‹ Clarisse HarloveChapitre 123 sur 127 · LETTRE CXLII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLII

■ISS HOWE, A MISS CLARISSE HARLOVE.

Mardi, SS avril.

Rappelez votre courage , ne vous livrez point à rabattement , éloignez toutes les idées de désespoir, ma chère amie. L’Être tout-puissant est juste et miséricordieux ; il ne ratifie point de téméraires et inhumaines malédictions. S’il abandonnait sa vengeance à la malignité, à l'envie, à la fureur des hommes , ces noires passions triompheraient dans les plus mauvais coeurs ; et les bons , proscrits par l’injustice des méchans, seraient misérables dans ce monde et dans l’autre.

Cette malédiction montre seulement de quel esprit vos parons sont animés , et combien leurs sordides vues l'emportent sur les sentimens de la nature. C'est uniquement l’effet de leur rago et de l'impétueuse confusion qu'ils ont eue de voir avorter leurs desseins, des desseins qui méritaient d’être étouffés dans leur source ; et ce que vous avez à déplorer n'est que leur propre témérité, qui ne manquera point de retomber sur leurs têtes. Dieu , tout bon et tout-puissant, ne peut confirmer une présomptueuse imprécation qui s’étend jusqu’à la vie future.

Fi t fl ! diront tout ceux qui seront informés de ce débordement de poison ; et bien plus, lorsqu'ils sauront que ce qui porte votre famille à ces odieux excès de ressentiment est son propre ouvrage.

Ma mère blâme extrêmement celte horrible lettre. Etlu a pitié do vous ; et , de son propre mouvement , elle souhaite que je vous écrive , cette fois seulement, pour vous donner un peu de consolation, fl serait affreux, dit-elle, qu'un coeur si noble, qui parait sentir si vivement sa faute , succombât tout à fait sous le poids de ses infortunes.

j'admire votre tante. Quel langagel Prétend-ello établir deux droits et deux torts. Soyez persuadée, ma chère, qu’elle sont le mal quelle a fait, et qu’ils se rendent tous la même justice , de quelque manière qu’ils cherchent à s’excuser. Ils n’entreprendront point , comme vous voyez . de justifier leur conduite et leurs vues par des explications , ils prétendent seulement qu'ils étaient rétolus de se rendre; mais, dans tout le cours de vos ennuyeuses conversations , votre cruelle tante vous a-t-elle donné le moindre espoir qu’ils fussent disposés à se relicherT Je me rappelle à présent, comme vous, ses obscurs avis. Pourquoi, s'il vous plaît, cette obscurité, dans une occasion qui pouvait être d’un si grand avantage pour vous? Etait-il bien difficile à une tante, qui prétend vous avoir toujours aimée, et qui vous écrit aujourd’hui si librement ce qui ■'est propre qu'a vous aflliger, de vous apprendre en conlldcncc, par une ligne, par un mot, le prétendu changement de leurs mesures?

Ne me parlez pas, ma chère, des prétextes auxquels ils ont recours aujourd'hui. Je les regardo comme un aveu tacite de l’infâme traitement qu'ils vous ont fait essuyer. Je garderai le secret de votre tante , ne craignez rien là-dessus. Je ne voudrais pas pour tout au monde que ma mère en fût informée.

' 590 CIAMSM 11ARLOYB.

Vous reconnaîtrez à présent que votre unique ressource est de surmonter vos scrupules, et de vous marier à la première occasion. Ne balançons plus , ma chère j il faut vous déterminer sur ce point.

Je veux vous donner un motif qui me regarde moi-même. J’ai résolu, j'ai fait vœu. (tendre smie I n’en soyez pas fâchée contre moi) de ne pas penser au mariage aussi long-temps que votre bonheur sera suspendu. Ce vœu est une justice que je rends au mari qui m’est destiné parle ciel; car, ma chère, n’est-il pas certain que je serai malheureuse si vous l’êtesî et quelle indigne femmo ne serais-je pas nécessairement, pour un homme dont les complaisances n’auraient pas le pouvoir de contrebalancer dans mon cœur une affliction qu’il n’aurait pas causée?

A votre place, je communiquerais è Lovelace la lettre de votre abominable sœur. Je vous la renvoie. Elle ne passera pas la nuit sous le même toit que moi. Ce sera pour vous une occasion de ramener Lovelace au sujet qui doit faire è présent votre principalo vue. Qu'il apprenne ce que vous souffrez pour lui. Il est impossible qu’il n’en soit pas touché. Je perdrais le sens et la raison si cet homme avait la lâcheté de vous trahir. Avec un mérite si distingué, vous ne serez que trop punie de votre faute involontaire, par la nécessité d’être sa femme.

