‹ Clarisse HarloveChapitre 38 sur 127 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

, Lundi, » mari.

Celte lettre vous apprendra, ma chère, les raisons qui m’ont fait interrompre si brusquement ma réponse à la vôtre d'hier, et qui m'empêcheront peut-être de la finir ou de l'envoyer plus tôt que demain ou le jour suivant; d'autant plus que j’ai beaucoup à dire sur les sujets que vous m’avez proposés. Aujourd'hui je vous dois le récit d'un nouvel effort que mes amis ont tenté sur moi par le ministère de madame Norton.

11 paraît qu'ils l’avaient fait avertir dès hier de se trouver ici ce matin pour recevoir leurs instructions et pour employer l’ascendant qu'ils lui connaissent sur mon esprit. Je m’imagine qu’ils s'en promettaient du moins un effet convenable à leurs vues; c’était de me rendre inexcusable à ses propres yeux, et de lui faire voir qu'il n'y avait point de fondement aux plaintes qu'elle a voulu faire plusieurs fois à sa mère, de la rigueur avec laquelle je suis traitée. L’avantage que je me suis attribué, d'avoir le cœur libre, leur fournissait un argument pour me convaincre

CLARISSE IIARLOVE.

d'obslinalion et de perrersité ; parce qu’ils se croyaient en droit de conclure que, n'ayant point d'estime particulière pour aucun homme , mes oppositions ne pouvaient venir que do ces deux causes. A présent que, pour leur ôter cette arme, je leur ai donné lieu de me supposer des sonlimens de préférence, ils sont résolus d’en venir promptement à l’exécution do leur système; et c’est dans celte intention qu’ils ont appelé au secours une femmo vénérable, pour laquelle ils me connaissent un respect qui approcho de relui de la nature.

Elle a trouvé mon père, ma mère, mon frère, ma sœur, mes deux oncles et ma tante Hcrvey, qui s'étaient assemblés pour l’attendre.

Mon frère a commencé par l’informer de tout co qui s'est passé depuis la dernière fois qu’on lui |iermil de me voir. Il lui a lu les endnjits de mes lettres où, suivant leurs interprétations, j’avoue ma préférence pour M. Lovelace. Il lui a rendu compte de leurs réponses on substance; après quoi il lui a déclaré leurs résolutions.

Ma mère a pris la parole après lui. Je vous raconte, mot pour mot, tout ce que j’ai appris de ma bonne Norton.

Après lui avoir exposé combien de fois on avait eu l’indulgence d’approuver mes autres refus, combien elle avait employé d’efforts pour me faire consentir à obliger une fois toute la famille, cl l'inflexible fermeté de mes résolutions : — Chère madame Norton! lui a-t-elle dit, auriezvous jamais cru que ma Clarisse, et votre Clarisse, fût capable d’une opposition si déterminée aux volontés des meilleurs de tous les parens? mais voyez ce que vous pouvez obtenir d'elle. L’entreprise est trop avancée pour lui laisser le moindre espoir que nous en puissions revenir. Son père, ne se défiant point de son obéissance, a réglé tous les articles avec M. Solmes. Quels articles , madame Norton! Quels avantages, et pour elle et pour touto la famille! En un mot, il dépend d’elle de nous lier tous par de véritables obligations. M. Solmes, qui connaît ses excr-Ilens principes, et qui espère aujourd’hui par sa patience, ensuite par scs bonnes manières, do l’engager d'abord à la reconnaissance et , par degrés, à l'amour, est disposé à fermer les yeux sur tout.

(Fermer les yeux sur tout, ma chère! M. Solmes, fermer les yeux sur tout! voilà une étrange expression.)

— Ainsi, madame Norton (c'est ma mère qui continue), si vous êtes convaincue que c’est le devoir d'un enfant de se soumettre h l'autorité de scs parens, dans les points les plus essentiels comme dans les plus légers, je vous prie de tenter quel pouvoir vous aurez sur son esprit. Je n'en ai aucun. Son père et ses oncles n’en ont pas davantage. Cependant son intérêt propre est de nous obliger tous; car, à cette condition, la terre de son grand-père n’est pas la moitié de ce qu’on se propose de faire pour elle. Si quoiqu’un est capable de vaincre tant d'obslinalion, c’est vous ; et j’espère quo vous accepterez volontiers cette commission.

