LIVRE PRExMIER
JjÉNr soit le Dieu d'Israël! si sa colère est terrible au méchant endurci , sa miséricorde est infinie pour le pêcheur repentant. Humilions nos fronts devant lui , et il tournera son visage vers nous ; pleurons sur nos pèches, et il nous en lavera; demandons grâce , et nous l'obtiendrons : pour tous les bienfaits qu'il nous prodigue, il ne demande que noire amour, et n'est-ce pas un bienfait de plu-?
Oh ! Louons le saint nom de TEternel 1 que la création entière s'émeuve à sa parole , s'émerveille de sa puissance , adore sa bonlé, s'élève vers lui, le bénisse et s'écrie : C'est par lui que je mit.
Mais du sein de ce concert universel de louanges, que Thomme , ce triste enfant du pèche, élève surtout la voix pour glorifier la clémence adorable qui ne demande qu^uu repentir sincère pour effacer des années d'erreurs. Ah 1 rpie le plus criminel des enfans de Belial crie vers le Seigneur, avec un cœur contrit, en disant : J' ai péché ; aussiiôl ses crimes lui seront remis, et l'Eternel , lui ouvrant les bras, lui dira : <x Tu m'appelles, me voici; » mon fils, mon fils, pourquoi m'avais-lu i) abandonné? »
O murs de Jéricho! vous, témoins dans ces temps reculés qui touchent presqu'à la naissance du monde , des merveilles inouies dont le souvenir se prolongera jusque dans les années éternelles, dites comment , à la vue de Josué conduisant la sainte arche , vos orgueilleux et formidables remparts s'ébranlant tout à coup, croulèrent avec f»acas, et par leur terrible chute portèrent l'effroi dans l'àme des pervers , en leur annonçant qu'un même sort les allendail ; comment
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du sein de cette de'solation géne'rale , le ToLit-Puissant , miséricordieux jusque dans ses plus justes vengeances , fit briller la lumière de vérité en éclairant la jeune Raliab aux yeux des fils de Canaan ; comment ceux-ci, au lieu d'être touchés de son exemple, voulurent la mettre à mort, et par leur endurcissement appelèrent enfin sur leurs lêtes l'efîrayant analhème dont l'Eternel ne frappa jamais ses enfans qu'à
regret.
Israël en deuil, campé dans les plaines de Moab , pleurait depuis trente jours son chef et son législateur, Moyse n'était plus, Josué l'avait remplacé ; Josué , moins éloquent , moins sublime peut-être , mais aussi soumise à son Dieu , et plus intrépide guerrier; c'était lui que TEteritel avait choisi pour conduire les llébre;jx dans la terre de Canaan. Un jour qu'il priait sur l(s hauts lieux, Dieu se comn^uniqua à luj , et ]ui révéla sa volonté en ces termes : <î J'ai juré à Abraharn , a Isaac et à >^ Jacob de donner a leurs descendans le » riche pays qu'occupent encore les fils de
» Canann ; il est temps de remplir ma pro- » messe; marche contre les infidèles à la » tête de tout Israël, traverse le Jourdain; » et toule la terre où tu imprimeras les » pieds, je te la donne, depuis le désert
V au midi , jusqu'au Liban au septentrion , y et depuis TEuplirale à Torienf , jusqu'à
V la -grande mer à l'occident. Celle vaste 5t> étendue de pays sera soumise à la domi- » nation des Hébreux, tant qu'ils observe- » ront strictement mes lois. Toi, Josué, » mon serviteur, que j'ai e'Iu chef de ce
V peuple immense , faiii-lui méditer jour 5» et nuit mes commandemens : qu'il soit
> soumis et fidèle , et jattacheiai la vic-
> toire a ses pas. »
Dieu dit; et Josué, prosterne' la face contre terre, s'écria : « Que ta volonté y soit faite, ô Éternel! et que ton serviteur
V soit écrasé sous tes pieds comme un ver- » misscau, s'il n'exécute pas ponctuellement y tes saintes lois. » A ces mots une lumière 1 esplcndissante sortit de la nue , entoura et éblouit Jorué , et l'cfFroi s'empara de son cœur; il craignit de voir la face du i)icu viva:il, ui.,e nid morlel ne peut en-
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▼/sager sans mourir (i). Mais Dieu le rassura , disant : « Ne tremble pas , car » tu es mon serviteur bien-airae'; va, as- » semble ton peuple , et fais-lui part de me* » volonte's. » Alors la nuëe se dissipa , et Josue' , en se relevant de son humble posture , n'aperçut autour de lui qu'un cercle de terre consumé par le feu, et il délia ses souliers pour y marcher , car il connut que ce lieu était saint.
Alors il descendit de la montagne, «t quand il fut assis dans sa tente , il fit sonner la trompette sacrée, pour que tonles les tribus se rassemblassent autour de lui. A cet appel , qui annonçait que le cie! avait parlé , tout le peuple entier fut en mouvement, et parut dans ces vastes déserts comme les vagues d'une mer aglîée; chacun accourait avec empressement, interrogeait avec cuiiosité , impatient de connaître la révélation divine d'où dé-
(i) El quand Gédéon eut counu qu'il avait tu riiternel face à face , il se crut mort ; mais Dieu lui fcii : « 11 Ya bien pour toi 5 ne crains rien, tu n» y Ui^niraî pas. »
{Juges ^ ch. 6, V. 22 cl 23.)
