CC A HISSE
Toi?... Mais je te connais bien! Quand demain noire liaison sera connue de tout le monde, quand on nous blaguera dans lei
chansons «le Montmartre, tu ne penseras
plus iju'à ça et tu seras aux cent coups !
CHÉRoN
Moi?
Mais enfin, je vois bien ce qui va en êtrel Ma cousine avait raison ! Désormais, je serai une gène dans ta vie! Ce ministère que j'avais tant rêvé parce que tu le désirais, parce que c'était ton but, maintenant que tu y arrives je vois un tas de clu que je ne m'étais pas dites ! Entre toi et moi, cette nouvelle situation va créer un abîme! A un homme politique en vue. à un homme sérieux, l'opinion permet peut-être une liaison discrète, une femme du monde ! Mais moi! Crois-tu qu'on s'attendrira sur nous comme sur une idylle? Maison te traitera de Viveur i On se servira de mon nom pou moquer de toi ! El loi, alors? Désormais, lu
vas te dire une chose : c'est qu'au Jieu d'avoir, comme tes collègues, une femme pour faire les honneurs de ton ministère, tu te verras enfermé dans une existence absurde! Il n'y aura plus de jour où ton affection pour moi ne sera battue en brèche ! Tu te trouveras ridicule ! Tu te diras que tu as fait une bêtise!... Et comme avec ça tous les caprices d'un homme finissent, peu à peu et peut-être sans t'en rendre compte, tu te détacheras de moi, tu te verras amené à désirer la rupture!... {Fondant en larmes.) Eh bien ! Autant aujourd'hui que plus tard, va! Je suis destinée, aussi bien, à vivre seule et abandonnée quand je serai vieille ! Ne me fais pas plus longtemps me monter la tète sur ce qui n'est qu'une illusion de jeunesse ! Quand j'y pense, je t'assure, ça me fait trop souffrir ! Je sens que je mets là-dedans tout mon cœur, moi,, tandis que toi, tu n'y as jamais vu qu'une fantaisie! Il 16
2 i 2 CLARISSE ARBOIS
CHKRON
Une fantaisie !
Enfin!...
ciiéron
Moi?... (t/h ièhtpà.) Veux-tu la vérité,
liens! .le n'ai été dans loul ça qu'un imbécile!
Comment?
CHKRON
Oh! Eri politique, ils me croient peut-être très Fort ! En ce qui regarde mon cœur, je nai été qu'un* sot! «J'en suis arrivé là que tu ne me connais pas, que tu doutes moi! Eli bien! Tout < a était fatal et aujourd'bui je n'ai rien à dire! C'esl vrai, en somme ! ,1e n'ai agi avec loi que comme un gamiS !
Toi?
CUÉRON
Mais évidemment ! Quand on prend ce qu'a de bon le présent sans s'inquiéter de l'avenir, quand on ne voit pas où on va, qu'on ne fait pas tout de suite les choses qu'il faut faire, eh bien ! on passe dans la vie, en délinitive, comme un hanneton qui va se cogner la tête sur les carreaux !... Oh ! Mon Dieu ! C'est évident, parbleu ! Je n'ai vu d'abord en toi qu'une conquête ! .Je t'ai vue dans ton cadre, dans ton art, dans la musique que tu chantais! Quand je t'emportais pour moi, toi qu'ils désiraient tous, j'en triomphais même comme un snob, dans mon donjuanisme, dans ma vanité! C'est ainsi que <;a a commencé, ainsi que toutes les liaisons commencent! Mais après, quoi ! On voit si c'est ou non sérieux ! Eli bien,
après, chez moi, ce qui était de la fantaisie est devenu de l'amour vrai ! Moi qui ne suis comme tout le monde qu'un égoïste, à des moments je me suis senti t' aimer moins pour ma joie que pour la tienne, j'ai voulu te protéger, te voir heureuse, j'ai eu pour loi des envies de dévouement, de sacrifice!... Oh! Tu ne peux pas le croire! Moi-même ça m'étonnait !... .Mais eniin, maintenant, voilà où j'en suis, quoi ! Je n'ai jamais fait de phrases, je n'ai jamais rien dit, et en craignant d'être ridicule j'ai été stupide ! Tu ne m'as pas connu! C'est ma faute! Et veux-tu le savoir, où surtout je n'ai été qu'un imbécile! Quand on aime une femme comme une maîtresse, on s'en fiche; quand on l'aime comme je t'aime, on l'épouse !
il. MUSSE
( Mi ! Voyons ! Comme si c'était possible !
CHÉROIS
Eh bien ! El pourquoi ji
Toi ! Dans ta situation ! Épouser une femme dans la mienne !
CHÉRON
Mais...
Mais tu ferais une sottise!
CHÉRON
Tu refuses?
Comment veux-tu que j'accepte?
Mais alors c'est ta vanité personnelle, voyons ! Dis que tu l'as dans le sang, ton sacré théâtre! Il te faut les applaudissements, les fleurs, les étudiants de Madrid qui te détellent ta voiture !...
Oh!... oh! Tu deviens absurde, écoute ! Mon théâtre ! Au lieu do vivre avec toi !