , pièces de laine grandes comme de petites couvertures , et que l'on met pliées en quatre sur le dos du cheval ; 2° d'un carogna , pièce de cuir tanné qui se pose sur les gergas ; 3° du recado, espèce de bât qui est la selle proprement dite ; 4° du chincha, sangle de cuir très- , large que l'on serre autour du ventre du cheval au moyen de deux forts anneaux de cuivre ou de fer ; 5° du peilon, peau de mouton ou de veau tannée avec le poil, et qui se pose sur la sangle; 6° d'un sobre peilon, autre peau tannée plus courte, souvent brodée en soie; 7° d'un sobre chincha, sous-ventrière dô laine qui soutient le peilon et le sobre peilon.

NOTE LL. — Cancha-Rayada. — Talca.

Le Chili avait proclamé son indépendance le 15 février 1818 ; au commencement de l'année, une expédition organisée à Lima par le vice-roi du Pérou Pezuela, et confiée au brigadier Osorio, était arrivée à Talcahuano. Jusqu'à la nouvelle de son arrivée, San-Martin était resté en observation dans les environs de Valparaiso, craignant quelque entreprise de ce côté ; une fois ses craintes dissipées, il réunit ses troupes pour donner un coup décisif aux royalistes. O'Higghins et Brayer, qui s'étaient d'abord retirés à Concepcion, ont bientôt Tordre d'abandonner cette ville et sa province et de venir à Santiago se réunir à trois mille

se met, dès le commencement, entre Osorio et Ordonez; cependant ils lèvent le camp en février, et s'avancent avec quelques partis de cavalerie jusqu'à Chillan. Ils passent plus tard le Maule, après quelques engagements in signifiants, et le 3 mars, toute l'armée royaliste est réunie à Talca (1), à quatre-vingts lieues de Talcahuano. San-

(1) Sur la rive droite du Maule, par 35° 14' lat. S.

Martin , qui avait voulu forcer les royalistes à passer le Maule, ayant réussi dans son projet, lève le camp de San Fernando et vient à leur rencontre ; le 14 , les troupes royalistes sortent de Talca et arrivent le lendemain à Camarico. Le colonel Primo de Ribera, chef d'état-major de l'armée royaliste, se dirige vers Curico avec les chasseurs, les grenadiers, les dragons de la Frontera et les lanciers du roi, et va faire une reconnaissance du côté de l'ennemi , sur le Lontue. San-Martin était déjà de l'autre côté avec son armée, dans l'intention de passer le Lontue le lendemain, pour faire aussi des explorations ; il détache Freire avec une colonne qui fait reculer la cavalerie et oblige Primo à se renfermer dans les Quechereguas ; mais Freire est bientôt repoussé et fuit en désordre, poursuivi par les royalistes.

San-Martin, voyant queles royalistes persistent dans leurs positions, fait un mouvement général par le flanc droit dans le dessein de s'emparer de Talca et de la rive droite du Maule, et de priver ainsi les royalistes de leur retraite et de toute espèce de secours; mais l'armée espagnole, avertie par des habitants tombés accidentellement au pouvoir des gardes avancées, bat en retraite parallèlement à San-Martin, et arrive au rio Lircai , au moment où venait d'arriver le général Brayer avec la cavalerie et vingt quatre pièces d'artillerie. Le 19 mars, les deux armées se trouvent dans les environs de Talca ; San-Martin n'ayant pu réunir toute son infanterie, ne veut pas engager une action générale ; la cavalerie est repoussée dans une charge qu'elle fait pendant que les royalistes changent de direction pour appuyer leur flanc droit sur la ville.

Le soir même , les royalistes ayant vu une colonne de cavalerie faire un mouvement pour s'emparer de l'embouchure du Maule, et jugeant que la retraite, déjà très-difficile, deviendrait impossible si la bataille se perdait, pren-

-oc

FACLNDO QUIROGA

nent la résolution d'attaquer le camp ennemi , situé à Cancha-Rayada , à une demi-lieue de Talca. En conséquence, ils se forment sur trois colonnes. Primo de Rivera prend la direction de la droite, Ordonez celle du centre, et D. Bernardo de la Torre, de la gauche. Dès le commencement de la marche, la division de la gauche attaquée par un parti de cavalerie cède un instant ; mais revenant bientôt de sa terreur, elle s'empare de la petite colline sur laquelle était le camp, de l'hôpital, de quelques pièces d'artillerie et des équipages du quartier général. Les divisions du centre et de la droite viennent alors rejoindre celle de la gauche, qu'elles ont failli attaquer à cause de l'obscurité de la nuit et de la confusion. Les indépendants sont repoussés partout , à l'exception d'une brigade commandée par le colonel Las Heras.

