‹ Clarisse HarloveChapitre 23 sur 127 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

MISS CLARISSE HARLOVK, A MISS HOWE

Samedi après midi.

Je suis arrêtée. Hannah portera ma lettre au dépôt. Elle a rencontré ma mère, qui lui a demandé où j’étais, el qui lui a donné ordre de me venir dire qu'elle allait monter, pour s’entretenir avec moi dans mon propre cabinet. Je l’entends venir. Adieu, ma chère.

La conférence est finie, mais je ne vois que de l'augmentation dans mes peines. Ma mère ayant eu la bonté de m’avertir que cet entretien sera le dernier effort pour me persuader, je serai aussi exacte dans le détail que ma tête et mon cœur me le permettront.

En entrant dans ma chambre : — J'ai fait avancer le dîner, m'a-t-efle

CLARISSE IIARLOVE.

dit, et j’ai dîné fort vite, dans la seule vuo do conférer avec vous. Et jo vous assure que cetto conférence sera la dernière qui me sera permise, et que je serai portée moi-méme à désirer, si je vous trouve aussi rebelle que plusieurs se l'imaginent. J’espère que vous tromperez leur attenlo et que vous ne ferez pas connaître que je n’ai pas sur vous tout le poids que mérite mon indulgence.

Votre père dîne et soupe chez votre oncle, pour nous donner une pleine liberté. Comme je dois lui faire mon rapport à son retour, cl que j’ai promis de le faire très fidèlement; il prendra par rapport à vous les mesures qu’il jugera convenables

J'allais parler. — Ecoutez, Clarisse, ce que j’ai à vous dire, avant que vous ouvriez la bouche pour me répondre, à moins que vous ne soyez disposée à la soumission... Dites, l’êles-vous? Si vous l'êtes, vous pouvez vous expliquer.

J'ai gardé le silence.

Elle m'a regardée d'un air inquiet et douloureux. — Point de soumission, je le vois. Une fille jusqu’à présent si obéissante!... Quoi! vous ne pouvez, vous no voulez pas parler comme je vous le dis? Et me rejetant en quelque sorte de la main : — Eh bien I continuez de vous taire. Je ne souffrirai pas plus que votre père une contradiction si déclarée.

Elle s’est arrêtée, avec un regard incertain, comme si elle eût attendu mon consentement.

Je n'ai pas cessé de garder le silence, les yeux baissés et mouillés de larmes.

— Oiilleopinultre! mais ouvrez la bouche, parlez 1 Etes-vous résolue de nous faire tète à tous, dans un point sur lequel nous sommes tous d’accord?

— M'est-il permis, madame, de vous adresser mes plaintes?

— Que vous serviront les plaintes, Clarisse! Volro père est déterminé. Ne vous ai-je pas dit qu’il n’y a point à reculer? que l'honneur et l’avantage de la famille y sont également intéressés? Soyez do bonne foi. Vous l’avez toujours été, même contre vos propres intérêts. Qui doit céder à la fin, nu tout le monde à vous, ou vous à tous autant que nous sommes? Si votre dessein est de vous rendre lorsque vous aurez reconnu qu’il vous est impossible de l’emporter, rendez-vous de bonne gr.lce, car il faut vous y résoudre, ou renoncer à la qualité de notre fille.

J’ai pleuré, ne sachant que dire, ou plutêt ne sachant comment je devais exprimer ce que j’avais à dire.

— Apprenez qu'il y a des nullités dans le testament de votre grandpère. 11 ne vous reviendra pas un shclling de celte terre, si vous re fusez de vous soumettre. Votre grand-père vous l'a laissée, comme une récompense do votre respect pour lui et pour nous. Elle vous sera étée avec justice, si...

— Permetlcz-moi, madame, do vous assurer que si elle m’a été léguée injustement, je ne souhaite pas de la conserver. Mais on n'a pas manqué sans doute, d’instruire M. Solmes de ces nullités.

— Voilà, m’a-t-elle dit, une petite réponse assez effrontée. Mais faites réflexion qu’en perdant cette terre par volro obstination , vous perdez entièrement l'affection de votre père. Alors que deviendrez-vous ? Que vous restera-t-il pour vous soutenir ? Et tous ces beaux systèmes de générosité et de bonnes actions, ne faudra-t-il pas y renoncer?

—Dans une si malheureuse supposition, lui ai-je dit, je serai obligée de me conformer aux circonstances. On ne demande beaucoup qu'à ceux qui ont reçu beaucoup. Je devais bénir ses soins et ceux de la bonne madame Norton , pour m'avoir appris h me contenter de peu ; de bien moins, si elle me permettait de le dire, que mon père n’avait la bonté de me donner tous les ans. Je me suis souvenue alors do l’ancien Romain et de ses lentilles.

— Quelle perversité! a repris ma mère. Mais si vous faites fond sur la faveur de l’un ou de l'autre de vos deux oncles , rien n’est plus vain que celte espérance. Vous serez abandonnée d’eux , je vous assure , si vous l’êtes de votre père. Ils vous renonceront aussi pour leur nièce.

