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Clairières dans le ciel, 1902-1906

Note. — Les poèmes En Dieu et L'Eglise habillée de feuille sont des plus récents. Ils ont été écrits après mon retour au catholicisme, l'un en 1906, l'autre en igoô. — F. J.

A Edmond Pilon.

D )iice année à venir de la Vie éternelle : Primevères qui ne vous fanerez plus.. . Ailes d'oiseau jamais fermées... Iris... Et g-aies ombrelles.

Gaies ombrelles d'enfants, et rires d'un Jeudi

qui ne finira plus... Silence de Midi...

Joie calme qui s'étend aux champs du Paradis...

J'ai faim de toi, ô Joie sans ombre ! faim de Dieu. Lorsque je serai mort, fermez-moi bien les yeux pour qu'au dedans je voie enfin s'ouvrir les Gieux.

Absence de tout mal... O jour d'un Jour doré! où, sans nuit à son âme, on verra s'étaler les ailes de métal de l'azur sur les blés.

Je veux voir, car je suis plong-é dans ce mensonge qu'est la vie qui n'est pas la Vie. Que Dieu nme plonge dans Ce Qui Est, Pleurez, ma chercheuse d'oronges.

Mon amie dont la voix perçait le cœur des bois :

si douce qu'elle fût, il me faut une voix,

plus douce, et une Amour plus douce encor que toi..

Choses, je ne vous ai pas vues encore... Roses, comment donc êtes-vous au Ciel où est éclose la Rose de mon Dieu où mon Dieu se repose ?

Voir un Jour dans le Ciel ceci : cette maison d'où je reviens et où tu fus. C'est la saison de la neige, après-midi d'Annonciation.

Chère Eugénie, sur cette neige il y avait des empreintes de pieds d'oiseau, et j'ai posé mes pas sur ces pas délicatement tracés.

0 toi qui vois du Ciel comment ces choses sont : que je puisse les voir plus tard à l'unisson de ton cœur, en l'Eté des Résurrections 1

... Sont-ce des colibris verts là où Tlndienne

— ta belle-sœur — et ses amies rient sous les chênes, vers le ruisseau ? O pauvres rideaux d'indienne !

Salut, g-rande âme, ô sœur au front droit comme Dieu, amère et sainte! Réponds-moi du haut des cieux? Que vois- tu que je n'aperçoive en ces doux lieux ?

Cette eau est plus courante encor que dans la vie, l'eau aux yeux bleus comme toi-même. Et la prairie majestueuse ne s'éteint plus. Il est Midi.

Et le brasier de l'herbe en fleurs chante en dormant. Et les lourds papillons du nouveau Firmament vont et viennent à la lueur du Tout-Puissant.

Annonciation de Tâme en ce Dimanche...

— Mon frère, que vois-tu ? — Je vois les fumées blanche? que font à l'horizon les chemins qui serpentent.

— Que vois -tu ? Que vois-tu ? — Cette tapisserie où ma prière et ma pensée anéantie

se brisaient, cette tapisserie si flétrie...

cette tapisserie de ta chambre glacée,

cette tapisserie humide où finissait

le monde — ainsi pour moi! — alors que tu vivais..

Gomment la vois-tu dans cette chambrette austère où ta désolation grande comme la Terre s'épandait ardemment en muettes prières ?

C'est donc là que tu as appelé mon Dieu,

avec des mots si purs qu'ils formèrent ce creux

où le croyant qui meurt entre enfin dans les Gieux ?

Cayla! Gayla 1 Les jeunes filles vagabondes sont venues. Elles ont noué leurs tresses blondes aux tresses qu'en courant le soleil fait à l'onde...

Le chat noir, quel est-il dans la noire cuisine? La giroflée sanglante au perron en ruine comment est-elle donc dans la Gité divine?

L'enclos est éternel, le bosquet éternel,

Maurice est éternel, le salon solennel

est éternel... Ma sœur, vois-moi du haut du Ciel?

