‹ Clairières dans le ciel, 1902-1906Chapitre 15 sur 32 · JE PENSE A VOUS · texte numérisé non relu

JE PENSE A VOUS

Je pense à vous. Mes yeux vont du buisson de roses aux toufïes du chaud sering*a.

Je voudrais vous revoir quand les raisins muscats dorment auprès des reines-ciaude»

Depuis que je suis né, je sens au fond du cœur je ne sais quoi d'inexplicable.

Je vous dis que la rose est tombée sur le sable, que la carafe est sur la table, que la fille a mis ses sandales

et que le scarabée est plus lourd que la fleur.

Il© CLAIRIÈRTÎS DANS LT5 CIEL

— Mais tous ces foins, les aura-t-on bientôt fanés?

— G mais, mon amie, tout se fane :

le foin tremblant, le pied de l'âne, les chants du merle et les baisers.

— Mais nos baisers, ami, ne se faneront point?

— Non certainement. Que Je foin se fane, disais-je, c'est bien.

Mais nos baisers, amie, ne se faneront point.

— Je croîs que vous vous endormez, car vos paroles n'ont qu'une suite vague, et puis vous reprenez

ce que vous venez de me dire.

— Mon amie, mon amie, écoutez les cerises

chanter sur la pelouse chaude. . .

— Non pas. Ce sont les reines-claude.

— Mais non. C'est votre chaste robe sur le versant de la forêt

où vous avez herborisé.

— Non... Vous aviez raison, aimé.

Ce sont les reines des cerises

qui s'endorment dans l'enclos de ..

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