SCÈNE II
Les mêmes, JEANNETTE.
JEANNETTE
Le tapissier de mademoiselle Clairon !
clairon”.
Je parlais de liberté, vous voyez que je n’en ai pas môme ici. Qu’il attende.
JEANNETTE
Madame, j’avais aussi à vous annoncer M. le marquis d’Amberville, et à vous remettre ce billet de la part de M. le marquis de Brian*.
LE CHEVALIER
Hein !... qu’cst-ce que tous ces marquis-là?
CLAIRON
Il ne vous manquait plus que d’être jaloux.
LE CHEVALIER
Mais enfin, ces marquis?,..
CLAIRON
L’un, M. le marquis de Briant, est un jeune fou que je n’ai jamais reçu et qui m’accable de ses billets galants.
LE CHEVALIER
N’est-ce pas lui qui poursuivait cette pauvre Lucrèce avant son mariage ?
CLAIRON
Précisément! sa réputation méfait peur.
Et l’autre, M. le marquis d’Amberville, celui qu’on vient de vous annoncer, qu’est-ce que c’est que ça?
clairon.
Il m’a écrit pour m'exprimer son admiration et pour me demander la permission de me présenter ses hommages; c’est sans doute quelque vieil amateur, un de ceux que nous appelons familièrement nos banquettes; je le vois d’ici, perruque
* Clairon, le chevalier.
Jeannette, Clairon, le chevalier.
de président, canne à bec de corbin, un Gérontc doublé de Vadius et de Trissotin.
LE CHEVALIER
Et vous allez le recevoir ?
CLAIRON
Mon ami, le salon d’une actrice appartient un peu au public; voulez- vous que je me brouille avec mon parterre?
LE CHEVALIER
Mais votre réputation?
CLAIRON
Mais ma gloire?
Vous me faites trembler, Clairon.
CLAIRON
Vous me faites rire, chevalier; ayez confiance et laisscz-moi recevoir le marquis. Jeannette, dis à mon tapissier de prendre patience, j’ai à lui parler de mon nouvel ameublement, et prie M. le marquis d’Amberville de m’attendre dans ce salon ; vous, mon ami, suivez-moi, vous sortirez par le petit escalier, l’escalier de l’amitié.
LE CHEVALIER
Clairon!...
CLAIRON
Chevalier?...
LE CHEVALIER
Est-il bien loin de celui de l’amour?
CLAIRON
Ils Sont mitoyens, chevalier, (ils sortent par la droite.)