Osorio , qui était resté pour garder le fort construit dans le couvent de Santo-Domingo de Talca, où l'on avait laissé les hôpitaux et tout le matériel de l'armée, rejoint Ordonez, se met à la poursuite des vaincus, prend au passage du rio Lircai plus de huit cents mules chargées , et s'arrête aux Quechereguas. L'avant-garde, aux ordres d'Ordonez , campe en cet endroit, et les troupes à Panguô , à trois lieues en arrière. Quelques chefs voulaient qu'on avançât ; mais la majorité ayant émis le vœu du retour à Talca, ce dernier projet est mis en exécution. Ce mouvement permit & l'activité de San -Martin de réunir de nouvelles forces qui, dressées et animées par lui, allaient faire payer cher aux royalistes ce succès passager et assurer à Maipû l'indépendance du Chili.

NOTE MM. — Las Heras.

Las Heras , général argentin, lieutenant de San-Martin dans la campagne au Chili, commandait au passage des Andes un corps destiné à tromper les Espagnols sur les

mouvements du général eu chef. Ayant rejoint Tannée, Il participa à toutes les' opérations, contribua beaucoup à sauver les débris des vaincus de Cancha Rayada, et à la victoire de Maipti.

NOTE NN. — Bent liant.

JérémleBentham, économiste anglais, naquit à Londres en 1748. Il fut chef de l'école utilitaire, composa une grande quantité d'ouvrages sur la législation, la politique et l'économie politique, et mourut en 1832.

NOTE 00. — Rivadavia.

D. Bernardino Rivadavia, l'un des plus illustres soutiens du parti unitaire, se distingua longtemps avant 1810 par ses connaissances et ses talents. U contribua, comme capitaine, à repousser les Anglais de la Plata.

Ce fait d'armes qui força la cour d'Espagne à nommer Liniers vice-roi, affaiblit la domination espagnole, et donna lieu dès le principe & deux partis qui prirent le titre d'Européens et d'Américains. Les troubles de l'Espagne vinrent bientôt diminuer encore le prestige de l'autorité de la métropole. Le parti américain qui appuyait Liniers créa des juntes suprêmes à l'instar de l'Espagne, et le cabildo (1), à la tête duquel était Alzaga, se mit du côté du parti européen ; Rivadavia se rangea de suite du côté de Liniers , parce qu'il y voyait le progrès de l'idée américaine, et sa résolution fut d'un grand poids pour faire pencher la balance en faveur de Liniers.

Il prit part à la révolution de 1810 , et contribua à déjouer la conspiration d'Alzaga, fait qui amis dans le plus

(l) V. la note c, plus loin.

568 FACUNDO QUIROGà.

grand danger l'indépendance de la Plata. 11 parcourut ensuite Londres, Paris, Madrid, et«e vit forcé de laisser r£spagne pour avoir dit à Ferdinand VII que la révolution américaine était une nécessité. A Londres et à Paris, il déjoua les projets de D. Manuel Sarratea et du comte de Cabarrus, pour remettre Buenos-Ayres sous la domination espagnole.

D. Martin Rodriguez ayant été élu en 1821, choisit Rivadavia pour ministre du gouvernement et des affaires étrangères. Il fit doubler le nombre des représentants, fonda la banque, créa .des récompenses militaires, donna la loi d'oubli et rétablit la confiance publique. Il passa ensuite en Angleterre, où il sut se faire apprécier par Canning , quoiqu'il ne pût se faire recevoir comme agent diplomatique. Revenu dans sa patrie, il fut nommé président général, le 8 février 1826, par le troisième congrès général des Provinces-Unies. Pendant sa présidence, il employa tous ses efforts à introduire dans son pays les idées et les lumières modernes, protégea les étrangers, fonda la colonie allemande de Chorroarin , protégea et encouragea l'agriculture, forma des plans de canalisation que malheureusement il ne put mettre à exécution, et supprima les cabildos qu'il remplaça par la municipalité. L'opposition étant devenue puissante dans le congrès, Rivadavia se démit de ses fonctions le 7 juillet 1827. Les troubles qui ont désolé les provinces de la Plata ont arrêté l'élan imprimé par Rivadavia, mais son nom est demeuré vénéré dans son pays comme celui d'un homme de convictions profondes et d'une supériorité marquée sur ses contemporains.