Madame Norton a demandé s’il lui était permis de faire ses représentations sur les circonstances, avant quo do monter à mon appartement.

Mon frère s’est hûlé do lui répondre qu’on l’avait fait appeler pour faire des représentations à sa sœur.ot non à l’assemblée. —Et vous pouvez lui dire, dame Norton (car il a l’arrogance de nu jamais la nommer autrement), que les choses sont si avancées avec M. Solmes, qu’il n’est plusquestion de reculer; par conséquent, point de rcprcscnlulions, ni de votre part ni de la sienne.

CLARISSE 1URL0VE.

— Soyez bien sûre , madame Norton, lui a dit mon père, d'un ton irrité, que nous ne serons point joués par une entant. Il no sera pas dit que nous soyons les sots do l'areuture, comme si nous n'avions aucune autorité sur noire propre fille. En un mot. nous ne souffrirons pas qu’elle nous soit enlevée par un libertin détestable, qui a pensé tuer notre fils unique. Ainsi, croyez-moi, le meilleur parti pour elle est de se faire ua mérite de son obéissance : car il faut qu’elle obéisse, si je vis; quoique par l'indiscrète bouté de mon père elle se croie indépendante de moi , qui suis le sien. Aussi, dopiiL- ce Loup» -là, n'a-l-elle plus été co qu'elle était auparavant, ("est une disposition injuste... qui m'a l’air do prospérer comme il plaira au ciel. Mais si jamais e le épouse ce vil Lovelace, je mangerai en procès jusqu’au dernier shelling. Donnez-lui cet avis de ma part ; et que le testament peut être cassé, et qu'il le sera.

Mes oncles se sont joints à mon père, avec 1a même chaleur.

Mon frère a fait les déclarations les plus violentes.

Ma sci'ur n’a pas été plus modérée.

Ma tante Hcrvey a dit, avec plus de douceur, qu'il n'y avait point d'occasion où le gouvernement des pareils fût plus convenable que dans celle du mariage, et qu'il lui paraissait très juste qu'on me fil là-dessus des lois.

C'est avec ces instructions que la bonne femme est montée à ma chambre. Elle m'a lait le récit de tout ce qui venait de se passer. Elle ma pressée long-temps de me rendre, avec tant de candeur, pour s'acquitter de sa commission, que j'ai cru plus d'une ibis qu'ils l'avaient fait entrer dans leurs intérêts. Mais, après avoir reconnu mon insurmontable aversion pour leur favori, elle a déploré avec moi l'excès de mon infortune. Ensuite elle a voulu s'us&urcr si j’étais sincère , dans l’offre de me réduire au célibat. Lorsque, après m'avoir examinée, olla n'a pu douter de mes dispositions, elle est demeurée si convancue qu'une offre qui exclut M. Lovelace doit être acceptée, qu'elle s’est empressée de descendre ; et quoique je lui aie représenté qu’il ne m'a rien servi de l’avoir proposée plusieurs fois, elle a cru pouvoir m’en garantir le succès.

Mais elle esl bientôt revenue tout en pleurs, et furt humiliée des reproches qu'elle s'est attires par ses instances. Ils lui ont répondu que mon devoir est d’obéir, quelques lois qu’il leur plaise de m'imposer; que ma proposition n'est qu'un artifice pour gaguer du temps; qu'il n'y a que mon mariage avec M. Solmes qui puisse les satisfaire; qu’ils me Tout déjà déclare, et qu'ils ue peuv. nl être tranquilles qu'après la célébration, parce qu'ils n’ignorent pas combien Lovelace a d'ascendant sur mon cœur; que j'en suis convenue moi-même dans nies lettres à mes oncles, à mon fièrc et à ma soeur, quoique je l'aio désavoué à ma mère avec beaucoup de mauvaise foi; que jo rue repose sur leur indulgeoco el sur le pouvoir que jo crois avoir sur eux ; qu'ils ne m'auraient pas bannie de leur présence s'ils ne savaient eux-mêmes que leur considéiaraiion pour mot surpasse beaucoup cel e que j'ai pour eux, mais qu'enfin ils veulent être obéis, sans quoi jamais ils ne me rendront leur affection, quelles qu’en puissent être les conséquences.

