‹ Claire d'AlbeChapitre 54 sur 56 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

A PEINE les premiers rayons du jour avaient-ils blanchi les cimes sourcilleuses di» mont Garizim , que le brave lloram et Je jeuiie Issûchar s'avancèrent vers le Jourdain; tous d<?ux , fiers de la confiance de leur chef et soumis aux ordres de Dieu , marchaient avec inirëpidile' au-devant du danger , et ne pensaient qu'à la gloire. IIoram , charge' de Jours et d'expérience , témoin , depuis quarante ans qu'il errait avec ses frères dans le de'sert , de tous les rairaclfs que Dieu avait faits en leur faveur, et des terribles vengeances dont il avait puni leurs inlquile's , se plaisait à e'claircr la jeunesse d'Issachar, en lui racontant ce qu'il avnit vu. <^ Le vaste et fertde pays que nous tra- » versons , lui disail-;l, apparlcnait jadis à » i'ir.fidèie Araorrheen; maintenant il est de- » venu le paliimoine de nos frères. Ruben, » Gad et Manassé, e'iablis surlebord orien- » taldu fleuve, y recueillent tranquillement » leurs moissons , et font couler l'huile et le

222 LA TRTSE

» vin, à flofs prt'cipilés, dans Jes caves sna- » cieusrs. Au-dcla du Jourdain, vous voyez » s'élendre de vnstes j)liiir)es couvejfes de » lin, de baume cl de pâ uraqes , ombra-

V gées d'oliviers et de cèdies; c'est l;i fjue i> s'élève la ville des j alirie>^, lasn|teibe Je- » ricbo , dont les leurs orgueilleuses sem- » blent loucher ce ciel qu'elles oulra^enl ; » plus loin, vos I égards «'inbi asseni toul cet » immense pnys, depui^ wSe'gor, sur les fion- » tières de l'Iduraée , jusqu'aux sources du y Jourdain, au pied des montagnes du Liban.

V ^'oila Pbei ilage promis à nos j^ères, et que » le Seigneur nous donneia , si nous mar- » clions avec une foi vive et sincère au-de- » vanide nos ennemis. Eb ! cpie nous fuit » qu'ils couvrent la plaine de leurs innomi> brables bataillons, quand le Dieu fort esl y avec nous ? Quel est l'indigne Israélite qui, » en se rappelant le j)assagede la mer Rouge, > l'eau jaillissant du rocher d'Oi t b, et la loi y donr-ée par Dieu même au mont Smaï, ose y doulcr du succès d'urio en!repri>e comy mandée par ritietiiel ? iS'oubliez pas, Issa- » char, que c'est pour uvôir cbancclc un mo-

V ment dans sa foi, que Moy^^e ,1e plus

y grand projibèle qui se soit jamais levé

» dans Israël, fui condamne a ne point entrer

» dans la terre de Canaan. Ayez toujours

» cet exemj)Ie présent; et , dans les périls

» qui nous attendent sans doute aux murs

» de Jéricho , si vous sentez votre âme

i> prêle à défadlir , tournez les yeux vers

» la montagne de Nébo, songez que c'est

» là où , pour expier une seule faiblesse ,

» expira notre saint législateur , apre>i

» quatre-vingts ans de travaux eutre-

» pris pour la gloire du Seigneur. — Je

i> sais que les maux comme les biecjs pro-

» cèdent du Très-ll lut , répondit Issa- » char : toujours soumis à ses lois, lou-

» jours reconnaissant de ses dons , la vue

» du plus afïieux trépas n'ébranlerait pas

» ma foi , et pourtant Dieu m'avait pro-

» mis, par la voix de Moyse, (pj'.jvatii la

» fin de l'arjnée, il me ft*rail voir l'épouse

» qu'il me de>line, celle (pii poilera dans

» ses flancs la gloneuse lignée d'où doit

» descendre le sauveur du monde. Nous

» touchons aujoui d'hui au dernier jour

» de l'anuée , je m'eioigne des jeunes vici-

y j^es dt' Ju'la pour aller chez les ido- » làfres : est-ce donc dans ce sang impie » (|ue Dieu choisira celle qu'il veut élever » yu-de>iiis de loules les feœnies d'Israël ? » — JNe jugeons point ainsi ce qu'il ne » nous a| pallient [)ds de connaître, repiit » Iloi uin ; car les pensées de Dieu ne » sont point nos pensées , et ses voies ne

