SCENE XII
D'ORMENIL, LE DOCTEUR.
Ils viennent du jardin.
mon ami, mam-
d'ormenil. Eh bien!
tenant que Claire n'est plus là, que nous sommes seuls , dites-moi si vous avez tronvé... ?
le docteur. Hélas! non, et je ne viens que pour vous engager à faire l'essai d'un Voyage et pour vous laisser par écrit quelques prescriptions.
Il se met devant la table et prend une plume.
D'ORMENiL^Et vous n'espérez pas?...
LE docteur. Ce qu'il faudrait, ce serait guérir la blessure faite à un amour-propre légitime , à un sentiment naturel de susceptibilité, et, je vous le repète avec douleur, je ne vois rien, je ne trouve rien.
d'Ormenil. Elle qui me tenait lieu d'enT fant — elle que j'aime plus que tout ? monde... ah S je vous le dis, si elle v; à... c'est fait de moi... je ne lui survivra PaS*
LE DOCTEUR. Allons, allons, df coU" rage... j'ai dû vous dire la veV*e *°u entière. C'était le seul moyen 'd'éveiller
CLAIRE
votre sollicitude et de vous mettre sur la voie de trouver quelque...
d'ormenil. Et que voulez-vous que j'imagine, lorsque vous-même, un savant...
LE docteur. La science est bien stérile!
d'ormeml. Moi qui aurais été si heureux de la voir heureuse ; moi qui ne me suis pas marié exprès pour elle... Ali I malédiction ! La voir ainsi mourir sans secours, sans... Ah! pourquoi faut-il que cette femme soit sa mère !
LE DOCTEUR, cessant d'écrire et regardant d'Ormenil. Que dit!» Ç0 U j-
d'ormenil. Oui , mon ami , Claire ne serait pas dans cet état désespéré si elle était tout-à-fait orpheline ; car alors j'aurais seul des droits sur elle ; c'est à moi seul qu'elle demanderait de l'amour, et vous savez. . . vous savez si je l'aime !
LE DOCTEUR, se levant brusquement.
Quelle idée! mon ami , mon cher d'Ormenil , si l'on parvenait Oui , cela est facile... Les circonstances qui ont accompagné la naissance de Claire ont fait croire à beaucoup de personnes... et vous savez qu'avant d'avoir été détrompé par vous, je je l'ai cru moi-même... Oui , oui , et plutôt que de la laisser mourir —
d'ormeml. Cher docteur !
LE docteur. Et ce moyen , ce n'est pas la science , c'est votre désespoir qui me l'a inspiré.
d'ormeml, lui saisissant la main avec transport. Ah !
LE DOCTEUR. Ecoutez-moi bien.
d'ormeml. Oh ! je vous écoute
LE DOCTEUR , articulant bien. C'est dans les premiers jours de 93 , n'est-il pas vrai , que madame d'Ormenil yk cette époque jeune orpheline, par suite des désordres de ce temps-là, se trouva tout-à-coup seule, ses protecteurs ayant passé la frontière ou gémissant dans les prisons?
d'ormeml. Oui, oui.
le docteur. Ce fut alors , n'est-ce pas, que votre frère, poursuivi lui-même , au lieu de fuir, resta caché en France, et bravantles dangers qui menaçaient sa tête, prit sous sa protection la jeune orpheline qu'il aimait ?
d'ormeml. Oui , ah ! c'était un homme de cœur.
le docteur. Et pour que la jeune fille ût accepter sa protection sans honte et ^s crainte , il l'épousa?
L7RMi:\iL. Oui ; mais la publicité du mar/(-,,o c-|y-j cut ^ découvrir sa retraite.
Alors la cl,gi0n seule consacra leur union, e* un prêtre en secret...
le docteur. C'est bien.
d'ormeml. Avant la fin de 93 , madame d'Ormenil avait donné le jour à Claire.
le docteur. Ils furent obligés de se séparer ?
d'ormeml. Oui: un traître avaitdénoncé mon frère... son asile fut brusquement envahi... il n'eut que le temps de confier sa femme malade à un ami dévoué. Quant à lui, il prit sa fille, se réfugia dans un village, la recommanda aux soins de cette bonne Julienne, et, sa trace étant suivie, il fut obligé de chercher une retraite chez l'étranger et de vivre loin de son enfant et de safemme.
LE docteur. Et ce ne fut , n'est-ce pas, que trois ans après cette séparation qu'ils furent réunis tous les trois, et qu'un officier de l'état civil ajouta la sanction légale à la bénédiction du prêtre, et consacra les droits de Claire comme fille de votre frère et de mademoiselle de Montréal ?
d'Ormenil. Oui , c'est bien cela.
LE DOCTEUR. Et Claire, votre nièce, connaît cette histoire?
d'ormeml. Je la lui ai racontée plusieurs fois.
le docteur, vivement. Eh bien ! mon ami , dans un cas comme celui-ci , où il y va de la vie de votre nièce , vous ne devez pas hésiter à lui faire un pieux mensonge , quitte à la désabuser plus tard, quand d'autres affections lui auront fait oublier... Dites-lui donc que son père , avant d'épouser mademoiselle de Montréal, avait aimé
d'ormeml. C'est bien, je vous comprends.
le DOCTEUR, rapidement. Du reste, voyez, interrogez-la d'abord. Proposez - lui un voyage pour la distraire, promettez-lui même que plus tard Saint-Charles sera son époux. Si vous la voyez heureuse de cette proposition et de entte espérance , ajournez l'emploi du moyen que je viens de vous indiquer. Si, au contraire, vous la trouvez toujours préoccupée de la fatale idée qui la tue , ne balancez pas !
d'ormenil, rapidement. Et vous pensez qu'alors elle est sauvée?
le docteur. Sauvée.
d'ormenil. Ah! docteur, comptez sur mon éternelle reconnaissance.
SCEÎNEXI11.
D'ORMENIL, seul.
Oui, oui, il a raison... En disant à Claire de ne confier à personne ce prétendu secret