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pendait le sort gênerai. Cependant chaque lril)u s'avance vers la tente de Josue. A leur tète parut Juda, superbe et nom' breuse, qui est en possession du premier rang depuis que le sceptre et la gloire de donner un Sauveur au monde lui ont e'ie' promis par Jacob. L'orgueilleuse Ej)hrairn la suit de près; fière de descendre de Joseph , de former une tige patriarcale , et surtout de voir dans le venë- ^ rable chef d'Israël un membre pris dans son sein. Lëvi paraît à son tour; quoique exclue dii partage des terres, elle pense que le droit réserve à elle seule de donner des prêtres au Seigneur, peut compenser tout autre avantage. Tu parais après , malheureuse Benjamin , toi qui te glorifiais d'être issue du favori de Jacob; tu ne pre'voyais pas alors qu'il naîtrait de telles aborainalions dans ton sein; que tes fières mêmes irrites contre toi, s'uniraient pour te détruire. Enfin, cliaque tribu se place en son rang ; celle de Dan vient la dernière , quoique son droit d'aînesse lui assigne la primauté sur celle de JNephlali;
mais sans doule qae destinée à donner .nux autres l'exemple de Tidolâfrie , Dieu voulut la punir d'avance de ce qu'elle serait la première à abandonner son cuite.
Josué e'tendit ses regards paternels sur ces nombreux descendans de Jacob , qui tous , les yeux fixes sur lui et le corps à demi-courbe, attendaient avec soumission qu'on leur rëvëlàt la volonté du Sei~ g'neur. Il les bënit a%ec ferveur ; et a])rè>î s'être recueilli quelques ins'ans , élevant la voix au milieu du silence que la midtitude des auditeurs rendait si imposant , il dit : « Enfans d'Israël , le Dieu des ar- » mees m'a parle, il nous commande d'al- » 1er conquérir l'bërilage que depuis long- » temps il destine à la postérité d'Abra- » Iiam ; il nous promet la victoire si noîre » foi est sincèt e et noire obéissance aveugle. » Vous alltz voir renouveler tous les mi- » racles dont nos pèi es furent témoins dans i.-,» le désert. L'Eternel lui-même raarclîera » au-devant de son peuple ; à sa voix le> >> montagnes qui ont été de tout temps :» tombciont, les loclicrs des siècles se bri*
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V seront, el les (Kmjvps lui ouvriront un » passage ; car TEiei iiel e-^l i^ranJ, il com- >> mande aux. élctiK^iis , el les chemins du » monde sont a lui. Alors il fonleia les » infidèle!» sOLis ses pieds avec indignation; » cl le IrcnriMemcnl les saisira, et ils invo-
V queront le ncdnl ; mais ils ne l'auront pas, » et nous Us verrons fuir devant nous » comme 1;» feuide desscrliee rpie Pouragan » balaie. Aiiid , ce q-ie Dieu commande , ne » laidt)ns pas à l'exécuter ; obei-sons avcu- » irlement , et il nous sonliindra dans no- » Ire sainte entreprise. Miis, avant de quili> ter les plaines de Moab pour nous i endre » au bord du Jo-rdain, taudis rpie nous » olFi irons des saoïifices au Seigneur, et y> oue tout Isiaël, soumis a un ji une ans* » tère , s'abstiendra pendant trois jours des » erabrassemcns de ses compagnes , je vais » envoyer deux vaillaus hommes à Jtiiicho, i> pour nous rendic compîe des forces de » la ville et de la disposition des habitnns. »
Josué se tut, et tout le peuple en applaudissant avec f'cclamation aux [)aroles de son chef, biûle d'aller vaincre sous
lui, cl le'moigne sa gratitude au Seigneur piir (les holocaustes sans nombre. Cependaiil lo'i-. les piernicrs de (haqiie tiiba s'assenîUlcnl en ti mulie pour savoir sur qui lombei a le diuix du gëneia! ; les faibles fuient, tlfiayës de la pëiilleuse entreprise ; I<'s forts s'appiochenf , empressés de i'obleriii-. Jo-tië nomme Hcram et Lsacbar , et !s'a}>plaudit d'un choix qu'il doit moins à sa sagesse qu'à une inspiration divine; Ho am , d'un âge min-, est ne' dans la tribu d'Ephruïm; ainsi que Josué, il fut jadis com|>lë parmi les omis de Moyse , et ëlail digne de l'êire ; Lsachar, à Taurore de la vie, voit remonter ses aïeux jusqu'à Juda ; ses traits sont majestueux, sa noire clK'veîare (loKe sur ses e'paides en boucles nombreuses, semblables aux bouqviefs de la jacinihe. Instruit des honneurs pi omis à sa poste'rilë, il espère s'en rendre plus digne aux yeux du Seigneur, en se dévouant pour le bien de ses frères. Déjà ilans les combats il s'est acquis une haute réputation le vaillance, et plus d'une fois sa beauté a fait soupiier
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les jeunes vierges d'Israël ; mais , indiiFercnl à leurs charmes , il n'a point vu encore celle qu'il désire nommer son épouse , cl il s'en étonne; car Movse lui a promis fpriiVMnl raniiee i évolue il engagerait sa loi. Cependant il part : sa tendre mère (li'sespcfree le presse entre ses bras, et ne ])CLil se lèsoudre à quitter ce premier fruit lie fecs amours ; tandis que son j)ère dont làge a blanclii les cheveux, se rappelle la 1 c-iolutiou d'Abraham, et soumis, ainsi que le saint patriarche , à la volonté du Tiès-IIaut, se prosterne la tête couverte de cendres, et suit de l'œil son fils bienairaé , sans que la douleur puisse lui arracher une larme.
riîi J>r rncMifiR livre.