J'ai répondu que j'étais extrêmement affligée de n’avoir pas eu tout le mérite nécessaire pour faire des impressions plus profondes sur leur cœur ; mais je ne cesserai pas de les aimer et de les honorer pendant toute ma vie.

. — Tout ce langage, m’a-t-elle dit, ne servait qu’à mettre en évidence

ma prévention en faveur d’un certain homme. En effet, mon frère et ma sœur n’allaient nulle part où l'on ne parlât de celte prévention.

— C'était un grand sujet de chagrin pour moi, ai-je répondu , d'être en proie, comme elle le disait, aux discours publics; mais je lui demandais la permission d'observer , que les auteurs de ma disgrâce dans le sein de la famille , ceux qui parlaient de ma prévention au dehors , et ceux qui lui en venaient faire le récit, étaient constamment les mêmes.

Elle m'a beaucoup grondée de cette réponse. J’ai reçu ses reproches en silence.

— Vous êtes obstinée , Clarisse. Je vois que vous êtos obstinée. Elle s’est promenée datis la chambre d’un air chagrin. Ensuite se tournant vers moi : — Je vois que le reproche d’obstination ne vous effraie pas. Vous n’avez pas d’empressement à vous justifier. Ma crainte était de vous expliquer tout ce que je suis chargée do vous dire, s’il demeure impossible de vous persuader. Mais je m'aperçois que j'ai eu trop bonne opinion de votre délicatesse et de votre sensibilité... Une jeune créature si ferme et si inflexible ne sera pas déconcortée de s’entendre déclarer que les articlos sont actuellement dressés, et que dans peu de jours elle doit recevoir l’ordre de descendre, pour les entendre lire et pour les signer; car il est impossible , si votre cœur est libre, que vous y trouviez le moindre sujet d’objection, excepté peut-être qu'ils vous sont trop favorables et à toute la famille.

Je suis demeurée sans voix, absolument sans voix. Quoique mon cœur fût prêt à se fendre, je ne pouvais ni pleurer ni parler.

— Elleétait fâchée, m’a-l-elle dit, de mon aversion pour cet assortiment, (quel nom, ma chère , elle lui donnait!) mais c'était une chose décidée. L’honneur et l'intérêt de la famille y étaient attachés. Ma tante me l’avait expliqué. Elle me l'avait dit elle-même. Il fallait obéir.

Je n’ai pas cessé d’être muette.

Elle a pris la statue dans ses bras; c’est le nom qu'elle m’a donné; elle m'a conjurée d'obéir, au nom de Dieu, et pour l'amour d’ellemême.

J’ai retrouvé alors le pouvoir do remuer la langue et de pleurer.

— Vous m’avez donné la vie, lui ai-je dit en levant les moins au ciel, mettant un genou à terre : une \ie que votre bon'ô et celle de mon père

ont rendue jusqu'à présent très heureuse. Oh ! madame, n'en rendez pas le rosie misérable.

— Votre père, m'a-l-elle répondu, est dans la résolution do ne pas vous voir jusqu'à ce qu'il trouve en vous une fille obéissante, telle que vous l'avez toujours été. Songez que c’est mon dernier effort. C’est le dernier, songez-y bien. Donnez moi quelque espérance, ma chère fille. Mon repos y est intéressé. Je composerai avec vous pour une simple espérance. Et votre père, néanmoins, demande une soumission aveugle, une soumission même de bonne grâce ! Ma fille, donnez-moi du moins de l’espérance.

— Ah! ma très chère, ma très indulgente mère, ce serait tout accorder. Puis-je être une honnête fille et donner des espérances qu’il m’est impossible de confirmer?

Elle a paru fort en colère. Elle a recommencé à m'appeler perverse. Elle m’a reproché de n'avoir égard qu’à mes propres inclinations, et de ne respecter ni son repos ni mon devoir. Il était bien agréable, m'at-elii dit, pour des parons qui avaient fait leurs délices d'une fille pendant son enfance, et qui s'étaient attachés à lui donner une excellente éducation. dans l'attenté de lui trouver un jour de justes senliinens de reconnaissance et de soumission, de ne voir arriver néanmoins le temps qui devait couronner leurs désirs que pour la trouver opposée à son propre bonheur et à leur satisfaction; pour lui voir refuser l'offre d’un riche et noble établissement, et pour fane soupçonner à ses amis inquiets qu'elle veut se jeter entre les bras d'un libertin qui a travé sa famille, quelle qu'en ait pu être l’occasion, et qui a trempé ses mains dans le sang de sou fi ère I

Cependant, lorsqu'elle avait remarqué mon dégoût, clic avait plaidé plus d'uno fois en ma faveur, mais sans aucune apparence de succès. Elle avait été traitée comme une mère trop passionnée, qui, par une blâmable indulgence, voulait encourager un enfant à s’opposer aux volontés d’un péie. Ou lui avait reproché de former deux partis dans la famille; elle et la plus jeune de ses deux filles, contre son mari, ses deux frères, son fils, sa fille aînée et sa sœur llervey. On lui avait dit que lo démêlé de mon frère et de M. Lovelace à part, elle devait être convaincue de l’avantage qui revenait à toute la famille de l'exécution d'un contrat, duquij tant d'autres contrats dépendaient.