Je ne voudrais pas que vous vous crussiez trop assurée qu'on ait renoncé au dessein de vous faire enlever. L'expression de celle détestable Arabelle me parait ménagée, pour vous inspirer une fausse sécurité. Elfe croit, dit-elle, que ce dessein est abandonné. Cependant je n'apprends pas de miss Lloyd qu’on ait commencé à le désavouer. Le meilleur parti, lorsque vous serez à Londres, est de vous tenir è couvert, et de (aire passer par deux ou trois mains tout ce qui peut vous être adressé. Je ne voudrais pas, pour ma vie, vous voir tomber par quelque surprise entre les mains de ces odieux tyrans. Moi-même, je me contenterai de vous donner de mes nouvelles par quelque main tierce, et j’en tirerai un avantage qui sera de pouvoir assurer ma mère, ou tout autre dans l’occasion, que j'ignore où vous ôtes. Ajoutez que ces mesures vous laisseront moins de craintes pour les suites de leur violence, s'ils tentaient de vous enlever en dépit de Lovelace.

Mais je vous prie d’adresser directement toutes vos lettres à M. Hickmon, et même votre réponse è celle-ci. J’ai quelques raisons pour lesenhaiter, sans compter que, malgré l'indulgence d’aujourd’hui, ma mère est toujours obstinée dans sa défense.

Le conseil que je vous donne est d’éloigner de tos idées ce nouveau sujet d’affliction. Je connais quelle impression il peut faire sur vous, mais ne le permettez pas. Essayez de le réduire à sa vraie valeur ; l’oublier est au dessus de vos forces; cependant votre esprit peut s’occuper de mille sujets différons de ceux qui sont devant vous. Apprenez-moi. sans vous y arrêter trop, ce que Lovelace aura pensé de l’abominable lettre et de cette diabolique imprécation. Je compte qu’elle amènera naturellement le grand sujet, et que vous n’aurez pas besoin de médiateur.

Allons, ma chère , que votre courage se réveille; c’est à l'extrémité du mal que le bien recommence. Le bonheur vient souvent d'où l’on attend l'infonune. Cette malédiction même, heureusement ménagée, peut devoniruue source de bénédictions pour vous; mais l’espoir du remède s’évanouit avec le courage. N’accotdez pas à vos cruels ennemis l’avantage

CLARISSE 11 A R LOVE. *&3t

do vous faire mourir de chagrin ; car il cgi clair pour moi que c’est ce qu'ils se proposent h présent.

Quelle politesse de vous refuser vos livres, vos pierreries et votre nrgentl Je ne vois que l'argent dont vous ayez besoin. absolu, puisqu’ils daignent vous accorder vos habits. Je vous envoie, par le. porteur, les Mélanges de Norris, où vous trouverez cinquanle guinées dans autant de petits papiers. Si vous m’aimez, ne me les renvoyez pas; il m’en reste h votre service. Ainsi, lorsque v ous arriverez à tendres, si votre logement ou la conduite de votre homme vous déplaisent, quittez sur-fe-diamp l'un et l’autre.

Je vous conseillerai aussi d'écrire sans délai à M. Morden. S’il se dispose à revenir, votre lettre hélera son départ, et vous en serez plus tranquille jusqu'à son arrivée. Mais Lovelace est un imbécile „ s’il n’obtient pas son bonheur de votre consentement, avant que le. retour de votre cousin rende le sien nécessaire.

Courage, encore une fois. Tout s'arrange pour votre bonheur : .ces violences même eu sont le présage. Supposez que vous soyez moi et, que je sois vous (c'est une supposition que vous pouvez {aire, car vos malheurs sont. les miens), et donnez-vous a vous- même les cauïolaùoosque vous me donneriez. J’ai les mûmes idées, que vous de h malédiction des paréos; mais distinguons «oui. qui ont plus à répondre que leurs enipns pour les fautes mêmes dont leur emportement s'autorise. Pour donner quelque vertu à ces horribles imprécations, tes pareils doivent, être sans reproche, et la désobéissance ou l’ingratitude d'un. enfant doit ùUo sans excuse.

Vqilà, dans mes humbles idées, le jour spus lequel votre disgrâce doit frapper mes yeux et ceux du public. Si vous ne laissez pas prendre sur vous trop d’empire à la douleur pt à la.delumce .de votre sort, vous fortifierez ce rayon de. lumière, et vpus l'augmenterez par vos. propres réflexions.

