‹ Clarisse HarloveChapitre 117 sur 127 · MADAME HF.RYKY , A MISS CLARISSE IIARI.OVE · texte numérisé non relu

MADAME HF.RYKY , A MISS CLARISSE IIARI.OVE

Vendredi. 22 avril.

Chère nièce,

Il serait bien dur de refuser quelques lignes aux instances d'une nièce que j’ai toujours aimée. J'ai reçu votre première lettre, mais je n'ai pa , eu la liberté d’y répondre, et je viole ma promesse pour vous écrire actuellement.

Quelles étranges nouvelles on reçoit de vous tous les jours! Le misérable avec qui vous êtes, triomphe, dit-on, et nous brave à chaque instant. Vous connaissez son indomptable caractère. Quoiqu'on ne puisse vous refuser des qualités admirables, son humeur lui est plus chèic que vous. Combien de fois vous ai-je avertie I Jamais une jeune personne nu l’a été plus que vous. Miss Clarisse Harlove s’oublier jusqu’à ce point!

Vous deviez attendre le jour marqué pour l'assemblée de vos amis. Si votre aversion s’était soutenue, ils auraient eu la complaisance de céder. Aussitôt que j’ai su moi-même quelle était leur intention, je me suis hâtée de vous le faire enteudre. en termes obscurs peut-être ; mais qui se serait imaginé... O miss! Une fuite si artificieuse! Tant de ruse dans les préparatifs!

Vous m’offrez des éclaircissomens. Eh! que pouvez-vous éclaircir? N’êtes-vous pas partie, et partie avec Lovelace? Que voulez- vous donc éclaircir?

Votre dessein, dites- vous, n’était pas de partir. Pourquoi vous êtes-vous trouvée avec lui? Le carrosse à six chevaux, les gens à cheval, tout n’était-il pas préparé? O ma chère! comme l'artifice produit l’artifice! Est-il croyable que ce n’ait pas été votre dessein? Si vous voulez qu’on le croie, quel pouvoir faut-il lui supposer sur vous? Luil qui? Lovelace; le plus infâme des libertins; sur qui? sur Clarisse Harlove. Votre amour pour un homme de ce caractère était-il plus fort que votre raison, plus fort que votre courage? Quelle opinion cette idée donnerait- elle de vous? Quel remède apporterait-elle au mal? Ah! que n’avez-vous attendu le jour de l'assemblée?

bi 2 omisse hsslove.

Je veux tous apprendre ce qui devait s'y passer. On s'imaginait, à la vérité, que vous ne résisteriez pas aux prières et aux ordres de votre père, lorsqu’il vous aurait proposé de signer les articles. 11 était résolu de vous traiter avec une condescendance paternelle, si vous ne luiaviez pas donné de nouveaux sujets de colère. « J'aime ma Clarisse, disait-il une heure avant l'affreuse nouvelle ; je l’aime comme ma vie. Je me mettrai à genoux devant elle, s’il ne me reste que cette voie pour la faire consentir à m’obliger. » Ainsi, par un renversement d’ordre assez étrange, votre père et votre inère se seraient humiliés devant vous; et si vous aviez pu les refuser, ils auraient cédé, quoiqu'à regret.

Mais on présumait que du caractère doux et désintéressé dont on vous avait toujours crue, tous les dégoûts possibles pour l'un des deux hommes ne vous rendraient pas capable de cette résistance, à moins que votre entêtement pour l'autre ne fût beaucoup plus fort que vous n’aviez donné raison de le croire.

Si vous aviez refusé de signer, l’assemblée du mercredi n’aurait été qu'une simple formalité. On vous aurait présentée à tous vos amis avec une courte harangue : « La voilà celle jeune lllle, autrefois si soumise, si obligeante, qui se fait gloire aujourd’hui de son triomphe sur un père, sur une mère, sur des oncles, sur l'intérêt et les vues de toute une famille, et qui préfère sa propre volonté à celle de tout le monde; pourquoi? parce qu'entre deux hommes qui demandent sa main, elle donne la préférence à celui qui est décrié pour ses mœurs. »

Après avoir accordé aiusi la victoire et peut-être après avoir prié le ciel de détourner les suites de votre désobéissance, on en aurait appelé à votre générosité, puisque le motif du devoir se serait trouvé trop faible, et vous auriez reçu ordre de sortir pour faire encore une demi-heure de réflexion. Alors les articles vous auraient été présentés une seconde fois par quelque personne de votre goût, par votre bonne Norton, peut-être. Votre père aurait pu la seconder par quelques nouveaux efforts. Enfin, si vous aviez persisté dans votre refus, on vous aurait fait rentrer pour le déclarer à l'assemblée. On aurait insisté sur quelques unes des restrictions que vous aviez proposées vous-même. On vous aurait permis d'aller passer quelque temps chez votro oncle Anlonin, ou chez tt.oi, pour attendre le retour de M. Morden ; ou jusqu’à ce que votre père eût pu supporter votre vue; ou, peut-être, jusqu'à ce que Lovelace eût abandonné tout à fait ses prétentions.

Le projet ayant été tel que je vous le représente, et votre père ayant tant compté sur votre soumission , tant espéré que vous vous laisseriez toucher par des voies si tendres et si douces, il n’est pas surprenant qu’il ait paru comme hors de lui-même à la nouvelle de votre fuite, d'une

fuite si préméditée avec vos promenades au jardin, vos soins affectés

pour des oiseaux, et combien d’autres ruses pour noms aveugler tous! Malicieuse, malicieuse jeuno créature 1

Pour moi, je n'en voulais rien croire , lorsqu'on vint me l'annoncer. Votre oncle llervey ne pouvait se le persuader non plus. Nous nous attendions, en tremblant, à quelque aventure encore plus désespérée. IL n’y en avait qu’une, qui pût nous le paraître plus; et j’étais d’avis qu’on cherchât du cûtéde U cascade, plutôt que vers la porte du jardin. Votre mère tomba évanouie, pendant que son cœur était déchiré entre ces deux

CLAUME BAELOVE.

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