NOTICE SIR RICHARDSON
membre du collège de Carabrige : « C’est l’ouvrage de la nature : elle en écrivait chaque page, et la donnait à imprimer à Richardsbn. »
Sou génie, uni à la bonté, reçut les hommages de ses contemporains. Madame Slieridan lui dédia ses Mémoires de miss Bidtilph. Le docteur Young lui adressa ses Conjectures sur la composition originale. Son poème de la Résignation s'imprimait chez lui au temps de sa mort. Le poète rendit à sa mémoire ce témoignage de son estime et de son affection : o Toucher les cordes secrètes des passions, fut ton talent particulier. Ton heureux génie sut lire bien avant dans le cœur des belles. La nature, avare pour les autres de ses dons extraordinaires, te tit présent, à ta naissance, de la clé du cœur humain. »
11 paya pour son génie et sa profonde sensibilité un long et cruel tribut. Plusieurs malheurs et des chagrins domestiques réalisèrent , en quelque sorte, dans sa personne , les feintes infortunes tracées dans ses écrits. Ces secousses, jointes à la fatigue de scs travaux littéraires, dérangèrent tellement ses nerfs, naturellement faibles, de leur assiette, que, plusieurs années avant sa mort, sa main était tremblante, sa tète sujette à des vertiges, au point qu’il eût tombé, s’il ne s’était pas appuyé sur la canne qu’il portail ordinairement sous son habit. « N'espérezvous donc, lui écrivait un ami au sujet de la mélancolie où il élait tombé en 1748 par le chagrin d'une perte chère et cruelle , n’espérez -vous donc aucune fin à cette persécution de vos nerfs? Mais je suis moins étonné que vos nerfs aient été forcés de contracter l'agitation et le trouble de vos esprits, que je ne le suis que vous ayez des esprits capables de soutenir le poids de tant de fardeaux divers ; et que vous portiez une Ame si expansive dan9 l’droite prison d’un corps si frêle. » Celte longue paralysie se termina à la fin, par sa mort, arrivée le 4 juillet 1761, à l'Age do soixante-douze ans. Il fut enterré, suivant ses dernières volontés, près de sa première femme, dans l'église de Saint-Bride.
Voilà tout ce qu’on a recueilli jusqu’ici sur la vie de cet homme de bien , de ce génie vraiment original. On a dit qu’étant très susceptible et très facile à s’affecter, il conduisait scs ouvriers et son imprimerie par lettres, n'osant les réprimander de vive voix ni s’exposer a des impatiences «pii agitaient encore plus ses nerfs tremblans. Mais, quoique le fait soit vrai , on a jugé que s’il préférait d'écrire au lieu de parler, c'était par une autre* raison ; c’était par bienséance et pour éviter les altercations, et aussi d aller dans son imprimerie. D’ailleurs, son premier surveillant était sourd.
Outre ses trois grands ouvrages, il a publié une édition des Fables d'Ésope , avec des réflexions; et une suite de lettres entre lui et plusieurs personnes. Il a eu part au Magasin chrétien du docteur James Maucler, de 1748, et dans les additions de la sixième édition du Voyage de Foê dans la Grande-Bretagne. On a imprimé, après sa mort, six lettres originales de lut sur le duel. Le numéro 97 du second volume du Rambler Le Rôdeur est aussi de Richardson. — Il était lui-méme, disent ses compatriotes, le Grandisson dont il a tracé le portrait.
HARLOYE