ACTE II, SCENE XIV
d'ormenil. Oui. . . Je le crois du moins. . . Il a aimé, tendrement aimé sa nièce.
claire. Ah ! il a donc fait comme vous, mon oncle ?
d'ormenil. Et jusqu'au dernier soupir il veillera sur la fille aînée de son frère.
claire. Elle vit encore?
d'ormenil, trh-ému. Oui, elle vit encore... mais elle veut mourir.
claire. O ciel!
d'ormenil. Claire, m'as-tu compris?
claire. Est-il possible !
d'ormenil. J'avais juré de ne révéler ce secret à personne. . .
claire. Quoi ! cette malheureuse enfant...?
d'ormenil. C'est toi.
claire. Et Mmc d'Ormenil...
d'ormenil. Elle n'est que ta mère adoptive.
Claire, tombant à genoux. Ah! merci, merci, mon Dieu!
d'ormenil. Mais de la discrétion, Claire, c'est le serment que j'ai fait à ton père.
claire. Oh! j'explique tout maintenant , et c'est moi qui ai été injuste sans le savoir. Oh ! oui, je n'avais pas droit à lui inspirer autant d'amour qu'Euphrosine, que sa fille Elle n'est que ma protectrice, et à ce titre elle a plus fait pour moi qu'aucune autre femme n'eût fait. Oh ! je veux, je dois lui demander pardon de mon exigence et du chagrin que j'ai dû lui donner.
d'ormenil. Non, ma fille, ne lui parle de rien, ce serait lui dire que j'ai été parjure à mon serment , et elle me l'a entendu prêter entre les mains de ton père.
claire , épanouie. Oh ! mon Dieu ! si vous saviez... Je souffre moins. (Avec pas-
sion.) Et dites-moi , ma mère , parlez-moi de ma mère , de ma véritable mère , de celle qui m'a aimée.
d'ormenil, à part, pleurant. Oh ! maintenant j'espère. (Haut,) Ta mère?
CLAIRE. Oh! que je l'aurais chérie, mon Dieu, si je l'avais connue , si le ciel me l'eût conservée... Oh ! parlez-moi, parlezmoi d'elle ; dites-moi comment était ma mère.
D'ORMENIL , lui donnant le portrait d'une sœur à lui. Tiens , vois , elle avait alors l'âge que tu as aujourd'hui.
CLAIRE , baisant le portrait avec transport. Oh ! ma mère , ma mère ! oui, c'est ma mère... N'est-ce pas que je lui ressemble?
d'ormenil. Oui, ma fille. (A part,) Oh! elle est sauvée, elle est sauvée! (Haut.) Et maintenant , ma fille, tu consens, n'est-ce pas, à ce voyage?..
claire. Oui , mon oncle , mon père , cela me fera du bien... Vous me raconterez encore... vous me parlerez d'elle, toujours d'elle.
d'ormenil. Et toi , Claire , pas un mot de ce que je t'ai dit à qui que ce soit.
Claire. Je le promets.
d'ormenil. Viens, viens, ma fille; allons hâter les apprêts de notre voyage. Nous partirons ce soir.
claire. Oui, mon oncle, oui, mon oncle, ce soir, le plus tôt possible.
d'ormenil, à part. Je suis sûr que Dieu me pardonnera mon mensonge. (Haut.) Allons, allons.
Claire , montrant le portrait, O mon oncle, je suis heureuse, j'ai une mère
f IH DU SECOND ACTK.
CLAIRE
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