E.le m'a répété que lo cœur de mon père y était tout entier ; qu’il aimait mieux, comme il l’avait déclaré, se voir sans fille que d'en avoir une dont il ne pût pas disposer pour son propre bien, surtout lorsque j’avais reconnu que mon cœur était libre, et lorsque lo bien général de toute la famille était attaché à mon obéissance : que les fréquentes dnu- I ms de sa goutte, dont chaque accès devient plus menaçant de jour en jour, ne lui faisaient plus envisager beaucoup de bonlcur dans le monde, et ne lui promettaient pas mémo une longue vie ; qu’i. espérait que moi, qu'on supposait avoir contribué à prolonger celle de so i père, je ne voudrais pas, par ma désobéissance, abréger la sienne.

Ce- te partie du plaidoyer, ma chère, était sans doute la plus touchante. J'ai plturé en silence sur nies propres réflexions. Je ne nie sentais pas la force de répondre. Ma mère a continué : — Quels pouvaient donc être ses motils dans l'empressement qu'il avait pour l'exécution de ce traité, si ce n'était l'honneur et l'agrandissement de sa famille qui , jouissant

CLARISSE IHRLOVE.

déjj d’une fortune convenable au plus haut rang, n’avail plus à désirer que la dislïnclioii ? Qito'qœ* méprisabl s que toutes ces vues pussent être b mes yeux, je savais que j'étais la seule de ma famille b qui elles parussent telles; et mon père se réservait le droit de juger de ce qui convenait au bien de ses enfans. Mon goût pour la retraite, que quelques uns traitaient d’affectation, semblait couvrir des vues particulières. La modestie et l’humilité m’obligeaient bien plutôt de me défier de mon propre jugement, que de censurer des projets que tout le monde aurait formés dans la même occasion.

Je continuais de me taire. Lie a repris encore : — C'était dans la bonne opinion que mon père avait de moi, de nia prudence, de ma soumission, do ma reconnaissance, qu'il avait répondu de mon consentement ; pendant mon absence (même avant mon retour de chiz rniss 11 nve), et qu’il avait entrepris et terminé des contrats qui ne pouvaient plus être annulés ni changés.

— Pourquoi donc, ai-je pensé en moi-même, m'e-l-an fait b mon arrivée un accueil si capable de m'intimider? I» y a bi u d" l'apparenco que CCI argument, comme tous les autres, a été dicté à ma mère.

— Votre père, a-t-elle continué, déclare que votre opposition inattendue et les menaces constantes d M. Lovelace I > persuadent de plus en plus que le temps doit être abrégé, autan pour finir ses propres craintes, de 1 j part d’une enfant qui lui manque de soumission, que pour couper court aux espérances de cet homme-! i. i a d jâ donné ordre qu'on lui envoie de Londres de- échantillons de ce. qu'il y a déplus riche eu étoffes.

Celte idée m’a fait frémir. La respiration m'a manqué. Je suis demeurée la bouche ouverte et comme effrayée de c Ile terrible pi compilation. Cependant j’alla.s m’en plaindre avec chaleur. Ma mémoire se rappelait l'auteur d- cet expédient : — las femmes, disait un jour mon frère, qui ont peine b se décider pour un changement d'elal, peuvent être aisément déterminé ■- par i'c.lat des préparai nas nuptiales e: par la vanité de devenir maîtresses de maison. Mais pour in’écer le temps d'exprimer ma surpri-e et mes répugnances ma mère s’est hélée de continuer : — Mon père, m'a-l-elle dit, pour nmn intérêt comme pour le sien, ne voulait pas demeurer plus long-temps dans une incertitude nuisible b son repos. Il avait même jugé b propos de l'avertir que si elle aimait sa propre tranquillité (quel avis pour une femme telle que ma mère!), et si elle ne voulait pas lui donner lieu do soupçonner qu’elle favorisait secrètement les prétentions d'un vil libertin, Carr.cière, avait-il ajouté, pour lequel loules les femmes, ou vertueuses, ou vicieuses, n’avaient que tropdegoOt, elle devait employer sur moi tout le poids de son autorité; et qu'elle pouvait le faire avec d'autant moins de scrupule, que, de mon propre aveu, j'avais le cœur libre.

Etrange refi xion, j'ose le dire, que celle qui regarde le goût de notre sexe pour un libertin ; du moins dans le cas de ma mère, qui s’est déterminée en faveur de mon père par ( référence sur plusieurs concurrens d'une égale fortune, parce qu ils avaient moins de réputation du cèle des mœurs!

Elle m'a dit encore : — Qu'en la qui' mon père lui avait donné

ordre, si elle ne faisait pa> (dus d’imt ir moi dans celte conférence qu : daas les premières. d> > rn< i iir-!e-champ, et de

m’abandonner b toutes les suit- s ue o|V - ,vic\

CLARISSE ItARLOVE.