Anne Hong.

LETTRE CXtJIL

,eu>s t.uuisse ÜARI.OVE, a miss uowe.

Errer ,d natta, *6 Avril.

Votre lettre, chère et fidèle miss Howe, m’apporte beaucoup de consolation. Avec quelle douceur j'éprouve la vérité de cette maxime du sage: qu’un ami fidèle est la médecine de la vie!

Votre messager arrive au moment que je pars pour Londres, la cfiajse est à la porte. J’ai déjà fait mes adieux à la bonne veuve, qui m'accorde, h la prière de M. Lovelace, l’aînée de ses filles pour m’accompagner dans le voyage. Cette jeune personne doit retourner dans deux ou (rois jours* avec la chaise, qui sera envoyée au château de milord M„- dans Ho/tfordshire.

J’avais rrçu cette lettre terrible le dimanche, pendant que M. Lovelace était absent. Il s'aperçut, à son retour, de l’excès de ma douleur et, de mon abattement, et ses gens lui apprirent que j’avais été beaucoup pins mal : en effet, je m’étais évanouie deux fois. Je crois que ma tête s’t n ressent comme mon coeur.

H aurait souhaité de voir 1a lettre. Mais je m’y opposais, à cause de»

menaces dont elle est remplie contre lui-même. L’effet qu’elle a produit sur moi ne laissa point de le jeter dans un furieux emportement. J'étais si faible, qu’il me conseilla de remettre mon départ & lundi, comme je me l’étais déjà proposé.

U est extrêmement tendre et respectueux. Tout ce que tous avez prévu de sa part est venu à la suite de ce fatal incident. Il s'est offert à moi

■ avec si peu de réserve, que je me fais un reproche de ma défiance, et de tous l’avoir marquée trop librement. Je vous demande en grâce, ma - très chère amie, de ne faire voir à personne tout ce qui pourrait nuire de mon côté à sa réputation.

Je dois vous avouer que sa conduite obligeante et l'abattement de mon ' esprit, joint à vos avis précédons et aux circonstances de ma situation, me déterminèrent dimanche à recevoir ouvertement ses offres. Ainsi, je dépends à présent de lui plus que jamais. Il me demande à tous momens de nouvelles marques de mon estime et de ma confiance, il confesse qu’il a douté de l’une, et qu’il était prêt à désespérer de l’autre. Comme je m'ai pu me dispenser de quelques aveux favorables pour lui, il est certain que s'il s’en rend indigne, j'aurai bien sujet de blâmer cette violente lettre de ma sœur; car je ne me sens point de résolution. Abandonnée de tous mes amis naturels, avec votre seule pitié pour consolation (pitié restreinte, si je puis ainsi la nommer), je me suis vue forcée de tourner mon cœur affligé vers l'unique protection qui s'est présentée. Cependant votre avis me soutient. Non seulement il a servi à me déterminer; mais,

■ répété dans la tendre lettre que j'ai devant les yeux, il a la force de me faire partir pour Londres avec une sorte de joie. Auparavant, je me sentais comme un poids sur le cœur; et quoique mon départ me parût le

^meilleur et le plus sûr parti, la force me manquait, je ne sais pourquoi à chaque pas que je faisais pour les préparatifs. J’espère qu’il n'arrivera rien de fâcheux sur la route. J'espère que ces esprits violens n’auront pas le malheur de se rencontrer.

La voiture n’attend plus que moi. Pardon, ma très bonne, ma très obligeante amie, si je vous renvoie votre Noms. Dans la perspective un peu plus flatteuse qui commenco à s’ouvrir, je ne Tois pas que votre argent puisse m’être nécessaire. D'ailleurs, j'ai quelque espérance qu’avec mes habits on m’enverra ce que j'ai demandé , quoiqu’on me le refuse dans 1a lettre. Si je me trompe, et s’il m'arrive d’être pressée par le besoin, il me sera aisé d’en instruire une amie si ardente à m’obliger. Mais j’aimerai bien mieux que vous puissiez dire, dans l'occasion, qu'on ne vous fait aucune demande, et que vous n’avez fait aucune faveur de cette nature. Ma vue, dans ce que je dis ici, se rapporte à l'espérance que j’ai de me rétablir dans l'estime de votre mère, qui, après celle de mon père et de ma mère, est ce que je désire le plus au monde.

