‹ Claire d'AlbeChapitre 20 sur 56 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

CLAIRE A ÉLISE

Si je ne t'ai pas e'crit depuis près Je quinze jours , ma tendre amie , c'est ([ue j'ai e'te' malade. En finissant ma dernière lettre , je me sentais oppresse'e , triste , sans savoir pourquoi, et faisant une très* maussade compagnie à la vive et l)i illanle Adèle. Je remettais chaque jour à t'ècrire , à cause de rabattement qui m'accablait ; enfin la fièvre m'a prise. J'ai craint que le de'rangement de ma sanle' ne nuisît à ma fille , j'ai voulu la sevrer. Le me'dccin , tout en convenant que je faisais bien pour elle, m'a abjecte que j'avais toit pour moi , parce que dans un moment où les humeurs e'taient en mouvement , le lait pouvait passer dans le sang et causer une re'volution fâcheuse. Mon mari a vivement app;iye' cet avis : j'ai persiste dans le mien. A la fin il s'est emporte , et m'a dit qu'il voyait bien que je ne me souciais ni de son repos , ni de son bonheur , puis-

que je faisais si peu de cas de ma vie ; qu'au surplus , il rae défendait de sevrer tout à coup. Je tenais ma fille entre mes bras , je me suis approchée de lui , et la mettant dans les siens : « Cette enfant est à vous, mon ami, lui ai-je dit, et vo; droits sur elle sont aussi puissans que les miens; mais, oubliez-vous qu'en lui donnant la vie , nous prîmes l'engagement sacre' de lui sacrifier la nôtre? Et si nous la perdons , croyez-vous pouvoir oublier que vous en serez la cause, ni m'en consoler jamais? Par pilie pour moi, pour vous-même, souvenez-vous que, devant rinle'rêt de nos enfans , le nolt e doit être compte' pour rien. » Il m'a rendu ma fille. «Claire, m'a-t-il dit, vous êtes libre : malheur à qui pourrait vous rcsialer ! » J'ai promis à M. d'AIbe de le dédommager de sa condescendance , en usant de tous la ménagemens possibles, et c'est ce que j'ai fait : aussi ma santé' va-t-elle mieux , et j'espère avant peu de jours être tout-à-fait rétablie. Adèle me disait ce malin • « Je vofe bien, madame d'Aibe, à quel point

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je suis loin de pouvoir faire encore une l)Onne mère; j'ai cfe cfTiayee i'aulre joui' des devoirs que vous vous êles imposée envers vos eufans. Quoi ! vous croyez leur devoir le sacrilice de votre existence? J'ai e'te si surprise quand vous lavez dit, que j'ai elé lenlée de vous croire folle... — Folle! s'csl écrié Frédéric , diles sublime , mademoiselle.— Vous ne le croiriez pas, mon jeune ami, a interrompu M. d'Albe, mais dans le monde ces deux moîs sont, presque svnouyraes ; vous y venez taxé de b.zaire et desprit systéinalique celui dont l'âme élevée dédaigne de copier les copies qui Penloureut. » Cela est Lien vrai , mon Élise, cette injustice est une suite de ce pelit esprit du monde qui tend toujours à rabaisser les autres pour les meure à son niveau. Je me rappelle que dans ces assemblées insipides où roisiveté enfante la médisance et où. la futilité parvient à tout dessécber , j'ai souvent pensé que ce sot usage de ^'asscoir en rond pour faire la conversation , était la causfli de tous DOS torts et la source de (putes

no? soflises... Mais je sens ma lêîe hop faible pour en écrire davantage. Adieu , mon ange.

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