‹ Clarisse HarloveChapitre 124 sur 127 · LETTRE CXLV · texte numérisé non relu

LETTRE CXLV

■ISS HOWE, * MISS CLARISSE IURLOVE.

Jeudi , 27 avril.

On juste intérêt m’a fait approfondir si vos parens étaient sérieusement résolus, avant votre départ , de renoncer à leurs mesures comme votre tante ne fait pas difficulté de vous en assurer dans sa lettre. En rapprochant différentes informations, les unes tirées de ma mère par les confidences de votre oncle Antonin , les autres de votre soeur par miss Lloyd, et quelques unes par une troisième voie que je ne vous nommerai point à présent , j’ai raison de croire que je puis vous donner le récit suivant pour une vérité certaine.

On n'avait aucune disposition à changer de mesures jusqu'aux deux ou trois derniers jours qui ont précédé votre départ. Au contraire, votre frère et votre sœur, quoique sans espérance de l'emporter en faveur de Soimes, étaient résolus de ne se relâcher de leurs persécutions qu’après vous avoir poussée à quelque démarche qui , avec le seconrs de leurs bons offices, vous aurait fait juger indigne d’excuse par tes êtres h demi raisonnables qu'ils avaient à faire mouvoir.

Mais enfin , votre mère, lasse et peut-être honteuse du rôle passif qu'elle avait joué jusque alors, prit le parti de déclarer à miss Arabelle qu’elle était déterminée à mettre tout en usage pour finir les divisions domestiques, et pour engager votre oncle Harlove à seconder ses efforts.

Cette déclaration alarma votre frère et votre sœur. Ce fut alors qu’on résolut de changer quelque chose au premier plan. Les offres de Soimes étaient néanmoins trop avantageuses pour être abandonnées ; mais on prit un nouveau tour qui fut d’engager votre père à des excès de bonté

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et de condescendance. On s’en promit môme [dus de succès que de la rigueur; et telle, comme ils le publient, devait être votre dernière épreuve.

Au fond, ma chère, je crois que le succès de celle voie aurait répondu à leurs espérances. Je ne doute pas un moment que si votre père eût consenti à fléchir le gonou , c'esl-è-dire à faire pour vous ce qu'il n'a jamais fait que pour Dieu , il n’eût tout obtenu d'une fille telle que vous. .Mais ensuite, que serail-il arrivé? Peut-être auriez-vous consenti à voir f.ovclace , dans la vue de l’apaiser et de prévenir les désastres ; du moins, si votre famille vous en avait laissé le temps , et si le mariage n'avait pas été brusqué. Croyez-vous que vous fussiez revenue librement de cette entrevue ? Si vous la lui aviez refusée , vous voyez qu'il était résolu de leur rendre une visite , et bien escorté ; et quelles en auraient été les suites ?

Ainsi, nous ne savons pas trop si les choses n’ont pas tourné au mieux quoique ce mieux ne fût pas à désirer.

J'espère que votre esprit sensé et capable de réflexion fera l'usage qu’il convient do cette découverte. Qui n'aurait pas la patience de soutenir un grand mal, s'il pouvait se persuader que la Providence l'a permis, dans sa bonté, pour le garantir d'un plus grand ; surtout s’il avait droit comme vous de se reposer tranquillement sur le témoignage de son propre cœur?

Permettez que j’ajoute une observation. Ne voyons-nous pas , par le récit que je vous ai fait, les services que votre mère aurait pu vous rendre si l'autorité maternelle s’était fortement déclarée en faveur d’une fille qui avait de son cûlé le double droit du mérite et de l'oppression?

Adieu, ma chère. Je suis pour jamais h vous.

Anne Howe.

Miss Ilarlove, dans sa réponse à la première de ces deux dernières lettres, gronde son amie de donner si peu de poids à ses avis, par rapport à sa mère. On eroit devoir en insérer ici quelques extraits, quoiqu’un peu avant le temps.

Je ne répéterai pas, dit-elle, ce que je vous ai déjà écrit eu faveur de M. Ilickman. Je vous rappellerai seulement une observation que vous m'avez entendue faire plus d’une fois : a C’est que ayant survécu à votre première passion , vous n’auriez que do l'indifférence pour ce second amant, quand il aurait les perfections d’un ange. »

Les motifs qui m'ont fait suspendre la célébration , continuo-l-elle, n’ont pas été de simples scrupules de formalité. J’étais réellement fort mal. Je no pouvais soutenir ma tète. La fatale lettre m'avait percé le ccuur. D’ailleurs, ma chère, devais-je être aussi ardeoto à profiter de ses offres, que si j’eusse appréhendé qu’il ne me les répétât jamais ?

Dans la seconde lettre, elle fait les réflexions suivantes, entre plusieurs autres.

« Ainsi, ma chère, vous paraissez persuadée qu'il y a du destin dans mon erreur. Je reconnais ici l’amie tendre et remplie d’égards. Cependant, puisque mou sort est déclaré , comme il a fait, plût au ciel que le caractère de mon père fût à couvert de reproche aux yeux du public ; ou du moins celui de ma mère, qui a fait l'admiration de tout le monde avant la naissance de nos malheureux troubles domestiques? Que personne ne

sache de vous qu’en faisant valoir à propos ses rares taleos, elle aurait pû sauver une fille infortunée. Vous observerez, ma chère, qu’avant qu’il fût trop tard, lorsqu’elle a vu qu'il n’y avait pas de fin aux persécutions de mon frère, elle avait pris la résolution d’agir avec force ; mais sa téméraire fille a tout précipité par la funeste entrevue et lui a fait perdre le fruit de ses indulgeus desseins. Ah ! ma chère , je suis convaincue à présent, par une triste expérience, qu’aussi long-temps que des enfans sont assez heureux pour avoir des parens ou des gardiens qu'ils pussent consulter, ils ne doivent pas présumer (non, non, jamais, même avec les plus pures intentions) de suivie leurs propres idées dans les affaires d’importance.

» Je croyais entrevoir, ajoute missClarisse, un rayon d’espérance pour ma réconciliation futur' , dans l'inteotion que ma mère avait de s’employer eu ma faveur, si je n 'avais pas ruiné son projet par ma coupable démarche. Cette favorable idée se fortifie d’autant plusquo le crédit de mon oncle Hartove serait sans doute d’un grand poids, comme le pense ma mère, s’il avait la bonté d’entrer dans mes intérêts. Peut-être me convient-il d’écrire à ce cher oncle, si je puis en trouver l'occasion, ou la faire naître. »

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