V sont pas nos voies : ce qu'il a prorais , il » le tiendra ; ce qu'il ordonnera , vous » l'exécuterez. Gardez seulement votie » cœur dioit et vos mains pures; sou- » mettez-vous »ans réseive, et l'Éternel » saura bien trouver le mojen d'accomplir

V ses promesses. »

En parlant ainsi , les deux voyageurs arrivaient sur le buid du giand fleuve, dont les eaux dëboi dées inondaient les campagnes. Soit qu'ils s'approchassent du torient de Jaser, soit qu'ils descendissent vers le lac Asphaliite , ils ne pouvaient trouver aucun passage. <t Dieu nous au- » rait-il a!)andonncs ? s'éctia Horam en » élevant ses mains vers le tiil. — Est-ce » vous qui doutez , s'écria Issachar surprit

» est-ce moi qui vous apprendrai ccm- V ment une foi sincère triomphe d'un pareil » obstacle? » Il dit : et, se pre'cipitant dans le fleuve , d se débat contre les vagues ([ui le repoussent vers le rivage , triomphe de la fureur des flols , atteint Tautre boi d , met le pied sur la (erre de Canaan, et rend gt ace à lEternel.

Eu l'apercevant sur la rive opposée , lloram s'encourage à l'imiter ; il lutte })éniblement contre le courant qui rentraîiic; il arrive enfin, confus qu'un vieux ami de Moyse se soit laisse' devancer par un enfant du de'sert. Prêt à livrer son coeur à l'envie , il repi irae bientôt ce vil sentiment j il se souvient qu'Issachar est desfine à être la lige du sang royal de Judj , et se plaît a le voir s'élever par la beauté et le courage au-dessus de tous les morki^.

La nuit commençait à étendre ses voiles sur toute la nature , lorsque les deux Israélites entrèrent dans Jéricho. Tioublés de se trouver seuls , loin de leurs fières, au milieu d'une nation idolâtre, ils ue savaient ce qu'ds devaient faire, ri

% qui recourir pour demander l'iiospila- ]itë. Dans cet embaiias , ils se tenaient à l'écart, pi es de la porle de la ville, loisquMs \iient passer |>rès dVux une jiune fille qui venait puiser de IVau à la fontaine. Un long vole relenail une pai lie de sa blonde chevelure, l'duhe s'échappait sur un cou plus blanc cpie Tivoire; elle était belle , mais Tëelat de sa beauté semblait terni par les larmes (jui coulaient sur ses joues. Pâle et abailue,tlle s'avançait , et elle était semblable au jasmin qui incline doucement sa lêie rbai gee de la i o« sée du matin. A Taspect des deux voyageurs , elle roiJi^it, î,'an êle , et paraît incertaine ; cependant b en'ôl après elle s'approcbe, et levant sur eux un oeil timide, elle dit: <ç Etrangers, j'ignore quel projet vous > conduit datis nos tnui-^ ; mais cpiel qu'il ii> soit, la m.ii-on de Hahab vous est ouy vei le ; venez vous y reposer sarisci ainle : » vous n'aurez point a vous repentir d'y 5> élrccntiés.» Les deux Lriéliies , cliarinés de .«^a pl•opo^ilion , n'hcailejit pointa racceplcr. Jasachur suiloul, ému de la

beauté de celte jeune fille et touche de

sa pudeur, se seul entraîné par une puissance invisible qui agi» sur lui a son insçu.