Mou frère a jugé à propos de reprocher à la pauvre femme de n’avoir servi qu’à m'endurcir par ses lamentations vides de sens. — Il y a dans l'esprit des femmes, lui a-l-ildit, un fond de perversité et d'orgueil théâtral qui esl capable de faire tout risquer à une jeune lête romanes-

CLARISSE I1ARL0VE.

qne (elle que la mienne, pour exciter la pitié par des aventures extraordinaires. Je suis d’un fige et d’un tour d'esprit, a dit l’insolent, qui peut fort bien me trouver des charmes dans une mélancolie d'amour. Il répond bien que ma tristesse, qu’elle faisait valoir en ma faveur, ne sera jamais mortelle pour moi; mais il n'ose promettre qu’elle ne le sera pas pour la plus tendre et la plus indulgente de toutes les mères. Enfin, il a déclaré a madame Norton, qu'elle pouvait retourner encore une fois à ma chambre ; mais que si le succès no répondait pas mieux à l'opinion qu’ils ont eue d’elle, ils la soupçonneraient do s’étro laissé corrompre par l’homme qu’ils détestent tous. A la vérité, tous les autres ont blâmé cctto indigne réflexion, qui a pénétré la bonne femme jusqu'au fond du cœur ; mais il n'en a pas moins ajouté, sans être contredit de personne, que si elle ne pouvait rien obtenir de son doux enfant , nom apparemment qu’elle m'a donné dans lo mouvement do sa tendresse, elle pouvait se retirer, ne pas revenir sans être appelée et laisser son doux enfant à la disposition de son père.

Réellement, ma chère, il n’y a jamais eu de frère aussi insolent et aussi dur que le mien. Comment se fait-il qu'on exige de moi tant de résignation, tandis qu’on lui permet de traiter avec celle arrogance une si honnête femme et d’un caractère si sensé ?

Cependant elle lui a répondu que toutes ses railleries sur la douceur de mon naturel n’umpéchaient pas qu'il no fût vrai , comme elle pouvait l’en assurer, qu’il y avait pou d’esprit aussi doux que le mien, et qu’elle avait toujours observé que, par les bonnes voies, on pourrait tout obtenir de moi, dans les choses mémo qui étaient contraires à mon opinion.

Ma tante Ilcrvey a dit là-dessus que le sentiment d’une femme si raisonnable lui paraissait mériter quelque réflexion, et qu’elle avait quelquefois douté elle-même si l'on n’aurait pas mieux fait de commencer par les méthodes qui font ordinairement plus d’impression sur les caractères généreux. Elle s’est attiré un reproche do mon frère et do ma sœur, qui l’ont renvoyée à ma mère, pour savoir d’elle-même si elle ne m'avait pas traitée avec une indulgenco sans exemple.

Ma mère a répondu qu’elle croyait avoir poussé l’indulgence assez loin ; mais qu'il fallait convenir, comme elle l’avait représenté plusieurs fois, que l’accueil qu’on m’avait fait à mon retour, et la manière dont M. Solmes ru’avail été proposé, n’étaient pas les moyens par lesquels on aurait dû commencer.

On lui a fermé la bouche; vous devinez qui, chère miss Howe: — Ma chère , ma chère , vous avez toujours quelque objection à faire , quelque excuse à donner en faveur d'une fille rebelle ! souvenez-vous de la manière dont elle nous a traités, vous et moi. Souvenez-vous que le misérable que nous [laissons avec tant de justice n’aurait jamais la hardiesse de persister dans ses vues, si l’obstination do cette perverse créature n’était un encouragement pour lui. Madame Norton ( en s’adressant à elle avec colère), remontez encore une fois; et si vous croyez devoir espérer quelque chose de la douceur, vous avez commission de l’employer; mais si vous n’eu lirez aucun fruit, qu’il n’en soit plus question.