NOTE PP. — Le doyen Funes.

de bonne heure par ses sympathies pour la cause révo-

lutionnaire. Il se trouvait à Côrdoba en même temps que Liniers, lorsque le vice-roi Cisneros, forcé de donner sa démission, écrivit à ce dernier, par Fintermédiaire d'un jeune homme nommé Lavin, une lettre dans laquelle il communiquait à Liniers les événements qui se passaient à Buenos-Ayres. Lavin, arrivé à Côrdoba, descend chez le doyen Funes, auquel il fait part de sa mission. Funes se rend avec lui au palais de Févêque et chez Liniers, où il feint un grand attachement au roi , pour être admis à la délibération. Le gouverneur et intendant, D. Juan de la Concha , réunit le 29 mai (1810), à cinq heures du matin , Févêque , Liniers , l'oïdor jubilado Moscoso, et l'honoraire Zamalloa, les alcades de primer et segundo voto, le colonel de milices de la province Allende, l'asesor del gobierno Bodriguez, les deux officiers royaux, et par politesse, le doyen Funes. Après que tout le monde eut juré de garder le secret sur ce qui va se passer, Liniers , peu sûr de Farmée de Côrdoba , propose de passer au Pérou et d'y lever une armée pour tomber sur Buenos-Ayres. Tout le inonde se range de son côté , excepté Funes. Peu écouté par Liniers , ce dernier forme secrètement un parti avec son frère Ambrosio, plusieurs clercs réguliers et séculiers, avocats et commerçants, partisans de l'indépendànce. Des émissaires portent des proclamations dans la campagne, pour la soulever, et intercepter aux royalistes leurs communications avec le haut et le bas Pérou. Liniers est forcé de s'enfuir vers le haut Pérou.

Funes fit plus tard partie d'une commission ecclésiastique chargée de prononcer sur le sort de Févêque don Bodrigo Antonio de Orellana, arrêté avec Liniers et détenu depuis dix-huit mois. Il opina pour qu'on lui rendît la liberté et son siège épiscopal.

Il se distingua dans plusieurs circonstances pour la cause de l'indépendance.

FACUNDÔ QriROGA.

NOTE QQ, — Concha, Liniers, Atlende % Moreno,

Oi % ellana % Rodriguez.

Lorsqu'en 1810, Liniers s'enfuit à Cérdoba, pour aller chercher dans le Pérou des secours contre rinsqrreçtion , la junte de gouvernement installée à Buenos -Ayf es, le 25 mai , envoya une expédition péu nombreuse aux ordres de D. Francisco A. Ortiz de Ocampo, à la poursuite des fugitifs. Liniers fut atteint avec six autres individus : l'évêque D, Rodrigo Antonio de Orellana f le gouverneur intendant D. Juan de laConcha (1), capitaine de vaisseau ; son assesseur D. Yictoriano Rodriguez , le colonel de milices D. Santiago AUende (2), le premier officier royal D.* Joaquin Moreno, et le prêtre D. Pedro Alcantara Amenez , chapelain-major et confesseur de Tévêque. On les conduisit pendant plus de deux cents lieues jusqu'à la pampa, connue sous le nom de monte de las Papagayos, à trois ou quatre lieues de la postej t appelée Cabeza del Tigre. Là, vers onze heures du matin, le 26 août, arrivèrent le d r D. Juan José Gasteli , second vocal de la junte ; D. Nicolas Pena , le colonel French , le lieutenant-colonel D. Ju^n Ramon Balcarce, des officiers et une cinquantaine de soldats. Casteli lut aux fugitifs leur sentence de mort prononcée par la junte , et , deux heures après ils furent fusillés, à l'exception de l'évêque et de son chapelain. On conduisit ces derniers sous escorte à la Guardia de Lujan,

(1) D. Juan de la Concha avait obtenu d'abord ce grade , puis le gouvernement de Côrdoba , en récompense de^es services contre les Anglais. Son fils, le général Concha, Argentin, naturel de Côrdoba , est actuellement capitaine général de Cuba. Il a passé en Espagne, étant enfant, avec ses deux frères, dont uti est maintenant capitaine général,

(2) Le même qui, en 1806, avait accompagné avec ses milices, le vice-roi Subremonte de Côrdoba à Montevideo.