Là-dessus, elle m’a pressée avec plus d’instances et de bonté que je ne puis le représenter, de faire connaître à inon père, aussitôt qu’il serait rentre, que j’étais disposée à lui obéir; et sa crainte lui a fait ajouter encore une fois: — Que c’était pour son repos comme pour le mien.

Pénétrée des bontés de ma mère, extrêmement touchée de celte partie de son discours, qui avait rapport à sa propre tranquillité , et à l’injustice qu’on lui faisait de la soupçonner d’une préférence secrète pour l’homme que toute la famille haïssait, sur celui qui était l’objet de mon aversion, j’ai souhaité, ma chère, qu’il ne fût pas absolument impossible d’obéir. Je suis entrée dans de nouvelles réflexions ; j’ai hésité, j’ai considéré. j’ai gardé le silence assez long-temps. Il m'était aisé de remarquer combien mon embarras donnait d'espérance à ma mère. Mais lorsque je suis revenue à penser que tout était l’ouvrage d’un frère et d'une strur poussés par des vues d'intérêt propre et d’envie; que je n’avais pas mérité le traitement que j’essuyais depuis plusieurs jours ; que ma disgrâce était déjà le sujet des discours publics , que mon aversion pour l’homme qui la cause était trop connue pour recevoir jamais d'autres couleurs ; qu’un con-entemcnt paraîtrait moins l'effet du devoir que la marque d'une Ame lâche et sordide, qui chercherait à conserveries avantages d'une grande fortune par le sacrifice de son bonheur ; que ce serait donner à mon frère et à 111a sœur un sujet de triomphe sur moi cl sur M. Lovclaco, qu'ils ne manqueraient pas de se fairo valoir, et qui, malgré le peu d'intérêt que j’y prends, par rapport à lui , pourrait être suivi de quelque fatal désastre : d'un autre côté, la ligure révoltante de M. Soimes, ses manières encore plus désagréables, son jugement si borné, le jugement, ma chère ! la gloire d’un homme! cette qualité si indispensable, dans le chef et le directeur d'une famille, pour se conserver le respect qu’une lionnêtu femme doit lui rendre, ne fût-ce que pour justifier son propre choix, et qu'elle doit souhaiter de lui voir rendre par tout le monde : sans compter que l’inferiorilo do M. Solmes (je puis le dire à vous , et même , je crois , sans beaucoup de présomption ) publierait b tous ceux qui voudraient l’observer, quels auraient dû Cire mes motifs. Toutes ces reflexions, qui nie sont toujours présentes, se réunissant en foule dans mon esprit Je voudrais, madame, ai-je dit, en joignant les mains avec une ardeur où tout mon cœur était engagé, souffrir les plus cruelles tortures , la perle d’un de mes membres et celle même de la vie. pour assurer votre repos. Mais chaque fois que pour vous obéir jo veux penser avec faveur à cet homme- la, je sons que mon aversion augmente. Vou- ne sauriez, madame, non, vous ne sauriez croire combien toute mon âme lui résiste... Et parler de traités conclus, d'étolfes, de temps abrégé... Sanvez-tnoi, sauvez-moi, ô ma chère mère sauvez votre fille du plus horrible de tous les malheurs.

Jamais on n'a vu sur un visage . plus vivement que sur celui de ma mère, la douleur exprimée sous des apparences forcées de colère ; jusqu’à ce que le dernier de ces deux senlimens l’emportant sur l’autre, elle s’est tournée pour me quitter, en levant les yeux et frappant du pied. «Étrange opiniâtreté!» C’est tout ce que j’ai pu entendre de quelques mots qu’elle a prononcés. Elle allait sortir, ut moi, dans une espèce du transport ! j'ai saisi sa robe : — Ayez pitié du moi, ma très chère mère, no me renoncez pas tout à fait. Si vous vous séparez de votre fille, que ce ne soit pas avec les marques d'une réprobation absolue. Mes oncles peuvent avoir le

cœur endurci contre mes larmes; mon père peut demeurer inflexible ; je puis souffrir de l’ambition de mon frère et de la jalousie de ma sœur, mais que je ne perde pas l'affection de ma mère ; ou qu’il me reste au moins sa pitié.

Elle s'est tournée vers moi , avec des rayons plus propices. — Vous avez ma tendresse. Vous avez ma pitié. Mais , û très chère fille! je n’ai pas la vôtre.

— Hélas! madame, vous l’avez. Vous avez aussi tout mon respect; vous avez toute ma reconnaissance! mais dans ce seul point... ne puis-je être obligée cette fois seulement ? N'y a-t-il aucun expédient qu’on veuille accepter? N’ai-je pas fait une offre raisonnable ?...

— Je souhaiterais, pour notro intérêt commun, 1111e trop chère ot trop obstinée, quo la décision de ce point dépendit de moi. Mais pourquoi me presser et me tourmenter, lorsque vous savez si bien qu’elle n’en dépend pas? L’offre de renoncer à M. Lovelace n’est que. la moitié de ce qu’on désire. Et d’ailleurs , personne ne la croira sincère , quand j’en aurais moi-mùme celte opinion. Aussi long-temps que vous ne serez pas mariée, M. Lovelace conservera des espérances; ot, suivant l’opinion des autres, vous conserverez de l’inclination pour lui.