— Oui, ma bonne Norton, lui a dit ma mère, employez ce que vous connaissez de plus fort sur son esprit. St vous avez lo bonheur de réussir, nous monterons, ma sœur Ilcrvey et moi, nous l'amènerons entre nos

CLJUUSSE II4HL0VF..

bras, pour recevoir la bénédiction de son père et les caresses de tout le monde. Vous en serez mille fois plus chère.

Madame Norton est revenue à moi , et m’a répété avec larmes tout ce qu’elle venait d’entendre. Mais, après tout ce qui s'était passé entre elle et moi, je lui ai dit qu'elle ne pouvait se promettre de mo faire entrer dans des mesures qui étaient uniquement dans l'intérêt de mon frère, et pour lesquelles j’avais tant d’aversion. Elle m'a serrée entre scs bras maternels: — Je vous quille, très chère miss, m'a-t-elle dit, je vous quille parce que jo le dots. Mais permettez que je vous conjure de ne rien faire témérairement, rien qui ne soit convenable à votre caractère. Si tout ce qu’on dit eot vrai , M. Lovelace n’est pas digno de vous. Si vous avez la force d'obéir, faites attention que le devoir vous y oblige. J’avoue qu’on ne prend pas la meilleure méthode, avec un esprit si généreux; mais considérez qu'il y a peu de mérite dans l’obéissance, lorsqu’elle n’est pas contraire à nos propres désirs. Faites attention à ce qu’on doit attendre d'un caractère aussi extraordinaire que le vôtre. Faites attention qu’il dépend de vous d’unir ou de diviser à jamais votre famille. Quoiqu'il soit fort chagrinant pour vous d’être ainsi poussée par la force, j'ose dire qu’après avoir considéré sérieusement les choses, votre prudence vous fera vaincre toutes sortes do préjugés. Par là , vous acquerrez aux yeuxde toute votre famille un mérite qui vous sera non seulement glorieux, mais qui vraisemblablement, dans l'espace do quelques mois, deviendra pour vous une source pure et constanlo de repos et do satisfaction.

— Considérez, chère maman Norton, lui ai-je répondu, que ce n'est pas une démarche légère qu'on exige de moi, ni une démarche de peu de durée 11 est question de ma vie entière. Considérez aussi que culte loi me vient d'un frère impérieux, qui gouverne tout à son gré. Voyez jusqu’où va le désir que j'ai de les satisfaire, lorsque j’offre de renoncer au mariage et de rompre à jamais toute correspondance avec l'homme qu'ils baissent, parce que mon frère le hait.

— Je considère tout, ma très chère mi-s; mais, avec ce que j'ai dit, considérez seulement vous-même que si vous vous trouviez malheureuse après avoir rejeté leurs volontés pour suivre les vôtres, vous seriez privée de la consolation qui fait la rcs-ource d’une lllle vertueuse, lorsque s’étant soumise à la conduite de ses parons, le succès d’un mariage ne répond point à leurs espérances.

Il faut que je vous quitte, m'a-t-clle répété. Votre frère va diro (elle s’est mise à pleurer) que je vous endurcis par mes lamentations insensées. 11 est bien dur, en effet, qu’on ait tant d’égards pour l'humeur d’un enfant, et si peu pour l’inclination de l’autre. Mais je ne vous répète pas moins que c’est votre devoir d’obéir, si vous pouvez vous faire cette violence. Votre père a confirmé par ses ordres le système do votre frère. C’est à présent le sien. Je m'imagine que le caractère de M. Lovelace n’est pas si propre à justifier votre choix que le dégoût. Il est aisé devoir que l’intention de votre frère est de vous décréditer dans l'esprit de tous vos amis, et particulièrement dons celui de vos oncles; mais cotte raison même devrait vous porter, s'il est possible, à les obliger, pour déconcerter scs mesures peu généreuses. Je prierai le ciel pour vous; e'esl tout ce qui me reste à vous offrir. 1! faut quo jo descende, pour leur déclarer que vous êtes résolue de ne jamais prendre M. Solmes. Le fautil? Pensez-y, miss. Le faut-il?

C1.AMSSC RAU0TE.