à quatre-vingt-dix lieues de l'endroit où avaient été fusillés Liniers et ses compagnons ; ils y restèrent dix-huit mois, après lesquels, sur la demande de quelques ecclésiastiques , on proposa de discuter la chose dans une assemblée de théologiens. Cette junte, présidée parBenito de Luë y Rîega, évêque de Buenos- Ayres , et dont faisait partie le doyen Funes , résolut de rendre au prélat son siège épiscopal. Ses menées royalistes le fireql encore confiner au collège de San-Lorenzo , sur le Paranâ ; il y resta trois ans, après lesquels il -put s'échapper et passer en Espagne.

NOTÉ RR, -~ Belgrano* ~ San-Martin. ~* Alvear*

Manuel Belgrano , général argentin , fit partie de la première junte suprême du gouvernement , constituée le 5 mai 1810 j il fut battu en octobre 1810, à Paraguary, par Velazco, gouverneur du Paraguay, obtint une capitula* tion , et sortit de la province. Le Paraguay se souleva le 14 mai 1811, et le 1" Août, le gouvernement dé Buenos Ayrea lui envoya le général Belgrano et D. Vioanté Àfiastasio Echevarria, qui conclurent, le 12 octobrô , avec lui un traité d'alliance défensive. Il fut ensuite chef du régiment des Patricios, dans l'armée envoyée atix ordres dê Sarratea contre Montevideo, Nommé commandant dé Farinée du Pérou , il battit et fit prisonnier à Salta, le 20 février 1813 , le général espagnol Pio-Tristan. Mais le 10 octobre de la même année, il fut Vaincu par Pozuela, à Vilcapujio, puis à Ayohuma, et le 14 novembre, à Chu» quisaca. Après dette dernière défaite, il fut mis éfl jugé*» ment et remplacé par San-Martin. Il eut plus tard le commandement de la division de Mendoza, destinée à secourir le Chili ; mais son armée se souleva et le déposa.

Le général San-Martin naquit en 1778, à Yapeyû, dans

FACUPCDO QU1ROGA

les missions du Paraguay. Il passa en Fspagne à l'âge de

huit ans, et servit plus tard contre les Français, se trouva àBaylcn, et combattit sous LaRomana, Coupigny, Wellington. A la fin de 1811, il passa en Angleterre, où il s'embarqua pour Buenos-Ayres. A son arrivée, il organisa un corps de grenadiers à cheval , battit les Espagnols à San-Lorenzo, où il fut nommé colonel, puis il alla, comme général, prendre le commandement de l'armée du Haut Pérou. Sa santé, altérée, le força de laisser le commandement et de se retirer à Côrdoba ; il fut ensuite mis à la tète de la province de Cuyo. Il y créa une armée avec laquelle il passa les Andes et battit les Espagnols à Chacabuco, le 12 février 1817. Osorio, envoyé au Chili par Pezuela, vice-roi du Pérou, s'arrêta quelques mois à Talcàhuano, d'où il sortit à la rencontre de l'armée républicaine, qui s'avançait sur Talca. Il la surprit à Cancha- Rayada dans la nuit du 19 mars 1818, et la mit dans une déroute complète. San-Martin ne se laissa pas abattre par le revers ; il retourna à Santiago, où il organisa une année avec laquelle il battit complètement Osorio à Maipû , le 5 avril 181 & Il retourna ensuite àJBuenos-Ayres et revint au Chili en octobre. Il voulait faire un voyage à Buenos- Ayres en février 1819, mais informé qu'on voulait l'assassiner en route, il retourna à Mendoza , d'où il repassa au Chili en 1820. Il fut nommé généralissime de l'armée libératrice du Pérou, avec laquelle il partit de Valparaiso le 20 août 1820, sur l'escadre de lord Cochrane. A Pisco, il détacha une division qui alla soulever la Sierra , puis il mouilla devant le Callao pour imposer à Pezuela ; et plus tard il alla débarquer à quarante lieues au nord , à Huacha, et établit son quartier général à Huaura.