Je dois ajouter, malgré la précipitation avec laquelle j’écris, que M. Lovelace m’offrit hier de se rendre avec moi chez milord H..., ou de faire venir ici l’aumûnier du château. Il me pressa d’y consentir, en me témoignant même que la célébration lui serait plus agréable ici qu’à Londres. Je lui avais dit qu’il serait temps d’y penser à la ville. Mais, depuis que j’ai reçu votre tendre et consolante réponse, je crois sentir -quelque regret de n’avoir pu me rendre à ses ardentes sollicitations. Cette -affreuse lettre de ma sœur a comme décomposé mon être. Et puis, il y a

CLARISSE BARLOVB.

quelques petites délicatesses sur lesquelles il me serait difficile de passer.. Point de préparation, point d'articles dressés, point de permission ecclésiastique, un fond de douleur continuelle, nul plaisir en perspective, pas* même dans mes plus vagues désirs ; d ma chère I qui pourrait, dans cette situation, penser 11 des engagemens aussi solennels? Qui pourrait paraître prête et l'être si peu?

Si j’osais me flatter que mon indifférence pour toutes les joies de 1a vie vint d'un juste motif, et qu’elle n'ait pas plutôt la source dans l'amertume de mon cœur et dans les mortifications que mon orgueil se lasse d’essuyer, que la mort aurait d'attraits pour moi 1 et que j'épouserais uncercueil bien plus volontiers qu'aucun homme !

En vérité, je ne connais plus de plaisir que dans votre amitié. Assurezmoi qu’il ne me manquera jamais. Si mon cœur devient capable d’endésirer d'autres, ce ne peut être que sur ce fondement.

L’abattement de mes esprits recommence au moment de mon départ. Pardonnez ce profond accès de vapeurs noires qui me dérobent jusqu'à l'espérance, seule ressource des malheureux, dont je n’ai jamais été privée que depuis ces deux jours.

Mais il est temps de vous laisser respirer. Adieu, très chère et très tendre amie. Priez pour votre

Clarisse Hari-ove.

LETTRE CXUV.

MISS BOWE , A MISS CLARISSE HARLOVE.

Jeudi, 97 avril.

Je ne suis pas contente que vous m’ayez renvoyé mon Norris. Mais il faut se rendre à toutes vos volontés. Vous en pourriez dire autant des. miennes. Aucune des deux, peut-être, ne doit espérer de l'autre qu’elle fasse ce qu'il y a de mieux; et peu de jeunes filles néanmoins savent mieux ce quelles devraient faire. Je ne puis me séparer de vous, ma chère; quoique je donne une double preuve de ma vanité dans ce compliment que je me fais à moi- meme. .

C'est de tout mon cœur que je me réjouis de voir un changement si avantageux dans votre situation. Le bien, comme j’ai osé vous le promettre, est venu du mal. Quelle idée aurais-je conque de votre homme, ot quelles auraient dû être ses vues, s’il n'avait pas pris ce parti sur une lettre si infâme et sur un traitement si barbare ; principalement lorsqu’il • en est l’occasion.

Vous savez mieux que personne quels ont été vos motifs; mais jesouhaiterais que vous vous fussiez rendue à des instances si sérieuses. Pourquoi n’auriez-vous pas dû permettre qu'il fit venir le chapelain de milord M...Î Si vous êtes arrêtée par des bagatelles, telles qu'une permission, des préparatifs, et d’antres scrupules de celte nature, votre servante, ma chère. Vous ne sentez donc pas que la grande cérémonieest un équivalent pour toutes les autres. Gardez-vous de retomber dans vos mélancoliques délicatesses, jusqu’à préférer un drap mortuaire à ce qui doit faire l’objet du vos désirs, lorsque vous l'avez actuellement entre les mains, et lorsqu'il est vrai, comme vous l'avez dit dans une occasion plus juste, qu'on n’a pas liberté de mourir quand on veut. Mais je ne sais

CLARISSE ItAKLOVK.

quelle élrange perversité de la nature humain ' bit désirer dans l'éloignement ce qu’on méprise aussitdl qu’on croit y toucher.

V (tus n’avez à vous proposer qu’un seul point. CVsl le mariage. Qu’il ne larde plus, je vous en supplie. Abandonnez le reste à la Providence, et fiez- vous à sa conduite. Vous aurez un très bel homme, un homme agréable, qui ne manquerait pas de sagesse, s'il n’olaiipas si vain de ses Laleiis, et possédé de l’esprit de libertinage et d'intrigue. Mais tandis que les yeux d’une inünité de femmes, séduits par une si belle figure et par dus qualités si brillantes* entretiendront sa vanité, vous prendrez patience, en attendant que les cheveux gris et la prudence enlreiit ensemble sur la scène. Pouvez-vous espérer que leul se réunisse pour tous dans le même homme ?

