‹ Clairières dans le ciel, 1902-1906Chapitre 2 sur 32 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le chœur est formé de douze jeunes filles vêtues de lonsrues robes d'azur clair. Elles sont placées ih dfeml-cëf'clé dèVàtit. Uiie fontaine qui coule Chacune a posé sa cruche à terre.

Auprès, une maisoii paysanne, à unêtagé, dànsun jârdih. Des ççéraniums d'une couleur de brique ardente en incehdient l6 petit perron qui aboutit à une porte d'un vert cru. De la glycine rampe sur la muraille, auprès de courges i

PREMIERE JEUNE FILLE

La maison est si fraîche, àU itiiliôli du Soleil, qu'on dirait qu'elle s'est baig-iiêè.

Les ronces sont eh6àt tfémpéës pàf ràrc^fi-tiifel des lourdes toiles d'âfàîg-tlêë.

Le jardin sait unir l'âg-réôble â l'Utile I le long- lys de la Fête-Dieu

parfume la laitue qui blanchit sous la tuile.

Sur le sering-a mielleux, une fauvette-à-tête-noire dit des choses

qui sig-nifient que le matin se lève. A l'horizon, au-dessus de la rose

qui touche le bout de mon sein, on voit une colline. Et, sur cette colline,

les arbres de la fin de Mai, disposés en bouquets luisants d'écorce fine,

roulent ainsi que des fumées.

La montag-neébréchée ébrèche le soleil

qui frappe la boule de pierre du potager tremblant où les mouches à miel

pompent le fenouil et le lierre.

Les g-ourdes mûriront au-dessus de la porte

afin que, la moisson venue, les faucheurs retroussant la fille la plus forte

inondent de vin sa chair nue.

La vie est larg-e et douce. Ainsi que cette blonde,

lourde, rose et gourmande fille, qui offre à ces faucheurs la lisse, la profonde

corbeille de sa chair qui brille.

la vie ofifre aujourd'hui, dans les larg-es paniers

des collines et des monlag-nes, des fruits beaux et pesants où viendra se coller la bouche en feu de mes corn pag-nes.

DEUXIÈME JEUNE FILLE Qui donc habite là, dans cette métairie?

TROISIÈME JEUNE FILLE Un jeune homme, Denis^ et sa femme Lucie.

PREMIÈRE JEUNE FILLE

Ils s'éveillent. Leurs lèvres toutes pleines d'aube,

par jeu, se donnent, se dérobent.

Elles se font, afin d'être plus caressantes,

plus molles que des fleurs trempantes.

Mes amies, je suis vierge. Une devons sait-elle

quelle est donc cette joie si belle qui fait s'entrefermer ainsi que sur du miel

les ailes des bouches du ciel ?

QUATRIEME JEUNE FJLLE, souriant :

Nous ne le savons pas. Nous n'avons pas franchi en tremblant le seuil bienheureux ^

58 CLAlRlÈnES DANS I,E GlhL

et nous n*avons pas fait ce ^este qui rougit

de croiser nos bras sur nos yeux, afin que tout à coup ces bras se désenlacent

pour amener d'un g-este prompt où finit la pudeur et continue la grâce

le bien-aiqjié ver? notre front.

PREMIÈRE JEUNE FILLE

•.. Tout est calme dans leur simple chambre. L'enfant

est dans son berceau, près du lit, de manière qu'en étendant la main Lucie

peut atteindre à l'osier grinçante

DEUXIÈME JEUNE FILLE

Là-bas, sur les lacets des chemins où la mousse

verdit le pied des cog'nassiers, des enfants ontg-rimpé dans le vieux cerisier

pour cueillir ses boules si douces.

D'autres enfants, portant dans de rudes serviettes

le beurre qui sue fraîchement, vont le vendre. Le ciel bleu s'ouvre.. L'on entend

coas^V au;s. haies les rainettes.

ItJweenfant blonde^un panier au bras, frappe à la porte de fa maison cham-

ty» FOâïX ET »A FEMMK Sq

pélpe. Cotte eafont est chausse d©b«s violets çt de sabols vernis qu,i reflè* tant le ciel. Un fbulard couleur de groseille retombe en do uble-^ pointe sur ses épaules. Sa bouche s'entroure comHi« un abricot.

VENFANT, appelant :

Voici le déjeuner : le beurre et les cerises.

Au-dessus de la glycine et des courges s'ouvrent les volets d'une chambre. Lucie apparaît, les bras nus, décoifFée et se frottant les yeux. Elle est blonde, jolie et un peu forte.

PREMIÈRE JEUNE FILLE

La joue de la cçrisea roug-i sous la brise qui avait caressé le foin.

PEUXIÈME JEUNE FILLE

On a posé te b^uçye à l'ombre des cytises. Il est blanc comme le jasmin^

FRJBMIÈRE JEUNE FILLE Entrons dans fem-^ison ainsi que des abeilles^

encor tout empêtrées de fleurs.

Prenons lep^]^0,liB^ nappe, l'eau et, sous la treille,

dressons Ift \aU«> 0; chères sœurs lî

60 CLAIKIÈRES DANS LE CIIL

Voici le trouble azur de la carafe épaisse,

la nappe rude que fila la vieillarde accroupie dans la noirceur que laisse

le soleil s'écrouler du toit.

0 noyer odorant! dont les feuilles suantes

pleuvent de Tombre sur les puits, celte ombre si g-lacée qu'on la dit malfaisante

pour r.jgTiculteur, à midi, alors que, harassé, il s'étend dessous elle...

0 noyer odoranl! 0 frais nover qui marque 1 Leure au cadran des marg-elles,

tippi-ends-nous donc riieurc qu'il est, alors que la fauvette à tue-lôle s'appelle?

DKUXIÈME JEUJSE FILLE Il n'est point d'heure, mon amie, quand coule le bonheur de deux êtres fidèles dans une pauvre métairie.

TROISIÈME JEUNE FILLE Ils ont dormi l'un contre l'autre. La cerise

est charmante et lisse . Pas moins ne l'est Lucie bercée par Denis qui Ta prise

comme un fruit blanc à pleines mains.

LE POÈTE ET SA FEMME 6l

QUATRIÈME JEUNE FILLE

Que fait Denis? On dit qu'il chante, mais jamais

je n'entendis cette chanson dont on dit qu'il a pu si tendrement gagner

celle qui vit dans sa maison.

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