‹ Claire d'AlbeChapitre 9 sur 40 · SCENE VII î · texte numérisé non relu

SCENE VII î

CLAIRE, cachant sa figure.

Alfred! Alfred!

ALFRED

Que vois-je? des larmes !

CLAIRE

Cette jalousie de Lajaunay. . . Fe'motion de sa femme. . . ce duo . . . Ah ! maigre' moi . . .

ALFRED

Claire, qu'ai-je donc fait? quel est mon crime? pourquoi suis-je ici? Je n'y voulais pas venir. Quelle difFe'rence de soirée! . . . Mais c'est vous , c'est votre lettre. . .

CLAIRE

Etait-ce moi, avant hier soir, quand vous vous êtes offert de vous-même à la reconduire?

ALFRED

Pouvais-je faire autrement? Puisque, pour l'éloigner, vous preniez le prétexte d'une migraine, il fallait bien sortir avec elle j et c'est en chemin... je ne savais que dire. . . je lui ai parlé musique. . . ce maudit duo. . . Je vous ai tout conté une heure après... Nous en avons ri ensemble.

CLAIRE

Mais ici, à mon arrivée, tout le monde est venu audevant de moi . . . Vous senl , pas un regard . . .

ALFRED

Vous m'accusez quand vous devriez me plaindre! Estce que sans cesse je ne dois pas être sur mes gardes? Et ici même encore, il n'y a qu'un instant, dieu! ai-je souffert!... Cet infernal Soufflot! ne dirait-il pas du mal de vous?

CLAIRE , avec effroi.

De moi !

ALFRED

Oui , cette seconde porte , dans 1 e jardin . . .

CLAIRE

Ciel!

ALFRED

A propos. . . la clef. . , je l'ai perdue. CLAIRE , la montrant.

Je l'ai trouvée. ( Alfred veut la prendre. ) Non, non , Monsieur, on peut savoir... Grand dieu!... si un tel homme ! . . .

ALFRED

Claire, Claire , calmez-vous , il ne le croyait pas, . . il

ne faisait que le dire : Mais jugez de mon supplice , ne

pouvoir même défendre celle qu'on aime! N'importe! un

autre jour, ailleurs, je trouverai quelque bonne occasion

pour lui chercher querelle , lai apprendre à se taire, le tuer.

CLAIRE

Je vous le défends.

ALFRED

J'obéirai, à une condition , c'est qne vous ne serez plus jalouse. ( IL lui baise la main. ) Oh! c'est fort mail

CLAIRE

Alfred, il faut me pardonner un peu de faiblesse, quand tout se réunit pour m'alarmer.

ALFRED , Vohseruant.

Est-ce que vous avez reçu des lettres de Hambourg?

CLAIRE, vii^ement.

Oh! non, pas encore.

ALFRED

Ce silence, depuis dix jours, c'est singulier; et vous croyez toujours impossible qu'avant cinq ou six mois nous ayons à craindre de ce côté là.

CLAIRE

Oh ! cet héritage , ce procès, tout paraissait si embrooillé. . .

ALFRED

Ah ! oui, oui, tant mieux! ce sera long, dès que la justice s'en mêle... Six mois, ma Claire, six mois!... Que vous êtes belle ! A propos , ce matin, j'ai reçu votre lettre , et voici la mienne.

CLAIRE

Donnez. . . c'est charmant ! . . . Etre ensemble ou s'é- * crire , c'est le même bonheur.

Vous croyez?

AiH : Encore un mot , ô ma J.ucette! ( Romance de Berlon fil.- )

J'ose espérer bien davantage.

Qnand je vous réponds de ma foi , » De la votre il me faut uu gage.

La clé !

CLAIRE

Qu'attcndez-vous tle inoi?

ALFOEO.

La clé ! cédez , donnez-la moi.

CLAIRE

Non , non , non , non , quelle imprudence ! Si quelqu'un venait à savoir. . .

ALFRED , lui prenant la main et s^ emparant de la clé.

Quoi ! vous tremblez! Moi j'ai l'espoir De vous rendre la confiance; Oui , oui , ma Claire , à ce soir ; Je vous rendrai la confiance.

Adieu, ma Claire , adieu, à ce soir.

La cloche du dîner !

CLAIRE

Sitôt!

