SCENE XI
D'HERBIN, D'ORMENIL.
d'herbin , en dehors. Que fais-tu donc?
d'ormeml. C'est la voix de d'Herbin.
Comme je vais me moquer de lui !
d'herbin , paraissant à moitié , et parlant à la cantonnade. Introduire un cabriolet à travers des plates-bandes ! — Fais le tour.
d'ormenil. Il est devenu fashionable !
d'herbin, en scène. Tiens! c'est toi, ici ! toi, d'Ormenil , mon vieil ami !
D'ORMENIL. En effet, ton vieil ami.
Nous sommes tous deux de 1754.
d'herbin. Je suis enchanté de te revoir.
d'ormenil. Encljanté !... tu n'es pas difficile !
d'iierrin. Mais qu'as-tu donc, mon ami?
Aurais-tu emporté avec toi le mal d'outremer?... Je te trouve tout... je ne sais comment...
D'ORMENIL , le toisant en riant. Eh bien ! mon ami , j'allais te dire la même chose.
d'herbin. Moi , triste , sombre , mélancolique ! oh ! que non pas ! je n'ai jamais été plus gai... C'est que tu ne fais que d'arriver; c'est que tu ne sais pas...
d'Ormenil. Je sais tout; on m'a dit le malheur qui...
d'herbin. Cette bonne madame d'Ormenil! Il est sûr que j'affrontai un grand danger ; mais j'en fus quitte pour une contusion à la tète... Le brancard...
d'ormenil, lui prenant la main. Pauvre d'Herbin , va !
d'herbin. Je te dis que ce n'est rien. La cicatrice ne paraît plus.
d'ormenil. Oui , le mal est en-dedans ; cela se voit à l'égarement de tes yeux. On ne t'aura pas saigné à temps. Il se sera fait un épanchement dans le cerveau.
d'herbin. Que diable dis-tu là?
d'ormeml, railleur. Est-ce qu'on te laisse sortir ainsi sans te faire surveiller?
ça
est-ce que tu me Mon vieil ami ,
d'hebbïn. Ah
prends pour un..
D'ORMENIL, sérieux parlons sérieusement.
d'herbin. A la bonne heure , car je veux bien mourir si je comprends rien à la singularité de ton accueil.
d'ormenil. Quel est le motif, dis-moi , qui me procure le plaisir de te voir ici , chez ma belle-sœur ?
d'herbin , suffisant et rengorgé. Dans quinze jours , au plus tard , je t'appellerai mon oncle d'Ormenil.
10 CLAIRE
d'ormenil. Tu ne tiens donc plus à ce que je t'appelle mon ami d'iierbin?
d'iierbin. L'un n'empêche pas l'autre.
d'ormenil. Décidément donc tu veux te marier ?
, mon cher d'Hersuis-je un fou, à
d'iierbin. Oui , mon cher.
d'ormenil. A ton âge ?
d'iierbin. Nous sommes de la même année , tu l'as dit.
d'oruenil. Eh bien! est-ce que je me marie, moi? Est-ce que j'en veux à une jeune personne ? Est-ce que je suis capable d'un trait pareil ?
d'iierbin. Ecoute-moi , mon cher : tu me connais bien peu si tu as supposé que, m'aveuglant sur mon âge , je me sois laissé prendre à un amour de jeune homme; non , mon ami , ma raison et mon cœur sont d'accord pour ce projet de mariage. Tu sais tout ce qui se passe dans cette famille, et il n'y aura pas indiscrétion de ma part à t'en entretenir.
d'ormenil. Que veux-tu dire?
d'herbin. Immédiatement après ton départ pour l'Angleterre , le hasard me fit rencontrer dans le monde ta belle-sœur, que j'avais beaucoup vue autrefois, du vivant de ton frère. Je fus admis dans l'intimité des réunionschoisies, même dansles petits comités de famille, sans aucun projet <te part ni d'autre. Seulement, après quelques visites , je me surpris , rentrant chez moi, le cœur triste et l'esprit occupé de ta nièce , de Claire. J'observai davantage , dans mes visites ultérieures , et je me convainquis que ta belle-sœur préfère Euphrosine à sa fille aînée, et que celle-ci se meurt de cette préférence. Dès ce jour d'image de Claire se grava dans mon cœur ; "mais elle y fut comme l'image d'une enfant dans le cœur de son père.
D'ORMENIL. ému. Mon cher d'Herbin...
d'iierbin. Les convenances me faisaient «un devoir de fermer les yeux sur ce que ije voyais , n'ayant aucun droit de contrôle, pas même de conciliation... je cherchai, je cherchai long-temps comment je pourrais venir en aide à la pauvre Claire, et je ne vis pas d'autre moyen que le mariage. Le hasard voulut que j'exposasse ma vie pour celle de Mme d'Ormenil ; et quelques jours après cet acte de courage , dont je ne me serais pas cru capable , je demandai ma récompense , la main de Claire. Mme d'Ormenil me donna son consentement... Mon ami, ta nièce est jeune, aimable, jolie, très-jolie; mais si elle n'eût pas été malheureuse, je seraisresté garçon, car cette vie-là me convient.
D'ORMENIL. Mon ami bin , que je t'embrasse.
d'debbin. Eh bien !
ton avis ?
d'ormenil. Tu es le meilleur des hommes ; mais dis-moi , si , en croyant faire le bonheur de Claire, tu aggravais ses peines?... Ecoute, mon cher ami, regardemoi : nous ne sommes pas fort séduisans...
d'debbin. Mon cher , je t'ai dit mes raisons ; si Claire n'est pas heureuse avec moi , elle ne le serait avec personne. J'ai cinquante mille livres de rente ; c'est pour elle ^toilette, bijoux, bals, spectacles, voyages , elle n'aura qu'à désirer pour tout avoir.
d'obmenil. Tout!... oh! tu ne doutes de rien, toi... Ah çà ! mais , dis-moi , puisque tu veux absolument faire une folie, si tu as le consentement de la mère , as-tu celui de la fille?
d'iierbin. Pas encore ; mais Mme d'Ormenil m'a autorisé à faire ma proposition à Claire, et c'est ce que je ferai aujourd'hui même, avant de...
d'obmenil. Et si Claire témoigne peu de dispositions?
d'debbin. Dans ce cas , mon ami , je n'insiste pas , je reste garçon. Maintenant, à ton tour : si Claire accepte ma main , puis-je compter sur ton consentement?
d'obmenil. Si elle accepte d'elle-même, sans contrainte , avec bonheur , je ne fais plus la moindre opposition.
d'iierbin. Mon ami , tu seras mon oncle.
d'ormenil Tu veux me faire peur; mais nous verrons.
d'iierbin Tiens , voici un autre neveu qui t'arrive , le futur d'Euphrosine.
Saint-Charles paraît.
D'ORMENIL , à demi-voix. Celui-ci , trèsbien. Voilà des mines de neveu , des mines de futur ; mais nous autres , nous sommes des oncles, de très-beaux oncles, mais rien que cela.