SCENE IX
Vous faites bien de le craindre, Madame ; il n'aurait pas de pitié , lui.
clairt:.
Ah ! Monsieur, jai subi en sileuce an refus dont je méritais l'humiliation; oui; Je le sens, je ne devais pas avoir aux yeux du monde l'honneur d^un pareil de'voueraent.. . mais du moins, à présent que nous sommes seuls, permettez-moi de vous aider en secret. . . à réparer. . . ce revers. ( Mouvement de d'Alhe, ) Je vous en supplie à genoux.
d'albe j la retenant.
Madame ! . . .
CLAIRE
Souffrez que ma fortune serve à éteindre les dettes qui vous forcent à fuir.
d'albe.
Des dettes ! Je n'en ai point.
CLAIRE
Cependant. . . vous partez?
d'albe. —
Je pars . . .
Bientôt?
Cette nuit.
Et la raison ?
CLAIRE
d'albe.
CLAIRE
Vous me la demandez, vous, Madame!
{Claire se cache la tête dans les mains.)
CLAIRE
Et c'est pour moi que vous renoncez au fruit de vos travaux, à votre pays, à tout ce qui vous était cher!. . . C'est pour moi que vous exposez votre réputation !
d'albe.
J'ai sauvé la vôtre.
CLAIRE
Ah! ce dernier coup manquait à mon désespoir. . . Non, Monsieur, n'ayez p;is cette pitié dont je suis indigne; que le monde soit témoin de ma honte... Elle me sera moins insupportable que votre malheur!
d'albe.
Grand dieu! que dites-vous ?
AIR : Ce luth galant.
Pour vous du moins que mon nom soit sacre.
Depuis trente ans ce nom est lionore;
Dans les jours malheureux il fut mon bien suprême.
Point d'éclat ! . . . De ce cœur
Qui vous perd , qui vous aime. . .
A.rrachez le bonheur.
Le repos , l'espoir même !
Mais laissez-moi Iho lueur!
Vous ne serez pas heureuse j oh! non, je crois à vos remords. . . Quanta moi, ne me plaignez pas; des peines , des chagrins , j'y suis habitué ... Et cette fortune , ces espérances que je vous sacrifie, ce n'était pas pour moi que je les formais. . . c'était. . . c'était. . . Ah! Claire , quel cœur tu as blessé ! quel ami tu as perdu!
CLAIRE
Monsieur ! . . . Monsieur ! . . . cet ami . . . vous me le rendrez . . . mes larmes vous fléchiront. . . Je ne veux pas vous retenir .. non... arrachez-moi de ces lieux; ils me sont odieux à moi - même. . . Partons, Monsieur ! partons, je vous suis !
d'albe.
Laissez-moi ! . . . laissez-moi 1 . . . Non , Madame , rien ne pourra plus nous réunir. . . Que d'autres donnent 1 exemple de ces rapprochemens sans pudeur. . . qu'ils justifient leur déshonneur en l'acceptant . . . moi , jamais ! . . .
CLAIB.E.
Eh bien! le sort auquel vous me condamnez, je l'accepterai : je Pai mérité. . . Mais vous. Monsieur!... dans l'exil , dans l'isolement, quand les années. . .
® d'albe.
N'achevez pas ! cet avenir est affreux. . . Mais si je sentais mon courage s'affaiblir . . . ( Auec explosion, — Claire se rapproche.) je relirai les lettresque je viens d'arracher à ce malheureux!
claire.
Grâce ! grâce !
d'albe , se reprenant.
\ Ah ! j'oublie ma résolution. . . je me croyais plus maître de moi. . . Ah! pourquoi n*ai-je pas succombé?
Grand dieu
( ^o) CLAIRB.
D ALBE
Mais il vaut inieRX que je vive. . . pour vous... C'est un remords qui vous est e'p'argné! . . . Claire , que ma me'moire ne se présente pins à votre esprit que comme celle d'un ami qu'on a trouvé dans l'infortune.
AIR : En amour comme en amitié.
J'avais juré de faire ton bonheur;
A mes sermens je reste au moins fidèle .'
Je te plains même... Pour ton cœur Je sens que des remords la blessure est mortelle! Ah ! puisse, après les jours de l'abandon, Ce cœur, plus calme à ton heure suprême , Te pardonner un crime que moi-même
Je couvrirRiHi^ mon pardon !
CLAIRE
C'est trop I c'est trop ! . . . J étais prépare'e à vos reproches, mais non pas à cette bonté qui m'accable. . . Laissezmoi mourir à vos pieds, de douleur et de regret.
( Elle se jette à ses pieds. )
d'albe.
Madame 1 soyez câline, imitez-moi. . . Ne vous informez jamais de moi , c'est ma volonté dernière. . . Adieu , Claire.
CLAIRE
Oh îne m'abandonnez pas ! . . , D'Albel . . . mon mari ' . . .
( D^Albe reçient à elle, avec la plas vwe émotion , et comme hésilani. )
d'albe , avec effort.
Adieu, Madame, adieu \
( // sort précipitamment. )
CXjM'R.^ , faisant un pas pour le suipre. 11 me fuit... c'en est fait !... Seule. ..seule au monde.'... Que du moins on ignore à jamais.. ( Elle se retourne ^ et aperçoit Souffljt qui ouure la porte du fond^ et regarde d'Albe sortir. ) Ah ! . . .
( Elle pousse un cri , et tombe évanouie. ) FIN.
Jft