« Qui êtes-vous , lui (bni.inda-t-il , vietge

î> cbarmanie , vous dont lu cbaiité ue de-

» daigfje point deux inaibetn(Mix voya-

» gcurs ?—.!{' ne suis point une vifMge , i c-

» ic'pondif-elle en soupirant an.èiemenl;

» les odiiHix prêtres de. Baal abubéient

^ de ma jeunesse et de raon inno-

» cence ; et fjn md je me son v ions de

» ces jours (rt'i^ai ement , qui n'e'laienl

i> qu'absinilie et fpje fiel , mon âme dc-

» meure a!)aHue «'u ds dans de moi. Ah!

V si le Dieu d^Kraël vouLiit prendre piiie' de

» mon rc[)enîij- et me laver de mon op-

» jirobie, ji" le prierais sur le • hauts lieux,

» 1 1 je in'olF irais moi-même en holocauste

i> pour op.jiscr sa colère. — Ahl reprit

y> vivement Issachar , pui.scp.ie volie âme

» s'est conservée puie, et cpie vou> gë-

» misscz stu' vos fautes, vous trouverez

» 2;i âce devant i'Eiernel. — Oui, ajouta

» Iloram à voix basse , si vous sauvez les

» au d'isiacl et les aidez dans leur en-

» tit'|)ii>e, tous vos pèches vous seiont » leinis: elle Seigneur vous absouJia. » A CCS mc)[> , la jeune lille se rassurd', ses yeux bul!èi eut d'un doux éclat, et elJu se aiit en devoir de conduire les voyageurs dans sa maison : IssacLar lui piit la main; tous deux marcbaicnt à pas lents deva;it ilararn , en soupirant involontairement. La nuit était belle el fraîche, un veut léger agitait le feuillage dis palmiers ; Us (leurs (jui naissent sans culture autour de Jéiicho exhalaient dans l'air leurs . plus doux paifums; on entendait les géiDissemens de la colombe amoureuse , et dans le lointain , l'impélueux Jt)urdain faisait retentir le bruit de ses I1j(s. Lsacbar contemplait en silence la louchante timidité, la g. àce modeste de la jeune Cananéenne: et uiie sorte d'enchanlemeut s'insinuait par degi es dans toa cœur, comme la douce Vupcur du somn.eil s'insinue dans des yeux appesantis. Il se disait en lui-même. «f< C'est aujour- » d'bui que Dieu a pi omis qu'il me raoni> trcr:,it l'épouse qu'il me destine i maii

» Dieu agiëcia-t-il pour sa servante celle » qui fui piofanec par Timpie ? Oh 1 puisse- » t-il pardonner à Rùbab comme je lui i> pardonne ! — Dieu cl'Isr£iël , disait de son » côle' la jeune fille , si un songe ne m'a » pas trompée , un de tes enfans e^t des- » linë à sauver mon âme, et moi à sau- » ver sa vie. Oh! que ce soit celui-ci, et » je n'aurai pas imploi é !on nom en vain. » Cependant ils arrivent bieniôt à la maison de Rahab. Elle est simple et commode; on n'y voit point biiller le maibre , l'or ni la soie ; mais une jeune vigne en tapisse le mur, en couvre le toit, et un épais berceau de platanes et de citronniers en ombrage l'enliée; située piès du rempart, elle s'élève au-dessus et domine sur la campjgne. Aussitôt que les voyageurs ont passé le seuil de sa porte, la jeune Cunanéenne s'empiesse auprès d'eux, et leur prodigue tous les dcvoiis de l'hospitalité; elle remplit un grand vase d'airain d'une eau tiède et odorante, afiu de laver elle-même leurs pieds fatigués ; elle couvre une table Je gâteaux de pur

iZo LA PRISE

ftomenl , de dade-; , d'olives el d'un rayon de Qjiel doie, el verse, dans des coupe» couronnées de fleurs, du lait pur et du vin doux. Dms tous ses soins , dans tous «es mouvemc'Jis , la jeune peclieresse a tant de simplicité el d'abandon , le sentiment de se«> fauies impiime un caractèiC si toucliani a sa physionomie, cju'Issacliar , de plus en plus entlimme, lui donne d<^ja dans son cœur le nom de sa bien-aimce ; mais soumis a la volonie' du ciel, il attend que le Sfit^nt'ur ait pailtî pour oser expliquer ses vœux.

