‹ Clarisse HarloveChapitre 114 sur 127 · LETTRE CXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXV

XUSS CLARISSE HARLOVE, A MADAME DKRVEV.

Jeudi, 20 avril.

Madame ma très honorée tante.

N'ayant pas reçu de répoure à une lettre que j’ai pris la liberté de vous écrire le 14, je me flatte, pour ma consolation, qu'elle n’aura point été jusqu'à vous; car il sic serait trop moriiüaal de penser que ma tante Hervey me juge indigne de ton attention.

Dans cette espérance, ayant conservé une copie de ma lettre, et ne pouvant m’exprimer dans des termes qui conviennent mieux aux malheureuses circonstances, ju la transcris, je 1a mets avec celle-ci sous une enveloppe commune, et je vous supplie très humblement d'appuyer de votre crédit ce qu'elle contient.

U est toujours en mon pouvoir d'exécuter les mêmes offres, et rien ne serait plus affligeant pour mot que de me voir précipitée dans d'autres mesures, qui rendraient nu réconciliation plus difficile.

S’il m’était permis, madame, de vous écriro avec l’espérance d’une réponse, jo suis en étal de justifier mes intentions dans la démarche où je me suis engagée; quoiqu’aux yeux de mes plus rigoureux juges je ne me Batte pas de pouvoir éviter quelque reproche d’imprudence, four vous, j'en suis sdr, vous auriez pitié de moi, si vous saviez tout ce que j'aurais h dire pour ina défense, et combien je me crois misérable d'avoir perdu l’estime de tous mes amis.

Il n’est pas encore impossible de m'y rétablir. Mais, quelle quo soit ma sentence au château d'Harlove, ne me refusez pas, ma chère tante, quelques lignes de réponse, pour m'apprendre s'il n'y a point d’e-pérance de réconciliation, h des conditions moins choquantes que celles qu'on a voulu m'imposer: ou, tn’en préserve le ciel I si je suis abandonnée sans retour.

Du moins, ma chère tante, prociircz-mm la justice que j’ai demandée dans une lettre à ma sœur, pour mes habits et pour la petite somme d'argent, afin quo je ne me trouve pas destituée des commodités les plus simples, et dans la nécessité d’avoir obligation à ceux auxquels je souhaiterais le moins d’accorder cet avantage sur moi. Permettez-moi d’observer que si ma démarche était venue d'un dessein formé, j'aurais pu du moins, avec l’argent et los pierreries, m'épargner les mortifications que j'ai souffertes, et qui no peuvent qu'augmenter si ma demande est rejetée.

Si vous obtenez la permission do recevoir les éelaircisscmens que je vous offre, je vous ouvrirai le fond de tnon cœur, et je vous informerai de tout ce quo vous ignorez.

Si l'on se propose de me mortifier, ah ! faites bien connaître que je le suis excessivement, cl que c’est néanmoins par mes propres reflexions que je le suis, n'ayant point de plaintes à faire de la personne dont ou appréhendait toutes sortes de maux.

Le porteur de ma U ltra a quelques affaires dans votre quartier, qui lui donneront le temps d'attendre votre réponse, si vous m'accordez celte faveur, et de me l'apporter samedi au malin. C'est une occasion que je n’avais pas prévue. Je suis, etc.

P. S. Personne ne saura jamais que Vous ayez eu la bonté de m’écrire, si vous souhaitez que votre réponse demeure secrète.

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