‹ Claire d'AlbeChapitre 7 sur 56 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

CLAIRE A ÉLISE

J'ai tort, en efT^t , mon amie, de ne t'avoir rien dit encore de l'asile qui biea»

*o CLAIRE D'ALBC.

tôt doit être le lien, et qui, d'ailleurs, mérite (jiroii le décrive ; mais que veuxtu , (juand je prends la plume , je ne puis m'occuper que de loi, et peul-êire pardonneras-lu un oubli dont mon amilic est la cause.

L'habifalion où nous sommes est silucc à quelques lieues de Tours , au milieu d'un mélange heureux de cojeaux el de plaines, dont les uns sonl couvcils de boia et de vignes , et les autres de moissons dorées et de riantes muisons ; la rivière du Cher embrasse le pays de ses rcr>iis et va se jeler dans la Loire; les bord^ du Cher, couverts de bocages et de prairies, sont rians et cliampéires ; ceux de la Loiie, plds majestueux, s'ombragent de hauts peupliers , de bois épaii el de riches guérels ; du haut d'un roc piiioresque qui domine le château, on voit ces deux ji»vières rouler leurs eaux élini."elafiles des feux du jour dans une longueur de sept a huit lieues , et se réunir en murmurant au pied du château ; (juelqae-) îles verdo3'anleà s'élèvent de leuts li(h; un grand

CLAIRE D'ALBE. ar

nombre de ruisseaux grossissent leur cours; de tous côfe's on de'couvre une vaste ctendue de terre riche de fruits, parce de fleurs, animée par les troupeaux qui paissent dans les pâturages. Le laboureur , courbé sur la charrue , les berlines roulant sur le grand chemin , les bateaux glissant sur les fleuves , elles villes, bourgi et villages surmontes de leurs clochers , déploient la plus magnifique vue que l'oa puisse imi^iner.

Le cbâieau est vaste et commode , lei batimens de'pendans de la manufactura que M. dWlbe vient d'y e'tablir , sont immenses ; je m'en suis approprié une aile, afin d'y fonder un hospice de sanlo où les ouvriers malades et les pauvret paysans des environs puissent trouver un asile; j'y ai attaché un chirurgien et deux gardes-malat^e^; et, quant à la surveillance , je me la suis réservée ; car il est peut-être plus nécessaire qu'on ne croit , de s'imposer l'obligation d'être tous les jour* utiles à ses semblables ; cela tient en haleine , et même pour faire le bien ^ nous

3a CLAIHE D'ALBE.

avons besoin souvent d'une force qui

nous j)ousse.

Tu sai> que celte vaste propn'e'lé appartient depuis long-temps à ia famille de M. d'Albe; c'e>l lu que dans sa jeunesse, il connut naon père et se lia avec lui; c'est là quVnohanlés d'une amitié' qui les avait rend;»s si heureux, ils se jurèrent (l'y venir finir leurs jours el d'y déposer leurs cendres; c'est la, enfin, ô mon Élise ! qu'est le tombeau du meilleur des pères; sous l'ombre des c\ près, et des peupliers repose son urne bacree ; un laige rtiisseaii l'entoure , el forme comme une île ou les élus seuls ont le droit d'enlrer : combien je me plais ii parler de lui avec M. d'Albe , combien nos cœurs s'entendent et se rëj)ondent sur un pareil sujet ? « Le dernier bienfait de votre père fut de m'unir à vous ( me disait mon mari) jugez combien je dois chérir sa mémoire. » Et moi, Elise, en considérant le monde, et les hommes que j'y ai connus , ne dois-je pas aussi bénir mon père de m'avoir choisi un si digne époux?

CLAIRE D'ALBE aS

Adolphe se plaît beaucoup plus ici que :hez toi; tout y est nouveau , et le mou- 'eaient continuel des ouvriers lui paraît )lus i»ai que le (éte-a-!ête des deux amies : I ne quille point son pè«e ; ceii;i-ci le gronde et lui obéit ; mais qu'importe , mand l'excès de sa complaisance rendrait on fils mulin et volontaire dans son en- "ance , ne suis-je pas sûre que ses excni- )Ies le rendront bienfaisant et juste dans a jeunesse!

Lauiene jouit point, comme son frère, le tout ce qui l'entoure , elle ne distingue que sa mère , et encore ve\jf-on lui lispuîer cet éclair d'intelligence: M. (TAlbe n'assure qu'aussitôt qu'elle a tëté , elle le me connaît pas plus que sa bonne , !l je n'ai pas voulu encore en faire l'ex- )érience , de peur de trouver qu'il n'eût aison.

M. d'Albe part demain ; il va au-de- 'ant d'un jeune parent qui arrive du Daudiine' : uni à sa mère par les liens du ang , il lui jura, à son lit de mort, de ervir de guide et de père à son lils , et tu

tan il mon mari sait tenir ses serment ; d'ailleurs il compte le mettre à la lêle de sa roanufactore) et se soulager ainsi d'une lurveiliance (ro[) fatigante pour son âge; sans ce motif, je ne sais si je verrais areo pî;iisir l'arrivée de Frédéric : dans le monds , un convive de |)liis n'est pas même une diflerence ; dans la solitude , c'est \io cvJnement.

Adieu, mon Élise; il règne ici un air àc prospérité , de mouvement et de joie qui le fera plaisir, et pour moi, je crois bien qu'il ne me manque que toi pour y •tie heureuse.

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