‹ Claire d'AlbeChapitre 45 sur 56 · LETTRE XLIII · texte numérisé non relu

LETTRE XLIII

CLAIIŒ A ÉLlSEr

Ne l'afiligfe point , mon amie , la douce paix que DiCu re'pand sur mes derniers

202 CLAIRE D^VLBE.

jours m'est un garant de sa clémence ; quelques instans encore, et mon ame s'envolera vêts l'elernile. Dans ce sanctuaire immortel , si j'ai a rougir d'un sentiment qui fut involontaire, peut-être l'aurai-je trop exj)ie sur la (erre pour en être punie dans le ciel. Cliaque jour , prosterne'e devant la majesle suprême, j'admire sa puissance et j'implore sa bonté'; elle enveloppe de sa bienfaisance tout ce qui respire , tout ce qui seul , tout ce qui souffre : c'est là le manteau dont les malheureux doivent re'cliauirer leurs cœurs. .►. Mai> , quand la nuit a laisse tomber son obscur rideau , je crois voir l'ombre du bras de l'Eternel étendu vers moi; dans «es instans d'un calme parf it , l'àme s'e'lance vers le ciel et correspond avec Dieu, et la conscience, reprenant ses dsoits, pèse le passe' et pressent l'avenir. Cest alors que , jetant un coup d'oeil sur ces jours engloutis par le temps, on se demande , non sans effroi , comment iU ont été employés , et en faisant la re- ▼ue de sa vie , on compte par ses actions les lêmoins qui deposeï ont bientôt pour

CLAIRE D'ALBE. 2qZ

on contre soi. Quel calcul 1 qui osera le faire sans «ne profonde liurnililë , sans un repentir poignant de toutes les fautes auxquelles on fut entraîné ? O Frédéric 1 comment supporteras-tu ces redoutables momen» ? Quand il se pourrait ^ qu'innocent d'arlifice , tu aies cru sentir tout ce que tu m'exprimais , songe , malheurcnx, que pour l'absoudre de ton ingratitude envers ton père , il aurait fallu que le Ciel lui-même eût allumé les feux dont fu prétendais brûler , et ceux-là ne déteignent point. El toi , mon Elise , pardonne , si le souvenir de Frédéric vient encore se mêler â mes dernières pensées ; le silence absolu que tu gardes a ce sujet , rae dit assez que je devrais limiter ; mais, avant de quitter celte terre que Frédéric habite encore, permets-moi du moins de lui adresser un dernier adieu , et de lui dire que je lui pardonne : s'il reste à cet infortuné quelques traits de ressemblance avec celui qvîe j'aimais , l'idée d'avoir causé ma mort accélérera la sienne , et peutêtre n'esl-il pas éloigné l'instant qui doiJ

nous réunir sous la voûie céleste. Ali f quand c'fsl là seulement que je dois le revoir, serais-je donc couj)aljle de souliailer cet instant ?

Page 1