‹ Claire d'AlbeChapitre 6 sur 56 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

CLAIRE d'aLBE A ÉLISE DE BIRÉ.

i^ OTs' , mon Elise, non tu ne cloutes p3« de la peine ({uc j'ai éprouvée en te quittant ; tu l'as vue , elle a c'ié telle , que M. (i'Albe proposait de me laisser avec toi , et que j'ai e'ié prêle à y consentir. Mais alors le cha» me de notre amitié n'eût»^ il pas e'ie deiruil? Auiions-iious pu être contentes d'être ensemble , en ne l'eiant pas de nous-mêmes? Aurais-tu ose j)ar- 1er de "vertu sans craindre de me faire rougir, et remplir des devoirs qui eussent été un reproche tacite pour celle qui abandonnait son époux., et séparait un père de ses enfans ? Elise , j'ai dû te quitter , et je ne puis m'en repentir ; si c'est un sacrifice , la reconnaissance de M. d'Albc m'en a dédommagée , et les sept année» que j'ai passées dans le monde depuis

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mon mariage, ne m'avaient pas obtenu a;ila il (Je confiance fie sa part , que la certitude qne je ne te préfère pas à lui ; lu le sais , cousine , de[)tiis mon union avec M. d'Albe , il n'a ele jaloux (jue de m^n amitié pour toi ; il était donc essentiel de le rassurer sur ce point, et c'est à cjiioi j'ai parfaitement léussi. Eliàe , gronde-moi si tu veux; mais, malgie' ton absence, ^e suis heureuse; oui , je suis heureuse do la satisfaction de M. d'Alb( « Enfin, me disait-il ce matin , j'ai acquis la plus entière sécurité sur votre atlacli ment; il a fallu le g-tem[)s sans doute; mais pou- "vez-vous vous en étonner , et la disproportion de nos âges ne vous leudra-tellc pas indulgente là-dessus? Vous êtes beh.; et aimable; je vous ai vue <lans le tourbillon du monde et des plaisirs , reclitrchée, ad.lée; troj) sage pour qu'on osât vous adresser des voeux, trop simple pour être flittée des hommages, votre esprit n'a point été éveillé à la cofjuellerie ni volie cor 'ira Pintéiêl, et dans tous les momcns j'ai r^couuu eu you^ le déùc

sincère de glisser daus le monde sans y être aperçue : c'était là votre première e'preuve ; avec des principes corarae les vôtres, ce n'était pas la plus difïicile. Mais bientôt je vous réunis à votre araie , ]s vous donne Pespérance de vivre avec elle , déjà vos plans sont formés , vous confondez vos enfans , le soin de les élever doi^^le de clinrme en vous en ^"cupant ensemble ; et cVsl du sein de celle jouissance que je vous arrache pour vous mener dans un pays nouveau, dans une terre éloignée; vous voilà seule , à ving -deux ars , sans autre compagnie que deux enfans en bas âge et un mari de soixante. EU bien ! je vous retrouve îa même , toujours tendre , toujours empressée; vous êtes la prcmièie à remarquer les agrémens de ce séjour; vous cherchez à jouir de ce qne je ^ous donne, pour me faire oublier ce que je vous Ole; mais le mérite unique , .inappréciable de vo!re complaisance, c'est d'èire si naturelle et si abandonnée , que j'ignore moi-même si îe lieu que je piéfère n'est pas celui qui vous plaît toujours davan-

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ta^e : c'était ma seconde e'preuve ; oprèî celle-ci , il ne m'en reste plus à ïniic. reut-êhe éinis-je ne soupçonneux, et vouî aviez dans vos charmes tout ce qu'il fallait pour accroître celle disposition; raaii heureusement pour lous deux , vous avies plus encore de vei tus que de charmes , el ma conGance est désormais iliimilce comme votre mérite. »

n Mon ami , lui ai-je rc'pondu , vos éloge* me pénètrent et me lavisscnt; ils m'assurent que vous êtes heureux , car le bonheur voit tout en beau; vous me p?ignea comme pat Lite, et mon coeur jouit de voire illusion , puisque vous m'aimc2 comme telle; mais, ai-je ajouté en souriant , ne faites pas à ce que vous nommez ma complaisance tout l'honneur de magaîté; vous n'avez pas oublié qu'Élise nous a promis de venir se joindre à nous , puisque nous n'avions pu rester avec elle, et celle espérance n'est pas pour moi le moins beau point de vue de ce séjour-ci. » En efRt, mon amie, lu ne l'oublieras pas celte promesse si nécessaire à toutes deux,

tu profileras de Ion indépendance pour ne pas laisser divisé ce que le ciel créa pour être uni; lu viendras rendre a mon coeur li plus chère portion de lui-même; nous reirouverons ces inslans si doux , et dont lexislence fui^itive a lais>e de si profondes traces dans ma mémoire; nous reprendrons ces éternelles ccnvei salions que Tamitié saviiit rendie si couile-»; nous jouirons de ce sentiment uni(jue et clier qui éteint la rivalité et eiidau.me iVmulatioîi ; enfin l'insfarit heui eux où Claire te reveri a » sera celui où i\ lui set a permis de dire pour toujours; et puisse le génie tuiélaiie qui pi t >i(l.i à noire naissance et nous fil naître au même moment, afin que nous nous aimassions davantage, mettre le sceau à ses bienfiils, en n'envoyant qu'une seule mort pour toutes deuxl

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