ALFRED

Convenons de tout. Ce soir , voos partez à neuf heures , moi, à huit et demi. . . le premier, ça vaut mieux : je n'ai pas Tair de vous suivre... Je vais prévenir mon domestique pour qu'il soit prêt. . . Adieu !

CLAIRE , gaiement.

Et notre duo ?

ALFRED , riant.

Ah! oui, n'oubliez pas que nous venons de le répéter. . . comme si nous ne l'avions pas chanté dix fois dans votre pavillon.

CLAIRE

Surtout , Monsieur , de la prudence.

Même air que le précédent.

Que votre voix soit moins touchante , Et n'attachez pas sur mes yeux Ce regard qui me rend tremblante.

Quand nous chanterons tons les deux.

Promettez-le moi, je le veux.

ALFRED

Non, non, non , non, c'est irapossihle.

CLAIRE

Si les témoins allaient savoir, . .

ALrnED.

Sans être ému puis-je vous voir ?

CLAIRE

F-b • mais est-ce donc si pénible ?

Loin d'eux on peut se revoir. . .

C'est le prix (5'uu effort pénible.

Adieu , Monsieur , adieu , à ce soir.

ENSEMBLE

A ce soir... à ce soir...

( Alfred sort ; elle le suit des yeux, )

SCÈI\E IX.

CLAIRE D'ALBE, M«« LAJAUNAY.

M™^ LAJAUNAY.

Ah! Claire!... Comment seule?. . . et votre chanteur?

CLAïKE , sortant de sa rêt^erie.

Mon clianleur?... Ab! M. Alfred?... il est sorti, je crois. Le dîner. . .

m"'' LAJAT7NAT.

Ab 1 pas encore. . . Une voiture vient de paraître ?i 1 entrée de l'avenue. . . M. Lajaunay ne se doute pas qui c'est • il est aile' au-devant... Et cette musique, vous Tavez décbiffrée, n'est-ce pas?

CLAIRE

Oui, en un instant... je cbantcraî... [Uahscruanl.) Mais vous y teniez, peîit-être. . .

M™^ LAJATJNAY.

Moi. . . Oli! fort pou. . . du moment que cela déplaît à quelqu'un... Ab ! ma cbère, que vous êtes heureuse! Vous n'êtes pas force'e nux enrouemens, vous... Vous n'avez jamais connu ces persécutions-là. . . Je crois bien , cet excellent M. d'Albe. . . quel bon mari !, . . Tout occupé de son commerce, raisonnable, confiant pour sa femme. . . {l\Ioi/i'e?nentde CZazVe.) Mais, pardon, j'aitort. . . je réveille votre cbagrin. . .

yfir du Baise?- nu Porteur,

Mais il faut nous faire nne étude De cacher "i tous nns anii^ , JVIoi l'ennni , tous l'inquiétude Que nousdovons à nos maris...

A'^OMS les devons à nos maris.

ÎS'iniporle ! prenons Tune et l'autre li'air aussi riant aujonrd'lini Que si vous étiez près uu vôtre , Et que le mien fAi loin d'ici.

SCÈi\E X.

CLAIRE , LAJAUNAY, M»« LAJAUNAY.

tAJAUNAT, à In cantonrtdp.

C'est bien. . . un cor.vert de plus ! font le monde est arriye' I

M™^ LAJAUNAY.

Eh bien ! cette voiture . . . cette visite . . .

LAJAUNAY.

Oh! rien, rien, ma chère amie, [has.') Cette pauvre Claire, après huit mois d'absence , je crains l'effet de la surprise. . .

M"*« LAJAUNAY.

Vous dites. , .

LAJAUNAY, hns.

Silence ! . . . Avez-vous là votre flacon ?

CLAIRE

Eh, mais, monsieur Lajaunay, qn'avez-voiis donc?... Cet air d'embarras. . .

LAJAUNAY.

Moi, madame! je suis bien aise de vous trouver ici. Qn'est-ce que vous me donneriez, si je vous faisais nne belle surprise?. . .

A moi?. . .

LAJAUNAY. ^

Oni... par exemple... {A part.') J'y suis. {Haut.) Si je vous annonçais l'arrive'e inattendue. . .

Claire. 4

CLAIRE , à pari.

Je tremble!

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