Il battit les Espagnols à l'Ica, la Nasca, Acari, Chanquillo, Mayoc, Huancayo, Pasco ; ses succès avaient irrité les Espagnols contre le vice-roi Pezuela, qu'ils avaient dé-

posé le 29 janvier 1820 , pour le remplacer par le général La Serna. San-Martin eut une entrevue avec ce général , le 2 juin, à Punchauca ; la paix ne put se conclure, et San- Martin entra à Lima le 13 juillet; la forteresse du Callao se rendit le 21 septembre. Il présenta alors un code de lois au Pérou, le 8 octobre, fonda Tordre militaire du Soleil, et se démit de l'autorité dans les mains du marquis de Torre-Tagle. Le25juilletl822,il eut une entrevue avec Bolivar, revint au Callao, entra à Lima le 19 août, et y reprit le pouvoir suprême. Après avoir assuré l'indépendance du Pérou et installé le premier congrès, il se démit de son pouvoir, rentra dans la vie privée, et vint se fixer en France.

Le général Alvear arriva d'Espagne en même temps que San-Martin. En septembre 1811, une assemblée populaire avait remis le pouvoir à trois individus , dont un devait sortir tous les six mois. A la seconde élection , en octobre 1812, les votes se réunirent sur un partisan de Saavedra. Ce dernier passait pour l'auteur de tous les maux de la patrie. D. Carlos Alvear et José de San Martin se mirent & la tête d'un mouvement qui se termina par la déposition des trois gouvernants, que l'on remplaça par trois ' autres chargés de convoquer immédiatement l'assemblée générale des provinces. Cette assemblée fut formée le 31 janvier 1813, et D. Carlos Alvear en fut nommé président

Au commencement de 1814, le général Alvear alla remplacer Rondeau dans le commandement des troupes qui assiégeaient Montevideo. Cette ville se rendit le 20 juin de la même année. Alvear eut alors à lutter contre Artigas, qui tenait la campagne de Montevideo. Après quelques avantages, il se rendit à Buenos-Ayres, laissant le commandement de l'armée argentine au général D. Miguel E. Soler. A son arrivée à Buenos-Ayres , Alvear fut désigné pour remplacer Rondeau dans le commandement de

PACCXDO QUIROGA

l'armée du Haut Pérou. Cependant le Tucuman s'Inquiétait de certains plis remis au vice-roi Pezuela , par un commissaire du directeur suprême de Buenos-Ayres. Une conspiration, présidée par le directeur suprême, pour mettre les provinces (le la Plata sous la domination du roi d'Espagne, comptait Alvear parmi ses membres, A la même époque , une lettre envoyée de Rio-Janeiro à Rondeau fut ouverte à la poste de Tucuman et renvoyée au gouvernement ; mais Rondeau en reçut plus tard une copie, et apprit par là qu' Alvear avait manifesté au roi son repentir d'être entré dans la révolution, et qu'il lui offrait ses services (1). A la nouvelle qu'Alvear était à Côrdoba et s'avançait vers Jujuy pour relever Rondeau , les officiers de l'armée déclarèrent qu'ils ne le recevraient pas ; le colonel de cavalerie D. Diego Balcarce fut envoyé à sa rencontre avec un escadron du corps qu'il commandait, pour lui ordonner de rétrograder. Alvear apprit cette disposition avant d'arriver à Tucuman , et repartit pour Buenos-Ayres avec une telle précipitation que Balcarce revint sans avoir pu l'atteindre.

Le 9 janvier 1815, D. Jervasio Posadas laissa le directoire ; l'assemblée lui donna pour successeur le général Alvear, son neveu. Cette élection fut mal reçue dans le pays, qui ne se souciait pas d'avoir pour directeur un chef auquel son armée avait refusé d'obéir. Le 11 avril, le peuple se souleva en masse contre le directeur et l'assemblée à cause des excès et de la tyrannie d' Alvear. Le ca-

(1) Rondeau dit dans son Autobiographie que D. Nicolas Herrera et D. Carlos Maria Alvear ont affirmé postérieurement que les documents qu'on leur attribuait étaient apocryphes, et qu'il leur faisait l'honneur de les croire \ mais que, néanmoins, il y a eu projet de changement , et que ce projet a été aidé par une main occulte et puissante, qui en faisait mouvoir les ressorts*

bildo se mit à la tête du mouvement, fit dissoudre l'assemblée, envoya Alvear en exil et le remplaça par Rondeau. Ce dernier se trouvant au Pérou, fut remplacé provisoirement par D. Ignacio Alvares Tomâs.

