SCÈNE PEEMIÈKK
LAJAUNAY, M'"^ LAJAUNAY.
M™^ LAJAUNAY.
Et moi, je voDS répète que vous n'avez pas le sens commun.
En vérité , Madame , nn et ranger , qui entrerail tout d'an coup , se douterait-il que c'est à moi, à votre mari, qne vous parlez comme cela?
M™^ LAJAUNAY.
Da moins on ne pourrait m'accuser de n'être pas sincère.
LAJAIJNAY.
Oh ! vous l'êtes toujours , Mesdames , quand vous dites du mal de vos maris; à moins peut-être que vous n'en disiez pas encore autant que vous en pensez.
M™^ LAJAUNAY.
Eh! Monsieur, les femmes qui en pensent le plus de mal , sont presque toujours celles qui en disent le moins.
LAJAUNAY.
Mais moi , Madame. . .
MAD. tAJAUNAY.
Âir du premier Prix.
Oli ! vous , ÎVloiisieur, je vous estime;
Car vous êtes un bon mari ,
Un honnête Iioniine ; et tout mon crime,
C'est que de vous par fois j'ai ri.
J'ai pu le faire sans scrupules ;
Cela, Monsieur, vous apprendra
A vous créer des ridicules;
C'est bien assez de etux qu'on a.
LAJArNAY.
Des ridicules ! JR voudrais bien savoir lesquels. Est-ce de tenir à ce qu-*il ne coure pas de mauvais propos sur mon compte? Et certainement ce que Soufflet m'a dit hier. . .
M'"^ LAJATJNAY.
Monsieur Soufllot! . . . Pouvez-vous attacher de Timportance h ses paroles?. . . un médisant de profession !
LAJAUNaY.
Mais , Madame, son caractère ne fait rien à l'exactitade de son récit. Ce qu'il m'a dit est-il vrai? voilà la question.
M™^ LAJAUNAY.
Certainement, Monsieur, c'est vrai; mais d'une vérité toute simple, sans mystère, qui ne prouve rien. J'ai été avant hier chez madame d'Alhe, ce qui m'arrive souvent, et c'est bien naturel! Cette bonne Claire, si jeune, et retenue par son deuil dans la solitude, qui donc la distraira de son ennui, si ce n'est moi , sa meilleure amie? Je comptais que nous passerions la soirée ensemble. . . J'y trouve M. Alfred de Surgy... ce n est pas ma faute. Au bout d'une demi-heure , Claire se plaint d'une migraine affreuse... Je lui conseille de prendre da repos; je la laisse... Je n avais demandé ma voiture que pour dix iieures; il était encore grand jour. . . M. Alfred me pro- ])Ose sou bras... pouvais-je refuser? JNous sommes revenus ensemble... M. Soufflot nous a rencontrés sur le boulevard ; cela prouve que nous ne nous cachions pas,
LAJAUNAY.
Belle preuve !
M^n^ LAJAUNAY,
Ah! cen est trop!... Savez- vous que c'est moi qui vais me fâcher à mon tonr ?
LAJAUNAY.
Par exemple !.. . Tenez, ma bonne amie, je ne voudrais pas ressembler aux maris de Molière. . . ça n'est plus au niveau de la civilisation. Mais le fait est que le mariage a toujours été une position fort embarrassante. . . pour les maris. Car enfin, on se moque de ceux qui sont confians; on crie contre ceux qui sont jaloux... Alors , qu'estce qu'il faut que nous sovons?
M™^ LAJAUNAY , riant.
Dam!. ..
LAJAUNAY.
Allons 1 vous riez de tout.
M™^ LAJAUNAY.
Puisque vous voulez du sérieux , écoutez-moi , M. Lajaunay , et connaissez votre femme. Quand on m'a doimé à vous , je ne vous ai pas choisi. ( ]\Iouveinentde Lajaunay.) Doucement, doucemeot. . . si vous m interrompez déjà. . .
LAJAUNAY.
Voila un commencement qui promet.