Avant que le sorarncil vienne fermer la paupière des vov.'ii^eurs , Raliab, attentive à tout ce (pii peut leur plaiie , prend un cisire d'or,el mêlant sa voix mélodieuse à i'instrufntnf , elle chante urj cantique sacre. Il^ram et Ksachar ont entendu souvent les choeurs des filles d'Lraèl , mais jamais une si ravis«anse harraoru'e n'a frappé leurs oreilles , jarnais la pii'lé n'honora plus dignefneni le nom du Seigneur, lloram étonné s'écrie : « O fille de > Canaan! par quel prodige , au printemps

DK JÉRICHO. 2^1

» cle Tâge , sécluiîe par les plaisirs , {)loiii^ce » daHsles voiiiplës au sein d'une nalion idu- » làtre , avez-vous eu connaissance du vi ai » Dieu , ef avez-vous appris à clunter ses » louanges au milieu des cris bl.j'-plieina- » leurs des infidèles ? — llèlas I ropi il hum- » blemenl Raliab , suiis doi-ie «pie le Tout- » PuisSHPtavu f|ue ie péchais par ignorance, » el rpiM n'a pas voulu me laisser à jamais » dans leslénebies de l'erreur. Je inc sou* » viens qu'un jour , la têle coin onnee de » roses , je form;iis ûveo mes compagnes

V des danses liceniienses auiour.des idoles » de Baal , quand je fus saisie loul à coup » d'une froide sueur et d'un fi cmissemeiit

^ » involonfaire ; Je ne vis plus le lemple » qu'avec horreur , el je m'en éloignai

V précipitammeni. Je sorlis de Jéiicho , i> et me mis à courir dans la campagne

V comme une insensée, sans prendre au- » cun repos la nuil, el ne therclianl le » jour tpie l'eau de quehpies fonlaines ,

V qui calmait à peine la soif Jirdcnte el la » fièvre inléiieure qui me dévoraient. Ef-

V frayée de mo.i clat, je m'éciiais , le»

» yeux baignes de larmes : N'est-ce pas à » cause que le Dieu fort n'est pas avec » moi, que ces niaux-ci m'ont Iroiivct ? » Enfin, un jour, lasse d'erier dans les » lieux sauvages , je vins m'asseoir sous

V les grands sycomores qui ombragent le » bord du fleuve, et de là apercevant la » pointe de Pbasga , un trouble confus

V s'éleva au dedans de moi; mes sanglols » redoublèrent , et l'Eternel parla à mou » coeur. C'est là qu'est le peuple d'Israël , » me Jisais je , ce peuple aime du seul vrai » D.eii, destiné à régner sur l'béritage de y nos pères; c'est la que réside l'élerncl » roi des siècles et la source de toule lu- » mièie; c'est- là que Riliab voudrait êdc, » non pour séduire les serviteurs de Dieu , » comme l'ont fait les fiilcs de Madian , » mais pour se convertir à sa parole , et » letrouver le repos qui la fuit. Alors je » in'eniloimis ; et, durant monsommof, » il me sembla qu'un ange m'apparaissai^.

V — Rahab , me disait-il, les ci is ont é é » jusqu'au trône du Très-Iluuf , et il t'a » regaidce avec compassion; uon-ieulc- » ment d l'excepte de la i ép; obation dont

» il a jure d'envelopper lous tes fières , » mais il veut que de ton sang naisse le » Messie , qui doit apprendre au monde » qu'il y a plus de joie au ciel pour un pc-

V cheur c(ui s'amende que pour dix justes

V ()ui n'ont jamais failli. Purifie les desor«

V dres passés par une vie austère et cliasîe , » et prends confiance en la mi éiicorde » divine. Un jour, le plus beau des fils de

