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M. DE YOinAY À M. UE HOJI.

« Voire provocation, monsieur, est juste et honorable. Je serai demain matin, à huit heures, tout à vos ordres, au rond-

point du rendez-vous dédiasse de lareine^ dans la forêt de Saint-Germain. Vous aurez le choix des armes.

«Le vicomte DE Volnay.»

XV ï.

Le temps, cette puissance si inlluente sur les affaires humaines, le temps était magnifique.

S42 CLARISSE DE RO:iI.

La journée s'annonçait comme une matinée de mai ; jamais le mois de mars, à la fin de sa course, n'avait été plus prodigue de rayons et de douces haleines.

Tous les arbres de la forêt étaient rouges à l'extrémité de leurs branches, et même quelques petites feuilles d'un vert tendre se risquaient à travers les bourgeons éclatés.

0 pureté du ciel, tranquillité des eaux, senteurs des brises murmurantes, douces influences de la nature, comment n'apaisez-vous pas toujours l'effervescence des passions mauvaises?

La forêt tout entière aspirait l'amour et les haleines du printemps ; des ramiers en grand nombre volaient dans les hautes

futaies, et l'odeur des violettes trahissait de tous côtés le prochain retour d'avril.

Dans un carrefour très éloigné de toute habitation, un bruit de chevaux se fit entendre; six cavaliers arrivaient au petit galop, suivis de deux piqueurs. On s'arrêta, et chacun descendit de cheval.

« Ce lieu vous convient-il, monsieur?

demanda à son adversaire le vicomte de Volnay.

— Parfaitement, » dit M. de Roni.

On fit éloigner les chevaux et les gens. Tous ces messieurs étaient en costume de chasse : culotte de peau de daim, bottes à revers, ceinturon, couteau, et habit vert. Les quatre témoins se parlèrent entre

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eux un momenl; puis l'un d'eux prit deux épées qu'il mesura, qu'il mit en croix et qu'il offrit aux deux adversaires. M. de Roni choisit son fer sur l'invitation de Volnay.

« Toute explication est bien inutile entre nous, n'est-ce pas, monsieur? dit celui-ci.

— Absolument, reprit M. de Boni. Elles sont bonnes pour les enfants et les poltrons. Je suis à vos ordres, monsieur. •

Tous deux alors jetèrent bas leur habit et se mirent en garde. Les témoins se rangèrent des deux côtés.

« Messieurs ( leur dit Volnay en assu-

rantla poignée de son épée), je dois vous déclarer en commençant que la femme enlevée avant -hier du bal masqué se nomme Olivia, et que je l'ai ramenée immédiatement chez elle avec tous les égards qui lui sont dus. Je pense, monsieur, continua-t-il en s'adressantà son adversaire, que cette déclaration ne doit pas interrompre notre affaire.

— Certainement non, monsieur, dit le comte de Roni. Le pari n'en a pas moins eu lieu; et, d'un autre côté, Olivia vaut bien un coup d'épée. A nous deux, monsieur. »

Ils croisèrent les épées et se portèrent plusieurs coups avec une grâce , une adresse et un aplomb dignes devrais gen-

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tilshommcs. Tout à coup Volnay, touche au côté, tomba sur le genou et alla donner de la tête sur le terrain . Les témoins accoururent; le sang jaillissait assez vivement. Le visage du blessé devint blanc comme de l'albâtre, et des tiraillements de nerfs, d'assez mauvaisaugure, se manifestèrent. Volnay perdit tout-à-fait connaissance. Il y avait un chirurgien parmi les quatre témoins ; on avait prévu le cas, et une voiture attendait à distance. Le blessé fut emporté par le chirurgien, par un autre témoin, et par un domestique.

La voiture partit et prit la route de Paris.

Le comte de Roni remonta à cheval ; ses deux témoins l'imitèrent. Tous trois

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prirent rapidement le chemin de Versailles, afin de gagner Rambouillet.

Quelques gardes -chasse avertis accoururent bientôt après sur le terrain; mais tout le monde avait disparu ; ils ne virent qu'une large tache de sang sur le sol et un fourreau d'épée oublié, dont ils se saisirent. L'air fort bêtement affairé, ils allèrent en toute hâte porter leur déclaration à la ville voisine.

Aucun bruit ne troubla plus ce carrefour de la forêt; les ramiers reprirent leur vol circulaire autour des grands arbres et recommencèrent leurs moelleux roucoulements ; car le soleil était beau, les brises étaient tièdes et odorantes.

Le vicomte de Volnay passa pour moit ; il avait reçu un coup d'épée fort vif dans le côté droit, près de la région du foie.

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Un mandat d'arrèl fut lancé contre le comte de Roni, au grand étonnement de ses amis et de ses ennemis. Cette sévérité de la part du ministère public était d'autant plus surprenante que beaucoup d'autres duels récents, et plus en contravention avec les formes usitées que celuici, n'avaient point provoqué d'enquêtes et amené de rigueurs. Des bruits étranges circulèrent sur le caractère mystérieux et la position excentrique de Volnay j bien des gens commencèrent à soupçonner en lui un personnage fort important aux yeux des hommes d'étal et caché sous les dehors brillants et les formes futiles d'un homme du grand monde. On fit à ce sujet mille contes, extravagants peut-être, mais qui éveillaient la curiosité générale.

Clarisse de Roni élait du nombre de ces créatures élevées et mystérieuses sur lesquelles le sage ne prononce qu'avec circonspection.

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Pour nous qui , suivant l'exemple de Louise (l'Avaray, admirions cette noble (Marisse, nous qui l'aimions jusque dans ses défauts , nous poursuivrons notre tache et nous écrirons la seconde partie de son histoire.

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