— Permettez-moi, chère madame, de vous représenter que volrtfbonlé pour moi, votre patience, l’intérêt de votre repos, ont plus de poids dans mon cœur que tout le reste ensemble. Quand je devrais être traiiée par mon frère, et à son instigation , par mou père, comme la dernièro des esclaves, et non comme une fille et un" sœur , mon Ame n’est pas celle d’une esclave. Vous ne m’avez pas élevéo dans des sentimens indignes do vous.

— Ainsi , Clary, vous voilé déjà disposée à braver votre père? Je n’ai eu quo trop do sujets d’appréhender tout ce qui arrive. A quoi tout ce désordre aboutira-t-il? Je suis (en poussant un profond soupir), je suis forcée de m’accommoder à bien des humeurs.

— C’est ma douleur, ma très respoctablo tnèro, do vous voir dans cette triste nécessité. El peut-on se persuader dans cette considération même, et la crainte de ce qui peut m’arriver do pire encore , de la part d’un homme qui n’a pas la moitié du jugement de mon père , ne m’ait pas extrêmement prévenue contre l’étal du mariage ? C’eît une sorte do Consolation, lorsqu'on est exposée à des contradictions injustes, do les recevoir, du moins , d’un homme de sens. Jo vous ai entendu dire , madame, que mon pore avait été long tenps d’une humeur fort douce, sans reproche dans sa personne et dans scs manières. Mais l’homme qui m’est proposé...

— (jardez-vous de faire tomber vos réflexions sur votre père! (Trouvez-vous, ma chère, que ce que je viens do dire, car ce sont mes propres termes, eût l'air do réflexions sur mon père?) Il est impossible, jo ne cesserai pas de le répéter, a continué ma mère, quo si votre indifférence était égale pour tous les hommes, vous fussiez si opiniâtre dans vos volontés. Je suis lasso do celte obstination. La plus inflexible fille ! vous oubliez qu’il faut que jo me sépare de vous, si vous n'obéissez pas. Vous ne vous souvenez plus que c’est à votre père que vous aurez à faire, si jo vous quitte. Encore une fois, pour la dernière, êtesvous déterminée à braver les ressentimens de votre père? Êtes-vous déterminée à braver vos oncles? Prenez -vous le parti de rompre avec

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loule b famille, plutôt que de voir M. Solmcs?... plutôt que de me donner la moindre espérance?

— Cruelle alternative! Mais, madame! la sincérité, l'honnêteté do mon cœur ne sont-elles pas intéressées dans ma réponse? No pcut-cllo pas entraîner le sacrifice de mon bonheur éternel ? La moindre ombre de l'espérance que vous me demandez ne sera- l-elle pas changée aussitôt en certitude absolue. Ne cherche- t-on pas à m'embarrasser dans mes propres réponses, pour en conclure que je suis disposée à la soumission, sans te savoir moi-mémo? Hélas! je vous demande pardon, madame! pardonnez la hardiesse de votre fille dans une si importante occasion. Des articles dressés ! l'ordre donné pour des étoffes, le temps abrégé ! Chère madame, comment puis-je donner des espérances, et ne pas vouloir être à cet homme-là ?

— Ah! ma fille, ne dites plus que votre cœur soit libre. Vous vous trompe* vous-même, si vous le pensez.

— Un vif sentiment d'impatience m’a fait tordre les mains. Faut-il me voir ainsi poussée par l'instigation d'un frère ambitieux , et par une soeur qui...

— Combien de fois, Clarv, vous ai-je défendu des réflexions qui blessent la bonté de votre naturel? Votre père, vos oncles, tout le monde enfin, no soutient-il pas M. Solmes? et je vous répéterai, fille ingrate, fille aussi inflexible qu’ingrate, qu'il est évident pour moi-même qu’une résistance si opiniâtre dans une jeune créature, qui a toujours été si obéissante, ne peut venir que d’un amour indigne de votre prudence. Vous pouvez deviner quelle sera la première question de votre père à son retour. Il faut qu’il soit informé que je n’ai pu rien obtenir de vous. J’ai fait mon rôle. C'est à vous à me chercher, si votre cœur change avant son arrivée. Comme il s’arrête à souper, vous avez quelques heures de plus. Je ne vous chercherai plus, je ne vous ferai plus chercher. Adieu.

Elle ni’a quittée. Qu’ai-je pu faire que do pleurer?

11 est certain que je suis plus vivement touchée pour l'intérêt de ma mère que pour ie mion; et tout considéré, surtout lorsque je fais réflexion que les mesures dans lesquelles elle est engagée sont , j’ose le dire, contraires à son propre sentiment, elle mérite plus de compassion que moi-même. Excellente femme! Quelle pitié, que sa douceur et sa condescendance n'obtiennent pas les égards dus à tant de grâces et de charmes! Si elle n'avait pas laissé prendre, comme je l’ai déjà observé à regret, tant d’ascendant sur elle à des esprits violons, tout en irait bien mieux pour elle et pour moi.