L'ex direçteur Alvear, abandonné partout, s'était réfugié à bord d'un navire anglais, et s'était rendu à Rio-Janeiro. Revenu dans la Plata en 1818, il s'entendit avec D. Manuel Sarratea, remonté au pouvoir en février 1820, après la victoire de Cepeda, remportée par les troupes d'Entrerios et Santa-Fé sur le directeur Rondeau. Il s'embarqua à Montevideo, pour Buenos-Ayres, en mars 1820. Balcarce ayant vaincu , le 7 mars, les troupes fédérales, avec l'infanterie échappée à Cepeda , gouverna jusqu'au h mai , époque à laquelle Sarratea le chassa, et remit au pouvoir un chef fédéral. Mais le général Soler, qui se trouvait à Lujan avec l'armée, déposa ce nouveau gouverneur, et ne put rester lui-même longtemps au pouvoir, parce que les forces d' Alvear, augmentées de celles de Ramirez et de Lopez de Santa-Fé, le défirent à la Canada de la Cruz, le 23 juin 1820.

Le général Alvear, attaché à Dorrego , qui était monté au pouvoir au commencement de juillet 1820, fut vaincu avec lui à San-Nicolas de los Arroyos, le 2 août 1820, et ne reparut plus sur la scène publique.

NOTE SS. — Say et Smith.

Économistes. — Le premier naquit à Lyon , en 1767 ; partisan de Smith , il perfectionna et expliqua son système, fut nommé en 1826 professeur d'économie politique au Conservatoire des arts et métiers, et mourut à Paris en 1832.

Le second, Adam Smith, naquit à Kirkaldy, en Écosse, en 1723, travailla plusieurs ouvrages d'économie poli-

376 FACUNDO QUIROGA

tique, où il prêchait le travail , la liberté du commerce et l'industrie, devint, en 1778, commissaire des douanes en Écosse , et mourut en 1790.

NOTE TT. — Lapez. — I barra.

Ibarra était gouverneur de Santiago del Estero.

Lopez, l'un des coryphées du parti fédéral, s'unit avec Ramirez à Artigas , dans la bande orientale , et fit entrer dans la ligue dont Artigas s'était déclaré protecteur, la province de Santa-Fé, où il régnait en maître absolu.

D. José Rondeau ayant été nommé directeur à la place de Juan Martin Puirredon, le l ,r février 1820, la province de Buenos-Ayres fut envahie par les troupes de Santa-Fé et Entrerios, qui vainquirent Rondeau à Cepeda, le 23 février. Après cette bataille, les chefs des provinces, Estanislao Lopez, Ram irez et Sarratea, signèrent la convention de la Capilla del Pilar, pour former un gouvernement fédéral, et D. Manuel de Sarratea fut nommé gouverneur par intérim.

Après les mouvements qui renversèrent Sarratea , les troupes de Santa-Fé battirent le général Soler à la Canada de la Cruz , le 28 juin 1820, et Dorrego fut nommé gouverneur. Mais ayant voulu combattre Lopez , dont les forces étaient restées dans la province de Buenos-Ayres, pour faire de l'opposition au congrès et au directoire , il fut vaincu par lui le 12 août de la même année, au Gamonal. Pendant ce temps, le parti de Dorrego ayant faibli à Buenos-Ayres, Rodriguez monta au pouvoir, et Lopez fit la paix avec lui en 1821. Ramirez , qui avait envahi de nouveau la province de Buenos-Ayres , mourut dans ce temps-là.

Dorrego, revenu au pouvoir le 13 août 1827, fut renversé par Lavalle le l ,r décembre 1828. Vaincu et pris par

lui à Navarro, il fût fusillé par son ordre le 13 décembre. Rosas, qui faisait partie de Farinée de Dorrego, s'enfuit à Santa-Fé et revint avec les troupes de cette province , commandées par D. Estanislao Lopez, qui battit Lavalle au Puente del Marques, en 1829. A la suite de cette victoire, Rosas conclut un traité qui donna le pouvoir au général Viamont.

En 1830, trois traités des 27 février, 23 mars et 3 mai , entre Corrientes, Santa-Fé, Buenos-Ayres et Entrerios, stipulèrent qu'une convention formée par des commissaires des parties contractantes, se réunirait & Santa-Fé pour former une ligue offensive entre elles avec délégation de la conduite des relations extérieures à Buenos- Ayres, et que toutes les provinces qui le demanderaient seraient admises dans la ligue en proclamant le système fédéral. Lopez fut nommé en 1831 chef d'une armée avec laquelle il soumit les provinces dissidentes. C'est dans cette occasion qu'il sauva la vie au général Paz, qui avait été boulé à la tête de son armée. Il voulait convoquer un congrès constituant pour organiser les provinces soumises ; mais Rosas s'y opposa et le fit taire en insinuant à Quiroga que Lopez voulait se faire nommer chef de la république.