V Jacob le prendra dans ses bras et te nom-

» mera sou épouse » A ces mots,

Rahab ne put s'empêcher de lever les yeux sur Issachar ; mais les baissant aussitôt , elle rougit comme la nue transparente dont le soleil s'enveloppe en quittant l'horizon; sa voix tremblante expira sur ses lèvres entr'ouvertes , et elle n'eut pas la force d'achever son récit. A cet instant , un bruit tumultueux se fit en-^ lendie à la porte. «Ce sont sans doute » les envoyés du roi, s'écria Rahab effrayéa; » depuis long -temps on craint ici l'ir- » ruption de vos fières, on se tient sur » ses gardes; il y a des espions partout, » et la vue de deux étrangers aura ins-

V pilé des soupçons; mais ne craignez

V rien , je saurai vous sauver , dusse-je » perdre la vie. » En parlant ainsi , el'e les fait piornpiemeni monier au haut de )a maison, les couvre de paille de lin, et court ensuite ouvrir aux houpes du roi. << On y a vu, lui (lit le cluf, deux Lraéliles » entrer ce soir dans nos muis ; on sait » qu'ils soj)t chez vous : il Lut les li- » vrer sur-le-champ. — Il est vrai, dil- » elle, qu'a l'eniree de la nuit deux y étrangers sont venus me demander un » asile ; mais sans doute ils ont craint de

> ne pas y éire en sûreté , car ils se sont » bâtés de qiutler la ville avant Theure

V cil Ton f< rine les portes. — Rahab, re-

> prit le chef d'un ton menaçant , les yeux

V sont ouvei ts sur vous : on vous accuse

V d'honorer en secret le Dieu d'Israël ; » tremblez , si on découvre que vous

V avez caché ces perfides éfranj^ers. — Je y vous ai di ja dil , répondit-elle tran-

V quillemeut, qu'ds ne sont plus dans » ma maison ; sans douté ils ont pris la » loule du £^1 atid fleuve, afin de se ren*

> die à leur cauip. — Je cours a leur pour-

» suile s'eciia le chef; mais s'ils nous » échappent, tremblez, vous dis-je, voire » vie nous repojid d'eux ; et si la fuie » vous de'iohait a notre vengeance, volie » famille entière , traîtie'e au supplice, ev- » pierait votre trahison, — Scne;? sûr cj'e » je ne l'oublierai pas, » lui dit-elle (ii croisant ses deux m;iins sur sa poitrine, et baissant humbleaient la lêie. Alors le chef la quitta. A peine Rahab l'eut-elle TU s'éloigner avec sa troupe, qu'elle se bâta d'aller délivrer ses deux captifs, « Le roi est instruit de votre ai rivée dar"* » ces murs , dit-elle , tous n'y êtes pai

V en sûreté; fuyez, prenez celte corde, » glissez-vous dans la campagne le lor.g y du mur. Tandis qu'on vous cherchei a » au bord du Ucuve, g;ignez la vallée

V de Janoe'j traversez le torrent de Ca- » rith , en(oncez-vous duns les cavernes » de Salici. Dans trois jour; je vous y i> porteiai , avec quelcpie nourriture frai- » che , tous les deiails que votre genc- » rai vous a charges de recueillir. — Non , » charmante et généreuse Rahab , s'écria » vivement Issachaar , nous ne partiront

236 LA PRLsr:

» pas san<; vous. Venez dans les plaines

» de Modb recevoir les bénédictions de

» nos i\ èi es , et montrer aux fdles d'Israël

» i'epouse que rElerncl destine à Tlieu-

» reux Jsîachar. — Je ne puis croire, re-

» prit-elle en baissant les yeux , qu'une

» semblable gloire soit jamais le partage

V d'une pauvre pécheresse comme moi.

