‹ Clarisse HarloveChapitre 105 sur 127 · LO VELA CE, A H. BELFORD · texte numérisé non relu

LO VELA CE, A H. BELFORD

Jendi, K avril.

Il commence par communiquer à son ami la lettre qu’il a écrite à M. Do-

i.f.man, avec l’approbation de miss Clarisse , et la réponse qu’il a

reçue, etc. Ensuite il s’applaudit de son projet.

Tu connais la veuve, tu connais ses nièces, tu connais le logement, astu jamais rien vu de plus adroit que cette lettre de notre ami DotemanTU prévient toutes les objections ; il pourvoit à tous les accidens. Chaque mot est une ruse à l’épreuve.

Qui pourrait s'empêcher de sourire, en voyant ma charmante, qui apporte tant de précautions dans le choix qu’on a déjà fait pour elle, et qui pèse les différentes propositions comme si son dessein était de mo faire croire qu’elle peut avoir d’autres vues! Que dis-tu de cette chère fripponne, qui m : regarde avec la dernière attention, pour découvrir dans mes yeux quelqueapparencedont elle puisse s’aider à lire dans mon coeurî Le puits est trop profond pour être pénétré par ses regards ; c'est de quoi je puis l’assurer, quand ils seraient aussi perça ns qu’un rayon du soleil.

Nulle confiance en moi, ma belle 1 11 est donc clair que vous n’en avez aucune.Si j'étais portés changer de dispositions, vous ne l’êtes donc point à m'encourager par une généreuse confiance à mon honneur ? Eh bien ! il ne sera pas dit, je vous jure, qu’un maître dans l’art d’aimer soit la dupe d'une novice.

Mais admire donc celte charmante, qui, dans la satisfaction qu'elle ressent de mon artifice, emprunte de moi la lettre de üoleman, pour la communiquer à sa chère miss Howe I Sottes petites coquines! pourquoi se fier, dans tous leurs détours, à la force de lour propre jugement, lorsque l’expérience est seule capable de leur apprendre à parer nos attaques, et de leur donner la prudence de leurs grand’mères? Alors, sans doute, elles peuvent monter en chaire, comme d’autres Cassandres, et prêcher la défiance à celles qui ont la patience de les écouter, mais qui ne profileront pas de leurs leçons mieux qu'elles, aussitôt qu’un jeune et hardi libertin, tel que moi, viendra croiser leur chemin.

CLARIS** HARLOVK.

N’es-tu pas étonné, Belford, que ce rusé coquin de Doleman ait nommé la rue do Douvres pour celle de notre bonne veuveî Quel crois-tu qu'ait été son dessein T Tu ne le devineras jamais. Ainsi, pour t'en épargner l’embaras, suppose que quelque officieuse personne (miss Howe est fine et active comme le diable ) prenne la peine d’aller aux informations, pour s’assurer des caractères. Lorsque, dans cette rue, on ne trouvera ni les mêmes noms, ni un tel appartement, ni même une maison qui ressemble à ce qu’on cherche, le plus habile chasseur d'Angleterre ne tombera-t-il pas en défautT

Comment empêcher, me demandes-tu, que la belle ne s’aperçoive de la tromperie, et que la défiance n’augmente oncore lorsqu’elle se verra dans une autre rue?

Ne t’embarrasse point. Ou je trouverai quelque nouvelle ruse, ou nous serons déjà si bien ènsembie qu’elle prendra tout de bonne grâce ; ou, si je ne suis pas plus avancé qu’aujourd'hui, elle commencera peut-être à me connaître assez pour n’être pas étonnée de celle peccadille.

Mais comment empêcherai-je que la belle n'apprenne à son amie le vrai nom de la. rue ?

Il faut d'abord qu’elle le sache elle -même. Dis, butor, ne faut-il pas qu’elle le sache?

Oui; mais quel moyen d’empêcher qu’elle ne sache le nom de la rue, ou que son amie ne lui écrive dans celle rue, ce qui reviendra au même?

Repose-toi de ce soin sur moi.

Si tu m’objectes encore que Doleman a l'esprit trop épais pour avoir (ait cette réponse à ma lettre... Est-il si difficile de s’imaginer que pour en épargner la peine à l’honnête Doleman, moi qui connais si bien la ville, je lui ai envoyé son modèle, et je ne lui ai laissé que le soin de transcrire?

Que dis-tu de moi, Belford?

Et si j’ajoute que je t’avais destiné cette commission, et que la belle s’y est opposée par la seule raison qu'elle connaît mon estime pour toi, que dirais-tu d'elle?

C’est à présent que je vois bien loin devant moi, et que j’ai du loisir de reste. Conviens que ton ami est un homme incomparable. Que je te trouve petit du sommet de ma gloire et de mon excellence! Ne t'étonne pas que je te méprise sincèrement ; on ne peut avoir si bonno opinion de soi-même sans mépriser à proportion tout le reste du genre humain.

Je compte de tirer bon parti du mariage prétendu dont on me félicite. Mais je ne veux pas te communiquer à la fois toutes mes vues. D'ailleurs, cette partie de mon projet n'est pas encore tout A lait digérée. Un général qui est obligé de régler ses démarches par celles d’un adversaire vigilant ne peut répondre de ce qu’il fera d’un jour è l'autre.

La veuve Sinclair, entends-tu Belford? Oui, Sinclair, je le répète, et garde-toi de l’oublier ; elle ne portera point d’autre nom. Comme elle a de grands traits et l’air hommasse, je la supposerai descondue de quelque montagnard d'Ecosse. Son mari, le colonel (grave cela aussi dans ta mémoire), était un Ecossais honnête homme, et brave comme César.

Dans toutes mes inventions , je n’oublie jamais les bagatelles. Elles servent quelquefois plus qu'un millier de sermeos et de protestations, qui n'ont été inventés que pour y suppléer, surtout lorsqu'il faut prévenir les soupçons d'un esprit défiant.

CLARISSE IURLOVE.

Tu tomberais d’admiration, si tu savais la moitié seulement de mes prévoyances. Je veux que lu eu juges par un exemple. J'ai déjà eu la bonté d'envoyer un catalogue de livresque je fais acheter pour le cabinet de ma charmante, la plupart de la seconde main, afin qu’ils ne passent pas pour un meuble inutile; et tu sais que les dames de cette maison ne sont pas mal versées dans la lecture. Mais je me garde bien de trop promettre à ma belle ; il faut laisser quelque ch»seaux soins de la veuve, mon ancienne amie , qui m'a secondé à merveille dans ane infinité d'autres entreprises, et qui se croirait offense: si je paiaissais me délier de son habileté.

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