‹ Claire, ou La préférence d'une mère, drame en trois actes, en proseChapitre 50 sur 54 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

M™ D'ORMENIL, CLAIRE.

Mme d'Ormenil, à part. Euphrosine ne veut pas épouser Saint-Charles, elle ne l'aime pas, dit- elle... et M. d'Herbin, qui a si vivement sollicité la main de Claire, vient de médire... (Haut.) Eh bien! ma fille, comment te trouves-tu?

Claire, mettant le portrait dans son sein. Bien, très-bien, je vous assure.

Mme d'Ormenil. En effet, tu n'es pas aussi pâle, aussi abattue... j'ai consenti à la demande de ton oncle; vous allez faire un voyage ensemble, cela rétablira toutà-fait ta santé.

claire. Oui, oui, je l'espère.

Mme d'ormjsnil. J'ai donné des ordres

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pour que tu puisses partir aujourd'hui même ; ton oncle n'a pas voulu attendre jusqu'à demain, et M. Bénard est de son avis ; c'est aussi le mien, parce qu'il me tarde de te revoir bien portante.

claire. Que vous êtes bonne!

Mme d'ormenil. Es-tu heureuse de faire ce voyage?

claire, émue. Oh ! oui, heureuse ; mais avant de partir, j'ai besoin de vous parler, car je vais m'éloigner pour long- temps.,., pour toujours.

Mme d'ormenil. Pour toujours!

claire. Oui, c'est mon projet, c'estmon devoir, et mon oncle y consentira... c'est une réparation tardive que je vous dois pour toutes les peines, tous les chagrins, tous les sacrifices que je vous ai causés, pour toutes les calomnies que j'ai attirées sur vous.

Mme d'ormenil, étonnée. Que veux-tu dire, ma fille ?

Claire. Oh! croyez bien que si j'avais su... si on m'avait dit... oh ! que vous avez dû être malheureuse de mes exigences si peu légitimes... une autre, à votre place, m'aurait haie peut-être, m'aurait repoussée de sa maison, de peur que je ne lui dérobasse un peu de l'affection qu'une mère doit toute à sa fille... et vous m'avez accueillie ; vous m'avez traitée avec douceur ; vous m'avez appelée à tous vos plaisirs, à toutes vos fêtes ; et j'aurais dû être heureuse et reconnaissante, sans mon injuste prétention de vouloir l'égal partage de votre cœur entre Euphrosine et moi.

Mme d'ormenil. Je ne comprends pas....

claire. Il est juste que je m'éloigne.... queje laisse Euphrosine recevoir tous vos soins, toutes vos caresses. . . j'ai usurpé ici tout ce que vous avez fait pour moi, lorsqu'on aurait pu m'y traiter comme une étrangère.

Mme d'ormenil. Une étrangère!..

claire. Aujourd'hui, je sais tout, et la reconnaissance dans mon cœur a fait place aux secrets reproches.

Mme d'ormenil. Que veut dire ceci?

CLAIRE. Je vous demande un pardon que vous ne me refuserez pas... mettez le comble à mon bonheur; car je suis si heureuse déjà de ne plus sentir dans mon cœur ni amertume, ni dépit...

Mme d'ormenil. Que veux-tu que je te pardonne ?

claire. Mon ignorance, madame, ci mon injustice ne vient que de là.

Mme D'ORMENIL, tremblante. Madan pourquoi ne m'appelles-tu plus. .. ?

Jv:"e p^xelles Arch, WioeStaa Brisai

CLAIRE

CLAIRE. Parce que je sais...

Mme d'ormenil. Tu sais?..

claire. Que vous n'êtes pas nia mère.

Mrae d'ormenil. Ah! ce mot est affreux! claire. Madame...

Mrae d'ormenil. Ta mère! appelle-moi ta mère !

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