V — LElerntl l'a juré, interrompit Issa- » chgr : celle qui sauvera Israël verra sa

V postérité régner sur toute la Palestine, » et partagera la couclie d'Issacliar. Venez > donc avec nous , ô Raliab ! venez , ne crai« i> gnez point la fatigue ni le passage du » fleuve impétueux; je vous poi lerai dans » mes bras , heureux de marcher chargé

V d'un fardeau si doux! — Non, repril- » elle , je n'abandonnerai pas mon vieux » père, ma mère et mes soeurs , à la colère » du roi ; il faut même que vous me pro- » mettiez de respecter leur vie quan(l vos » frères entreront dans Jéricho. — Nous » le jurons , ô généreuse fille 1 s'écria IIo-

V ram. Quaml vous verrez Israël en armes, » ayez soin de lier un cordon pourpre à

V la fer.ctrc que voici ; ensuite vous rc-

» tirerez tous vos parens dans votre mai- » son, et quiconque y demeurera, son » sang sera sur nous , si un des noires » le re'pand ; mais aussi quiconque en » sortira, son sang sera sur lui , et il ne » nous en sera pas demande compte. — Que » ce soit ainsi que vous l'avez dit , rcpt it » Rahab ; malnlenant partez, cnfans de Jai> cob , profitez de Tinsiant où la lune , » obîicurcie par les nuages , vous dérobe » aux espions qui nous environnent. —

V Mais, dit Is^achar , qui sait si les ifnj)ics » (le Jéricho , nous voyant échappés à leurs » poursuites, ne tourneront pas leur co- » Icre contre vous ? Quoi ! je vous aban- » donnerais à leur furie, vous, la libë- » rati ice d'Israël , TeUie du Seigneur , » la bien-aime'e d'Issacliar ! Non , non , » viens avec nous , ô la plus belle des

V filles j viens trouver le bonheur sous » ma tente ; je ne t'ollVirai pas la pour- » pre , les riches broderies, les mets cx- » quis dont Jéricho s'enorgueillit , mais » des fleurs fraîches comme ton teint, et » du lait pur comme mon cœur. Ah ! tu i> n'as pas besoin d'ornement pour être

238 LA PRTSE

» belle : viens , PErerntl Ta dll ; il n'est

V pas bon (|(ie riiornine soil seul : coll^ens » dorjc a èhe mon C|)Ouse. — O fi's d'Is- » raél , rep<in'lil R.ibab em(ie, le mnrmure » subit (runo fî^iitaiDe csl moins doux à » roieille (lu voyageur abére, que tes » discours ne le sont à mon lOeur, et de- » j)uis Ioni»-(enip'; je soupirai'» oprès toi

V comme Tei fjnl nouveau ne apiè> le sein » de sa mèie; mais, je le Tai dit, je

> n'abandonnei ;ii point pour ton amour » ceux de qiii je liens la vie; pars cepen- » dant sans infj'iielude , et conlie-loi au » Tout-Puissani : il vedlei a sur nous , et » f-aura bi«"ii me sauver de la n^ain de

> l'iiPéjjie. — Assuiement, sV^cria Horam , .V rEieriu'l ne deJuissera pas celle dont Ja >t fui est si vive et si sincère. RJais nous , » Issacbar , parlons sans d flerer , noire >^ présence i-ccri ît les dangers de notie » liberaliice ; ei , en lious livrant comme » elle à la bonté du Scigr.eui*, nous me- » rileions d'être ;,auvés comme file. »

lloiam, avant parle ainsi , «^.e glissa le long de bi c or<ie , et descendit dans la cainp.'jg'ie. Issacl)Qr le ouivit à regret.

DE JÉRTCnO.

#r A(]ieu , R.ih.jb , <lit-il, je cède à la

V crairile de nuire à ta fûrelë; mais dans i> trois jours tu viendras me rendre la i> vie dans la vallée de Jitjoe. J'irai au- » devant de les pas, je t'ecouterai venir, J> ta vue sera pour moi connue riieibe » tendre à Tigneau alLime. Ne laide pas » à nous i( joiudie; si je ne te voyais pas » veiur, je ci'oirais (fue les infidèles ont

V attente à ta vie, et )o reviendrais raou- » rir avec loi. — Geiiëi eux Issachar , re- » p' iî-el!e en lui tend.mf les bras , qui » suis-je pour mëriler nu pareil sacrifice? i> Non , (juoi q i'il ui'arrive , je t'ordonne

