DANS LE SILENCE DE LA NUIT
Dans le silence de la nuit chantait, hier soir, chantait je ne sais où le grillon du foyer. Ce petit chant élarg-issait encore le noir. La flamme triste de ma boug"ie s'allong'eait.
Allons. Il a fallu se recoucher, la mort dans l'âme, en se disant que, pas plus qu'autrefois, je n'aurais de bonheur sans doute, et que la voix de ce cri-cri n'était que moi-même, et rien d'autre.
Ecoute, mon enfant, écoute le cri-cri.
Tu n'as pour te calmer que ce g-résillement.
Mais comprends comme il est vaste, comme il s'étend
sur toute la vallée du cœur endolori...
Tout se tait, le chagrin, l'ennui, l'homme, que sais-je ? Seul le chant continue du grillon-boulang'er, Adresse-t-il à Dieu une plainte lég-ère, et Dieu laisse-t-il seul ce grillon lui parler ?
Ecoute ce qu'il dit. Il dit le pain obscur et le pot ébréché dans les cendres amères. Il dit le chien qui dort. Il dit la ménag'ère. Il dit je ne sais quoi de triste, bon et pur.
Il dit qu'il est ami. II dît que, l'autre jour, mon fermier a conduit sa fiancée à Tég-lise, et que la métairie était pleine d'amour, ainsi qu'un cerisier est tout plein de cerises.
Il dit que les époux sont venus me saluer
et que, g-raves et lents, ils m'ont fait visiter
leur chambre où, dans le lit nuptial ouvert, dormaîî
la plus petite sœur de cette mariée.
La noce est repartie. Et ont fini les danses. L'épouse a remplacé sa sœur la plus petite. La joie est simple au fond de la chambre bénite. L'horlog-e et le g"rilIon s'aiment dans le silence.
ia4 CLAIRIÈRES DANS LE CIEL
DANS UAUBERGE FUMEUSE.
Dans l'auberg-e fumeuse où l'ouragan m'abrite, on voit des saucissons pendus et un feu noir. Je suis le voyag'eur perdu dans l'autrefois, celui dont le manteau était pesant de pluie.
Je songe au temps d'Eté où vers cette colline,
et vers ce vallon bleu, doux comme Lamartine
à l'heure où les poiriers rêvent à Jocelyn,
je vais chercher la paix comme un morceau de pain.
Aujourd'hui le grésil vole dans la tourmente. Où donc sont les journées de la caille, étouffantes? Ayez pitié de moi, ômon Dieu, car j'ai peur de ne pas compatir assez à la douleur.
POÉSIES DIViiUSKS 12b