— Oui, chère maman, il le faut. Voici en même temps de quoi je puis tous assurer : jamais il ne m'échappera rien qui puisse faire déshonneur aux soins que tous avez pris de mon éducation. Je souffrirai tout, excepté de me voir forcée à mettre la main dans celle d’un homme qui no peut jamais avoir aucune part à mon affection. Je m'efforcerai par mon respect, par mon humilité, par ma patience, de fléchir le cœur de mon père; mais je proférerai la mort, sous toutes sottes de formes, au malheur d'épouser cet homme-là.

— Je tremble, m’a-t-ello dit, de descendre avec «ne réponse si décisive. Ils vont s'en prendre à mai. Mais souffrez qu’en tous quittant j’ajoute une observation, que je tous conjure de ne jamais perdre de vue. « Les personnes distinguées par la prudence et par des talons tels que les vôtres semblent distribuées dans le monde pour donner, parleurs exemples, du crédit à la religion et à la vertu. Qu’elles sont coupables, lorsqu’elles s'égarent! quello ingratitude pour cet Être suprême qui les a favorisés d’un si précieux bienfait ! Quelle perte pour le monde! quelle plaie pour la vertu! Mais c'est ce que j'espère qu’on ne dira jamais de miss Clarisse lfarlove. »

Je n'ai pu lui répondre que par mes larmes; et lorsqu'elle m’a quittée, j’ai cru que la meilleure partie de mon coeur partait arec elle.

Il m’est venu à l’esprit de descendre aussitôt, et de prêter l’oreille à la manière dont elle serait reçue. On lui a fait un accueil conforme à ses craintes. — Veut-elle? Ne veut-elle pas? Point do lamentations vagues, madame Norton (vous jugez qui lui a tenu ce discours). Est-elle résolue ou non de se soumettre à la volonté de ses parens?

C’était lui fermer la bouche sur tout ce qu'elle allait dire en ma faveur. — S'il faut m’expliquer si nettement, a-t-elle répondu, miss Clarisse mourra plutôt que d’être jamais... — A d’autre que Lovelare, a interrompu mon frère. Voilà, madame, Toilà, monsieur, ce que c’est que la docilité de votre fille. Voilà le doux enfant de madame Norton. Bien ! bonne daine, vous pouvez reprendre lo chemin de votre demeure : je suis chargé de vous interdire toute correspondance avec cette fille perverse, autant que vous faites cas de l’amitié de toute notre famille et de chacun de ceux qui la composent. Ensuite, personne n’ouvrant la bouche pour le contredire, il l’a menée lui-même à la porte, sans doute avec ce cruel air d’insulte que les riches hautains prennent sur le pauvre qui a le malheur de leur déplaire.

Ainsi, chère amie, vous êtes informée de la manière dont on me prive désormais du conseil d'une des plus prudentes et des plus vertueuses femmes du monde, quoique le besoin que j’en ai toujours eu ne puisse qu'augmenter. Je pourrais, à la vérité, lui écrire et recevoir ses réponses par vos mains; mais s’il arrivait qu’on la soupçonnât de celte correspondance, je sais qu’elle ne voudrait point se rendre coupable d’un mensonge ni de la moindre équivoque, et l’aveu qu’elle ferait, après les défenses qu’elle a reçues, lui ferait perdre a jamais la protection de ma mère. C’est un point de quelque importance pour elle; car, dans ma dernière maladie, j’ai obtenu du ma mère que si je mourais sans avoir fait quelque chose pour celte excellente femme, elle se chargerait elle-même de lui assurer une honnête subsistance qui peut lui devenir nécessaire lorsqu’elle ne sera plus en état de s’aider de son orgueil, comme elle fait aujourd'hui avec assez d'avantage.

178 CI.ARTSSE HARLOVE.

Quelles seront à présent leurs mesures? N'abandonneront-il3 pas leurs projets, en reconnaissant que ce ne peut être qu’une invincible antipathie. qui rend opiniâtre un esprit qui n'est pas naturellement inflexible? Adieu, ma chère. Pour vous, soyez heureuse! Il semble que pour l’être parfaitement, tout cequi vous manque, c'est de savoir que votre bonheur dépend de vous.

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