V de .icjoiiidre les fi èi es ei tle respecter » les jours, ils appartienueut nu Seigr)eur. » — Adieu , adieu , s'ëcria-i-il de loin en » !>'agenoi»illant devant Puliah , adieu , ma » bien-aimée, mou â;ne ne te Cjuille pas, » elle reste attachée aux lieux où tu es; » et si rEtérnel entend ces vœux, il veil- » lera bien plus à ton salut qu'au mien. »

Raiiab auiait voulu répondre , mais la douleur alFaiblissait sa voix dont le son mourant ne Happait plus que le vague d.y airs; car Issaciiar, euhaî»ié par Ho-

rr.m , dont rcffioi precipilait la marrlie , était déjà loin dans la plaine. Quelque temps elle le dislingue encore ; bientôt rol)scmilë le dérobe a sa vue , et ses regards inquiets se perdent dans la vaste nuit. Elle retient son haleine , elle prêle une oreille attentive aux pas des deux Israélites, qui retentissent sourdement dans le silence, peu à peu décroissent, se confondent avec le bruit de Tair , et se perdent enfin tout-à-fait. Mais lors mêrae qu'elle a cesse d'entendre, elle e'coute encore; et si le vent, en s'elevant, agile dans le lointain les flots du Jourdain , eperdtje , il lui semijle qu'elle a reconnu les gemissemens de son bien-aime' que les soldats du roi surprennent et arrêtent. « O » Eternel! s'écrie-t-elle la face prosternée » contre terre , et la poitrine oppressée » de sanglots , sauve l'ami de Raliab ; que » mes membres sanglans soient decbiie's » par Tinfidèle , mais qu'Issacbar soit en » sûreté'. Hélas ! il fuit , et mon bonheur » s'éloigne avec lui. Parce que je ne le >^ vois plus , mes yeux versent des iarmf s » amères, et tout est en désordie au de-

V dans de moi. Ah ! qu'il puisse trouver » sur sa roule des fruits pour saiisfaire » sa faim , une fontaine pour ëlancUer sa » soif, et au pted des cèdres un £»azon » frais pour favoriser son sommeil ! Puis- » sant Dieu d'Israël! que tous tes bienfaits » tombent sur lui ! donne-moi toutes ses » peines , et donne-lui tous mes plaisirs , » car je l'aime plus que le ramier n'aime » la jeune couvée qu'il re'chaulfe de ses ai- » les et de son amour. »

Tels étaient les vœux et les sentimens de la jeune Ganane'enne, qui se laisse asservir par de terrestres désirs , sans chercher à les reprimer, car elle ne sait point encore que le culte du Seigneur demande un cœur plus e'pure', dans lequel l'amour de l'homme ne balance point celui du Créateur. Mais, au sein d'une nation idolâlre, c'était encore beaucoup que d'avoir su s'élever à la connaissance du vrai Dieu , de se de'vouer avec joie et résignation au salut d'Israël , et de sacrifier une passion naissante à la sûreté de ses parens. Aussi L- l'Euruci la regai Ju-til avec complaisance,

et du plus haut des cieux où il réside dans un océan de liimièrc dont le soleil du monde n'est tju'iine faible élincelle , il dit aux archani»es qui l'entouraient dans un respectueux silence , en le couvrant de leurs ailes resplendissantes : « En vérité, voici » celle que j\'lèverai au-dessus de toutes » les filles d'Israël , car elle m'a connu et » m'a invoque dans sa détresse ; aussi je » me suis approche' d'elle , et je bénirai son » hymen et les fruits de son hymen qui » donneront des rois à mon peuple et un » sauveur au monde (i). »

(i) De l'hymen de R;»hab nacjuii une tiiledu ménae nom qu'elle, qui épousa Saioraon , fils dc^Saasson, et qui donna le jour à Booz, père d Obed \ Obed le fut de Jesscj ou d I> .ïe , et celui-ci eut pour fils le grand Djvid, premier roi d''Israël, de la Iribu de Juda , duquel descend, selon la chair, le Messie, fils de Dieu et médiateur de la nouvt-lle nlliance. ( Histoire du peuple de Dieu, t. -> > p- 4^- )

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