Mais tandis que je me laisse entraîner ici par ma plume, je souffre que cette chère mère soit fâchée contre moi, dans les craintes dont elle est remplie pour elle-même. Elle m'a dit, à la vérité, que je devais la chercher, si jo changeais do résolution, cl cette condition est l'équivalent d'une défense. Mais comme elle m'a laissée dans un vif chagrin, ne serait-ce pas marquer de l'obstination, et faire entendre que je renonce au secours do sa médiation, que de ne pas descendre avant le retour de mon père, pour implorer sa pitié et sa faveur, dans le récit qu'elle lui prépare? Je veux me présenter à sa porte. J’aimerais mieux quo le inonde entier fût en colère contre moi, que ma mère.

En même temps, pour no conserver près de moi aucun écrit de cette

i LA1USSE 1IA1U.OVE.

ton

nature, llannah portera celui-ci au dépôt. Si vous recevez doux ou trois de nies lettres h la fois, vous n'en jugerez que mieux, d’un temps à l’autre, quelles doivent être les inquiétudes et les peines de votre malheureuse amie.

Clarisse IIarlove.

LETTRE XXL

.MISS CLARISSE IIARLOVE, A MISS IIOtVE.

Samedi au soir.

Je suis descendue : mais avec les meilleures intentions, je crois que le malheur m’accompagne dans tout ce que j'entreprends. J'ai gâté mes affaires, comme vous l'allez lire, au lieu de les réparer.

J'ai trouvé ma mère cl ma sieur ensemble. Ma mère, autant que j’eu ai pu juger par la couleur de son charmant visage, et par une rougeur plus sombre que j’ai remarquée aussi sur celui de ma sueur, venait de parler avec chaleur contre la plus malheureuse de ses deux filles. Peutêtre ava.t-ello fait à Bella un' récit de ce qui s’était passé entre elle et moi, capable de la justifier à scs yeux, à ceux de mon frère, à ceux do •mes oncles, et de prouver qu’elle s’étail employée sincèrement à me persuader.

Je suis entrée, de l’air, je crois, d’une criminelle abattue, et j’ai demandé la faveur d’une audience particulière. La réponse de ma mère, dans ses regards comme dans si s termes, n’a que trop véritié mes conjectures.

— Clarisse, m’a-t-ellc dit d’un air de sevériio qui ne s’accorde jamais avec la douceur de scs traits, votre visage m’annonce des demandes plutôt que des soumissions. Si je me trompe, hâtez-vous de me le dire, et jo vous suis où vous voudrez; mais autrement, vous pouvez vous expliquer devant votre sœur.

Ma mère, ai-je pensé en moi-même, qui sait quo je n’ai pas une amie dans ma souir, pourrait bien passer avec moi dans la chambre voisine.

— Je venais, ai-je dit. pour lui demander pardon, s’il m’était échappé quelque chose qui ne fôl pas conforme ou respect que j’avais pour elle, ot pour la supplier d’adoucir le mécontentement de mon père, dans le rapport qu’elle devait lui faire il son retour.

Quels regards de la part do ma sœur 1 quelles rides sur son front ! quelle affectation à lover les mains et les yeux !

Ma mère était assez fâchée sans avoir besoin d’y être excitée ; elle in’a demandé pourquoi j’étais descendue, si je continuais d’être intraitable?

A peine avait-cllo lini ces deux mots, qu’ou est venu annoncer M. Solmes, qui était dans l’antichambreet qui demandait la permission d’entrer.

Hideuse créature! Quelle raison pouvait l'amener à la (in du jour, lorsqu’il était déjà nuit ? Mais une seconde réflexion m’a fait juger qu’on était convenu qu’il serait ici à souper, pour apprendre le résultat de la conférence que j’avais eue avec tra mère, et dans l'espérance que mon père, en arrivant, pourrait nous trouver tous ensemble.

J’allais sortir avec précipitation ; niais ma mère m’a dit que, puisque jo n’étais descendue que pour me moquer d'elle, sa volonté était que je demeurasse, et qu’en même temps c’était à moi de voir si j’étais capable

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<lo tenir uno conduilo qui piU l'engager à faire h mon père un rapport aussi favorable que je paraissais lo désirer.

Ma sieur triomphait. J'i tais piquée au vif de me trouver prise, et d’avoir essuyé un rebut si humiliant, accompagné de rtgards qui se sentaient moins de l'indulgence d'une mère que de la raillerie insultante d’une sueur ; car ma mère semblait se faire elle-mêmo un plaisir de mon embarras.

L'homme est entré avec sa marche ordinaire, qui est par pauses, comme si le même vide d’idées qui fait siffler le paysan de Dryden, lui faisait compter ses pas. Il a fait d'abord sa révérence à ma mère, ensuite à ma sœur, etisuile à moi, parce que me regardant déjà comme sa femme, il a cru apparemment que mon tour devait venir le dornier.il s’est assis près de moi : il nous a Jit les nouvelles générales du temps, qui était assez froid, suivant ses observations. Pour moi, j’olais fort éloignée de m'en ressentir. Puis, s'adressant à moi : — Comment le trouvez-vous, miss? Et de cette question il a passé à prendre ma main.

