‹ Claire, ou La préférence d'une mère, drame en trois actes, en proseChapitre 31 sur 54 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

LE DOCTEUR, D'ORMENIL.

LE DOCTEUR. Mon ami, Germain vient de me dire...

d'ormenil. Pardon, mon cher docteur, si je vous ai fait prier de venir me trouver ici. Je désire avoir avec vous un entretien particulier. Depuis long- temps, depuis hier surtout, ma nièce Claire souffre et languit. Son état m'alarme ; mais il est possible que mon amitié pour elle, mon ignorance

m'exagèrent le danger de cet état; et voilà pourquoi je désire vous consulter et savoir de vous ce que je dois espérer ou craindre.

le docteur. Quand je fus appelé, il y a un an, pour donner des soins à Mme d'Ormenil, gravement malade, la santé de sa fille aînée m'inspira de vives inquiétudes. Aussi je recommandai formellement qu'elle cessât de veiller près de sa mère ; mais votre nièce ne tint pas compte de mes conseils pressans , et très-souvent, à une heure avancée de la nuit, lorsque je venais voir sa mère dans la plus forte crise de sa maladie, je trouvais toujours cette enfant près d'elle. Enfin j'ai su par Julienne que, pendant les trois mois qu'a duré la maladie de Mme d'Ormenil, sa fille, sa fille aînée, mon ami, n'a presque pas quitté le chevet du lit da sa mère.

d'ormenil. Oui, je savais...

LE docteur. Quand Mme d'Ormenil fut complètement guérie , sa fille tomba dans cet état de faiblesse et de langueur qui ne fait qu'empirer tous les jours. D'abord j'attaquai le désordre physique que la fatigue et l'insomnie avaient occasioné ; mais , depuis quelque temps , je me suis aperçu qu'une cause morale fournit des alimens à ce mal contre lequel luttent faiblement les ressources de l'art mais les

organes s'usent, s'affaiblissent... Mon ami, faut-il vous dire la vérité?

d'ormenil. Parlez , parlez ; il le faut, je dois tout savoir.

LE docteur. Totre nièce se meurt de trois causes : du mariage de sa sœur avec M. Saint-Charles qu'elle aime ; de son mariage à elle avec M. d'Herbin qu'elle n'aime pas ; et enfin la cause capitale de son état presque désespéré, c'est la préférence marquée de sa mère pour sa sœur.

d'ormenil. Et vous ne voyez aucun remède?...

le docteur. Aucun.

d'ormenil. Si je l'emmenais avec moi faire un long voyage en Suisse, en Italie?...

le docteur. Un voyage ne produirait rien. Votre nièce a une de ces âmes où les impressions restent profondément gravées.

Les moyens employés sur les âmes vulgaires pour les distraire de leur mélancolie seraient ici tout-à-fait impuissans.

Ajoutez à cela, mon ami, que la raison lui dit que son cœur n'est point ulcéré d'une chimère.

d'ormenil. Je m'engage bien à obtenir de Mme d'Ormenil que les deux mariages soient ajournés jusqu'au parfait rétablissement de Claire, et, en même temps, je di-

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