Ton misérable lit de servante du Ciel,

je sais que je ne l'ai pas vu tel qu'il est, tel

qu'en ce jour d'Annonciation Gabriel

le jonchait de perce-neig-e. Car il est dit,

car il est dit, ô vierg-e amère, à l'introït :

« Des chœurs de vierges près du Roi sont introduits.

Béatitude, haies de roses, Juins dorés, baumes, sombres verdeurs des torrides forêts, l'Amour vous frappera de son éternité .

De même que tandis qu'à l'autel villag-eois le Sacrifice a lieu, il a lieu à la fois sur l'Autel élevé par la divine Joie :

de même notre vie qui se passe sur Terre passe dans l'Infini par le même Mystère, préparée par chacun, à jamais sombre ou claire.

Les cieux d'Avril veinés comme une ag-ate bleue par les branches à nu des platanes rug"ueux éclateront laissant enfin voir les vrais Cieux.

l4 V CLAlRlERKS DANS Mi CIEL

Rentrer en soi, à la Face du Dieu vivant,

telle est la Loi. Rien n'est omis, ni le Printemps,

papillon bleu emprisonné par des enfants,

ni le baiser lég-er d'une enfant scrupuleuse,

ni la plaie de mon cœur, ni la jacinthe heureuse

qui roug-it au parfum d'une g"org-e peureuse.

Triple cri de la haute alouette enrouée, jacassoments dans les sapins, qui éveilliez de blonds sommeils épanouis sur l'oreiller...

Que seront, que seront ces rires et ces cris, quand Dieu, levant le store bleu de l'Infini, illuminera tous ces nids et tous ces lits?

Tout ce que l'on peut voir, il faut que l'on le voie, que l'on entende aussi parler toutes les voix, et que l'on touche et que l'on sente les lilas

qui, dans le parc, au seuil de cet autre Univers, fondent à ce Soleil le feu de leurs cœurs clairs, ô Gajla! leurs cœurs plus transparents que l'air...

Je vous reporterai, ô choses du Passé à qui ma poésie prêta tant de beauté, je vous reporterai où il faut que vous soyez 1

Je vous reporterai au Futur où vous êtes.

Je me trompais quand je pensais, fraîches coudro'te

qu'aucun vers ne log-eait au creux de vos noisettes

Ce que j'imag'inais dans sa suprême essence, ce dont je fai.'^^ais une ancienne romance, c'étaient les visions du Ciel qui nous devancent :

0 jambes nues dans l'eau tiédie par le solstice! O robes chastement serrées entre les cuisses ! 0 racine où se réfugient les écrevisses I

Vous vivez de votre splendeur spirituelle, vous existez encor, vous êtes encor réelles, vous existez, car la beauté est immortelle.

Eugénie, Eugénie, tu me parles tout bas. Nous savons que sur la terrasse où tu rêvas, tu revis. Mais, hélas! nous ne te voyons pas.

Mais l'ang-e familier des choses invisibles,

mais les saints voient encor sur ton chapeau flexible

les iris qui l'ornaient renaître incorruptibles.

Eug-énie, c'est au mois de Mai que vous mourûtes, au blanc mois de Marie. Ou entendait la flûte d'un enfant se mêler au bruit d'eau de la chute.

Et pais tout fut. Eugénie, vous vous en allâtes.

On entendit glisser à peine les savates

de la servante. Et le chien mit entre ses pattes

son museau plein de terre. Et Dieu vous accueillit. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Votre ang-e vous avait suivie.

Dans l'ineffable ardeur de l'Amour spirituel, il était à g-enoux, offrant à l'Éternel cinq ou six g-iroflées du perron paternel.

Et Dieu, dans la simplicité de sa grandeur, prenait, ô Eug-énie ! ces misérables fleurs qui rayonnaient alors d'être dans sa Lueur.

Et, dans le plus profond de votre âme éclairée, amie qui m'entendez, à jamais s'étendait Téquateur des Pays de la Sérénité.