— Je l'ai retirée, ass, z dodjig i aisément, je crois... Ma mère a froncé le sourcil. Ma sieur s’est mordu les lèvres.

Je n’ai pu me modérer : de I ale ma vio je ne me suis sentie tant do hardiesse; car j’ai continué mon plaidoyer comme si M. Sol me s n’oiU pas été présent.

La rougeur est montée au visage de ma inère ; elle le regardait, elle regardait ma sœur, elle jetait aus~i les yeux sur moi. (feux do ma sœur étaient plus ouverts et pli.s grands que je ne les ai jamais vus.

Lo stupide personnage n'a pas laissé de m’entendre, il toussait et passait d'une chaise h une autre.

J'ai continué mes supplications à ma mère, pour obtenir un rapport favorable: — Il n'y avait qu'un dégotll invincible...

— A quoi pense donc celte petite 11 le T... Quoi, f.lary! est-ce |fc un sujet?... est-ce... est-ce là le temps?... Elle a tourné encore les yeux sur M. Solmes.

Je suis fichée, quand j'y fais réflexion, d'avoir jeté ma mère dons i.n si grand embarras; c’était assurément une effronterie de ma pari.

Jo lui en ai demandé pardon. — Mais mon père, lui ai-je dit, devait revenir... Je ne pouvais espérer d’autre occasion. Je m’imaginais que pins qu'il ne m'était pas permis de sortir, la présence do M. SI mes ne devait pas me priver d’un avantage si important pour moi, cl qu’en même temps je pouvais lui faire connaître (jetant les yeux sur lui) que si scs visites avaient quelque rapport à moi*, elles étaient tout à fa t inutiles.

— Celte petite fille est-elle folle? a dit ma mère en m'interrompant. Ma sœur affectant do I ù parli r à l'oreille, quoique ass< z haut pour être entendue : — C’est dé, il. madame, parce que vous lui avez ordonné de demeurer. Je me suis contentée de lui jeter un regard; et me lournant vers ma mère : — Permet tez-nini, madame, de répéter ma prière. Je n’ai plus de f: ère, je n'ai plus de unir. Si je perds la faveur de ma mère, je demeure a jamais sans rc source.

M. So'.mcs e -i rever u sur sa première chaise, et s'est mis à ronger la pomme de sa canne, qui est line tète gravée presque au-si laide que la sicutie; je n'ai rais pas cru qu'il [ùt si sensible.

Ma sœur s'esl levé ’, lo visage couleur d'écarlate. S'apprw haut de la

CLARISSE IIÀRLOVE.

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table, où ôtait un éventail, elle l’a pris et s'on est servie à se rafraîchir, quoique M. Solmos eût observé que l’air n'étail pas chaud.

Mu mère est venue à moi ; et me prenant rudement par la main, elle m’a fait passer avec elle dans une chambre voisine. — Croyez-vous, Clary, que cette conduite ne soit pas bien hardie et bien offensante ?

— Je vous demande pardon, madame, si elle parait telle à vos yeux; mais il me semble, ma chère ntèro, qu’on me tend ici des pièges. Je ne connais que trop le manège de mon frère. Avec un mot d’honnêteté, il aura mon consentement pour tout ce qu’il souhaite que je lui abandonne, lui et ma sœur prennent la moitié trop de peines.

Ma mère allait me quitter avec les marques d'un furieux mécontentement :

— Un seul mol, chère madame! de grâce, un*seul mot... Je n'ai qu’une faveur à vous demander!

— Que me va donc dire cette petite fille ?

— Ah! madame! je crois pénétrer le fond de l'intrigue ; jamais je ne puis penser à M. Solmos; mon père fera du bruit lorsqu’il apprendra ma résolution ; on jugera de la tendiesse de votre coeur pour une malheureuse fille qui semble abandonnée de tous les autres, par la bonté que vous avez eue d'écouter mes prièros ; on prendra des mesures pour me tenir renfermée, et pour m’interdire votre vue et celle de toutes les personnes qui conservent un peu d’amitié pour moi (c'est de quoi je suis menacée, ma chère) ; et si l'on en vient à cette extrémité, si l’on m’ôte le pouvoir de plaider ma propre cause et d'en appeler à vous et à mon oncle Uarlove, qui êtes ma seule espérance, la porte sera ouverte à toutes sortes de fables et de mauvaises interprétations. Ce que je vous demande à genoux, madame, c'est que, supposé qu’on ajoute cette nouvelle disgrâce à tout ce que j’ai déjà souffert, vous ne consentiez pas, du moin9 s’il est possible, à m'ôter la liberté de vous parler.

— Votre Hannah, qui prête l’oreille à tout, vous a donné cette information, comme beaucoup d’autres.

— Hannah, madame, ne prête l’oreille à rien.