Cependant Rosas méditait la mort de Quiroga, dont la puissance à l'intérieur lui portait ombrage. Il négocia avec Lopez le projet de le faire assassiner par les Reinafés qui régnaient à Cordoba. Quiroga fut tué à Barranca- Yaco et Lopez mourut peu de temps après, en juin 1838. C'est pourquoi on accusa Rosas de l'avoir fait empoisonner par son médecin. Cette probabilité devint plus positive quand Cullen, secrétaire de Lopez et connaissant parfaitement les détails du complot, fut arrêté et fusillé sans procès & l'Arroyo del Medio, le 22 juin 1839.

FACUKDO QUIROGA

NOTE tJU, — Florencio Varela.

Ce publiciste distingué naquit à Buenos-Ayres le 28 février 1807, fut reçu docteur en droit en 1827; et, après la révolution de 1828 à Buenos-Ayres, il émfgra à Montevideo le 12 août 1829. Revenu à Buenos-Ayfres en octobre de la même année, il fut exilé et revint à Montevideo. En 1838, il fut arrêté et mis en prison avec ses frères par ordre d'Oribe; il fut relâché peu après. Le 26 février 1839, une commission d'Argentins émigrés l'envoya près de Lavalle pour l'engager à prendre les armes contre Rosas. Forcé d'abandonner la profession d'avocat qu'il exerçait, à cause de la faiblesse de sa santé, il se rendit à Rio-Janeiro en mai 1841 et revint à Montevideo en décembre 1842, au moment oû Rivera venait d'être battu à l'Arroyo Grande. 11 fut employé à toutes les négociations du gouvernement oriental avec la France, les États-Unis, le Brésil et le Portugal , jusqu'en septembre 1843, qu'il partit pour l'Europe où il était envoyé par le président Vasque* pour défendre les intérêts de Montevideo & Londres; il en revint en 1844 sans avoir obtenu d'autre résultat qu'une note du comte d'Aberdeen qui lui déclarait que l'Angleterre ne prendrait pas part aux affaires de la Plata. De retour à Montevideo, il fonda le Comercio del Plata, seul journal sérieux et digne de ce nom qui ait été publié dans ces pays. Oribe, redoutant tous les jours davantage l'influence que pouvait exercer ce journal tant qu'il serait dirigé par un homme comme Varela, le fit assassiner par un nommé Cabrera, dans la soirée du $0 mars 1848, au moment oû venaient d'arriver à Montevideo la frégate anglaise Inconstant et le vapeur français le Magellan, sur lesquels venaient les plénipotentiaires des deux pays, MM. Gore et Gros. L'assassin s'enfuit de suite au camp

d'Oribe, où il reçut le prix de son crime et le grade d*offl-

cîer.

NOTE VV, — Garcia.

Le général D. Juan Gregorio de las Heras avait succédé dans la présidence à D. Martin Rodriguez en septembre 1824, et D. Manuel José Garcia avait été nommé ministre du gouvernement, des finances et des relations extérieures. C'est en cette qualité qu'il lança la circulaire mentionnée.

NOTE XX. — Les Araucanos.

Le gouvernement du Chili est obligé, pour ne pas être inquiété par eux et pouvoir compter sur leur appui au besoin , de leur faire tous les ans des cadeaux qui constituent un véritable tribut

NOTE YY. — Mashorca, Mashorqueros*

La mashorca était un club dont les membres se nommaient mashorqueros, et qui était chargé des vengeances n secrètes de Rosas. Elle a jeté l'épouvante dans Buenos- Ayres, qu'elle aremplie de crimes abominables commaudés par le tyran.

NOTE ZZ. — Les colorados de las Cohchas.

D. Martin Rodriguez, élu gouverneur le 25 septembre 1820, prit pour secrétaires D. Marcos Balcarce et D. Juan Manuel Luca. Cette élection agita la ville; Rodriguez ayant commis quslffîies excès, l'agitation devint plus forte. Le gouverneur s'enfuit à la campagne le l ,r octobre ; il en revint le îx avec les milices de la campagne à la tête desquelles figuraient les colorados de las Conchaa, comman-

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