Je suis persuadée que M. lliokman ne connaît point de voies détournées; mais il marche do mauvaise grâce dans la voie droite. O pendant iiickaian, quoiqu’il ne plaise point à mes yeux, et qu'il amuse peu mes oreilles, n'aura rien de choquant, je m'imagine, pour ces deux organes. Votre homme, cumme je vous le disais dernièrement, soutiendra sans cesse votre altenliun ; vous serez toujours occupée arec lui. quoiqu'un peu pins, peut-être, de vos craintes que de vos espérances : tandis que llickuiau ne sera plus capable de tenir une femme éveillée par ses discours, que de troubler son' sommeil par de fâcheuses aventures.

Je crois savoir à présent sur lequel des deux une personne aussi prudente que vous aurait d’abord Tait tombfer son choix; et je ne doute pas non plus que vous ne puissiez deviner lequel j’aurais choisi, si j’avais eu cette liberté. Mais, Itères comme nous sommes, celle qui l’est le plus ne peut que refuser ; et la plupart se déterminent â recevoir un homme à demi digne d’elles, dans la crainte qu’on ne leur offre quelque chose de pis.

Si nos deux hommes étaient tombés à des esprits de la trempe du leur, quoiqu’à la longue M. Lovelace pût avoir été trop fort pour mai, je me figure que pendant lus six premiers mois, du moins, je lui aurais rendu peine de coeur pour peine de cœur : peudanl que vous, avec mon doucereux berger, vpus auriez coulé des jours aussi serein*, aussi calmes, aussi compassés que l’ordre des saisons, et ne variant, comme elles, que pour apporter autour de vous une abondance continuelle d’utilités et d’agréniens.

J'aurais continué dans le même style. Mais j’ai été interrompus par ma mère, qui est entrée subitement et d’un air qui portait la défense, en me faisant souvenir qu elle ne m’avait accorde la permission que pour une fois. Elle a vu votre odieux oncle, et leur conférence secrèie a duré longtemps. Ces allures me chagrinent beaucoup.

U faudra que je garde ma lettre, en attendant de vos nouvelles; car je oc sais plus où vous l’envoyer. N’oubliez pas de me donner pour adresse un lieu tiers, comme je vous en ai prié.

lia mère m'ayant pressée, je lui ai dit qu’à la vérité c’élail & vnusque j’écrivais, mais que c’élait pour mon seul amusement, et que j* ne savais pos où vous adresser ma lettre.

J'espère que la première des vâires m’apprendra votre mariage, quand vous devriez m'apprendre par la seconde que vous avez à faire au plus ingrat de tous les monstres, comme il serait nécessairement s’il n’était pas le plus tendre de tous les maris.

CLARISSE ITASLOVR.

J’ai dit que ma mère me chagrine beaucoup ; mais j’aurais pu dire, dans vos termes, qu'elle m'a comme dèeompotie. Croiriez -vous qu’elle prétend catéchiser Ilickman pour la part qu’elle lui suppose à notre correspondance , et qu'elle le catéchise très sévèrement , je vota en assure. Je commence è croire que je ne suis pas sans quelque sentiment de pitié pour le pitoyable personnage ; car je 11e puis souffrir qu'il soit traité comme un sol par toute autre que moi. Entre nous, je crois que la bonne dame s’est un peu oubliée. Je l’ai entendue crier très haut. Elle s’est peut-être imaginée que mon père était revenu au monde. Cependant la docilité de l'homme devait la détromper; car je m'imagine, en rappelant le passé, que mon père aurait parlé aussi haut qu'elle.

Je sais que vous me blâmerez de toutes mes impertinences; mais no rôtis ai-je pas dit qu’on me chagrino T Si je ne m’en ressentais pas un peu, on pourrait douter de qui je suis fille des deux côtés.

Cependant vous ne devez pas me gronder trop sévèrement , parce que j’ai appris de vous do ne pas défendre mes erreurs. Je reconnais que j’ai eu tort , et vous conviendrez que c'est assez, ou vous ne seriez pas aussi généreuse ici que vous l’êtes toujours.

Adieu, ma chère. Je dois, je veux vour aimer, et vous aimer touto ma vie. Je le signe de mon nom. Je le signerais de mon sang, comme le plus cher et le plus saint de tous les devoirs.

Avsk IIowr.

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