— Ne prenez pas son parti ; on sait qu’elle n’est utile à rien de bon. On sait... mais ne me parlez plus de cette intrigante. Il est vrai que la menace do votre père est de vous renfermer dans votre chambre, si vous n’obéissez pas, dans la vue de vous ôter toute occasion de correspondance avec ceux qui vous endurcissent contre ses volontés. Il m'avait ordonné, en sortant, do vous le déclarer si je vous trouvais rebelle. Mais j’ai senti de la répugnance à vous fuir» une déclaration si dure, dans l’espéranco où j’étais encoro de vous ramener à la soumission. Je suppose qu’Hannah peut l’avoir entendue et qu’elle vous l'a rapportée. Ne vous a-t-elle pas dit aussi comment il a déclaré que si quelqu'un devait mourir de chagrin, il aimait mieux que ce fût vous que lui? Mais je vous assure qu’on vous fera une prison de votre chambre, pour vous empêcher de nous tourmenter sans cesse par vos apprit ; et nous verrons qui doit se soumettre, ou vous, ou tout le monde à vousl

J’ai voulu justiûer Hannah, et rejeter mes informations sur l'écho de ma sœur : Betty Barnes les avait communiquées à une autre servante; on m'a répété l'ordre de mo taire. — Je m’apercevrais bientôt, m’a dit ma mère, que les autres pouvaient avoir autant de résolution que je marquais d’opiniâtreté. Et pour la dernière fois, elle voulait bien ajouter

CLARISSE IIARLOVK.

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que, remarquant assez le Tond que je faisais sur son indulgence dans le temps que je paraissais si peu touchée de la mettre aux mains avec mon père, avec ses frères et ses autres enfans. elle m'assurait qu'elle était aussi déterminée que tous les autres contre M. Lovelaca, et pour M. Solmcs et le plan de la famille, et qu’elle no refuserait son consentement à aucune des mesures qu'on jugerait nécessaires pour réduire au devoir une fille opiniâtre.

J’étais prête à tomber sans force. Elle a eu la bonté de me donner le bras pour me soutenir. — Eh! voilà, lui ai-je dit, tout ce que j’ai à me promettre d'une si bonne mère!

— Oui ; mais, Clarisse, je vous veux ouvrir encore une voie. Rentrez, conduisez-vous honnêtement avec M. Solmes, et que votre père vous trouve ensemble dans les termes du moins do la civilité.

Je crois que mes jambes se remuaient d’clles-mêmes pour sortir de la chambre où j'étais et m'avancer vers l’escalier. Là, je me suis arrêtée.

— Si vous êtesrésolue à nous braver tous, a repris ma mère, vous pouvez remonter à votre appartement, comme vous m’y paraissez disposée, et que le ciel ait pitié de vous.

— Hélas! c’est la grâco que je lui demande; car je ne puis donner des espérances que je n’ai pas dessein de remplir. Mais, ma chère mère, accordez-moi du moins le secours de vos prières. Les miennes seront pour ceux qui m'ont jetée dans cet abîme de douleur.

J'allais remonter l’escalier.

— Vous remontez donc, Clary?

J'ai tourné les yeux vers elle. Mes officieuses larmes plaideront pour moi. Je n’ai pu ouvrir la bouche, et je suis demeurée immobile.

— Chère fille, no me déchirez pas le cœur... Mu très chère fille, ne prenez pas plaisir à me déchirer le cœur ! Elle tendait la main vers moi, mais sans quitter la place où elle était debout. — Que puis- je, madame, hélas! que puis-je faire T — Rentrez, ma fille, rentrez, ma chère fille; que votre père puisse seulement vous trouver ensemble.

— Quoi, madame! lui donner de l’espérance? donner de l'espérance à M. Solmes I

— Opiniâtre, perverse, rebelle Clarisse 1 Et me rejetant de la main et me regardant d’un œil de courroux : Suivez donc vos caprices, et remontez. Mais gardez-vous de descendre sans permission, jusqu’à ce que votre père ait ordonné de votre sort.

Elle s’est dérobée de mes yeux avec une vive indignation, et je suis remontée à ma chambre, le cœur pesant, les jambes si lentes que j’avais peine à les traîner.

Mon père est revenu, et mon frère est rentré avec lui. Quoiqu’il soit tard, ils sont enfermés tous ensemble. 11 n’y a point une porte ouverte, pas une âme qui remue. Lorsqu'Hannah monte ou descend, on l'évite comme une personne infectée.

L’assemblée chagrine est finie. On vient d’envoyer chez mes deux oncles et chez ma tante llervey, pour les prier d’être ici à déjeflner. Je suppose que je recevrai alors ma sentence. 11 est onze heures passées, et j’ai reçu ordre de ne pas me mettre au lit.

A minuit.

On est venu à ce moment me demander toutes les clés. Le premier dessein était de me faire descendre, mais mon père a dit qu’il ne pourrait

IM CLARISSE HARLOVE.

prendre sur lui de me regarder. Étrange changement dans l’espace de quelques semaines ! Cltorey clair la messagère. Elle avait les larmes aux yeux en s'acquittant de sa commission.

l’uur vous, ma chère, vous cl es heureuse! puissiez- vous l'ètre toujours! Alors, je ne serai pas lout à fait misérable. Adieu, ma tendre amie,

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