‹ Clarisse HarloveChapitre 112 sur 127 · JOSEPH LEMAN, A H. HUBERT LOVELACE · texte numérisé non relu

JOSEPH LEMAN, A H. HUBERT LOVELACE

16 avril.

Il informe M. Lovelace de 1a persécution à laquelle ses maîtres se préparent contre lui, pour le rapt de miss Bettcrton, qu'il avait enlevée à sa famille, et qtu étant morte en couches avait laissé un enfant de lui, encore vivant, dont on l'accusait de ne prendre aucun soin. Joseph lui apprend, avec sa simplicité ordinaire, que ses maîtres donnent le nom d'infâme à cette aventure ; mais il espère, dit-il, que Dieu ne permettra pas quelle le soit, quoiqu'on publie que M. Lovelace a été obligé de quitter le royaume pour se mettre à rouvert, et que la désir de voyager n'a été qu'un prétexte. Il ajoute que c'est une des histoires que H. Solmcs aurait souhaité de pouvoir raconter il mademoiselle Clarisse si elle avait été disposée h l'écouter.

Il prie M. Lovelace de lui avouer si cette affaire peut mettre sa vie en danger; et, par l’afTcction qu'il lui porte, il souhaite qu’il ne soit pas pendu, comme un homme du commun, mais qu’il n’ait que la tète coupée; et qu’il ait la bonté de sn souvenir de lui avant la sentence, parce qu’il a entendu dire que tous les biens des criminels appartiennent au roi ou à la justice.

11 lui marque que le capitaine Singleton est souvent en conférence secrète avec son jeune maître et sa jeune maîtresse, et que son jeune maître a dit, en sa présence, au capitaine, que son sang bouillait pour la vengeance ; qu’en môme temps, son jeune maître a fait l’éloge de lui, Joseph, en vantant au capitaine sa fidélité et son entendement. Ensuite il offre sc3 services à M. Lovelace, pour prévenir les accidens fâcheux, et pour mériter sa protection, dans la vue qu’il a de prendre l’hôtellerie de l’Ourj bleu, dont on lui a dit beaucoup de bien. Ce n’est pas tout, ajoute-t-il. La jolie ourse, c’esl-à-dire Beily Barnes, lui roule aussi dans la lôte. Il espère qu’il pourra l’aimer plus que H. Lovelace no voudrait, parce qu’elle commence à lui paraître de bonne humeur, et a l’écouter avec plaisir lorsqu’il parle de l'Ours bleu, comme si elle était déjà dit-il, pour continuer la ligure, au milieu de l'orge et des fèves. Il demande pardon là-dessus, pour ce bon mot qui lui échappe ; parce que tout pauvre qu’il est, tla toujours aimé l'agréable plaisanterie.

Il dit que sa conscience lui reproche quelquefois ce qu’il a lait ; cl qu’il croit que, sans les histoires que M. Lovelace lui a fait raconter dans la famille, il aurait été impossible que le père et la inère eussent eu le cœur si dur ; quoique M. James et mademoiselle Arabeile aient beaucoup de malice. Ce qui lui parait le pire, c'est que M. et madame Harlove ne pourront jamais bien éclaircir les affaires avec mademoiselle Clarisse, parce qu’ils croient que toutes ces histoires sont venues de la bouche du valet do chambre de M. Lovelace. 11 se gardera bien de les détromper, de peur, «lit- U, que M. Lovelace ne tue son valet dochambrect lui aussi, pour rejeter leur mûri sur ceux qui ont commencé à vouloir les corrompre. Cependant, il cia nt bien dans le fond de n’èlru qu’un misérable. Mais il n’en a jamais eu l’intention.

11 espère aussi que si ta très chère et très honorée jeune maîtresse, mademoiselle Clarisse, se laissait aller à mal, M. Lovelace voudra bien se

souvenir de l’abreuvoir de l'Ours bleu (1). Mais il prie le ciel de le préserver de toute mauvaise vue, comme de toute mauvaise action. N'étant pas encore fort vieux, il espère qu’il aura ln temps do se repentir, s’il pèche par ignorance, et puis M. Lovclace est un homme de grande qualité et de grand esprit, qui est capable de répondre de loin, pour un pauvre domestique tel que son très humble et très fidèle serviteur,

Joseph Léman.

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