... La flûte d'aulne frais qui mêlait son soupir au vôtre, à ce moment où vous alliez mourir, chantait encor sans que semblât que dût finir

cette humble pastorale enfin divinisée.

Et vers les véritables prés ce chant montait,

calme. Et calme, l'Ag-neau de Dieu là reposait...

Cependant que, le long- du ruisseau, la Colombe se promenait, ardente, et couvrait de son ombre, en passant devant lui, le Lys miré par l'onde.

Que g-rande et douce fut votre béatitude, quand vous revîtes, mais exempt de décrépitude, l'arbre sous qui vous vous asseyiez d'habitude,

Maurice et vous, afin de mieux croire et rêver I Maurice, il était là. Vous êtes arrivée. Il a ouvert les bras. Il vous a dit : Ave !

l8 CLAIRIÈRES DANS LE CIEL

Vous VOUS êtes assis tous deux comme autrefois, comme attendant encor cette heure dji repas qu'indiquaient les constellations sur les bois.

Eug-énie, « dans ce Ciel qui ne passera pas^ » (c'est vous qui, une nuit, écrivîtes cela), avez-vous prié Dieu pour le ciel du Gayla ?

. . . Orion s'élevait, uni à la cadence

des mondes et planant dans le mortel silence

où l'âme, déployant ses ailes, se balance.

Je viens à vous, ô morts ! Vers vous va ma prière. Mon Dieu aux pieds blessés entre dans ma chaumière. Comment le recevoir ? Je suis dans la misère.

C'est lui que vous voyiez jadis au Gayla, lorsque le voyageur sous la modeste Croix s'agenouillait au carrefour blanc qui poudroie.

O Eugénie, ô Maurice, vous êtes là !

La matinée mouillée est lourde de lilas.

Que ne suis-je aVec vous dans cet autre Gayia î

ïQ

O mon âme, mon âme, ô mon âme liée

à mon Dieu, entends-tu parmi les peupliers

du Ciel les rossig-nols aux chants multipliés ?

Que je sois avec vous, puisque vous me parlez, puisque mon Dieu en moi vibre comme le blé aux respirations des siestes de l'Été.

Je t'aime, Esprit ! Mon âme est celle du Cantique.

Elle est ta fiancée gracieuse et rustique,

sous les poiriers de la Saint-Jean mélancoliques.

Qu'elle aille donc entre Maurice et Eug-énie ! Qu'elle aille à Toi avec les fleurs qu'elle a cueillies au Gayla, dans une éternelle prairie,

et qu'elle soit plongée toute nue dans la Vie.

TRISTESSES

Je la désire dans cette ombreuse lumière

qui tombe avec midi sur la dormante treille,

quand la poule a pondu son œuf dans la poussière.

Par-dessus les liens où la lessive sèche,

je la verrai surg-ir, et sa fig-ure claire.

Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.

Et sa chambre sera prête pour son sommeil,

et elle y entrera comme fait une abeille

dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

Elle était descendue au bas de la prairie, et, comme la prairie était toute fleurie de plantes dont la ti^e aime à pousser dans l'eau, ces plantes inondées je les avais cueillies. Bientôt, s'étant mouillée, elle g'ag-na le haut de cette prairie-là qui était toute fleurie . Elle riait et s'ébrouait avec la g-râce dej^-ing-andée qu'ont les jeunes filles trop grandes. Elle avait le reg-ard qu'ont les fleurs de lavande.

TRISTESSES ■?

Dans le chemin toujours trempé, tant j est épais

]e feuillag-e visqueux de l'aulne amertume,

nousnous promènerons. Mais comme elle est plus ;T;-ianMe

que moi, c'est elle qui écartera les branches

et elle encore qui mettra sur mon épaule

sa joue et ses yeux bleus qui fixeront le sol.

20 CLAIHIÈHES DANS LE GIKL

Elle est gravement gaie. Par moments son regard se levait comme pour surprendre ma pensée. Elle était douce alors comme quand il est tard le velours jaune et bleu d'une allée de pensées.

