CE\E VIII
D'ALBE , LAJAUNAY.
LAJAUNAY , à part.
Quelles pHSslons elle fait pourtant, ma malheureuse femme !
d'albe, plongé dans ses réflexions , à part. Sa confusion devant moi, ce trouble... l'ëmotion de Claire!... Aurait-il, au mépris de mon amitié?.. Ah! je ne puis croire. . .
LAJArNAT,
Mon ami, tu as bien fait de le laisser partir avant que les choses fussent poussées jusqu'à un éclat qui pouvait avoir les conséquences les plus sinistres. d'albe.
Encore? finiras-tu ?. . . Je ne puis souffrir que tu portes à ce point l'exagération dans une affaire qui, après tout, ne te regarde pas.
LAJAUNAr, à part.
Qui ne me regarde pas !^. Il en parle bien à son aise. ( Haut.) Mon ami, les femmes sont légères; elles sont bien légères , les femmes !
d'albe.
Hein?... {A part. } Est- ce que par hasard ses soupçons?» . .
LAJAUNAT, à pari.
Vous verrez qu'il se doute de ce qui m'arrive; comme c'est agréable !
d'albe , à part.
En effet, tout -à- l'heure ses instances auprès d'Alfred, ses reproches énigmatiques. . . { A Lajaunny.) Mon ami...
LAJAUNAT.
Mon cher ami. . .
D'ALBE
N'as-tu rien à me dire sur tout ce qui s'est passé ici , pendant mon voyage?
LAJAUNAT.
Si fait. . . peut-être. . .
d'albe.
Et pourquoi, entre nous , le moindre détour? Pourquoi liésiter à nous ouvrir franchement Pun à l'autre ?
LAJATTNAT.
Dans le fait , il est sûr que la franchise. . . { A part, ) Et pourtant il y a des choses. . .
d-'albe.
Tu n'es pas sans avoir formé quelques conjectures sur le secret de ce jeune insensé?
LAJAUNAY, à part.
Nous y voilà. . . il se doute. . . (/Taw/.) Et si ce n'étaient pas des conjectures?
Comment?
Si c'e'taienl des preuves ?
d'albe.
U se pourrait?. . . Oui, de ses torts à lui. . . je veux le croire.
LAJAUNAY.
Mais elle ! . . . Ali ! mon ami.
d'albe.
Ellel . . . c'est impossible !
LAJAUNAY.
Ça te plaît à dire.
d'albe.
Lajanniiy,je t'en prie...
LAJAUNAY.
Eli bien! ;ipprends donc le plus grand secret... aussi bien tu le saurais de tout le monde. . . Car voilà ce qui me tue. . . c est le ridicule. . . je ne puis m'accoutnmer à être ridicule. . . C'est plus fort que moi... Et pourtant, je parie que je le suis. . . Ainsi, mon ami, conseille - moi : faut-il me battre? S'il le faut, je me battrai. d'albe.
Qu'entends-je ! ce serait ta femme?
LAJAUNAY.
Oui, mon ami; je n'en suis pas sûr ,mal}ienrensement. . . car alors tu conçois, tout serait fini... Mais n'importe ! elle ne m eu expose pas moins , par sa légèreté,'; à être montré au doigt, ou bien à aller risquer mes jours contre un jeune écervelé , capable de me tuer par étourderie. C'est égal. . . tu seras mon témoiu, n'est-ce pas ? i'aime mieux te clioisir que tout autre; c est une marque d'estime 3 et puis tu es un homme sage, un homme prudent... et au moins, quaud
nous serons sur le terrain Enfin, je compte sur ton
amitié. . . Ou saura qua j'ai satisfait à l'honneur. d'albe.
Un éclat! du scanJale!. . . Et quelles preuves as-tu ?
LAJAUNAY.
Je n'en ni pas. . . Dieu! si j'en avais?. . Tiens, mon ami, mets-toi à ma place j que ferais-tu?
d'albe.
Ce que je ferais?. . . ne me parles pas de cela. . . Toutà-i heure, une ide'e , qui m'a traverse' fesprit. ., Ali I je sens tout ce que tu dois souffrir. Mais, crois-moi , il faut y regarder plus d'une fois , avant d'admettre un doute qui doit flétrir, empoisonner tous les instans de In vie. Je t'admire; tout ce que tn crains, c'est Je ridicule , comme si on n^ëtait pas toTijours à même de le faire disparaître avec du sang. Mais le charme de lintimité détruit, la confiance perdue, un froid mépris, une haine mal déguisée , succédant à l'amour, à l'estime; voilà le vrai malheur, celui qui est affreux , irrcparahle, qui ne laisse pas de choix entre deux partis. Oui, une fois convaincu , on n'a plus ;: délibérer.
Jir de l'éiiier,'^.
Mais jusque là soupçonner ce quon aime, A l'accuser mettre tout son esprit.
Hélas ! crois-moi , c'est s'avilir soi-même , Bien plus encor que celle qu'on flétrit. Que dans nos cœurs , à nos femmes fidèles , De vains soupçons ne soient pas écoutés. 11 faut savoir nous respecter eu elles , Si nous voulons eu être respectés.
lAJAUNAY.
Eh bien ! mon ami; allons , tu me décides : je me respecterai; nous verrons l'effet que ça produira sur madame Lajaunay. En attendant, je te remercie toujours... Ah ! jce n'est pas tout, j'oubliais le motif de ma visite; un service à te demander.
d'albe.
Lequel?
LAJAUNAY.
Il se présente pour moi la plus brillante spéculation , . . car il faut bien songer à augmenter sa prospérité au dehors, ne fût-ce que pour oublier qu'on n'en est pas plus heureux chez soi. . . Tu crois donc qu'il ira se mariera fvJetz? d'albe.
Eh! sans doute. . . Mais tu me parlais. . .
( 48 ) LAJAUNAT.
Ah! oui, de mes forêts, de mes nsines... Une acquisition superbe! Il faut que je fasse le premier paiement. .. une cinquantaine de mille francs. . . j'en ai la moitié'. . . d'albe.
Bien ! c'est vingt - cinq mille francs qui te manquent. . . Quand les veux-tu?
LAJAUNAY.
Oh! je ne sois pas pressé. . . Aujourd'hui , si lu veux.
d'albe.
Aujourd'hui, soit.
LAJAUNAT.
A la bonne heure; alors j'y compte. Je vais l'envoyer mon caissier, avec mon billet.
d'albe.
C'est bon , c'est bon.
LAJAUNAT.
Si fait, si fait... Allons, me voilà tranquille... Parce que d'un côté, tu m'assures que ma femme. . . De 1 autre, une bonne opération que je vais faire. . . Ainsi , à tantôt.
(^ H va pour sortir. )