M™® LAJAUNAY,
Non, Monsieur, je ne vous ai pas choisi; mais je vous ai accepté, et je ne m'en repens pas.. . Je suis heureuse avec vous. . . parfaitement heureuse, beaucofip plus peutêtre que si j'eusse fait un mariage de passion ; car , je le sens, des passions, j'aurais pu eu avoir tout comme une autre... j'avais un caractère ardent, décidé, éner2,ique ; et, avec ces dispositions là , si j'avais adoré mon mari , j'aurais été une petite femme bien malheureuse. Grâce au ciel , j'en ai un qui n'est pas adorable ! . . . ( Moui^ement de Lajaunny. ) mais que j'aime, „; que j'aime raisonnablement, et voilà pourquoi je suis gaie... Ça ne m'est pas venu tout de suite. Dans mes premiers jours de liberté, de mariage, comme vous voudrez , j'ai va s'empresser antour de moi tous ces galans de profession , qui s'attachent à une jolie femme, dès qu'elle est prise, comme les solliciteurs à une place, dès qu'elle est vacante. Us étaient aimables, je l'avoue. . . Leur langage , leurs flatteries ne me laissaient pas sans émotion. Je sortais de leur cercle,
rêveuse, agifée. . . Bientôt je me mis à réfle'chir. . . je me <1is : Les amans, ah! bien oui... c'est agréable... c'est peut-être du bonlieur. . .
LAJAUKAY.
Comment, Madame, du bonheur?
M*"^ LAJAUÎS'AT.
Là. . . vous m'arrêtez à l'enflroit le plus intéressant. . . Oui , Monsieur, du bonheur. . . d'abord. . . dans les premiers jours. . . et, quoiqu'en puisse dire une morale de convention , les séductions seraient plus rares, si elles n''avaient rien de. . . sédi'.isant. Mais à la longue , mais quand les illusions s'effacent, que rénivrenient se dissipe, car ce doit être comme ça, à leur place arrivent les inquiétudes, le repentir, la nécessité de feindre et de se cacher, la honte de rougir à ses propres yeux , la crainte de rougir h ceux des autres, le tourment d'être négligée , trahie peut-être par Pâmant auquel on a tout sacrifié. . . Sans compter la catastrophe . la l'écouverte du secret , quand il se découvre , et cela s est vu... Oh 1 je me suis représentée ce tal)leau là. . . je m'en suis fait horreur; j'en ai eu mid iiux nerfs. Oui, Monsieur, oui, tonte frivole que je vous parais -- je suis capable d'avoir mal aux nerfs sérieusement , et dès lors ma résolution a été fixée j rire avec tous les séducteurs , pour n'en pas écouter un seul. J'en ai pris l'habitude , et à présent , c est fini ; ils ne produisent pas la plus légère impression sur moi... Vous-même, vous avez beau me chercher des querelles, me paraître quelquefois maussade, tyrannique , insupportable , vous n y gagnerezrien, vous ne me ferez pas prendre un amant: je n'en veux pas.
LAJATJNAY , ai^cc bonhomie.
Au f;u't, cette franchise. . . Eh bien! j'y crois , n'en parlons pUj.e, ( Jl lui tend la moiu, ) J'aurai confiance. . . 11evenous à ma fête de ce soir; dites-moi, sera-t-elle brillante? le dîner somptueux?. . .
M°^^ tAJAUNAir, vhement.
Vous m'avez promis d avoir confiance... Laissez-moi faire.
LAJAUNAT.
A la bonne heure. Cest que moi, l'un des principaux propriétaires de forges de la France , j'ai besoin de folie
dans mes plaisirs , pour prouver la sagesse de mes opérations. Ah! ça, dans la liste des invitations vous n'avez oublié personne?
M™^ LAJAUNAY . hii moniravt la liste.
Tenez , regardez vous-même.
tAJAUNAT, Usant.
Bien! très-bien! à merveille!. . . Qu'est-ce que je vois là? Alfred de Surgy?. .. Comment, ma clière , vous l'avez invité? un jeune homme que je déteste !
M™^ LAJAUNAY.
Dam' ! vous lui faites politesse dans le monde.
LAJAUNAY.
Raison de plus. Je suis bien aise que nous soyons en froid avec lui, et que cela ait l'air de venir de vous.
M™^ LAJAUNAY,
Oh ! vous avez penr de vous faire un ennemi.