TRIS I ESSES

Parfois, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle. Alors, je suis joyeux. Mais je redeviens triste de ce que je ne sais pas combien elle m'aime. Ellleest la jeune fille àl ame toute claire, et qui, dedans son cœur, g-arde avec jalousie l'unique passion que l'on donne à un seul. Elle est partie avant que s'ouvrent les tilleuls, et, comme ils ont fleuri depuis qu'elle est partie, je me suis étonné de voir, ô mes amis, des branches de tilleuls qui n'avaient pas de fleurs

Un poète disait que, lorsqu'il était jeune,

il fleurissait des vers comme un rosier des roses.

Lorsque je pense à elle, il me semble que jase

une fontaine intarissable dans mon cœur.

Comme sur le lys Dieu pose un parfum d'église,

comme il met du corail aux joues de la cerise,

je veux poser sur elle, avec dévotion,

la couleur d'un parfum qui n'aura pas de nom.

TRISTKSSES

Son souvenir emplit Tair si clair que j'ai cru que l'ombre d'un oiseau me tombait sur la tête. Le tulipier d'un parc est d'un vert noir et cru. Une beauté sans nom emplit l'azur, du faîte des pig-nons enfumés au plus loin horizon. Dans le salon où elle vint, dans le salon où il y avait des lilas sombres comme la nuit, il y a maintenant des roses dans un verre et un bouton de magnolia que ma mère a posé sur le piano creux et verni. Cette fleur ne s'est pas encore épanouie, mais elle s'est g-onflée comme pour éclater, et se soulève hors du vase, et l'on dirait qu'elle va s'envoler au milieu de l'Eté. Je ferme ma croisée pour mieux enfermer l'ombre. Je songe. J'ai souflert. Je ne sais plus. Je songe.

La pompe grince et mon chien dort sur le parquet. Quand donc viendra le jour où, poussant le loquet de la porte d'entrée qui rêve sous le cèdre, sa main fera jaillir sur les dalles usées tout ce que sa présence amène de lumière ?

TRISTESSES

Au pied de mon lit, une Vierg'e négresse

fut mise par ma mère. Et j'aime cette Vierg-e

d'une relig'ion un peu italienne.

Virg"o Lauretana, débout dans un fond d'or,

qui me faites penser à mille fruits de mer

que l'on vend sur des quais où pas un souffle d'air

n'émeutles pavillons qui lourdement s'endorment,

Virg-o Lauretana, vous savez qu'en ces heures

où je ne me sens pas dig-ne d'être aimé d'elle,

c'est vous dont le parfum me rafraîchit le cœur.

Elle avait emporté des brassées de lilas. Et, comme elle partait couverte de printemps, elle était comme un lys qu'un pollen ravissant aurait poudré. Son front est lisse, un peu trop g-rand. Les lilas qu'elle avait, elle les posa là . Je me suis approché de ces fleurs fatig-uées d'avoir été tenues un moment dans ses bras. Courbé comme un enfant de chœur par l'encensoir, sur leur sombre parfum ma bouche s'est posée. Elle a tendu la main et m'a dit au revoir.

TRISTESSES 33

Si tout ceci n'est qu'un pauvre rêve, et s'il faut que j'ajoute, dans ma vie, une fois encore, la désillusion aux désillusions ; et, si je dois encore, par ma sombre folie, chercher dans la douceur du vent et de la pluie les seules vaines voix qui m'aient en passion : je ne sais si je guérirai, ô mon amie, ..

CLAiniEHES DANS LE CIEL

Je ne désire point ces ardeurs qui passionnent.

Non : elle me sera douce comme l'Automne.

Telle est sa pureté que je désirerais

qu'elle eût sur son chapeau des narcisses-des-prés.

Mais que, si elle doit me donner cette grâce

que la blanche vertu rend calme et efficace,

et veiller aux travaux ainsi que la fourmi,

je la voie au jardin me sourire parmi

les carrés de piments que Septembre rougit.

