CIII'.HON
\)Uiquoi?
IliO CLARISSE ARBOIS
CHEBON
Parce que nous mettons Frichol aux Finance
Il fallait ne pas le mettre !
CHKRON
Oui... Mais alors... .Mais ça ne t'inté
^uère. tout Ç8 !
CLAIUSSK. Ir uicitloit (hl/is srs Ulili/is. /r fc<j<ir-
(hint avec une curiosité passionm
Si. si ! Mois, c'est un autre groupe qui mvoulait plus marcher ?
CQER0M
Juste !
C'est donc un casse-tète chinois, do fai une combinaison ministérielle ?
CHÉRON
As-tu connu, dans ton enfance, le jeu de la Chèvre, du Chou et du Loup ?
On ne peut pas mettre le Chou avec la Chèvre, on ne peut pas mettre la Chèvre avec le Loup...
CHÉRON
Tu y es! Il faut mettre le Loup avec le î! i ou !... (Amélie rentre, apportant sur un ilateau tout ce qu'il a demandé.) Amélie, e \ous remercie mille fois! (Amélie sort.)
Mais pourquoi ne voulait-il pas, ce Moi- , tond ?
CHÉRON
Parce qu'on avait agi sur lui. On l'a
Ibré.
\{\2 IUSSK ARBOIS
li.aiiissi:
Un ennemi <le Liévillo, hein?. le parie <|iie c'('lai! ce vieux Moneslier !
CHÉRON
Nous le pensons comme toi.
Mais comment Monestier a-t-il encore do l'influence, voyons? Après son passé, cependant :
CHÉRON
11 dil tellement que son parti est celui des honnêtes gens ! Tout le monde a lini par le croire !
Malgré ceux qui le traitent de vieille canaille ?
CHBRON
Mais au fond, ceux-là le croient au
<// boit.)
CLARISSE ARROIS
Tu no veux pas un peu de sucre, là- dedans ?
C HÉRON
Merci... Pour tout te dire, enfin, je n'ai déjeuné qu'à deux heures! De Liéville, j'ai été chez Moisand, de Moisand j'ai couru clic/. Dupeyre...
l'avait chambré aussi, celui-là?
>ui.
)ui ça .'
nsors.
Cl 1ER ON
CHERQN
risors?... Mais il est dq voire nuance
164 CLARISSE AHII01S
CHÉRON
Justement!... Si Liéville échouait, c'ea
lui qui sciait Président <lu Conseil !
clarissi:
On n'a réellement d'ennemis que chez ses
amis, alors?
CHÉBOH
Naturellement ! Ceux qui cherchent à
vous nuire en dessous, ce n'est pas 1rs adversaires, les gens de la droite, c'esl ceux de votre parti, ceux qui pourraient «lie ministres à VOtre plate.
CLAR1SSK
Il n'y a pas tant de rosses 'lie/ vous que chez nous, tout de même ?
CHÉRON, f/id vient de boire, reposant verre.
Non ! C'est une paille !
Bon alors !
CHÉRON
Alors, tu ne t'expliques pas que parfois ça m'écœure, hein ! — et qu'on en ait assez !
Comment?
CHÉRON
Vois-tu, ce n'est pas seulement les nerfs qui sont fatigués chez moi ! C'est le moral ! On a quelquefois cette illusion d'orgueil qu'on pourrait agir, se rendre utile à quelque chose! Après tout, tu penses bien, si je désire être ministre, ce n'est pas pour présider des Comices Agricoles, et me mettre en habit à onze heures du matin!
bien?
!()(> < I.AltISSK ABBOIS
CIIRUON
Bh bien ! Quand on passe une journée pareille, quand on a vu ça <le tout près, tou ces trahisons, tous ces marchandai -rouillt'int'iil d'appétits, de jalousies, de haines, cette entente universelle poui laisser arriver que les médiocres, ceux «jiiî 1rs gêneront le moins longtemps! Ah! là! là! Quelle vilenie! Je te jure bien que si en quittant toul ça, je n'avais pas le sourire d'une femme comme toi ! Crlsti !
• i.AïussK. /<• frtjtirilnnt .
Voilà que lu ne liens plus au minis mainlenanl !
chéron, hochant la tête.
Ah ! Peut-être ! Mainlenanl que touche !...
.Mais quandonest ministre, saperlipopette I on fait «le grandes chos<
CLARISSE ARBUIS 167
CHÉRON
Depuis ce matin, j'en fais bigrement de petites !
clarissi:, sotidaihj fr'âpp'ûûi sur la table
ri se levant.
Yeux-lu que je te dise, tiens! Tu n'es
qu'un dilettante, comme tous les gens de ta
génération ! Tu n'as pas d'énergie pour deux
sous ! Tu n'étais bon qu'à faire un poète dé-
Ident ! Oh!
CLARISSE Non, mais c'est vrai, ma parole ! Tu es toujours là à l'analyser, à te soupeser ! C'est comme les bascules des gares ! « Qui se pèse
I connaît. Qui se connaît bien se porte ! » CHÉRON Ze n'est pas vrai, ça ! Quand on se connaît n, on se méprise ! -■
KiK CLARISSE ARBOIS
CLARISSK
Enfin, c'est vrai, je suis bête! .Mais il le faut, que tu sois ministre! Pour moi, d'abord, — rien que pourvoir la tête à Léonie puis pour ta tante! El puis pour nia petite cousine, aussi ! 11 t'aul qu'elle se marie. ci enfant !
CBERON
Mais que Veux-tu que je fasse «le plus, pour «Mie ministre?
Je parie qu'il t'en reste à voir, di gens-là?
CHERON
Il me peste juste Masson, que je n'ai pas trouvé chez lui.
CLARISSK Quand y sern-l-il ?
