‹ Claire d'AlbeChapitre 15 sur 40 · MARGUERITE, M. D'ALBE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, M. D'ALBE

MARGUERITE

Me voici, Monsieur, me voici. J'ai donné vos instructions à tout le monde. Un grand dîner , une soirée. . . ça nous étourdit un peu. . . dam'! nous en avons perdu Ihahitude. . . Pendant votre absence on voyait si peu de monde ici!

Ma femme est-elle réveillée ?

MARGUERITE

Elle n'a pas encore sonné. Mais , soyez tranquille , le secret sera bien gardé : ils me l'ont tous promis.

Air de Partie et Revanche.

Qud Matiaiue sera surprise!

u'albe.

Gardez surtout qu'eu cette occasion , Votre air mystérieux n'en dise Autaut qu une indiserétiou.

Surtout point d'indiscrétion.

MARGUERITE

Kassurez-vous, Monsieur. . . Mieux que personne Je sais tout voir... et par luoi vos secrets. Comme les miens sont gardés.

d'aIjBE.

Oui, ma bonne, { A part. )

Et c'est pour (.a qu il» ne le soûl jamais !

MARGUERITE

A présont, ce qui m'inquiète, ce sont les invitations. . , Comment prévenir assez tôt? . . .

d'albs.

C'est fait , d'hier soir , à la campage de Lajaunay , où j'ai été rejoindre Claire , malgré ma fatigue , tant j'étais impatient de l'embrasser. Oli ! ce n'est pas une soirée , une fête. . . on n'y pense guère en ce moment. C'est un dîner d'amis , voilà tout , et je compte sur les miens.

MARGUERITE

Ils y seront tous , Monsieur. Il n'y a pas à Paris un négociant, un citoyen plus aimé^ plus estimé que vous. . . vous êtes si bon ! . . . ( Mouvemetit de cl'Alhe. ) Oh ! Monsieur, nous le savons , et les mnlheureux aussi. d'albe.

Assez , assez , Marguerite , tu vas me faire rougir.

MARGUERITE

Dam! ca doit m'être permis, à moi, votre vieille Marguerite, qui vous doit tant! c^est vous qui m'avez recueillie avec mes eufans, et voilà de ces choses qu^une mère n'oublie jamais! c'est au point que. . . Madame , je l'ai vue naître , je 1 ai élevée , et Dieu sait si je l'aime I . . . £h bien ! il y a des momens oîi il me semble que je vons aime encore davantage.

D^\LBE.

Bonne Marguerite! va, je reçois tes éloges avec plaisir. Tu es sincère , toi; tu me grondes souvent.

MARGUERITE

C'est vrai. Et tenez, pendant que j'y suis, j'ai bien envie, avec votre permission. . .

d'albe.

Tu as quelque reproche à me faire ?

marguerite.

Mais, oui*.. Hier, en vous voyant, j'éprouvais une joie. . .

d'albe.

Je m'en suis aperçn.

marguerite.

Mais vous l'avez troublée prcsqu'aussitôt. . . vous avez fait du chasrin à Madame. .. J'ai vu des larmes dans ses

yeux : le soir même de voire arrivée , ça n'est pas bien . . . on attend un peu.

D^ALBE

Oui, j'ai eu tort. . . un moment de vivacité. . .

MARGUERITE

Vous avez quelquefois de ces momens là. . . d'albe.

Je n'en aurai plus , je te le promets . . . Laissons cela . . . Dis-moi , Marguerite , on doit apporter ce matin deux caisses d'e'tofFes , d'objets précieux. . . ce sont , en grande partie , des cadeaux pour ma femme. . . tu conçois , encore du mystère!... Tu feras déposer tout cela dans le pavillon du jardin. . . Claire n'y va jamais.

MARGUERITE

Mais au contraire , Madame y va d'babitude.

d'albe.

Ab 1 vraiment!

MARGUERITE

Oui , c'est là qu'elle passe toutes ses soirées; elle y a fait tr.msporter un piano , des livres, de la musique. . .

d'albe.

C'est singulier, j'avais voulu le faire arranger pour elle, elle ne s'en souciait pas. . . Ah ! un caprice. . . elle est si jolie!... Mais c'est l'asile qu'elle préfère, tant mieux, cela sert mes projets. Donne-moi la clef du jardin. marguerite.

La clé de la petite porte?

d'albe.

Qui ouvre sur la rue Saint-Lazare. . . ( Montrant le cabinet. ) Elle doit être là, dans ma caisse. Allons , dépêchetoi , ma bonne IVIargnerite.

marguerite.

J'y vais, Monsieur, j'y vais. ( Elle s'arrête. — D'Albe la regarde. ) Mon dieu ! que je suis aise de vous revoir ! . . . ( D'Albe lui tend la main. ) Plus de momens de vivacité. d'albe.

Non , sois tranquille. ( Marguerite entre dans le cahinrt. ) Elle a raison, je suis souvent brusque , impatient, comme si j'avais encore mes épauletles. Hier au soir, par exemple, ma femme. . . mais c'était sa faute. Son accueil n'a pas été aussi affectueux que je l'espérais. Je ne sais, elle avait

l'air incertain, préoccupé; elle ne m'appelait que Monsieur. . . An point qu'il a fallu me fâcher. . . Eh bien ! j'ai en tort. . . Allons donc ! moi me montrer grondeur, ombrageux, ridicule. . .

^ir du Kaudeuille de l'Insouciant,

Vers la vieillesse à grands pas je m'avance ; Sachons dompter mes mouvemens jaloux, Ma brusquerie et mou impatience...

De mes défauts , entin , corrigeons-nous. A mes bontés Claire oublierait , je gage, Mes cinquante ans j car , il faut y songer , De mes défauts , le premier, c'est mon âge, Et celui-là ne peut se corriger.

( Marguerite sort du cabinet. ) Eh Jiien , Marguerite ?

MARGUERITE

Monsieur, je viens de visiter toutes les cle's , mais celle de la petite porte du jardin, je ne la trouve pas.

d'albe.

Comment! vous ne la trouvez pas? c'est qne vous cherchez mal... Voyons... { Il prend le trousseau de des. ) Non , elle n'y est pas. ( Vivement. ) Qu'est-ce que cela signifie ?

MARGUERITE

Mais , dam' ! ça signifie qu'elle manque.

Et où est-elle? qui peut l'avoir prise? pourquoi?

Allons , quand vous resterez la !.. . Cherchez ! tâchez de vous rappeler. . .

MARGUERITE

Mais, Monsieur, que voulez-vous?

d'albe , s'échaujfant de plus en plus.

Je veux, je veux qu'on ait du soin. . . Toute autre de passe encore; mais celle là! ... On n'est pas en sûreté chez Soi. . .

MARGUERITE

Mais , Monsieur. . .

d'albe , s^emportant.

C'est une négligence impardonnable)

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