Ils me feront penser à mes passions passées.

Elle sera le lys qui les a dominées.

THl.sri .SSES

0 mon cœur ! ce sera dans l'Août bleu et torride. Lasse, vous poserez sur le coffret de buis vos ciseaux où s'accrochera de la lumière. Vous laisserez aller votre taille en arrière. Vous fermerez vos cils sur vos jeux de lavande dont l'Eté semblera parfumer votre chambre. Il sera je ne sais quelle heure après-midi : rheure où la guêpe en feu va boire dans les puits. J'arriverai, par le grand soleil ébloui. Je vous verrai ainsi, ô ruche pleine d'aube, moulée par le sommeil dans votre chaste robe. Et je m'approcherai tout doucement de vous, et, sans vous déranger, mettrai sur vos genoux des fraises et du pain et du sucre d'abeille. Bientôt, vous éveillant de ce demi sommeil, vos lèvres écloront sur ces fruits et ce miel

comme une rose tendre et toute caressée,

ou comme un abricot plein d'encens qui s'entrouvre.

0 ménag-ère amie, framboise des forêts,

chaperon rouge errant qui se nourrit de baies,

ô vous qui par moments à mes yeux évoquez

la gravure où Perrette a renversé son lait :

vous ne me direz pas combien vous accablait

cette sieste où l'Eté fait peser son délire.

Vous vous relèverez. Vous me regarderez.

Et, pleine d'un sanglot, alors vous sentirez

sourire dans mon cœur votre propre sourire.

TIVISIK.SSKS

Nous nous aimerons tant que nous tairons nos mots, en nous tendant la main, quand nous nous reverrons. Vous serez ombrag-ée par d'anciens rameaux sur le banc que je sais où nous nous assolerons. C'est là que votre amie, cette fée du hameau, g"racieuse comme au temps de Jean-Jacques Rousseau, et bonne comme on est quand on a bien souffert, c'est là, dans le secret de ces asiles verts, qu'elle parla de vous à celui qui vous aime. Donc nous nous assolerons sur ce banc, tous deux seuls, à l'heure où le soleil empourprant l'écureuil descend sur la pelouse où sont les poulinières. D'un long- moment, ô mon amie, vous n'oserez... Que vous me serez douce et que je tremblerai...

Faisait-il beau quand elle est morte, votre amie? Oh 1... Je voudrais savoir si c'était le matin... Avant de s'en aller vous a-t-elle souri?-

Donnez-lui Tédelweîss que vous ne voulez point.

TRISTESSES î^

Je g-ar^ uee laédai-Ue. d'elle ou sont gravés une date et les mots : prier, croire, espérer.. Mais moi, je vois, surtout que la médaille est sombre :

son argent a noirci sur son col de colombe.

« J'ai quelqu'un dans le cœur, » deviez-vous dire un jour

à ceux qui vous proposeraient un autre amour.

« J'ai quelqu'un dans le cœur.» Et ce quelqu'un, c'est moi.

« J'ai quelqu'un dans le cœur. » Je pensais à cela,

à ces mots infinis par lesquels vous donniez

votre cœur à mon cœur, ô lierre qui mouriez...

Et je ne sais pourquoi, song-eant à votre cœur,

je le voyais pareil au cœur frais d'une fleur,

à la fleur du cœur frais d'une rose de haie.

TRISTESSES ^l

Vous m*avez reg-ardé avec toute votre âme. Vous m'avez regardé long^temps comme un ciel bleu. J'ai mis votre reg-ard à l'ombre de mes yeux... Que ce reg-ard était passionné et calme...

4^ CLAinièAÈ^ 'ÙXÏi% LE CIEL

Je song-e à ce jour- là où Vous me confierez votre pudeur pareille au muguet-des-fôrèt!i.