Je vais le savoir tout à l'heure, en m'en allant d'ici !
Téléphone!... On ne sait jamais d'où on vous parle! Qu'est-ce que ça te fait ?
CHÉRON-
Tu as peut-être raison, toi... As-tu l'Annuaire ? (// va sonner au téléphone^)
Clarisse, qui pendant ce temps feuillette V Annuaire.
asson... Masson... Douze cent trois dixt...
chéron, impatienté (!<•<■<' qu'on ne lui répond pas.
In ne répond jamais vite, à ce bureau-ci !
CHÉRON
dors, c'est comme au mien !
170 oilSSK AlllMUS
«xamssk
QU' eët-cë que lu as à lui «lii * ■ . .-'. Massoh î
CIIKIION
Eh bien! Il luisait partir du cabinel piécëdeiil, n'est-ce pas? Liëville dgsire <]u'il reste du notre. Kl ça ne mi pas tout seul ! i.i. \nissi:
Pour(|uoi '.'
nii.K.iN
Parce qu'on lui a «lit : « Ne laites pa Ne reste/ pasa\ec Liéville ! Il va faire galles! » Alors, il a peur. (La sonnerie du téléphone résonne . Ah ! Enlin ! i // <lrm Cappareil.) A 1 1« » ! Donnez-moi le douze eenl trois «hx-sept. b'Îi \oiis plaît !
CL \ltissi-.
Mais pourquoi tiens-tu tant à l'avoii Masson ? Tu m'as «lit que «''était un imbécile!
em.iU'N Je l'ai «lit «;a. moi ¥
CLARISSE ARIÎOIS 171
Il y a juste huit jours !
ciieron Non !
Enfin, tu me disais : « Il n'a pas inventé les allumettes chimiques! »
CHÉRON Ne répète jamais <;a, bon Dieu!
Tu blagues!... Alors, il vous est utile, dans votre eombinaison?
CIIÉRON
Mais indispensable ! 11 est décoratif, s\m- ^athique aux nations amies ! 11 a une femme IJui sait recevoir! Il est de l'Institut!... Tu ne te rappelles pas son poitrail, au Salon île méc dernière?
d 72 CLARISSE ARBOIS
CLABISSS
Si, si... Comme ça .. La main sur la poignet' de l'épée !
CHKRON
C'étail immense! (Sonnerie du téléphone.)
Allô... Chéron... Paul Chéron !«• voudrais
Bavoir quand monsieur Masson sera visible dans (ajournée... Ali! Il est chez lui?... .Mais oui! Parfaitement! Priez-le de venir! Je reste à l'appareil... (Clarisse lui demande du geste si elle peut prendre Vautre récepteur. Il acquiesce.) Allô... C'est vous, mon
cher ami?... l'as mal. Et vous-inr .'...
J'aurais bien voulu vous parler, d'ici ce soir... A propos «le ce que vous ave/, écrit à Liéville, voyons! 11 n'est pas possible que nous en restions là !... Quels motifs ?... Comment ! Un devoir envers vous-même!... Clai sourit.) Allons donc, voyons ! Vous êtes un modeste !... Pour le coup, Clarisse se tord.
// ////' fait signe de se taire, car autrement, n'est-ce pas? il ne pourra pas lui-même garder son sérieux.) Mais, mon cher, il y en a d'autres, des devoirs!... Mais envers votre parti ! Envers la République ! Et le pays tout entier!... Non! Vous n'êtes pas remplaçable!... Eh bien ! Parce qu'il nous faudrait un homme comme vous, un autre Masson, ayant votre largeur de vues, votre maniement des affaires, votre finesse ! Et que ce n'est pas possible !... (Clarisse cornprime sa bouche pour ne pas rire aux éclats. Il est pris lui-même d'une envie de rire... Enfin, se maîtrisant.) Allô... Non, on n'a pas coupé la communication. Seulement, je ne sais plus que vous dire, moi! Vous comprenez bien, voyons, Masson ! Il faut que vous nie laissiez vous parler dans d' autres conditions que celle-ci.... Eh bien ! it entendu ! Je viendrai chez vous dans heures! Au revoir!... (// raccroche
I7'f MUSSK ARROIS
/.'(i/)/KU'('i.Li .Non, lu sais! Tu méritei d'rtrc loui'llrc!
CLABISSI
I! se gobe tant, écoute !
ciikiion
Je serai peut-être comme ça, un jour]
Clarisse, l'embrassant.
Non!
ciikron, soudain, fœil gaillard.
Dis donc, je jMMisc à une chose, moi. .)«• mdois être fli»'/. lui que dans deux heun
Clarisse, se >l>'-frnil>inl ma/.
Paul, lues fou, voyons! Grande bêtej On frappe à la porte. Ifs reprennent attitude ordinaire.) Entrez !
wu.i.if.. paraissant nu fond.
i madame de Cantij
CLARISSE ARBOIS 17î
chkkon, se levant.
Ma tante !
Elle vient m'apporter les comptes de la Crèche.
chéroNj sortant par la droite.
Ne la retiens pas trop longtemps ! (// emporte son chapeau et son pardessus. Clarisse, s'aperceront qu'il a oublié sa canne, la met en hâte dans le piano.)
Faites entrer! (Amélie se retire et introduit madame de Cantigny.)
SGÊP %
CLARISSE, MADAME DE CANTIGNY [Madame de Cantigny a Vair très émue. )
Clarisse, allant à elle.
îbmmenl allez? vous, chère madame?
M AhA.MK DE (..WTluNY
El vous, ma chère «'niant ? Lui remettant un papier. Je vous apporte ers comptes liifi) en retard, hein ? Je vous demande pardon... .Mais si vous saviez!...
Asseyez-vous donc !