‹ Claire, ou La préférence d'une mère, drame en trois actes, en proseChapitre 34 sur 54 · EUPHROSINE, D'ORMENIL, SAINT- CHARLES · texte numérisé non relu

EUPHROSINE, D'ORMENIL, SAINT- CHARLES

euphrosine. Pourquoi ne part-on pas encore, mon oncle?

d'ormenil, se mettant en train. Pourquoi? pourquoi?

euphrosine. Ah ! mon Dieu ! vous me faites peur.

d'ormenil. C'est bien mon intention.

euphrosine. Qu'est-il arrivé?

d'oumenil, résolument. Ma nièce, et vous, monsieur, répondez-moi avec franchise, sans réticence, sans aucun de ces ménagcinens hypocrites dont on se sert dans le monde ou au théâtre pour faire passer une situation difficile. Faites comme moi. (Très-fort.) Ma nièce, si ta sœur voyait avec un profond chagrin ton mariage avec M. Saint-Charles?..

saint-Charles. Que voulez-vous dire?

d'ormenil. Si monsieur Charles et Claire avaient conçu l'un pour l'autre...

saIxNT-charles. Quoi ! Claire...?

euphrosine. Quoi ! monsieur Saint- Charles ?..

d'ormenil, très-fort. Ta sœur est perdue si monsieur Saint-Charles est ton mari.

SAINT-CHARLES, sans réflexion. Moi aussi, monsieur.

Il s'excuse par geste.

d'ormenil. Très-bien. J'aime cette franchise.

EUPHROSINE, à Saint-Charles. Comment ! vous aussi vous êtes perdu si vous m'épousez ?

d'ormenil. Ma nièce, ma bonne Euphrosine, ouvre-moi ton cœur. Tu n'aimes pas monsieur Saint-Charles, n'est-il pas vrai ?

EUPHROSINE. Après le compliment qu'il vient de me faire...

d'ormenil. Tu as bien raison. Ainsi tu ne l'aimes pas?

euphrosine. Non, mon oncle; et monsieur sait bien ce que je lui ai dit il y quelques jours.

D'ORMENIL, à Saint-Charles. Charny*te enfant! elle ne vous aime pas , tVe ne

CLAIRE

peut pas vous souffrir. {A Euphrosine.) Sois tranquille, tu ne te marieras pas avec lui. Je te trouverai mieux que cela. {A Saint-

Charles.) C'est-à-dire non pardon...

pardon. {A Euphrosine.) Je sais que tu aimes l'haDit militaire; je t'en ferai épouser un. \

EUPHROSINE. Un habit militaire?

d'ormenil. Un jeune homme qui le porte à ravir , un officier de lanciers , mon cousin, vingt-cinq ans, pianiste, romantique, pacifique; un jeune homme charmant.

EUPHROSINE. Puisque vous me parlez ainsi, mon oncle, je déclare que j'épousais monsieur Saint-Charles parce que ce mariage convenait à manière , parce que la famille de monsieur est très-honorable, voilà tout; mais pour de l'amour...

SAINT-CHARLES. C'est comme moi, mademoiselle. \

euphrosine. Il suffit, du reste, que ma bonne sœur soit heureuse de cette rupture pour que je m'empresse de la demander.

d'ormenil, vivement. Non, non, pas encore. C'est un ajournement qu'il faut demander. S'il était question d'une rupture, ta mère peut-être s'emporterait, et Claire. .. gagnons du temps, c'est tout ce que je

«veux. \

euphrosine. C'est bien mon oncle.

d'ormenil. Quant à d'Herbin...

saint-Charles. M. d'Herbin? oh I je me charge de lui parler. . . de lui dire. . .

d'ormenil. Vous êtes tous deux bien aimables ; ne pas s'aimer, comme c'est rangé !.. 11 faut que je vous embrasse.

saint-Charles. Oh! de grand cœur!

euphrosine. Maintenant je vais joindre ma sœur au jardin.

d'ortuenil. Et moi je vais aller trouver ta mère et je ne lui demanderai que ce qu'il faut obtenir pour le moment. {A Saint-Charles.) Vous, monsieur, chargezvous de M. d'Herbin.

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