TRISTESSES 43

Les lilas qui avaîèrit flèuH l'année dèrhièf'è vont fleurir de nouveau dans les tristes paftèrrêS. Déjà le pêcher ^tèle a jonché lô ciel bleu de ses roses, feôrtitné un enfant la I''êtfe-DieU . Mon cœur dévidait mourir àU milieu de cëà chôSèà* car c'était au triilieu des verg'ers blahc.4 et f^^Ôà que j'avais espéré je ne sais quoi de vous. Mon âme révê sourdement suf vos genoux. Ne la fepblisèèi jiôiiit. Ne là i^eleVeii pàS, de peur qu'en s'éloignant de vous elle ne voie combien vous êtes faible et troublée dans ses bras.

Deux ancoîies se balançaient sur la colline. Et Tancolie disait à sa sœur l'ancolie : Je tremble devant toi et demeure confuse. Et l'autre répondait : si dans la roche qu'use l'eau, g-outte à g-outte, si je me mire, je vois que je tremble, et je suis confuse comme toi.

Le vent de plus en plus les berçait toutes deux, les emplissait d'amour et mêlait leurs cœurs bleu»

TRISTESSES 45

Par ce que j'ai souffert, ma Tnésanj*-e bénie, je sais ce qu'a souffert l'autre : car j'étais deux... Je sais vos long-s réveils au milieu de la nuit et l'ang-oisse de moi qui vous g-onfle le sein. On dirait par moments qu'une tête chérie, confiante et pure, ô vous qui êtes la sœur des lins en fleurs et qui parfois fixez le ciel comme eux, on dirait qu'une tête inclinée dans la nuit pèse de tout son poids, à jamais, sur ma vie.

46 CLAlHlÂnSS DANS LE CIEL

Venez sous la tonnelle assombrie de lilas afin que je suspende, ainsi qu'une médaille, à votre cou pareil à la rousseur du blé et au lisse raisin qui dort sur la muraille, avec un fil de Vierg-e une rose beng-ale.,»

TRIST;iSSKS 4?

... Venez, ma bien-aimée, venez, 6 ma cig-ale, carTeau bleue dormira dans les reines'des-prés.,

Demain fera un an qu'à Audaux je cueillais

les fleurs dont j'ai parlé, de la prairie mouillée.

C'est aujourd'hui le plus beau jour des jours de Pâques

Je me suis enfoncé dans l'azur des campagnes,

à travers bois, à travers prés, à travers champs.

Comment, mon cœur, n'es-tu pas mort depuis un an ?

Mon cœur, je t'ai donné encore ce calvaire

de revoir ce village où j'avais tant souffert,

ces roses qui saignaient devant le presbytère,

ces lilas qui me tuent dans les tristes parterres.

Je me suis souvenu de ma détresse ancienne,

et je ne sais comment je ne suis pas tombé

sur l'ocre du sentier, le front dans la poussière.

Plus rien. Je n'ai plus rien, plus rien qui me soutienne.

Pourquoi fait-il si beau et pourquoi suis-je né?

J'aurais voulu poser sur vos calmes genoux

TRISTESSES

la fatigue qui rompt mon âme qui se couche

ainsi qu'une pauvresse au fossé de la route.

Dormir. Pouvoir dormir. Dormir à tout jamais

sous les averses bleues, sous les tonnerres frais.

Ne plus sentir. Ne plus savoir votre existence.

Ne plus voir cet azur engloutir ces coteaux

dans ce vertig-e bleu qui mêle l'air à l'eau,

ni ce vide où je cherche en vain votre présence.

Il me semble sentir pleurer au fond de moi,

d'un lourd sanglot muet, quelqu'un qui n'est pas là.

J'écris. Et la campagne est sonore de joie.

On entend les clochers qui appellent aux vêpres,

et les grillons chanter l'heureuse paix champêtre.

On voit à l'intérieur pâle des métairies

les chapeaux de travail dormir près des tamis.

... Elle était descendue au bas de la prairie^ et comme la prairie était toute fleurie...

A Jean de Gourmont.

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